‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 111 sur 123 · LE DISPENSAIRE VÉNÉRÉO LOGIQUE · texte numérisé non relu

LE DISPENSAIRE VÉNÉRÉO LOGIQUE

Céflainemenl non, répond rai-je le premier en ce qui me conrernc; cerLaînement non, tout au moins pour la grande majorité des cas; — 6l cela, parce que ce seul exposé exigerait une pelile conférence de quelques minutej^ et que celte conférence serait à reproduire quinze à vingt fois par heure. Fresque toujours, nous nous bornons, après avoir examiné un malade, à lui remetlre une ordonnance* en ajouLant : ^* Faites ceci. Ile venez nous voir dans huit ou quinze jôur5. et surtout soyez sage d1 ci-là, >* Hien de plus. — Qui niera que les choses se passent ainsi neuf fois sur dix?

Aussi bien, voyez mainlenanl les conséquences qui jugent le

système»

Ces conséquences, ce sont des conlaniinalions transmises par les malades, et la responsabilité de ces cou ta mi nations rapporlée par le malade au médecin. A pi^euve les quelques cas suivants, que je copie sur nature.

Un jeune homme nous amène sa maîtresse qu*il vient de contagionner à la lèvre, et cela sûrement de par des érosions secondaires qu'il présente encore à la langue, 11 a eu la syphilis, nous ditiKîl y a deux à trois ans, et, jusqu'alors il s est fait traiter à la consul ta t ion d'un hôpital voisin de sa denieiire, I^à, on lui a caiilénsr plusieurs fois des érosions de la bouche, mais jamais, ajoute-t-il, « on ne lui a dit que ces érosions devaient lui interdire d'embrasser sa mallresse i>* — Donc, précise- 1- il non moins formellement, *- si j'ai transmis la contagion à ma maîtresse, ce nVst pas ma faute, car je ne savais pas que je pouvais lui donner du mal; si je lui ai donné du mal, la faute en ch( ait médecin f/ui ne m'a pas prévenu «.

Un jeune ménage vient nous présenter un petit enfant de quelques semaines, criblé de syphilides, athrepsique, lamentable, vieillot, et déjà presque moribond. Le père avoue une syphilis datant de deux ans et quelques mois, ^Pourquoi donc, lui disons-nous, vous êtesvous marié si tôt? — Mais, nous répond-il, à Thùpilal ou je me suis fait traiter pendant plus de six mois, personne ne m'a défendu de me marier. Si Ton m'avait dit qu*il pouvait y avoir danger à me marier, certes j'aurais attendu. Ce qui m'arrive aujourdliui, c'est de la faute du médecin.

Troisième exemple. Une nourrice est conlagionnée au sein |)ar un enfant syphilitique. Le père de l'enfant avoue une syphilis remontant à quatre ans environ* Comment donc, disons- nous à cet homme, avez-vous eu rimpriidence, vous sachant syphilitique, tle confier votre enfant à une nourrice? — Mais, nous répond-il, à la consultation où je me suis fait longtemps traiter, jamais on ne m'a prévenu du Ranger qu'un enfant issu de moi pouvait faire courir à une nourrice. Es^l-ce que je pouvais deviner cela, moi*? On ne m'en a rien dît; donc, ce qui arrive est de la faute du médecin.

CONSULTATIONS HOSPITALIÈRES ACTl ELLES- 527

El aiïiâi de suite. Car je pourrais rnulliplinr ces exemples, non inûjo.^ que les varier à rinfini.

De là, conséquemmcnt^ ressort la série des vérités pratiques que voici :

1. — Il importe, il est d*intérôt général que les malades syphilitiques soient instruits des dangers niuîliples c*t variés que lenr état de syphilis peut foire encourir à autrui, de raijoii qu eux-mêmes en protègent autrui.

IL — C'est au médecin qu'incombe le soin de faire Tédu cation des

malades relativement à ces dangers k la fois multiples et variés.

Ce salutaire office, que le médecin remplit dans son cal) in et au profit de ses clients, il faut qu'il le remplisse égalcmcnl è T hôpital» au profit de sujets moins fortunés. Or, naturellement, il n'en a pas le moyen dans les consultations surchargées de nos hôpitaux, où le temps à consacrer à chaque malade est réduit au minimum possible par une affluencc considérahle.

En sorte qu'on pourrait poser ceci en axiome, au point de vue prophylactique qui nous intéresse actuellement :

Plus une consultation sera encombrée, moins bien elle servira les Intérêts généraux au point de vue de la prophylaxie.

6^ De la syphilis, si nous passons à la blennorrhagie, les desiderata ne feront que s'accroître. Car, pour le dire immédiatement et cest bien simjUe, ici totil fait défaut. A la réserve près d'une seule ■exception, nous en sommes encore à ne pas avoir une consultation hospitalière où se fasse le traitement de la hlenuorrliagie d*après les nouvelles méthodes thérapeutiques. — Inutile donc d'insister. Constatons, cela suffit, et surloul déplorons.

De cette revue que résulie-l-il logiquement, nécessairement» comme conclusion ?

C'est que les consultations externes de nos hôpitaux pour le traitement, des afTections vénériennes» telles quelles fonctionnent encore de nos jours, sont absolument insuffisantes, défectueuses; - qu elles sont onéreuses pour les inalades; — qu elles sont déplaisantes, désobligeantes, inhumaines, voire odieuses aux dits malades de par la publicité dimnée h leur uialatlie; — et, finalement^ qu*elles sont bien loin de rendre, au double point de vue thérapeutique et prophylactique, les services qu on serait en droit d'en attendre,

598 LE DISPENSAIRE VÉNÉRÉOLOGUïUE.

De là une déducUon qm s* impose :

Cesl que vraiinenl îl esl bien temps fïcu Unir avec un vieux système qui a donne ses preuves d'impuissance cl de lui sulistilucr t|u<?lque chose d'autre.

Oui, mais quoi?

Pourrait-il suftire de conserver le système, en rherchnnl à l'améliorer, à ramender par quelques retouches, quelques réformes partielles, quelques suppressions, additions, [»erreclionnen>euls, etc.? Je ne le crois pas. Le proverbe dit qu*avec une vieille maison on ne réussit jamais» ii en faire une neuve, adaptée aux besoins nouveaux. Tel est le cas ici. Mieux vaut, à mon sens, trancher dans le vif, mettre la sape dans un éditice vermoulu et le remplacer [var un autre, par un autre d inspiration plus moderne et mieux harmonisé avec les indications auxquelles, de pur expérience chèrement acquise, il est le plus urgent de satisfaire.

Or, quelles sont, en Tespèce, ces indications? Il en est trois, indiscuta liles et majeures, qui se résument en ceci : (fttérir, préMerner et inslraire.

El, en etïet, quels services est-on en droit d'exiger, d*espércr d'une consultation hospitalière, si ce n'esl i

1* de guérir les malades qui s*y présentent ;

*>' de conjurer dans la mesure du possible les conlaminâtionsqu^ils pourraient semer autour dïnix ;

3* finalement, de servir à Unstruction des générations médicales à venir?

Tel est le triple objeclif que médecins et hygiénistes doivent toujours avoir en vue, alors qu'ils s'eÉTûrcent tt 'organiser une défens*.* hospitalière contre le lerrible fléau vém'Tien. Et tclesl^ quant à moi, le principe qui m*a servi et guidé pour ce qui va suivre.

rv

Somme toute, à quoi abouïiL sur ce point mon expérience de la question? A cette double conviction :

1" Oue la consultation externe constitue pour le Irait émeut des affections vénériennes, non pas la partie accessoire, annexe, subordonnée, de seconde lif^^ne en un mol, mais bien la partie essentielle, principale ; et cela parce que les neuf dixièmes eles malades ont besoin et n ont besoin que de la consul la tton externe pour guérir, un dixième seulement se trouvant dans robligulion de recourir à rhospitalisation;

'■2'' (".ons^quemment, que W'/fort intensif de la médecine et de rhygicue doit se porter sur [a consultation externe.

Eli bien, notre système actuel de consultations ne répondant en

CK qu'il devrait être.

rien, comme cela ne résulle qu'avec Irap d'évidence de ce que j'en ai dit précédenimeiiij à ce qu'on pourrait en espérer, mon opinion formelle est qu'il cou vient de le remplacer par quelque chose d'autre; et ce quelque chose consisterait pour moi en un système de DISPENSAIRES SPÉCIAUX, organisés quant à leur aménagement, leur fonctionnement, leur personnel, le recrutement de ce personnel, ctc*, de la fat^on que je vais dire ou tout* au moins esquisser.

L — D'abord ces dispensaires de lyénéréologie (appelons-les de la sorte) devraient être multiples, et multiples proportionnellement à la population aux besoins de laquelle ils doivent satisfaire. J'imagine que, pour une ville comme Paris, une dizaine de ces dispensaires sérail un nombre sufllsant; mais celle évaluation a priori el loule personnelle reste soumise aux données de lex périenctî.

En tout état de cause, ce qu'il faut éviter, c est rencombrement, si préjudiciable» comme nous l'avons vu, soit à Finlérét privé, soit à rinlérét général. Il ne faut pas que des malades paient de deux ou trois heures d'atlenteiin entretien dune ou de quelques minutes avec un médecin. Il ne faut pas, comme exemple, qu*un malade perde une demi-journée pour venir se faire cautériser une plaque muqueuse de la bouche. Il ne faut pas que, par défaut de tem|is, le médecin néglige de dire à ses malades tout ce qui leur est uliïcde savoir relativement aux dangers de leur mal pour eux et pour autruij

IL — Non moins rationnellement, ces dispensaires devraient être ,DissÉx\iiNÉ?^. et, dans la mesure du possible^ régulièremeiil, systémati {uement disséminés, c'est-à-dire répartis dans les divers quartiers je la capitale, de façon à éviter aux malades de longs déplacements &t des pertes de temps préjudiciables.

m. — Par mesure d'économie, lisseront rattachés aux hôpitaux qui peuvent leur fournir local, personnel, matériel, service de pharmacie, services généraux, etc.

Je passe sur leur aménagement, qui ne saurait être autre d'ailleurs que celui des salles de consultation, avec un petit laboratoire en plus, ei une salle pour le déshabillage et le rhabillage des malades^

IV. — Le service de ces consultations sera combiné, comme choix de jours ei dlieurrs, au mieux des intérêts des malades, d'abord, et de la science, en second lieu. Ainsi ;

l* Dans Tin té rôt des malades, je proposerais :

Il30 LE DISPENSAIHE VÈNEHÉOLOGIQCE.

Uoe con^ulialion les dim&nehes et Jours fériéM^ à huit heures du matin ;

Deux coûsullalions par semaine, te smr^ de sept à neuf heures;

Pourquoi? Parce qu'à ers jours et heures le petit employé et l'ouvrier (qui forment oolre clienlète d*h6pita)) sont libres de leur temps, et que la cousu Hat ion qu'ils viendraient prendre près de nous leur serait %\h'iLablement gratutle.

2" Dans Tintérêt des étudiants, il serait bon que le^ coosnltatiODS de semaine eussent lieu dans VnprèÊ-mîdl, par exemple d'une heure à trois heures.

Pourquoi? Parce quils y pourraient venir, tandis qu'ils u^eu auraient pas la liberté, si elles avaient lieu le matin, heure à la* quelle ils sont retenus par leur service dans les hôpitaux généraux. Vérité élémentaire, mais toujours méconnue, et méconnue par routine, bien certainement*

Ai-je à dire que, d'ailleurs, ce sont là toutes questions de détail qui ne pourront être jugées et Gxées que par expérience? Telle est, comme exemple, celle des consullations du sqû\ Comment sera acceptée cette innovation? Sera-t-elle goûtée du public, comme je le suppose pour ma part ou plutc^t comme m'a permis de le croire une petite enquête que j*ai faite prè§ de mes malades à Saint-Louis? Ou bien ne ^lendra-t-elle pas de mode ? Impossible de rien préjuger à cet égard, et force sera il'obéir aux résultants de rexpérience.

V. — J'arrive maintenant à des réformes plus sérieuses, à celle notamment que je considère comme la plus souhaiLable, la plus urgente, la plus digne des temps modernes et de 1 esprit démocratique actuel.

Celle-ci, c'est, on Ta deviné, la substitution a l*i>tolérablë système

DE LA consultation EN PUBLIC ET P\U FOVHNLES DE LA CONSULTATION LNDiVmUELLE, PRIVÉE, SECRÈTE.

Mon idéal, comme je Tai dit ailleui's, serait qu*UNE gonsultatiopt

HOSPITALIERE POUR LA SYPHILIS SE RAPPUOCHAT LE PUS POSSIBLE DE CE qu'est en ville une CONSULTATION DE MÊME ORDRE,

Ainsi, je voudrais que louvrier, le petit employé, le prolétaire, venant réclamer gratuilemcnl à ThOpital un avis médical pour la sy^ philis, y fût reçu, interrogé et examiné de la même fa<;on que l'esl en ville, dans nos cabinets, le bourgeois aisé qui s'y présente avec un porte- monnaie bien garni.

Or, je le demande, dans Pétai actuel des choses, qu'est-ce qui ressemble moins à une telle consultation de ville que nos consultations correspondantes à l'hôpital ?

La consultation d'iu^pital, je Tai décrite dans ce qui précède et û*fd plus à y revenir que pour la qualifiera nouveau d*exécrable, d'humiliante, de mortifiante^ d'odieuse en la forme ; la consultation d'hôpi-

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