INFLUENCE DE LA SYPHILIS SUR LA MORTALITE INFANTILE
censé nous* défendre €onlre elle repose sur d anciennes prescriptions administratives que tout le monde attaque, que tout le monde coudamne [à des points de vue divers et parfois opposés» il est vrai), mais qui nen subsistent pas moins. Le vieil édifice craque el croule de toutes parts, mais il n'en reste pas moins debout. Et force est de convenir que nous ne nous en inquiétons guère. Nous nous désintéressons étrangement de tout ce qui touche la vérole, au moins comme mortalité el comme prophylaxie. V'oyez plutôt.
Certes, on meurt de la vérole avec une certaine fréquence, comme je viens de le montrer dans ce qui précède, et inutile de dire qu'il n'est pas que les enfants qui en raeurenL Kh bien î lisez nos statistiques mortuaires, lisez, par exemple, le Bniielin hebdomadaire de xia* tistiqite municipale, qui — fort bien conçu d'ailleurs et très utile à d'autres points de vue — nous rend compte des diverses causes de la mortalité parisienne, Y est-il jamais question de décès d'origine syphilitique? Le mot de syphilis n y est même pas consigné.
Nos conseils d*hygiène se préoccupent-ils vivement des questions de prophylaxie nntivénérienoe? Il n*y paraît guère d après leurs publications. Ainsi ]*ai vainement feuilletéi ces jours-ci, une douzaine des derniers volumes de leurs Compies tendus sans y trouver quoi que ce soil qui ait trait à la syphilis. Et je ne saurais mieux faire que d'invoquer ici le témoignage de notre secrétaire annuel, le D' Proust, qui me disait ceci mardi dernier : « Depuis dix ans tjue je fais partie du Comité d'hygiène, jamais je n y ai enUmdu souffler mot de la syphilis. »
Puis, consultez nos grands IVaités d hygiène. Leurs auteurs, ici présents, me pardonneront-ils une critique ? La question de prophylaxie est à peine abordée dans leurs excellents livres. Seul, M. Colin y consacre tjueh|ues pages intéressantes, mais surtout en ce qui concerne l'armée el T importa lion maritiuie de la syphilis. M. Bouchardat, le vénérable doyen de Thygiène, traite seulement la question en une demi -page. Et pour M. Proust, suivant une expression que je lui emprunte, il n*en soufïle pas mol.
Le Conseil municipal, il est vrai, s'est emparé de la question il y a quelques années, et j'aurais mauvaise grâce h oublier qu'il m'a fait riionneur de me demander un projet de réglementation de la prosti* tution parisienne. Mais il a dû renoncer, paraît-il, à ses velléités de réformes; et, pour mon projet, il dort actuellement^ dans les cartons administratifs, d'un sommeil paisible, qui sera sans doute pour lui Féternel sommeil.
Si bien qu'un étranger, jugeant les choses de loin, les jugeant seulement d'après les docu men ts ad mi n istra tifs, pou rrait croire ^ sera i l mt'ime autorisé à croire, d'une part, qu'on ne meurt pas de la vérole parmi nous, puisque nos statistiques officielles ne nuMitionnent aucun cas de décès par celte maladie, et, d'autre part, que tout est au mieux
66 pROPH\T.AXtE PUBLIQUE DE LA SYPHILIS.
t*hcz nous en ce cjui concerne la prophylaxie anLisyphililique, puisque ceux qui ont charge de la sanlé publique à ce point de vue ne se préoccupent guère d améliorations ou de réformes à introduire dans lesyslènieen vigueur.
Et cependanl tout n'est pas au mieux, tant s'en faut. Pour ne pas décrotlre d'intensité, la vérole ne diminue pas plus de fréquence. Tout au contraire, elle s accroît comme nombre. De cela je suis persuadé, bien que je n'aie pas en main les éléments d'une slatistique probante, presque impossible d'ailleurs h fournir. Et conimenl, du resle, en serai Uil auLremenl, étant donnée la licence actuelle donl jouit et profite la prostilulion parisienne, étant donné surtout le développernent considérable de ce tiuon appelle la provocaiion puhlifjue, laquelle ne se contente plus des carrefours et des boulevards, mais a envatii les théâtres, les cafés, les cafés-concerts, les « brasseries à femmes >i, — celle peste nouvelle de noire siècle (1), — les abords des lycées et des écoles» les parfumerîeSi les gares de chemin de fer, les trains de banlieue, les magasins de ganterie, de photographies, d'antiquités? El j'en oublie.
Plus de tenlalions, plu^* de défaillances; et plus de dér»illances plus de contagions. C^ela va de soi, et ces différents termes s* enchaînent logiquement,
IL — J ai dit, en secotid lieu, que, si nous voulons atténuer les désastres de la mortalité hérédo-syphililique, il Ta ut que la syphilis soit traitée mieux et autrement qu elle ne lest en général.
Consultez, en eflVl, les observations nfi fif^i-urent ces nvortements multiples, ces morts nmlliples d'enfants dans les premiers jours ou les premières semaines qui suivent la naissance, et vous trouverez qu'elles sont relatives, pour rénorme majorité des cas, à des malades qui, ayant contracté la syphilis, ne s en sont traités que d'une faron notoirement insuflisante, c*est-à-dire quelques semaines nu quelques mois.
Puis, écoutez d'autre pari les récriminations des malades aitisi frappés dans leur progéniture, C/csl invariablement le même thème: « Si Ton m'avait prévenu de cela, si Ton m'avait dit qu*il fallait nie traiter longtemps^ môme après guérison des accidents que jai présentés, je me serais traité et j'aurais évité de tels malheurs, etc, «
De là, pour nous, ce double enseignement :
1" Ou*il faut traiter la vérole plus longtemps qu'on ne le fait en général. Ce n*est rien exagérer â coup sûr, que d'exiger d'un syphilitique plusieurs années de traitement pour lui conférer une immunité complète en tant qu'époux et père;
(1) On en comptait à Piïit lïl «u moii de juin 1863 (Voy. Mtcé, Le Mtrtieë àê ië
tûreié, Pem, lâM).
INFLUENCE DR LA SYPMIUS StR LA MORTALlxè IKFAKTILE- 6?
2^ Que tout le traitement d*^ la syphilis ne consisle pas à formuler des ordonnances de mercure ou d'iodure de potassium. IJ y a autre choseà faire que cela, mesemble-t il, étantdonnèos lesconséquonces sociales que comporte la maladie. Et notre strict devoir est, non pas de faire à nos malades des conférences sur la syphilis, mais de les éclairer calégoriquementsur les dangers (lul peuvent dériver de leur m^ï pour autrui ^ toutsptVcialemenl pour leurs femmes et leurs enfants à venir. Il est de leur intérêt, comme de llnlérôt de tous, que nous leur disions, par exemple, que la syphilis n'est pas une maladie comme une autre, avec laquelle tout est lîni quand les symptômes actuels sont elîacés; — qu'elle exige pour guérir un traitement méthodique et extrt^mement prolongé; — qu elle est contagieuse, et surtout contagieuse par ses manifestations les plus légères el les plus inofTensives en apparence, celles conséquemmenl dont on ;?e défie le moins; — qn elle peut reteniir sur les enfanls q\ot^ qu'elle n'a pas été suffisamment traitée, etc., etc.
Et j*ajouterai, à un autre point de vue qui nous est personnel : Tout cela est absolument essentiel à dire à nos malades, car il importe à la dignité médicale qu'ils ne puissent pas plus tard exciper de leur ignorance de telles choses^ en rejetant sur nous — comme ils le font très souvent, je le répète encore — la responsabilité de désastres dont ils sont seuls coupables.
II L — Que de fois encore n'ai-je pas entendu des matadesqui, s*étant mariés prématurément, avaient eu le malheur de communiquer la syphilis à leur femme et île perdre, du fait de la syphilis, un, deux, trois, quatre enfants, que de fois, dis-je, n'aije pas entendu de tels malades mettre en cause leur médecin à ce propos et formuler contre lui d'amcvres récriminations telles que les suivantes : i* Pourquoi mon médecin m'a-t-it laissé marier? l*ourquoi ne m*a-t-il pas dé fendu de me marier, lui qui connaissait mon état ? S'il m'avait averti des dan* gers que ma syptiilis comportait pour le mariage, j'aurais attendu^ j'aurais renoncé ^ mes projets. C'est lui le coupable, et non moi. »
Certes, messieurs, tous les syphilitiques qui entrent dans le mariage ny entrent pas » avec la permission de leur médecin «. lieaucoup ^e privent de cette permission et, soit par ignorance du danger, soit par indifférence, soit par crainte d'une réponse qui irait à IVncontre de leurs projets, s abstiennent de venir nous consulter sur leur aptitude au mariage; sans parler même de ceux qui nous consultent simplement pour ta forme, bien décidés par avance à n'en faire qu'à leur tôte, quoi que nous puissions leur conseiller. Mais, enfin, ÎI en est bon nombre aussi qui viennent h nous très loyalement, très honnêtement, cl qui nous acceptent comme arbitres de leur destinée^ j'entends de réchéance possible d'un mariage exempt de dangers pour leur future famille* Or, je dois le dire et pourrais le
PBOI'JIVLAXIE rL'BLlyUE DK LA SYPHILIS^
prouver pièces en mains, nombre de dos confrères semonlrent d'nnc tolérance singulière en ce qui concerne le mariage des syphilitiques. Tout au moins ai*je dans mt's noies une centaine d'observations relatives à des sujets syiihilitiques, qui, sVHanl maries dans la seconde année, voire dans la première année de leur maladie — et cela, mont-ils assurt^ avec rassentiment de leur médecin — ont eu gravement à s en repentir et ont expié cruellement cette faute. Certes, lepoque où un snjet syphililique peut s'engager dans les liens du mariage sans risque d*ôlre dangereux pour sa femme et plus encore pour ses enfants [c'est là le point qui nous intéresse actuellement) est beaucoup plus tardive qu*on ne le croit en général. Je me garderai de di^^ou ter cette question pour Tinstant; mais, en deux mots, permettez-moi de dire qu'il est toujours périlleux de laisser un syphilitique contracter mariage avant un stage de trois ou quatre ans, et de trois ou qualre ans utilement employés à une dépuration thérapeutique su rOsante. Le mariage étant chose facultative, à laquelle personne n est contraint — surtout contraint à terme fixe, comme pour un service militaire ou une échéance de loyer, ^ c'est bien le moins en vérité qn nn sypbîliliquc, candidat au mariage, s'impose, avant de franchir h seuil «Tune mairie, l'expeclatiou nécessaire à le rendre non dangereux pour sa future famille*
Or, comme nous sommes fréquemment consultés à ce sujet, il suit de là qu'il dépend de nous de diminuer, au moins dans une certaine mesure, les résu liais néfastes de ces unions prématurées dans la syphilis, cest-^*dire d'atténuer cette elTroyable mortalité qui pèse sur les enfants issus de parents syphilitiques.
J*ai fini, messieurs; et, après vous avoir remerciés de votre bienveillaule attention, il ne me reste plus qu'à formuler les deux propositions suivantes comme résumé de ce qui précède :
1^ La syphilis constitue uoe cause active et puissante de mortalité inTantile; et Ton peut évaluer au chiffre appoxiraatîf de Oft p. tOO le tribut qu'elle prélève sur les enfants issus de parents contaminés;
2* Les remèdes propres à diminuer cette cause spéciale de mortalité infanllle sont de deux ordres : les uns dVjrdre médical Uraitement méthodique et suffisammenL prolongé ; prohibition des unions prématurées dans la syphilis); les autres relevant de Thygiène publique (prophylaxie générale de la syphilis).
Les premiers sont entre nos mains, et il dépend de nous, en les appliquant d'une fagon rigoureuse, d'atténuer efQcacement la morta* lité inlanlile d'origine syphilitique.
Les seconds sont au pouvoir de TAdministration, des Conseils d*hygiène, des corps politiques. Chacun de nous, sans que j'aie besoin de le dire ici, sait à tpiel point ils sont défectueux, insuffisants, illusoires. 11 serait bien temps de songer à les améliorer.
DOCUMENT STATISTIQ11E
Messieurs,
Dans un rapport récent que j'ai eu Thonneur de lire devant TAcadémie, j*ai élé amené d'une façon tout incidente ù signaler un pri^jugé vulgaire, ^*mineniment fait pour nuire à la cause de Ja prophylaxie pubtîque de la syphilis. Tel est le point sur lequel je désire revenir aujourd'hui, avec quelques délails circonstanciés.
Le préjugé en question est le suivant. Nombre^ de personnes, parmi les gens du mondes à la vérité (mais notez que ce sont les gens du monde qui font et édiclent les règlemenis relatifs à ladite prophylaxie, en leur qualité d'administrateurs, de policiers, de conseillers municipaux, de députés, de sénateurs, elc/), nombre de personnes, dis-'je, se représenlent la syphilis comme une maladie dérivant exclusivement de la débauche et exclusivement dangereuse pour ceuK-Ià seuls qui s y exposent on sait comment. « 11 n en est pas, dit-on, de la coula gioû syphilitique comme de la contagion de la variole, de la rougeole» de la fièvre lyphoïdc, de la diphtérie, etc. La syphilis ne va chercher personne ; il faut tout au contraire aller la chercher, il faut s y exposer volontairement, dans une rencontre aventureuse, pour en être victime. ^^
Conséquence : partant de ces prémisses, on se désintéresse voloO' tiers de toute tentative de prophylaxie publique, u Et, en elTet, ajoutet-on, à quoi bon des mesures de prophylaxie pour proléger des gens qui pourraient tout aussi bien et môme bien mieux se proléger euxmt^mes? A quoi bon tout un arsenal de règlemenis administratifs et pohciers pour réaliser ce que réaliserait bien mieux el plus sûrement la simple observance personnelle? k» Elc, etc.*
Un tel préjugé mériterait tout au plus les honneurs d'une simple
(1) CommunîcQUoi] â rAci»démiçcl« M î'deei tic, octobre IS^T.
mention, s'il rpsiailinolTensir comme conséquences, comme résultaU prali(|aeB. Mais comme il eslde nature — vont* venez de le voir — à
desservir d*une farongravenienl préjudiciable les inléréts de la sanlé publique, il doit être dénoncé à Tattenlion et énergiquement combattu .
Loin de moi, touterois, le projet dlnstiluer ici une réfutation en règle et in e.tienao de ce déplorable préjugé, en démontrant toute une série de choses qui, pour des médecins, sont àen vérités acquises. Chacun de nous sait que la syphilis s'égare souvent, très souvent» en frappant tels ou lels sujets qui sembleraient devoir être à Tabri de ses alteintes. Que de fois chacun do nous ne Ta-t-il pas vue sévir soit sur des femmes mariées et honnêtes, qui expient de la sorte la faute de leurs maris; — soit sur des enfants ; — soit sur des nourrices; — 501 1 sur les enfants, le mari, les nourrissons de ces nourrices; — soit sur les bonnes, les gardes, l'entourage de ces enfants, etc., etc. ! Sans parler encore de ces lamentables contagions professionnelles dont ont été maintes fois victimes des médecins, des sages-femmes, des élèves en médecine; — sans parler encore de ces contaminations « domestiques w, comme on les appelle, que réalise fréquemment la vie en commun au contact d*un sujet ou surtout d*un enfant syphilitique. G est ainsi que, récemment (à ne citer que cet exemple), j'ai relaté rhistoire d'une véritable « épidémie de famille » dans laquelle .%ept personnes subirent les ricocliets d'une syphilis introduite par une nourrice dans un très honnête ménage.
Je passerai donc sur tous ces points, de notoriété acquise, pour n'en retenir qu'un seul, Tun des plus importants à la vérité et celui sur lequel la démonstration est la plus dîfllcile, ta plus délicate à fournir, et même n'a pas été tentée» que je sache, jusqu'il ce jour.
Ce que je me propose seulement d'étudier dans cette courte note
est ceci :
Sur un nombre donné de syphilis féminines, observées dans un certain milieu, combien en cst-il qui dérivent d'une contagion inunérilée'l
Ou bien, en autres termes et d'une façon plus précise : Sur un nombre donné de syphilis féminines, combien est- il de femmes qui aient contracté la syphilis dans les conditions moralement et socialement irréguliêres qu'on a Thabi tude déconsidérer comme les origines exclusives de la maladie; et combien en est-il^ d'autre part, ayant recjula syphilis dans des conditions précisément opposées, c'est-à-dire l'ayant reçue honnélemenî, irrépvoehahiemeni ?
Insoluble à l hôpital, où nous ne connaissons guère nos malades que sur leurs déclarations et sans contrAle possible, un problème de cet ordre ne peut être aburdé que dans la clientèle de ville. Là, en afTet, il nous est souvent permis de pénétrer dans l'intérieur des
Tainilles, d'apprt'^cîer le milieu moral où nous obBervons, de recevoir des di'^cl a rations intimer, parfois môme de réunir les conjoitilâ, de comparer les symptômes morbide;^ sur les deux époux, et d en élablir ta fdiation aulhenlîque de Ton à lautre. C esl donc là que j'ai posé el poursuivi le problème. Comme pièces^ h conviction, je me suis servi des notes que j*al TliabiLude de rerueillir sur mes clienls syphtlîiîque«, de farjon à pouvoir surveilJer, sans défaillance de mémoire» le traitemenl de longue haleine qui ewl nécessaire h leur maladie* Ces noies, je les ai dépouillées senipuleuseracnL, pendant les loisirs des vacances dernières, par rapport au point spécial que j'avais à cœur d'élucider; et voici ce (ju Viles nvouL fourni.
Depuis mon doctorat, c'est-à-dire depuis vingt-sept ans, j'ai reçu dans mon cabinet 887 femmes atîectées de syphilis (défalcation faite d*UTi certain nombre de cas où lediagno9lic« pour des raisons diverses, esl resté entaché de quelque incertitude).
Or, en premier lieu, ces 887 cas peuvent être catégorisés en deux groupes nettement définis el absolument dislincls comme origine, lesquels se sont présentés dans ie rapport numérique que voici :
1» Cas de typhtli* d'oHgme *e3t«dle. . ,..,,... ,^ ♦. . SIS
S« CftB de Bjrphilis d'ori^ne non vénéHenne. ....,«.,...,..» O
Totale PBT
Ce second groupe (disons- le immédiatement pour eu finir tout aussitôt avec lui) est composé de ras très variés, n'ayant de commun entre eux que ce fait d'une origine non vénérienne. On y trouve :
7 c*fi de sjphitis d'origin* héréditaire;
4 cas de iiyphilja atrcidctiteUemeTit contraclëe dans l'enfance:
5 cas d'infection trtmsmiNe à des nourrices par des naurrisaons hcrédilairiatnent syphiUlitfuea ;
b cas relatifs à des saj^eï»- femmes qui furent infectées aux doigts
ou  la tiifiîn dans Texercice de leur prûfeiiaiini ; 13 cas de conLs^on domestique, dérivant dfi nourfissons, d'enfants,
de noumcen ou de bonnes en étal de syphilis (tous olïservés
sur des femme» mariées ou sur des jeunes lilles); 3 cas de syphilis tranftniise par le vaccin :
3 cas dû syphilis tran^itiise par ]& citthéténsme de la trompe d'Eustarhc;
1 ci$ consécutif â un viol ;
4 cas d'orii^ine restée inconnue, maïs d origine très corlainement étrangère & toute contamination d'ordre vénérien.
"Total M5
Ce sont donc là, îi coup sûr, avec des origines variées, 45 cas rentrant dans la catégorie dece qu'on a appelé In syptiiUs des innocents, nyphiiis insontiitm, comme disaient nos pères. C est donc là, conséquenimeiii et par exoellence, une première série de cas méritant le qiialilicatiC de syphilis imméritées.
Liur nombre s'élevanl à 45 sur un total de 887, le pourcentage éiablif qu'elles s^onl à lenï^emhle des syphilis de tout ordre dans une proportion do 5 p. 100 i5,07 p. 100, exaclemeni}. En conséquence, c'est dire tout à la fois el qu elles sont rares» relativement, el que cependant elles constituent, bien qup rares, une certaine moyenne qui ne saurait être négligée.
Maïs venons aux cas du premier groupe qui nous intéressent dune fai^on pUis directe.
Ce premier groupe se compose, avons-nous dit^ de 842 cas de syphilis dérivant de con Laminât ion sexuelle.
Or, î^ur quelles femmes ces 842 cas ont-ils été observés? Quelle était la situation sociale, quel était Tétat civil de ces femmes? Cest là, pour la question que nous étudions actuellement, un point essentiel à déterminer, et c'est Jà précisément ce que j ai essayé de résoudre par le dépouillement de mes dossiers.
Eh bien! de mes notes et de mes souvenirs, scrupuleusement interrogés à cet *%ard, il résulte que ces 842 femmes peuvent être dislribuécs en Irois catégories de la façon suivante :
t" Femme» eppartenanl au monde galaxiL, * irréifutièreg i
de tout (fenre .,,.,, *.-..*,.....* .,,.-. âô0
2" Femmes mariées .....,.....* ..,.,., * . 330
À^ Femmes de condition sociale restée inconnue ...,.»*.,.., Î5fl
Total ,.,.. a45
(Juçlipies explications sur ces divers chiffres.
t. — 11 m'a été impossible 256 fois de connaître la condition sociale de mes malades.
lîegrellable au point rie vue de la statistique actuelle, Timportance de ce cliiiïre n*est en rien faite pour vous surprendre. C'est qu'en effet le médecin qui est consulté dans son cabinet par une femme et consulté à propos d'une maladie syphilitique aurait vraiment mauvaise grâce à ouvrir une enquL^Le sur Tétat civil de sa cliente. 11 reçoit les confidences qui peuvent lui être spontanément faites à ce s^jet par sa malade ; mais les plus élémentaires convenances lui interdisent d'en provoquer. Je n'insisterai pas.
IL — En revanche, 586 fois j'ai pu catégoriser mes malades dans les deux groupes précités, à savoir r femmes du monde galant ou femmes mariées.
Or, sur ces 586 malades syphilitiques, 3*i6, ai-je dit, appartenaient au monde galant, ce dont témoignait sans interrogatoire un certain habitus qui ne trompe guère un te il quelque peu exercé, ou bien ce qui résultait de leurs propres déclarations. Celaient toutes des femmes de vie irrégutlére, depuis la fdle entretenue du grand monde, la cour-
lisane de haute marque. Jusqu'à la basse prostituée de brasserie ou d a r r ière- boutique.
Lcî^ détails de réparti lion de ce groupe ultra-complexe na nous intéresseraient qu'aceessoiremenl pour la question actuelle. Je les passerai donc sous silence» exception faile toutefois pour un seul point, à savoir la haute moyenne pour laquelle figure dans ce groupe le monde féminin des théâtres. Soixante-cinq femmes du dit groupe, en efîet, étaient des filles de théâtre, c*est-iVdire faisaient partie de celle lourbe interlope qui ne prend place dans le public artislique que pour le salir et qui compose ce qu*on pourrait plus justement appeler la Prosliliidon sur tes planches.
IIL — J'arrive en troisième lieu au point le plus curieux de cette statistique, à celui que je me suis proposé de mettre en relief dans celle communication, vu les résultats inattendus, surprenants m^me, dirai-je, qu*il va nous révéler.
Je veux parler de la moyenne relalive pour laquelle prennent place parmi les femmes afîectées de syphilis qu'on observe dans un cerlain milieu (à savoir le milieu de la clientèle de vjllo) les femmes du mùnde réyutivi\ \e^ Te m m es hon né tes* les femmes mariées.
Eh bien, voîci cette moyenne, telle qu'elle résulle de mes notes.
Sur les 586 malades dont je suis parvenu à connaître la condilion sociale, 220 étaient mariées, ou &e dînaient mariées (car, en somme, je n*ai pas vu leur contrat de mariage, bien entendu),
Çueile proporlion, loul d*abordl
Il nous faut, il est vrai, apporler h ce chiffre quelques défalcations nécessaires, de fa<;on h le ramener à son taux véritable.
Betranchons-eu d'abord — ce n est que trop jusle — 10 cas relatifs à des femmes qui, mariées, tenaient la syphilis non pas de leur mari, mais d\in amant; — de même 10 autres cas dans lesquels les maris, examinés par moi, furent trouvés sains; — de même encore 2 cas où la syphilis fut constatée sur les deux conjoints, mais avec impossibilité médicale d'établir lequel Tavait transmise ^ Tautre.
Défalquons même encore dudit chilTre, pour nous lenir à Tabrî de toute erreur, 34 cas dans lesquels je n'ai pas vu les maris. Tous ces ca*i concernent bien des femmes mariées ou se disant telles » qui prétendaient énergique ment tenir la contagion de leurs maris. Mais n*ayant pas eu, je le répète, Toccasion de visiter ou d'interroger ces 34 maris, je sacrifie ces 34 cas; je n'en veux pas tenir compte, et cela en vue de ne pas entacher de la moindre suspicion le chiffre définitif qu'il me resle mainlenant à produire*
Or, tous ces décomptes fails, toutes ces éliminations accomplies, il ne m*en reste pas moins un total de 164 femmes mariées ttijant reçu
74 PBOPHVLAXIË PUflLIQLTE DE LA SYPHILIS.
la Êyphilh de leurs maris. Pour cellesr-ci, pas de «loule, pas de discussion possible. Elles tenaient bel et bien, loules, la syphilis de leurs maris. Car j'ai vu» de mes yeux vu lesdits maris; je les ai examinés et les ai trouvés syphilitiques, et syphilitiques de par une inrection antérieure à celte de leurs femmes ; je les ai interrogés et j'ai reçu d'eux leurs aveux* leur confession, leurs remets, leurs lamentations. Lpsijns(au nombre de 8:3), sypIiibliquesa/i^e^H/j^/as^s'élaienl mariés prématurément, en étal de syphilis non guérie, syphilis qu'ils avaient Iransmise à leur femme soil directement, soit par rinlcrmédiaire d'une concepHon. Les autres (au nombre de 39) avaient contracté Tinfection />os/rtw/>/ra5 dans une escapade amoureuse, puis avaient conlagionné leurs femmes soit par le chancre initiait soit plus souvent par des accidents secondaires, soit encore par une conlami* nation fœtale (1).
Voilà donc — et ceci en toute assurance — un total de cent soixanie-fiiiatre femmes qui ont été honnêtement et conjugalenjent infectées de syphilis. Et nolez bien (j'ai besoin encore d'insister sur ce point), notez bien que ce chiiîre est certainemenl un minimtim.nn minimum très sûrement inférieur à la réalité des choses, puisque à dessein j'ai éliminé de ma statistique un certain nombre de cas douteux, dont quelques-uns à coup sûr auraient pu justement ren* forcer le chiffre en question.
Eh bien, ce minimum admiscorame base de discussion, abaissonsle encore, si vous le voulez, en assimilant au public des femmes galantes tonte la catégorie des malades (au nombre de 256) dont la condition sociale est restée inconnue de moi, et voyons quelle moyenne relative il représente.
Calcul fait, cette moyenne relative oscille entre 19 et 20 p. ICM> Mettons 19,
C est-à-dire que, sarceni femmes a/feciées de syphilis, on en iromte qualre-vingl-une (ipparlenant à ta catégorie des irréijaliêres de tout ordre ^ cl dix- neuf appartenani à celle des femmes mariées.
Quoi! Dix-neuf femmes mariées sur cent femmes syphilitiques l Quoi ! Une femme mariée sur cinq femmes syphililiques.' N est-ce pas là une proportion énorme, exlraoï'dinaire? Oui de nous, messieurs, se fût attendu aune pareille révélation de la statistique ? inavoué que, moi-même, je suis resté stupélait devant ce résultat et qu'il y a trois mois, avant d'avoir commencé le dépouillement de mes dossiers,
(1) Pour les quaranle-troisatiireg cas, j'ai ndgtigt^ de spcçiHcr duns mes noies «î rinrecUDn du mari dlaii antérieure ou poât^neurti au mariage. Lacune reji^^rei^ Ubie, dont je m'accuse et saurai me garder à L'avenir. — On me permettra de dire â ma dt^char^re que les observations &ur lesquelles est ba^ée la staUstiquequ précède n'avaient pis été recueillies en rue* de la question acLucïle.