‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 12 sur 123 · ARMEE ET MARINE · texte numérisé non relu

ARMEE ET MARINE

Fort heureusenient votre Commission comptait parmi ses membres M. Léon Colin, dont la compétence spéciale nous a été parlicu- Hèrenienl précieuse, (liiidés par lui, et nous inspirant, daulre part, de divers documents qui nous ont été transmis par des médecins militaires, nous avons Thonneur de vous sonmellre en vue de la prophylaxie et du IraiLcmcnt de la syphilis parmi nos jeunes soldats, un ensemble de mesures qui, nous Tespérons, réuniront vos sutîrai^es.

Ces mesures sont les suivantes :

L — Instituer dans Tarmée une série de conférences ayant pour objet d*éclairer les soldais sur les alTecLions vénériennes en général et sur les dangers de la syphilis en particulier (dangers personnels, dangers héréditaires, dangers de contagion), sur le bénéfice à attendre d*un trajtenieni scientifique^ sur la nécessité d'nn traitement prolongé, sur les périls de la prostitution clandestine exercée par les insoumises, les rôdeuses, les bonnes de cabaret, etc*

Ces ronrérences seraient faites par les médecins militaires de chaque corps.

Elles seraient annuelles.

Elles auraient lieu de préférence quelque temps après l'enrôlement des jeunes recrues.

Une conférence semblable serait également faite aux réservistes le lenilemain de leur arrivée au corps. « On ne se figure pas, en elïet, le nombre de réservistes qui contractent la syphilis pendant les vingt-huit jours qu'ils passent hors de leur domicile, » (D"" Burlureaux-)

Nous croyons fermement que ces conférences (qui d'ailleurs sont déjà instituées dans plusieurs corps de Tarmée et de la marine) pourraient avoir les meilleurs résultats en éclairant, par quelques notions 1res sommaires, un nomlire immense de jeunes gens qui arrivent sous les drapeaux dans un état d'ignorance presque absolue relativement aux affections vénériennes olaux conséquences qn elles comportent. Ainsi que Fa fort bien dit un médecin militaire distingué, le D' Burlureaux, dans un très intéressant mémoire qu'il m a communiqué et que j*aî eu Thonneur de transmettre à la Commission : « Nulle rnllectivité humaine ne peut être aussi bien surveillée et aussi bien garantie que Tarmée, cl les médecins miiitatres pourrai en i être tes (igfnis les plus a cl ifs el le^ plus utiles de la crfusmle qu'il es! temps (f opposer a la stjphilis. Ces médecins feraient cerl ai nemcnt de rexcellente pro|ïhylaxie en éclairant les soldats sur les dangers de la syphilis, en leur inspirant une salutaire terreur de celle maladie, en leur démon Iranl la nécessité d'un Iraitemenl immédiat, elc, etc.- Peu à peu se répandraient ainsi dans les régiments îles notions salutaires qui serviraient plus à la prophylaxie que toutes les mesures de rigueur *

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Et, comme la ^'rande majorilé des Français passe par les régîmenis, soil peodatit plusiiours années, soit pour vingt-huit jours, il suit de à qu'au boni de quelques années ces profi Labiés notions auraient pénétré dans tous les esprits. » — C*esi là certes une œuvre utile et baniie à laquelle ne faillira pas le dévouement bien connu de nos confrères de Tarmée.

IL — Provoquer de la part d'un soldai récemment affecté de syphilis une dêdaration relative à la femme dont il a contracté ta maladie,

(N* B. — Les bulletins spéciaux, contenant les noms des filles signalées par les soldats, seront adressés à la Préfecture de police; et il serait bon à tons égards que, réciproquement, la Préfecture voulût bien retourner ces bulletins à l'adminislralion mililaire, avec la désignation de la maladie constatée sur ces filles.)

Il est évident, en clTet, que les intlica lions fournies par les soldats contaminés sur la provenance de leur maladie pourraient révéler plus d'une fois à rAiîininistration Icxistence de dangereux fotjers de contamination. D'autant qu'il est fréquenl dans Farmée de voir la syphilis dériver d'une môme origine pour plusieurs hommes d*un même corps* Un médecin militaire nous a communiqué trois cas dans lesquels hait^ dix et vinyi-deux soldats avaient été infectés par la môme femme* « Il y a même, ajoute ce confrère, une certaine catégorie de basses prostituées, dites <i rôdeuses de posles ^ï, qui se font une clientèle spéciale parmi les soldats. Une de ces malheureuses, porteuse de lait à ses moments perdus, passait presque toutes ses nuits dans les posles. A ma connaissance cette femme a communiqué la syphilis à six de nos hommes^ sans compter ceux que je ne connais pas et n'ai pu connaître parce qu'elle avait soin de prendre des noms dilTérents suivant qu'elle exerçait son industrie à l'est ou h Touest de la capitale, n

II L — Consigner les étahlissements déguisés sous le nom de débits de vins ou de liqueurs cl ne conslituant en réalité que des maisons de prostitution non surveillées ; interdire formellement aux soldats la piquent ai ion de ces établisse me ni s,

/F. — Écarter toute punition du programme prophylactique de la syphilis.

A la vérité, on ne punit plus aujourd'hui un soldat qui a eu la malchance de contracter la syphilis ; mais « on ne lui accorde plus de permission ** , ce qui revient à peu près au môme. Si bien quêta crainte de celte punition muette par retrait de faveurs abouti l à ce résultat que nombre d'hommes hésitent à déclarer leur maladie, la cachent, la laissent s'aggraver, recourent à des médicaments empiriques, à des remèdes de charlatans^ etc. — Qull n'en soit pas ainsi dans tous

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les corps de Tarmée, M. Calin a prb soin de nous en assurer, et nous avons reçu sa déclaration avec plaisir; mais il en esl encore aitisi^ nous a4*on arfirmé d'autre part, pour certains régiments, et cVst trop.

Dans rarmée comme dans le civil^ contracter la sypliilîs est un malheur et non un déliL Donc, toutes les punitions infligées de ce chef sont injustes et ridicules; j ajouterai qu*eUes sont de plus nuisibles, en ce qu'elles vont juste à l*encontre de rintérêt commun*

V* ~ Supprimer les visites faites en commun, et les remplacer par des examens privés^ indiritlnetSj dîscrels.

Actuellement rexameïi des soldats se fait le plus souvent dans une salle de visite ou peuvent se trouver réunis dix, vingt, trente [lomraes et plus, appartenant au même corps. Si bien que les consultations de ce genre ne sont pas sans quelque analogie avec ces réunions antiques où les premiers Chrétiens se faisaient une mutuelle el publique confession de leurs péchés, par esprit de mortificalion* Mais, comme les mœurs ont changé, comme les s}pliiHliqu€s de nos jours, même dans Tarmée, n'ont tfue peu de goi^t pour ces pénitentes humiliations, il arrive ceci, en fait, que quantité de nos jeunes soldats, alTeclés de tel ou tel accident vénérien, hésitent à se présenter à la visite u parce qu^illeur faudrait y confesser leur maladie e/i public », Four une raison ou pour une autre, ils redoutent \a palilicilé de leur maladie. Aussi s*ingénienl-ils de mille façons à esquiver la visite, el y réussissent-ils trop souvent; la plupart en tout cas n'y arrivent qu'à regret» et seulement contraints par le règlement ou la douleur.

Quels obstacles peuvent doncs opposera ce que, dans Tarmée, Texamen des hommes soit fait avec la discrétion et les convenances qui sont dues à tout malade, quel que soit d'ailleurs son genre de maladie? El n*est-ce pas une réforme urgente, nécessaire, que de réduire aux strictes limites du nécessaire la publicité d'une alîection vénérienne ?

VL -— Instituer un service de police êpéciale autour des grands camps» Aels queSalonj, Saint-.\faur, C huions, etc.

El, en etTet, rexpérience apprend qull s'établit presque immédiatement autour des grands rassemblements de soldats une prostitulion spéciale, qu'on pourrait appeler la prosiitution des bois, composée de rôdeuses du plus bas élage, et éminemment féconde en contagions Téûériennes de tout genre.

VU. — Enfin, aux diverses dispositions qui précèdent ne convie n drait-il pas d'en ajouter une autre, relativement au traitement de la syphilis dans rarmée? Je m'explique.

Soit un soldat qui aujourd'hui, je suppose, venant de contracter

PROrHTLAXlE PUHLJpUli DE LA SYPHILIS,

la syphilis, enive ïlaiis on liôpilal mililâire pour quelque accidenl, tel que cliancre» syphilides» plaques nitutueiiseSi elc* Daos quelques îscmaineH, au niaxiuiurn fluris Jeux ou Iroîî? moh^ ce solilal sortira île cet hôpital, tfeljarrassé des accideiiis en question. Mais en sorlira-l-il ifitérli II n'est pas un de nous, ici, qui vondrujt consid4''rcr, en de telles conditions, cet liouime comme triirri. Bien àu contraire nous serions toun unanimes pour croire, |Kïnrnr(irruer que cel honitne reste sons le coup de la dialhèse, qu'il na pu être guéri par un si court traitement, qu'il faut (e. trailer encore on, sinoiu qu'il sera expos*'* dans un avenir soit prochain, sait rloi^né, à quelque manifeslation plus st^ rie use, grave peut-être, voire Lrè^ grave. Facile proptiélie, dont la confirmation nous est d ailleurs olferte par ces exemjjles presque journaliers de malades qui, conduits dans nos hôpitaux civils pour quelque accident sérieux de sy|diilis tertiaire, nous racontent ceci commeantt^c^^dents : qu*ils ont contra cl *^ la syphilis étant soldat s; — qu'ils ont alors été traités dans un hôpital militaire pour tels ou tels symptômes, pendiint quelques semaines ou quelques mois ;■ — puis, que, délivrés desdtts symptômes» ils sont rentrés dans leur corps, et qu'ils n'ont plus rien fait au delà pour compléter leur gu<^ ri s on.

Eh bien, contrairement à toute élémentaire prudence, que se passe -t-il en Tespèce ? Voici le soldat en question sortant de rhôpital, après un séjour de quelques semaines, délivré des accidents pour lesquels il y était entré, a blanchi »>, suivant Texpression consacrée, mais en réalité aussi peu guéri que possible. Va t-ou ultérieurement s*occupcr de lui en t ant que malade ? Quelqu'un lui donnera-t-il le salutaire conseil de se traiter encore? Quelqn*un prendra-t-il soin de le diriger dans les cures successives qui lui seront nécessaires? Et, plus tard, lorsque cet homme quittera le régiment, quelqu'un lui dira-t-il : « Ne vous empressez pas trop de vous marier en rentrant chez vous, parce que votre syphilis n*est pas guérie et que vous pourriez infecter voire femme, engendrer des enfants destinés à mourir, etc. »?? — Bien de tout cela, rien. Un soldat syphilitique qui revient de rhôpital à son corps y revient sur le même pied et dans les mêmes conditions que s1l avait été atïecté de toute auirftj maladie à guérison accomplie et définitive.

Et cependant, cet homme a dans son régiment, tout prés de lui, des médecins» des mé<iecins instruits, expérimentés, dévoués, qui pourraient rédairer sur la nature et les dangers de son mal, qui ne demandaraient pas mieux que de le traiter, de le diriger, de le guérir, et cela loul en le laissant sous les drapeaux y car rhôpital n'est en rien né ce 3-, saire au Irailenient d'un sujet syphilitique d'ailleurs bien portant eti valide. Que si ces médecins étaient officiellement avertis des antécédents de cet homme, s*ils recevaient communication de son dossier, d'hôpital, ils ne manqueraient pâs à coup sûr de Taider de leurs coî

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