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V. — Prophylaxie bes contagions syphilitiques dérivant

DE l'allaitement.

J'en ai Gni, messieurs, avec les grandes questions générales, et, pour épuiser mon sujet, il ne me resle plus qu'à vous parler d'un dernier point de prophylaxie, celui-ci restreint à coup sûr par rapport aux précédents, mais non moins digne cependant, comme vous allez le voir, de votre sollicitude. Je veux parler de la protection è confé* rer aux nourrices contre les risques de contamination syphilitique dérivant des nourrissons.

Nous sommes loin de méconnaître les e (Torts qui ont été tentés en ce sens dans ces derniers temps. Et cependant, force est bien de le constater, la situation reste telle que nomhre de nourrices sont encore victimes de contaminations de ce genre. Donc, de par Texpérlence, il est quelque chose de mieux à imaginer, à tenter, que ce qui a été fait jusqu'à ce jour.

Voyez comment les choses se passent en pratique. Voici, je suppose^ un ménage bourgeois où vient de nattre un enfant que sa mère, pour une raison quelconque, ne veut pas nourrir. On s'cnquiert d'une nourrice. On mande le médecin de la maison pour faire son choix entre plusieurs nourrices qu on est allé quérir dans un bureau et qu'on lui présente. Puis, après ce Iriage, on procède à un autre examen, u Assurez-vous bien, docteur, dit la famille, si la nourrice dont vous venez de faire choix n a rien de manvais, si elle ne pourrait rien transmettre à notre cher petit; car, vous savez, parfois il est arrivé des malheurs, eLc, ». Et le médecin alors soumet cette nourrice à un examen plus complet, examen visant surtout la syphilis, car c'est la syphilis que Ton craint surtout en Tespèce, 11 interroge cette femme, il la découvre, il lui examine lapins large étendue possible des téguments, les cheveux, la bouche, les dents, la langue, Tarrière-gorge ; il palpe les ganghons, etc. ; quelquefois même on réclame une investigation plus intime. Et la nourrice subit tout cela,

CONTAGIONS DÊmVA?^ DE t. ALLAtTEMENT.

l^Iaisse faire, se laisse voir, car d'avaQce elle est résignée à tout

ir avoir ce qu'elle espère .^ à savoir un nourri ssoti., c*eâUà-dire un gagDe*paiii.

Rien de mieux que ces garanties prises par la ramîUe contre la nourrice, car on a vu maintes fois des nourrices sypliililiques infecter des nourrissons sains. Oui, certes, rien de mieux, mais à une con* diUon^ c'est que ces gara n lies eussent ce que réclamerai L ta plus strîcLe équité, k savoir leur eontre-parfie^ c*est-à*dire îles garanties de même ordre assurant la nourrice contre Tinfectton possible de son futur nourrisson.

« A mon tour, pourrait dire la nourrice (si réquîté 6t t'égaliti^ étaient de ce monde ; vous venez de vous assurer que je n'ai pas la syptiitis, eï je me suis laissé faire. Maintenant, s'il vous plalL, voyons un peu si le danger que vous redoulieît de moi, je n'ai pas à le rraindre de vous, »»

Mais la nourrice dit-elle cela, et peut-elle le dire, et s© risqueraitelle à le dire? Non! Et pour de bonnes raisons qui se résument en ceci : c'est qu'elle est la |)lus faible, la plus pauvre^ et, parlant, qu elle n'a quïi se taire. Aussi prend-elle Tenfani sans souffler mal et s'en va-t-elle ainsi, trop heureuse encore de Ta voir, quel qu il soit, et s'en va-t-elle sans garantie aucune^ snns In moindre assurance que son nourrisson ne porte pas lo germe d'une infeclion héréditaire*

Eh bien, ce que cette nourrice n'a pas osé dire, est-ce que la Société, parlant au nom de tous, parlant au nom de Téquilé et de riolérél public, n'aurait pas le droit de le dire et de le récinmer pour elle"? Est-ce ijue la Société ne pourrait pas imposer aux parents du nourrisson la contre-partie de robligation qu'ils ont imposée h là nourrice? Est-ce qu'elle ne pourrait pas exiger d'eux une r^<:(proeilé de garanties dans le contrat intervenii avec la nourrice? N'y aurait-ii pas un moyen quelconque d'obtenir cette rrciprocilé, sinon toujours, au moins en certains cas. et pour un certain ordre de cas? C est là ce que s'est demandé votre Commission, et nos efforts se sont dirigés en ce «en^.

Aurons-nous abouti à quelque chose qui vous satisfasse pleinement, messieurs? Nous n'osons l'espérer, car le problême est, croyonenous, de ceux qui ne comportent guère la possibilité d'une solution pleinement et absolument satisfaisante. Tout au moins avons-nous è vous proposer une mesure qui, si elle était adoptée, réaliserai!, nous ?îemble*t*il au moins, un progrès réel, une amélioration, une réforme utile dans Télal de choses actueL Je m'explique.

Il n'est pas à espérer qu'on parvienne jamais à ériger en pratique générale lobligation de garanties réciproques dont nous parlions à

50 MnOPIIYLAXlË PUBLH^UE DE LA SYPHILIS,

rinslatiL Kl tela pour une raison bien simple, <!>sl que nous n'avons! rien a voir dans tout contrat prirè qui inlervienl cnlre uut^ faniille et une nourrice. Une nourrice cons<*nt à recevoir un enfant dans telles ou telles conditjiins, sans garantie aucune, je suppose. Il lui plaît de le recevoir ainsi^ ou bien elle a confiance dans \i\ faniillc i|ui le lui donne. Nous serions malvenus, non autorisés lout a il moins, à exiger d'elle i|u*elle exige une garantie de celle famille. Kn tout cas, il est de fait que les contrai*^ privés échappent à toute surveillance adtninislraiivn ou autrCt et que la loi n'y permet aucune ingérence* De ceux-ci , tionc, ne parlons pas, puisqu'ils nous échappenLat nous échapperont toujours.

Mais il n'en est plus de m^me, notez-le bien, pour les contra 1*^1 qui se font par rintermcdiaire des bureaux de placement. L'Administration, en eiïeU a la haute main sur les éiabtissements de ce | genre, ilepuîs la loi du !i:i drr*enibre t87L f/est elle qui leurconfi*re ce qu*on appelle rautorisation préalable^ qui en surveille les agisse* nients, les locaux, les conditions de salubrité, qui môme y entretient ] un registre-journal, <' lequel tloit iMre coté el paraphé, à J^aris et à Lyon, par le commissaire de jjolice, et, dans les autres communes, par le maire», elc, etc. Ici, donc, il suffirait d'un arrêté préfectoral pour interdire aux nourrices qui viennent se louer dans ces éla- | blissemenls d occepter un enfant dont la santé ne fût pas garantie I par un certificat médicab

Eh bien ! ne voilà-L-il pas précisément la solution que nous! cherchons? Nous ne voulons pas qu'un enfant soit confié sapsj garantie à une nourrice; or, cette garantie, nous tenons un moyen de Texiger, et de Texlger non plus au nom de la nourrice (les familles se moquent bien delà nourrice), mais d'une façon imper* j sonnellc et bien plus imposante, c'est-à-dire de par une formait lé {égaie à remplir.

En un mot et pour préciser actuelleraent, nous demandons qu'un | arrêté préfectoral complète, sous la forme suivante, les obligations j auxquelles sont assujettis les bureaux de placement :

a Nul n^est admis à prendre une mnirrice dan^^ nn bureau de pluce~ ment que sur la prèsenhtlhn tfun cerliffcai métHeal, cerlifirai garaniîssfint la nourrice conh'e tout risque d'affeclion eonlagieuse qui pnar-\ rail lai être transmise par son nourrisson. "

Et quant à la teneur dudit certificat, nous la voudrions conçue! à peu prés dans les termes que voici :

w Je soussigné, [hnleur en médecine, demeurant a .♦., etc., ceriifie qt/il n'est pa^s â ma connaissance que (es parents de t enfant X*^A auxquels je donne mes soins depuis.... {préciser i^ époque), soient afA fecîés d'aucune maladie hérédilaire qui puisse être transmise à Ai [ nourrice chargée d' allai fer cet enfant. »

Telle est du moins la formule à laquelle, non î^uns longues dis-J

eussions el nombreux amendemeois, nous nous sommes enfin arrêtés

i't (|ue nous vous proposons.

Or, qu'arriveraii~il, si Tobligalion d*un tel certificat venait à passer ^lans la pratique?

I) abord, nous ne supposons pas un seul instant qu'il puisse ja^ mais se trouver un médecin qui, connaissant l'état syphilitique d'une famille, délivre à celle famille un le! certificaU au mépris de ce qu'il sait être la vérité, au mépris de ses plus sacrés devoirs.

Nous ne voulons pas admetlre davantage la c*Mjpable complaisance d'un médecin délivrant un certincal de ce genre A une famille jusqu'alors inconnue de lui.

De sorte que, privées du eerlificat médical ohiiffaifiùr, aviTlies à l'avance par leur médecin que ce certificat ne pourra leur être délivré, les familles syphilitiques, ou tout au moins ban nombre d>utre elles, aboutiraient k faire ce qu elles devraient toujours faire, c'est-à-dire à garder leurs enfants chez elles pour les y allaiter au sein materneh

On nous dira : « Mais ne voyex-vous pas que ces familles, ne pouvant trouver de nourrices dans les bureaux de la Préfecture, en chercheront ailleurs? »> — Oui, sans doute, répondrons-nous, eela pourra se faire. Mais, d'abord, il est moins commode de se procurer une nourrice directement que d'aller en prendre une dans un bureau de nourrices, et cette seule difficulté arrêtera bien quelques familles. Puis, nous avons un espoir, c'est que la protection conférée par le certificat médical attirera dans les bureaux un plus grand nombre de nourrices; et fieut-êlre même, h la longue, les nourrices isolées, enhardies par Tcxemple de leurs eompagnes, en vieadront-elles à réclamer pour elles la même garantie.

Toutefois, messieurs, nous ne nous faisons pas illusion sur la portée et la valeur de notre moyen prophylactique. Ce moyen, nous ne le présentons pas comme une î?auvegorde at>solue el générale, loin de hV. Nous ne vous le donnons que pour ce qu'il vauL D'abord, avons-nous dit, il ne s'adresse qu'à une certaine catégorie de nourrices. Puis, il n est pas de ceux, comme nous venons de le voir, qu'avec un peu d'adresse on no puisse éluder. Mais, en fin de compte, il ne sera pas inerte; il réalisera forcément, croyons-nous, une certaine somme d'heureux résultats. Or, u'aboulirions-nous, de par lui, qu*à diminuer de 40 p. 100, de 30 p. 100, le chilTre des rontagions qui sont transmises aux nourrices par les nourrissons hérédo-syphilitiques, ce sera lu un résultat qui, bien qu'imparfait, n'est certes pas a dédaigner.

Somme toule, messieurs, nous étions acculés à deux alternatives : ou bien ne rien faire, en laissant subsister l'état de choses actuel, et vous savez ce qu'il vaut; ou bien tenter — comment dirai-je? — un

pboputlaxie publique de la syphilis.

palliatif, une demi-raesure, un demi-moyen qui, tout en restant fort ïHoigné de la perrection, fût cepencJafil susceptible de réaliser quelque bien> de constituer un progrès. Notre choix ne pouvait ^tre dotilaux.

Tel est, messiieurs, le résumé des travaux de votre CommiRâlon.

Comme conclusion, permettez-nous» au terme de cet exposé, d'ajouter un dernier mot.

Ou votre Commission s'illuâionne absolument, ou du débat qui ne peul manquer de surgir ici relativement aux ^andes questions que nous venons d agiter devant vous résultera quelque chose d'utile i\ la cause publique.

Jamais occasion plus solennelle n'a été ofTerle à la prophylaxie de la syphilis d'aftjrmer à la lois et son urgence, sa nécessiLé sociwle, et ses ]m[)errecUons, ses lacunes actuelles.

Si nous pouvons quelque chose contre la syphilis, c'csl le moment de le faire ou jamais. C'est le moment ou jamais de secourr la poussière du passé, d abandonner les vieil les routines, d*en finir avec les systèmes usés, venu oui us, impuissanl^, et de tenler un elTorl nouveau, elTort conforme à lesprit moderne, etîorl digne de rhygiêne et de la science modernes, etTort pouvant être fécond en heureux résultais, ( IHM7).

(le Rapport fui suivi d*untî très longue discussion, à laquelle prirent siirLoui pari, sans parler des membres de la Commission, MM. Larrey, Roussel, Legouest, Lagneau, îïardy. liochard, Trélat, Rrouardel, Vidal, Oujardin-Beaumetz, tiesnier, Laborde, elc.

Finalemenl, l'Académie aboutit à adopter, h Vunanimité (l)^ Tensemble des résolutions suivantes:

{Il M. RicoHti^ Prdîiïdenl de !a ComiTiission. tenait css^enlL^tlement â celte r/runimité. Ce fut pour lui un but eonsliinl de Tobt^nir. ■ Il ne fauLpap^ répélait-il »ai»* coftâe, que sur dca queiUonB de cet ordre il y ail désaccorcL IJ ne faut pas, alors que les réfioiutïonii de l'Académie seront portées devAnt le Parlement, qu on pro6ie da certaines dJssidonceB -^ en général plus appnrt^nies que rëelJes — pour s»e débairmsaer de nous en nous diaant : « Oui, ce sonl là vos eonclusioni^ à vous, n une cerlaJne frac lion de TAcAdémie, voire d la majorilé ; mais pEusieurâ de von collègues sonl d'opinion contraire; or, des deux partie, lequel a raison ? Commencez par vous mettre d'accord, et nouîi écoutcronis alors voh doléances. ■> — Aussi bien, pour obtenir celte bienheureuse unantmilé. la Commission B-t-ellc dû parfois faire quelque» concessions, voire renoncer à cerlaitli articles de son progranimef comme on pourra en ju^er par le parallèle de se» conclusionB, à eNe, avec Je» rêsolulions de rAcftd<*mie.

Somme toute, TiPHpiralion de M. Hicono éUiL excellente, puisqu'elle a abouti à démonlrer que TuruiniVnii^ de rAeadéniie pouvait se réunir sur un certain |^raup« de questions de prophylaxie, toutes des plus importantes, des plus esaentieltes à la sauve^ai-de publique.

BÉSOLtniONH DE L*ACA DEMIE*

I. — L^Académie appelle ralLenlion deTautorilé sur les développements qu*a pris la provocation sur la voie publique, dans ces der* nières années notamment, et en réclame une répression énergique.

IK — Elfe estime qu1l y a nécessité manifesie d'assimiler à cetlc provocation de la rue divers modes non moins dangereux qu'a revêtus, surtout de nos jours, la provocation publique, à savoir : celle des boutiques ; — celle des brasseries dites à ^ femmes «i; — el, plus particulièrement encore» celle des débits de vins.

IlL — Elle signale a Tautorité d'une façon non moins spéciale la provocation qui rayonne autour des lycées, des collégei^, et qui a pour réstiltal Texcitation des mineurs à la débauche.

IV. — Ces divers ordres de provocation ayanl pour conséquence la dissémination des maladies syphilitiques, rAcadémie réclame des'^ pouvoirs publics une toi de police sanitaire réglant et fortitiant Unterventjon administrative, en particulier à réfçard des mineures, et permetlanl d'atteindre la provocation partout ou elle se produit.

V. — La sauvegarde de la santé publique exige que les filles se livrant à la prostitution soient soumises à rinscription et aux visites sanitaires.

VI. — Si l'inscriplion n'est pas consentie par la fille à qui Tadmi* nistration Timpose, elle ne pourra être prononcée que par Taulorilé judiciaire.

VIL — Toute 011e qui sera reconnue, après examen médical, affectée d'une maladie vénérienne, sera internée dans un asile sanilaire spécial.

VIIL — Les filles inscrites seront soumises à une visite hebdomadaire, visite complète et de date fixe.

HOSPIIAUSATION. — Th\1TEMENT.

IX. — Le nombre de lits affectés au traitement des maladies vénériennes est actuellement d'une insurfisance notoire. Il sera augmenté dans la proportion reconnue nécessaire par une enquête ouverte à ce sujet.

X- — Cette augmentation du nombre des lits affectés aux vénériens et aux vénériennes se fera, non pas par la création de services spéciaux dans les hôpitaux généraux^ mais bien par la création de nouveaux hôpitaux spéciaux.

XL — Les médicaments propres au traitement des maladies vénériennes seront délivrés gratuitement dans tous les hôpitaux, hôpitaux spéciaux ou hôpitaux généraux.

XIL — Un service de consultations gratuites, avec délivrance gratuite de médicaments, sera annexé à Tasiie sani taire spécial destiné au traitement des prostituées vénériennes.

54 pnornYLAxiE publique de la sypitiLis.

Xlil, — Dans» toute ville de province, loul au moins àm\^ cliaque chef-lieu de départemenl, il sera créé un service spécial pour le IrailemenL des alTections véiiérienaes; et ïes locaux alTeclés â cedil se r vi ce sero n L a i n é n a gés s ii i van l Lo u les 1 es règl es de T h yg i è ne ,

Réformes da^j« i/enseicnement.

XIV. — Ouvrir librement tous les services de vénériens ou de vénériennes (y eompris ceux de Saint- Laxare) à tout éLudîanI en médecine justifiant de mhe inscriptions,

XV. — Il est désirable qu'on exig^e de tout aspirant au doctorat , avant le dépôt de sa thèse, un certificat de stage dans un service de vénériens nu de vénériennes.

XVI. — Attribuer au concours, et au concours exclusivement, le recrutement de tout le personnel médical chargé du traitement des vénériennes à Saint-Lazare (ou dans Tasile hospitalier qui sera substitué à Saint- Lazare).

XVI L — Attribuer au concours» et au concours exclusivement» le recrutement du personnel médical chargé de* la surveillance des tilles inscrites au dispensaire de salubrité publique.

XVII L — Les membres des jurys des «livers concours dont il vient d'être question seront choisis parmi les membres des corps scientifiques suivants : les membres de l'Académie de médecine, les professeurs et agrégés de la Faculté de médecine, les médecins^ chirurgiens et accoucheurs des hôpitaux, les médecins titulaires de Saint -Lazare, Le jury sera nommé par le Préfet de police^ sur la présentulion du doyen de la Faculté de médecme.

Syphilis dans l'abméeet daiNS la makine.

XIX, — Assurer la rigoureuse exécution des règlements militaires, notamment en ce qui concerne les visites de santé, la recherche des* loyers de contagion, Tabandon de toute mesure disciplinaire è Têtard des soldats allée tés de maladies vénériennes.

XX. — S'eiToreer de combattre les progrès incessant?? de la prostitution clandestine, d'une part en éclairant les soldats sur les dangers de cette prostitution spéciale, et d'autre part en réclamant le concours des autorités civiles pour Tassainissement de certains foyers de contamination, soit dans les villes (débits de vins), soitaux alentours des camps.

XXL — Assurer aux soldats syphilitiques, dont le traitement a été commencé h ThôpitaL la possibilité de continuer à leur corps, et sous la direction des médecins de leur régiment, le traitement ultérieur nécessaire à leur guérison.

DEUX RÉPONSES AU TENACE ET SOT PRÉJUGÉ DIAPRÉS LEQUEL « TRAVAILLER POUR LA PROPHYLAXIE DE LA SYPHILIS SERAIT TRAVAILLER POUR LA DÉBAUCHE ».

Influence ïïe la syphilis suh la moïîtalitl infantile (1).

dans la qiiesU

'oihNiEU : .... Je ri int*^ivi(*ndrai, messieurs, dans la qiiesunn qui préocrupe acluellemetit T Académie [D^^populalion de la France), que pour aborder un seul poinl sur lequel mes études spéciales me permeUronl d'apporter è cette tribune quelques documenta dignes d'intérêt. Je veux parler de la part qui revient à une grande maladie, la syphilis, dans refTroyable morialiié du premier âge^ cause principale de cette dépopulation relative de notre pays qui nous înquiéie tous à tant d'ép^ards.

La dépopulation — au moins relative — qui menace notre pays tient à deux causes qui ressortent de toutes les statistiques, à savoir : d'une pari, natalité inBuftisanle ; et, d*autre part, mortalité excessive, aiïectant d'une façon toute particulière le premier âge.

De là, tout naturellement, ces deux remèdes indiqués par la théorie : faire qu'il naisse plus d'enfants, et faire que, de ceux qui naissent, il en meure un moins grand nombre.

Mais, à répreuve et en ce qui nous concerne, nous médecins, que valent ces *leux remèdes ?

Je ne vois pas, pour ma part, grand fonds à faire sur te premier, Avec M. Lefort, je ne crois guère qu*il soit au pouvoir des médecins d'augmenter la natalité de notre pays, tout au moins dans une proportion sensible. D'autant, paraît-il, que, d'après M, Hardy, nous ne prêchons pas d'exemple. Et m'est avis que tous les plus beaux discours, toutes nos exhortations patriotiques ou autres, toutes nos remontrances, ne modifieront pas d'une façon bien efficace le regrettable état de choses que nous déplorons.

Reste donc seulement le second des deux remèdes en question. Ah ! pour celui-ci, c'est une autre alTaire. Avec lui, nous voici sur un terrain meilleur, où nous pourrons être plus utiles ; et c'est sur ce terrain que noselTorts devront, si je ne m'abuse, aboutir à de sérieux résultats.

(1) CommunicaLiûiT à rAcad<^mié de médecine, lUBIï.

INFLUENCE DE LA SYinflLlS SUH LA MORTALITÉ INFANTILE, 57

Et, en êiïêi, diminuer la morlalilé du jeune dge, cela rentre dans tiod attributions usuelles? et spéciales; cela est» par excellence, œuvre *rordre médical; cela est de nature à éveiller toutes nos solliciludea, à lenler tous noâ labeurs.

Kh bien, enTespèce, que faire pour arriver à ce résultat?

De toute évidence, on ne parviendra à diminuer d'une façon réellement efficace la mortalité qui pèse sur le jeune Ûge qu'après en avoir déterminé les origines, les origines multiples» complexes el variées. lE conviendrait donc, à mon sens, comme préface des etlbrts il tenter en cette direction, d'instituer une enquête aussi étendue, aussi complète et aussi minutieuse que possible, sur les causes morbides qui alîectent la première enfance, non moins que sur les ronlitions antihygiéniques qui la déciment. Il conviendrait que chacun de nous apportât à cette enquêleles résultats de son expérience pei*sonnelle. Car, à ce prix seulement nous pourrons réunir les éléments divers d'une intervention répressive à la fois ralionnelle en principe et active en pratique, pour combattre et atténuer les causes de mortalité qui menacent le jeune âge, et pour les combattre parles troisordres de moyens dont nousdisposons, à savoir : moyenshygiéniques (exemple : cette surveillance si nécessaire deralimenlation de Tenfance, dont nous parlait récemment M. Hardy): — moyens administratifs (exemple : Tadmirable loi Roussel); — et enfin, moyens médicaux.

C*est dans cette conviction, c'est pour apporter à cette enquête nécessaire mon contingent personnel, que je prends la parole actuellement.

11 est dans les études que je poursuis une cause de mortalité qui aiîecte spécialement le jeune âge et qui, par son intensité, par sa fréquence, s'élève au raufç d'un véritable facleur de dépopataiion, ainsi que je le démontrerai par ce qui va suivre. Eh bien, il m'a semblé que cette cause devait trouver sa place dans la discussion qui nous occupe en ce moment, qu'elle devait être signalée, étudiée, appréciée comme elle ne le mérite que trop ; et c*est pourquoi me voici à cette tribune.

Donc, ce que je me propose est ceci :

l*" Etablir par une série de statistiques que la syphilis prend une large part dans la mortalité du premier âge; et préciser, s'il est possible, les conditions particulières qui, en Tespèce, rendent ladite maladie plus ou moins redoutable :

'2" Signaler d'une fa<;on très sommaire (quitte à revenir sur cette question de prophylaxie, si rAcadéraie ta juge digne de son attenlioD) les moyens divers à mettre en œuvre pour atlénuer dans la mesure du possible cette cause spéciale de mortalité.

r*JlQ[M[VLAXiE IM'BLTVlt; DE I.A bYI'imjS.

La 5^yphilis, ai-je dit, esléminemmenl meurtrière pour les jeunes,

Dr cela je fou mirai inaintaB preuves. A savoir :

I, Voici» d'aboni, une premier** slalistique composée de 200 observa lions personnelles, toutes relatives à des sujets syphilitiques qui se sont mariés en état de syphilis latente et qui ont eu rheureuse chane*" de ne pas conlagionner leurs femmes. ,

Ici, donc, pères syphilillqaes et mères saines, j*euiends indemnes de sypbilis. Cette première staUstiquCi en conséquence» va nous permettre d'apprécier rinlluencf* de Vht¥édile t^xvîiisivtfment paternelle.

Besoin est de préciser au préalable deux poinls, à savoir ' 1° que ces tiOO observations ont loutesété recueillies dans la pratique de ville (ce qui a son importance, comme vous le verrez dans un instant) ; — 2° qu Viles portent sur les cas les plus divers^ les plus opposés, qu*à dessein j'ai laissés confondus, parce qu'ainsi se présentent les choses en pratique, c*cst-à-dire sur des cas où des sujets syphilitiques se sont, imposé un long stage el un long trailement avant de se présenter au mariaj^e, comme aussi sur des cas précisément inversL*s où des malades ont contracté mariage d'une fa^on absolument prématurée, cVsL-à-dire à une époque plus ou moins voisine de la contamination initiale.

Gela dit, voyons ce que nous fournit cette statistique.

Ceci : 403 grossesses; - el, sur ce nombre, '28ft enfants survivants* conlre 1 15 enfants mofls» et tous (à quelques rares exceptions) morts soit avant de naître, soit en naissant, soit à courte échéance (de quelques jours à quelques mois}.

Proportion, en chiffres ronds : Sur HM> naissances, 28 morts; c'est-à-dire plus d*une mort sur I naissances.

En autres termes, les enfants issus dun père syphUi tique et d'une mère saine meurent^ du fait de la syphilis paternelle, dans la proportion d^au moins J sur L

IL Mais ceci n'est rien relativement à ce qui va suivre : Bien au I rement pernicieuse devient rinduencede la syphilis, alors qu*elledérive

de la mère seule ou des deu^r parents. Lorsque dans un ménage, la mère vient h être Louchée par la syphilis, ou lorsque sa syphilis, à elle, s'ajoute à celle du père, une mortalité que je ne puis qualifier d'une autre épithète que celle d'effroyable sévit sur les enfants issus d*une telle union. Vous allez en juger.

Il suffira d'abord de rappeler un fail banal, connu de tous, à savoir la prédisposition singulière des femmes syphilitiques à Tavortement

IXFLUENCE DE LA SYPHILIS SPft LA MORTALITÉ INFANTILE.

et à racrowchemenl prématuré, fnutile de ci 1er dvs exemples nouveaux a €e sujet.

Mais, ce qu'il importe de spécifier, pour le point que nous avoiii^ en vue^ c'esl que rinfluenee de la syphilis se prolonge souvent *ur plusieurs grossesses et se Lraduil de la sorte par des avorlemenl"!?* muliipie^. parfois étonnamment répétés.

CV^l ainsi qu'on a vu des femmes syphilitiques (mariées soit à des sujets syphilitiques, soit môme îi des sujets sains) avorter deux, irois, quatre^ cinq^ six^ sepl et jijsqu*à onie fois de suite. •

Exemples du genre :

Une dame de mes clientes, jeune, bien constituée, contracte la svphilis de sou mari dans les premiers mois de son mariage. Elle devient enceinte i fois en trois ans et avorte 4 fois.

Une de mes malades de Saint-Louis, également infectée par son mari, a eu 6 ^ossesses, qui se sont terminées par i> avortemenls ù échéance de trois, quatre ou cinq mois.

Grefberg a relaté le cas d'une femme syphilitique qui, bien que mariée à un homme sain, fit o/ne ftin&ses eouches en dix ans, et plu?^ tard amena à terme un enfant infecté de syphilis*

Mais, en Fespèce, je n*ai rien vu jusqu'alors de plus dé mon st rai if que le fait suivant, où le même couple engendra de superbes enfants avant la syphilis, el n'abouLiL plus, après la syphilis, qu a procréer une séné d'enfants morts. En deux mots, voici ce fait :

tu jeune ménage commence par avoir trois enfants vivants et vigoureux.

Puïs, dans une aventure ou plutôl une mésaventure extra-conjugale, le mari contracte la syphilis et la communique à sa femme* Ultérieurement celte femme devient enceinte sept fois. HésulLal de ces 7 grossesses : ^avortements et 4 accouchements prématurés avec enfants morts.

Mais passons sur ce premier ordre de faits, bien connus de tous, el poursuivons.

LlnOuence de l'hérédité maternelle ne se traduit pas seulement par l'avorte ment. Elle s'exerce encore, sur les sujets qu'elle laisse arrivera terme, de diverses fa«;ons que je n'ai pasi'i dire ici, ne traitant pas un sujet de syphilis, mais qui ont cela de commun, en ce qui nous i n t é resse po u r Ti n s ta n t , d'aboutir à une mort a lit é co nskiéra hte^ e t à une mortalité qui sévit particulièrement sur le jeune âge, c'est-à-dire qui offre son maximum de quelques semaines à quelques mois après raccouchement.

Il est môme — soit dit incidemment — telle condition particulière oii cette mortalité atteint un chiffre formidable. Ainsi, on peut poser ceci en axiome :

Un enfant conçu par une femme au cours d'une syphilis récente,

*tO PROPHYLAXIE PUBLIQUE DE LA SYPHILIS,

datant de moins d'un an environ, es! un enfant presque falaleracnt condamné « mori.

En aulres termes, une Tenime» devenant enceinte an cours d'une syphilis qui date de quelques mois, ou bien avortera ou bien accoucliera (avant terme ou à terme) d'un enfanl qui ne Lardera pas à mourir. Cela est presque fatah TouL au moins suis je amené à ce résultat d*après ce que j'ai vu; et ce que j'ai vu, le voici :

J'ai dans mes notes l'histoire de 44 femmes de ma clientèle privée, qui sont devenues enceintes alors qu'elles étaient atTeclées d\ine syphilis Loute récenle (quelques-unes même avaient regu simultanément de leur mari et leur enfant et leur syphilis). Or, quel a été le résultai de ces 44 grossesses? I*'couteE-le, dans sa navrante simplicité :

43 enfants morU; 1 seul enfant turvivënl {ï) \

43 morts sur 44 naissances î Quelle proportion ! En vériié, si la syphilis restait meurtrière h ce degré dans toutes ses périodes, je ne vois guère quelle maladie lui pourrail être comparée comme agent de dépopulation.

Mais ceci, heureusement, n'est le fait que d'une étape morbide dans révolution générale de la maladie. Donc, n'insistons pas davantage, et efforçons- nous, au contraire, d envisager d*ensemble rinlluenee de la syphilis sur la descendance des sujets d la thèses.

D'une façon générale, quel est le sort des enfants issus d*une mère syphilitique, par conséquent (comme c est le cas de beaucoup le plus habituel) d'un couple syphilitique? Une seconde statistique va nous rapprendre.

10(1 femmes syphilitiques (ayant reçu, pour la presque totahié, la syphilis de leurs maris] ont eu 20S grossesses, qui, h les envisager seulement dans leur résultat le plus formel et le moins sujet à erreur, a savoir la mort ou la survie de 1 enfant, me fournissent les résultats suivants :

Cas lie iurvic ..,,».»»,....,.,,., . . * • , ,,,.,........ 60

Cas de mart (avorté m en là, accouchements prémaluréB, morU-néa, enfants morts, pour rénorme majorilé, à courte écliéance après raccoucbemenl, et mort» de causes retiûnneUemeni imputahleit à ta ajplùlîs) , , . , ...*.....- 148

ToUI ...,,,.,. "iôi

Remarquez bien, messieurs, cette lamentable proportion de 118 enfants morts sur i08 naissances; ce qui équivaut à une mortalité de 71 p. HM».

(1) Ces 43 eus de mort se subdivisent Hinfli : 37 fausses couche*; — 6 cas d'enfunts morts^nès; — 8 cas où (es en fan U sont venus vivants, pour succomber U' un t* demi-heure â qtiîiijic jours ; — et 2 cas seulement où ils ont survécu, l'un six semaines et Taulre sept mois.

INFLUENCE DE £lt SyPOILIS iUR LA MORTALITÉ INFANTILE. 61

Et notez, je vous prie, que ceïl?i Sïtatisttque concerne exclnsivi*ment des malades de la clientèle privée, c^ost-à-dire des familles appartenant à la bourgeoisie, voire potir quelques-unes à rarislocratir, e'esl-à-dire des classes sociales où la gravité de )a syphilis trouve trois facteurs d atténuation, k savoir : Thygiène, rintelligence et les soins médicaux, — Donc, que sera*cc à Thôpital ?

A Thôpital* ce chitTre de morLalilé, quoique considérable déjà, s*élève encore. De cela voici la preuve.

Comme proportion de mortalité des enTanls issus de femmes syphilitiques, une statistique que j*ai dressée à Lourcine et portant sur les sept années que j'ai passées dans cet hôpital , me fournit le chilTre terrifiant de 80 enfants morts sur 100 grossesses.

De même, un de nos très estimables confrères, M. le D' CofOn, a vu, à Lourcine^ 28 grossesses de femmes syphilitiques se terminer de la façon suivante :

El an aoùl Ênfani survjvunl !

Avec toute apparence de raison on pourrait dire que cette mortalité excessive, extraordinaire, trouve une raison spéciale dans le public spécial qui compose Lourcine. Et, en effel, comme chacun le sait, les malades de Lourcine sont (pour la plupart au moins et réserves faites pour de très hoïiorables exceptions) déjeunes prostituées qui s'adonnent à tous les excès^ qui commettent toutes les Imprudences imaginables^ qui se traitent aussi mal que possible, ou, pour mieux dire, qui ne se traitent pas du tout le plus souvent, et qui rechercheiii plutôt quelies ne redotitenl ravortemenl.

Et, d autre part cependant, je vous ferai remarquer qu*à Sainl- Louis, dont le public féminin est à coup sûr bien plus relevé et tout autre qu'à Lourcine comme composition moyenne, la mortalité de^i enfants issus de femmes syphilitiques n'est que peu ditîérente de ce qu elle est à Lourcine. Exemple :

Sur l48 naissances, 125 morts et 23 enfanls survivants.

D'oiï cette proportion de mortalité : B4 p. UXh

Aussi bien, comme conséquence de ce qui précède, cette polymorlalité des jeunes aboutit-elle souvent, dans les familles où sVst i n t ro 1 1 u i te la vé ro 1 c , ^i dépmp îer le fo^ er d om esliq ue. Ce serai t a b u se r de votre attention, messieurs, que de relater à ce propos des faits particuliers. Mais vous me permettrez bien tout au moins de citer quelques chilTres, empruntés à diverses sources, relativement à cette mortaliié des enfants dans les ménages syphilitiques :

Cas du D"" Augagnem* ....,...,,,.,..,,.--*..*.. 5 natftsances ^ mort^

(!iitf dlIuLchmison .. ............ b — 4 ^

Cas du DM!, Roger ..,, 5 — 4 ^

Cas de Berlin , , , h 0 -- 5 —

62 IMIOI'JIYLAXIE PUBLiyUE DE LA SVl'mLlS.

Cas de Oehrend , «.*,....., 11 nuisH^iiiCfis n tnoris

Cas de Tuhrmann, ........,,...,.....,.,,,... . 11 — 8 —

Cas de Boînet * ...*... ...,».^., y — « —

Casdu D'' LoPileiir, U — 10 —

Cas tie Hryanl ,. .♦.. 12 — H -

Ca* de t^rrd .,...♦...*., , - , 12 — 11 —

Etc., pic.

Puis viennent encore d'autres cas où la syphilis fait plus que des vides, à savoir le vide coniplel dans certaines familles^ oit elle fait — passez*moî le mot — laLie rase. Et alors, autant de nainstinveSy fi II ta ni de dévés. Exemples ;

Observfiilion de Gazii^iia^é. ...,«..., . . , .., >..,.«.* 4 naissances A morts

*- d'Artëaga ,..,,.,..,,......,,.».,,- 1 — 4 —

— de Tanner .,.....,....,..........,► H — 6 —

" de Trousseau ,......,..*,. ... B — 6 ^ ^

— d'E. WiUon-. » — s —

Enfin, J6 doisà mon collègue et ami, le D' Hibemont-Dessaignes,

professeur a^rég*!* de In Faculté, accoucheur de ThApîtal Reaujon, une observation constituaïit en Tespece ce qu'on pourrait appeler ii un comble *>, su! vaut l'expression à la mode* Celle observation est relalive à une femme qui reçut la syphilis de son mari des les premiers temps de sou mariage , qui ue s en Imita pas, tl est vrai, el dont 19 grossesses ont abouli à 19 morts 1 Les fi premières grossesses se sont terminées par expulsion d'eufanls morts et macérés, et les 1 1 suivantes ont donné des enfants qui sont tous morts entre un et six mois.

Eh bien ! raes.sieurs, je vous le demande, en face de pareils résultats y a-i-iï exagération h il ire que la syphilis lient une large place dans les causes de celte dépopulaliou ou tout au moins de celte insuflisence d accroîssemeni de notre population qui préoccupe aeluellement l'Académie ?

J'ai déjà cité bien des chifi'res^ messieurs, el cependant j'en dois citer encore. C/est qu'aux statistiques qui précèdent el qui me sonl personnelles j ai besoin maintenant d'en ajouler une autre qui leur servira de conlirinalion. Et de cela voici le pourquoi.

Ces statistiques, que j'ai déjti produites (partiellement du moins) à propos d*une aulre question *]ui m'a longlemps occupé (la question du mariage des sujets syphilitiques}, n'oni pas trouvé grâce devant tout le monde. Quelques-uns de mes confrères les ont taxées d exagération, a Vous voyez les choses trop en noir, m a-l-on dit quelquefois; en réalité la sypbiîis est moins meurtrière pour les enfants que vous ae lave/, avancé. D'ailleurs vous étes^ mauvais juge en la question^ parce que loul naturellement les cas graves vont dans les services spéciaux, tandis que les cas moyens ou légers, qui sont en somme les plus nombreux, restent ailleurs, etceux-lt!, vous ne les voyez pas. »

iMFLUENXE DE LA SVl^liiLIS SUR LA MOnTALITK INFANTILE.

Eh bien, y m voulu savoir ne que valait au jusle l'objecLion qui m*élaiL l'aile ; j'ai voulu, passez-moi Texpression triviale, tirer les choses au clair, et me rendre cornple des ri^suîiats observés par mes confrères. Dans ce but, voioi ce quej'af fait depuis plusieurs années. ('haque fois que, dans mes lertures, Je rencontrais une observation a itère a te n ce point spécial, c'est-à-dire une histoire de syphilis dans un ménage, jeu prenais note 1res soigne nsemenl et consignais dans nn regisle or/ hoc les données de l'observation relativement à la mortalité des enfanls. De la sorte je suis arrivé à constituer une slatii^lique que ysip^eWeï'm la statislique (k loul ie monde (moi ^viaï exceptéj, el que personne en conséquence n'aura droit d'altaquer, que personne ici ne récusera, car nombre des cas qui y figurent sonl empruntés à d'illustres noms qui ont dans cette enceinte un absolu crédil, ceux, par exeni[jle, de Depaul, de Trousseau, de Parrol, de Jacquemier, de MM, Hicord, Henri Roger, Diday, Marjoliri, Lancereaux, Siredey* Lannelongue, etc. — Or, si je conmilte aujourd'hui celte statistique, j y trouve ceci :

i91 grossesses observées dansdes fa milles syphilitiques (un seul des deux parents étant syphilitique ou les deux parents étant syphilitiques il la fois; fournissent un total de :

109 CBâ d' enfants vivimU» contre SH^ cas d^enfrtnts moris.

f'roportion ramenée à tant pour ÏCH> : 7" enfants morts sur KR».

Or, cette proportion est seni?iblement identique (si ce nesL même supérieure) ù celle qui ressort de mes statistiques personnelles.

D'où il suit que j'ai vu ce que tout le monde a vu, et que mes chitlVes concordent exactement avec ceux de I observation générale.

Bh bien, concluons mainlenani, el, comme conclusion, faisons, si

vous le voidez bien, la moyenne de Loutes les sLalisliques précédentes, pour apfU'écier d'ensemble la mortalilé ini'anlde de la syphilis dans les diverses conditions que peut présenter T hérédité morbide et d'après les divers observateurs qui se sont occupés de la question.

La moyenne des six statistiques précitées aboutit au chitTre de mortalité que voici :

08 enfants morts sur 100 dans les familles syphilitiques» en tenant camp le de tous les cas, voire des plus favorables (c'est-à-dire, par exemple, de ceuxouJo p^re seul est syphiliti(ïue et oii le père n'a abordé le mariage qu'après im long stade d'expectation l't de Irailemenl .

Maintenant ai-je la prétention, messieurs, dé vous donner cechiiTre (08 p. HKl) comme représentant l'exacte et atisolue vérilrfdes choses?

b1 PBopiryLAxiE publique de la syphilis.

Bien é videra meut^ non. Ce chiJTre, certes, reste sujet à revision, «raprës des siaLiBliques encore plus élendaes. Sans doute aussi il pourra varier quelque peu suivanl lo hasard des séries. Mais, à coup SÛT, il fi'esl pas éloigné de ce que j'appellerai la vérité moyenne, car il repose actuellement sur près de 150(1 observations empruntées à des sources très diverses, et je ne le crois guère destiné à subir dlmportantt*H corrections des résultats que l'avenir nous réserve.

Or, étant donné ce chiffre, et étant connue, dautre part, Tindéniable fréquence de la syphilis dans toutes les classes de notre société, une conclusion â*impose : c^estque la syphiiis prend une pavi importante^ eon^idéraUe, dans la morialiié de fen fonce ^ et conséquemraent f/ utile a sa place parmi les facteurs de dépopulation que nous nous efforçons de déterminer actuellement.

Tel est, messieurs, le premier point que je tenais à vous soumeltre.

Ola posé, dois-je ra'engager maintenant dans Texposéet la discussion des divers remèdes qu'il conviendrait d'opposer a l'état de choses que je viens de décrire? Non. certes. Car le labeur serait étrangeri dans les innombrables détails qu'il comporte, au sujet de la discussion actuelle. Je saurai me restreindre, en me bornant k de simples généralités.

Ce qu'il faudrait réaliser, pour atténuer dans la mesure du possible^ celte désolante mortalité de ta syphilis héréditaire, ce serait r

1" De nous défendre contre la syphilis mieux que nous ne le faisons actuellement ;

-2" De mieux traiter, de traiter autrement la syphilis qu'on ne le fait en général ;

'M De nous montrer plus sévères que nous ne le sommes en général r. lativement au mariage des f^ujets en état de syphilis.

Donc : prophylaxie générale de la syphilis; — traitement de la syphilis; — et question du mariage dans la syphihs ; tels seraient les trois sujets à mettre en discussion ici, tous trois considérables et susceptibles d'enfanter des volumes, ce que du reste ils ont fait déjà. Je me garderai de les aborder, de les cflleurer seulement- J'ai indiipié des têtes de chapitre, mais je ne remplirai pas les chapitres, et vous demanderai seulement la permission de vous présenter, k propos de chacun des trois points en question, quelques réflexions ou mieux quelques doléances très sommaires.

1, A coup sûr, nous nous protégeons mal, nous nous protégeons insuffisamment contre la syphilis. Le système prophylactique qui est

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