NOURRISSONS SYPHILITIQUES
Messieurs^ il est cerlaines questions — et ce ne sont pas toujours les moins graves — qu'on n'a guère roccasion d aborder à HiôpilaU et qui se présentent danfs la pratique de ville d'une façon assez fréquente.
L'une de ces que*^lions va nous occuper aujourd'hui. Elle est relative à la conduite que doit tenir le médecin, aux obligations, aux devoirs qui incombent au médecin, aioi^s qu'il se trouve placé entre un nourrisson î^ypliililique et une nonrrict que cet enfant a ou non infectée de syphilis.
Question grave, comme vous le pressentez par ce simple énoncé ; question s imposant dans la pratique avec une fréquence qu'il est malheureusement impossible de méconnaître; et néanmoins question absolument négligée dans les livres classiques, sacrifiée, omise même le plus souvent, ou tout au plus h peine ébauchée*
De cette absence d'édurution sur un sujet aussi spécial résultent naturellement, pour le jeune médecin, des difficultés, des embarras, des incertiîudes île plus d'un genre. De là, sans doute aussi, ces erreurs, ces défaillances, et, disons le mot, ces fautes, que les tribuoauic, en quelques circonstances regrettables, ont pu reprocher à certains de nos confrères et dont j*aurai loccasion de vous parler au cours de lexposé qui va suivre.
Vous si*^naler les difficultés, les surprises, les écueils, qui surgiront devant vous dans les questions de ce genre; vous tracer, comme l'en tendent nos maîtres et nos lois, la ligne de conduite que vous aure^à tenir en semblable occurrence ; vous fournir les enseignements ou les remarques qui ont résulté pour moi de mon expérience personnelle dans ces matières délicates, tel sera en somme, messieurs, le sujet de notre réunion.
1^1) Lf^çona professées àThi^piUldc Lourcinc enlS77iît publiée* alori dini V Union médittile,
Cesl là un sujet où presque â toial In^itniit la prophylaxie et tn méÛMcme légale •<; côtoient, «fl coudoient, si bien qu*jl est difficile de lus disjoindre» ce qui ©KpUquera le e»rictère qui si -mixte de cette étud«p
rnOPHYLAXIE rtiBLi^UE DE LA SYPHILIS
J^enlre de plajn*pied dans la question.
Vûus voici, je suppose, eiiez un clîenl, dans une famUle. On vous a fait mander pour un tout jeune enfant, âgé de quelques jours, de quelques î^emaines, de quelques mois au plus. Vous examinez cet enfant, et vous recounaissez sur lui des signes évidents de syphilis et d'une syphilis manifestement héréditaire,
Or, cet enfant n'a pas été nourri par sa mère. Il ret^oit le sein d'une nourrice.
Cette nourrice, naturel lement* vous êtes appelé à lexd miner h son tour. Et alors» de deux choses Tune :
Ou bien, vous trouvez celle nourrice saine; saine, du moins en apparence et à s'en tenir aux signes négatifs actuels (vous comprendrez plus tard le motif de celle réserve) ;
Ou bien, vous la trouvez infectée, el infectée de telle façon qu'il ne saurait rester le moindre doute sur lorigine de sa maladie ; c est de son nourrisson, sûrement, qu'elle a reçu la contagion.
Telle se présenie» je suppose, la situa lion, messieurs.
Eh bien^ en pareille circonstance, qu'avez-vous à faire? Voilà ce qu'il importe de spécifier de la façon la plus nette, la plus catégorique.
Vous avez à faire, d'abord, ce pour quoi Ton vous a mandé, ce pour quoi vous êtes consulté^ à savoir ; vous occuper de l'enfant; lui prescrire un moi le d'alimentation, une hygiène, un traitement.
Mais est-ce tout ? Non.
Cela fait, les obligations de métier accomplies, deux devoirn s*imposent encore au médecin, au médeein vraiment digne de ce nom ; deux devoirs pour lesquels il n'a pas «^ lé mandé, que personne ne songe à réclamer de lui, do ni personne ne lui saura gré, mais que sa conscience d'honnête homme rend obligatoires pour lui et auxquels il ne faillira pas ; deux devoirs, relatifs l'un à la nourrice, et l'autre à la société; je m'explique.
Ce n'est pas tout, en pareil cas, que de satisfaire une famille en prenant soin de son enfant. La situation nous crée el nous impose deux autres obligations que voici.
L'une, c'est de sauvegarder, si cela est possible et s*îl en est temps encore, de &f.nivcgurik'r,éï^-'i^, la nourrice^ menacée par l'enfant d'une contagion redoutable.
L'autre, c'est de sauueganier la société, menacée par la nourrice.
Kn autres termes, nous devons faire, d'une part, que la nourrice ne reçoive pas la syphilis de son nourrisson, et que, d'autre part, celte nourrice, si elle a eu le malheur d'être conlaminée, n'aille pas à son tour déverser ailleurs la contagion.
Laissez-moi ajouter encore, pour vous donner immédiatement une
idée gL*nçraIe de ce qui va suivre, que Taccom plissement de ces deux devoirs ne sf^ra pas toujours cliose aisée pour le médecin. Loin de là* Il se heurtera dans cette voie à nombre d'embarras et de difficultés d'un genre tout spécial ; il rencontrera des résistances, des oppositioris, dont il ne viendra pas à bout sans etlorls, sans discussions pénibles, sans froissf^mciits, sans combats. Et, sachez bien encore ceci, comme prix de cet honnête el utile labeur, il ne recueillera le plus souvient que peu d'honneur et de gratitude contre beaucoup d'ennuis, de tribulations et de désagrémentj^. fVest h\ ce dont j'aurai toutes fîicililés pour vous convaincre^ au détail du sujet que nous allons maintenant aborder.
Heprenons la question où nous lavons laissée.
Vous êtes dans une lamîUe, en face d*un enfant syphilitique, d'une part (syphilitique hérédilairemenL, bien entendu), et, d'autre part, d'une nourrice, qui ou bien est encore saine, ou bien a déjà re<;u Tinfection de TenfanL
Qu'avez- vous à faire, et que devez- vous faire ? Tel est le problème qui se présentée dét>altre.
Divisons d'abord les cas, comme la pratique même les divise, et discutons séparément la conduite à tenir dansées deux alternatives, les deux seules possibles, k .savoir : ^ .^^
l* Nourrice encore saine -,
2<* Nourrice déjà contaminée.
ni
Premier ordre de cas : Enfant sifphiiitîque el nourrice saine.
Ceci est le cas le plus simple, Car, aussi nette, aussi formelle que possible e^^l la conduite k tenir en pareille occurrence. El celle conduite se résume en ceci :
' Séance lenanfe, faire suspen<Jre VaUnilemeni de ce nourrisson âtfphtliliqae par cette nourrice saine.
Sans la moindre hésitation, sans le moindre reîarcl, le médecin doit empêcher que celte nourrice saine eonlinueun instant de plus à donner le sein à cet enfant syphilîlique.
El pourquoi*' Tout nahirellemcnl, parce que cette nourrice saioe, si elle a pu échapper justju'a ce jour a la contagion, recevrait aujourd'hui, demain on plus lard, celle contagion, en continuant à nourrir un enfant contaminé.
PIlOïniYLAXlE PUBLIQUE DE LA SYPHILIS-
Je ne ili?5 pas [notez bien ceci) que faLâlement, nécessairemenl, inévitablement, celte nourrice recevrait la syphilis de f^o a nourrisson. Car dire cela serait excéder la mesure, et pins d'une fois on a vu des nourrissons syphilitiques ne pas inlecter Jeurs nourrices. Mais ce que je prétends, el ce qui est l'exacte , la stricte vérité, c'est que, dans les conditions où elle se trouve placée, celle nourrice a toutes chances pour conlraclLu' la nialaiiie, c'est qu'il y a loutes probabilités (renfant même n*aurait'il pas actuellement d'accidents contagieux) pour qu'elle iiVkdiappe pus à la contagion (1), Et, pour anirmer cela, je n'ai malheureusement que lembarras du choix dans les preuves à fournir. Ouvrez vos livresi messieurs, parcourez les journaux de médecine, parcourez les journaux de droil, et vous Irouverez des' centaines de fa ils où il est question de contagions semblables, c'est-î'i-dire de contagions s exert^anl de nourrissons à nourrices. Des exemples d'infection syphilitique transmise de la sorte par l'allaitement ne sonl plus à citer aujourd'hui* 11 en existe un nombre procligieux flans les annales de la science, et chaque médecin pourrait en grossir la lisle par des cas empruntes à sa propre pratique. J en ai déjà observé plus de quatre-vingts pour ma seule part. A ce point que, sans exagération, on peut poser ceci en principe: Toute nourrice saine, allai lanl un enfant syphilitique, court grand risque de contracter la syphilis, et n'y échappe que rarement.
De cela, messieurs, la conséquence est formelle, au point de vue qui nous intéresse essentiellement, nous praticiens; et cette conséquence est la suivante :
Un médecin ne doit pas permelîre qu'un enfant stjphiiUique soit altaiié par une noufTice saine .
Mais j entends déjà Tobjection qui s*élève : it (Test une chose grave, me dira-t-on, que vous formulez là. Quoi 1 vous propos d'enlever sa nourrice à cet en fan l^ à cet enfant malade \ Il est déjà bien périlleux de sevrer un enfant sain, bien portant, car on sait par une triste expérience ce que vaut rnllaitement arlificiel. (Combien le biberon n a-t-il pas tué d'enfanlS| et J enfants qui, robusles, vigoureux, tant qu'ils étaient au sein, ont ilépéri aussitôt jusqu'à en mourir dès qu'ils ont élé privés de leur nourrice! Or, cet enfant à qui vous parlez d*en lever sa nourrice est un enfant malade, chétif, malingre peut-être, portant en lui le germe d*une alTection
\i) « L'aUçLiLciiiçnt, en cfTeL, cumiiii; fa tort bien dit M. le, D^ BJondeau, oITre tvB eonditiona de loute» les plu» ffivortibte» â la Cûnta^ion dé La vérole. Kn iouLe outitr cireonsUure, Iq cOûLact înlVclant n'ejil Jamais auâti fréquemment répété. BU5si hnguemeni itroiongéf qii*il Vc^^l ici cntio la bouche du noumwson, âlfccl^c d'accident» susceptiblesi de s'inoculer, et le ma m cl on de \a nourrice^ (îiie l'cLat d'i^rélhii^ine dunn lequel il crilrc pur te lait de la BUcdon cicercécaur lui rend éfTiinenimeHt ajile à rabsor|>Uon des humeurs viruLenUi, « [G^t, dtM hôpitBttx lëStJ, p* 2H2*J
CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE lVlLAITEMENT. 83
grave. Plus que tout autre, il a besoin d*une noïirricc, et vous lui refusez cette nourrice ! »
Eh bien, oui, répond rai-je, je lui refuse cette nourrice — bien à regret, assurément, — nfiai5 je la lui refuse,
Je là Jui refuse, [mrce que je ne me crois pas Je droit de la lui accorder; je la lui refuse parce que je ne me crois pas le droit, pour ôire utile à un enfant, de donner lu véroîe à une femme. La via de renfaiiL serait-elle à ce prix (et elle n'y est rjue trofïsou^'^ent ), je ne me jugerais pas auto^ï^i^ pour la sauver, à risquer la santé d un autre élre, à risquer la santé d'une nourrice en communiquant à cette nourrice une maladie telle que la vérole, maladie grave et susceptible de devenir très grave, maladie dont la gravité vraie n'est pas assez connue, maladie dont la gravité va s*exagérant chaque jour, a mesure que de nouvelles études nous font mieux connaître la redoutable période tertiaire et nous forcent à lui rattacher des accidents dont la spécificité était restée jusqu'alors ignorée. ISon, je le répète encore, mille fois non, nous n'avoûs pas le droit, pour sauver un enfant, de donner la vérole à une nourrice (1 ,
Un enfani a la vérole, il doit être privé de sa nourrice; cela est absolu. Cela est une conséquence cruelle — d'accord, — mais cela est une conséquence forcée de Finfection dont est affligé l'enfant et des risques auxquels il expose sa nourrice.
D'ailleurs, n*èxagérons rien. Patience 1 Et nous verrons parce qui va suivre qu*un enfani syphilitique nVstpas toujours perdu pourélre séparé de sa nourrice. Le biberon ne tue pas tous les enfants, môme syphilitiques (2). Et il est du reste d'autres procédés que le biberon pour alimenter ces malheureux petits êtres, comme j'aurai 1 occasion de vous le dire dans un instant.
(l) Douxoas, pri» «y ha^ard^ tumuîgivcronL de» cûnaéquenc^i possibles d'une iïifnclion au jmnçipç que nous Ibrmulons icL
I. — Un f nfatit, né d'un pùrc s>philiLii|ue» tifvL cuntié â une nourrice saine. U ne larde paa à préi^enter divers accidenls !ïyphiliLic|ue9 cL conlagionne sa nourrice^ Cellc^-ciT à son Laur, Cûnlii|iniïnnc son mari»
Le rtiarî est afTeelé d tine hiUs syphililique el perd unt^iL
Lu femme ént j^nse, quelque» atinees plus t^rd^ d'une paralysie s^-pldli Uque, à hiquelle elle succombe. iD'' Delore, de Lynn.)
IL — Onde inca clients^ s^yphiltLlquc, f^e morie malgré moi, el ne tarde pas é contagîonner »a femme. — Naît un enfant qui (è mon in»u. je crois mutile de Je dire) est contïiS i une nourrice de province.
Cet enfant ne larde pas  présenter de nombreuît iyaipLômes de syphilis, et infecte sa nourrice.
t^tle femme â son toun conlejrionne : l» aon enfani» qui mfnrl a prèsi quelque» mois; 2* son mari. — AJrectée d'une irilin |;rave, elle /lerd un u'/L — Un an plu» tord, elle aceouclie. d'un enfant qui présente des accidents syphilitiques intense» et fiucconibe à l'âge de deui^ moifin
Et ainsi de tant et tant d'au très faits analot^yas que je pouri'eb cUer,
(21 A noter en plus qu'i lépoque où ceci a été écrit, iX n'était pas encora question du Isiii aiériti9é, prëcteuse conquête pour tous et plus spécialement pour no» peUta nyphilitiqueif alort que^ pour une raison ou pour une autres ils ne peuvent être aUaités par leur mère.
PftOPHYLAlCrE PIÎBUÇUE DE LA SYPHILIS.
V^oilàdone un premier point établi : interdire rallaltement d'un enfant syphilitique par une nourrice saine.
Ce précepte etit formel, absolu. Sar lui repose la base d'une ^aine pratique pour U's questions diniciles qui vont suivre. Et pas de transacUon possible avec lui, car il a pour double assise les données de la science et les lois de la morale,
J*însîsteeepeadanl» quoique en apparence il n'en soit guère besoin ; j'insiste et je dis : C'est un devoir pour le médecin dt* proscrire Fallaîtemenl en pareil cas, et de le proscrire : I*" alors même qu'il esl le plus énergiquement sollicitiV réclamé par les parents; — ^ ^'* alors même quVn dépit des risques aux<[iicls il expose, il est consenti» accepté par la nourrice* — .rajoute, en troisième Ucu : cet allai leiuent doit être proscrit pour le présent et pour Favenir.
Quehjues mots de développement sur celle triple propos! Lion,
r — L*amour palernel ou nialernel, il faut bien le reconnatlrê, esl souvent égoïste. Pour le moins, il est souvent aveugle* Aussi rencontrerez-vous parfois, messieurs, certains parents qui, dans les condilions dont nous parlons actuellement, tenteront de vous détourner à leur profit de la seule ligne de conduite à leniren pareil cas.
Il en est, d'abord, d'odieusement cyiiiiiues (j en parle par expé* rience), qui vous diront.^ qui oseront vous dij-e : « Au surplus, peu nous importe la nourrice; notre eulant avant tout! Kt, puisque notre en Tant a besoin d'une nourrice, arrive que pourra à cette nourrice, qui est faite et payée pour nourrir noire enfant. » A ceux-ci vous saurez que répondre, messieurs. Pour Thon ne ur de rhumanilé, ils sont rares, j'ai Uiile de le dire.
Mais il en est d autresaussi qui, tout en déplorant le risque encouru parla nourrice, tout en s'avouant laciïemi'nt coupables, chercheront une transaction de conscience dans les m nécessités »> de la situation, autant pour s'excuser à leurs propres yeux que pour vous arracher le eonsenlement qu'ils espèrent obtenir. « L'enfant est si malade, si exposé» vous diront- ils ; sa vie est au prix d'une nourrice ; devons-nous donc le laisser mourir? Serions-nous bien coupables, mèrae en exposant cette femme, de chercher ù le sauver? Etc., etc, » Cesl là le procédé par attendrissement. Eh bien, messieurs* gardons-nous ici de toute sentimenlablé, pt ayons le courage de ne pas nous laisser attendrir. Le devoir est formel, nous l'avons dit; obéissons an devoir, en dépit de toute autre considération, même des considérations les plus émouvantes, les plus loucliantes. Et ne nous laissons pas aller à ce qui serait, somme toute, une mauvaise action, quelque hoDorable
CONTAMINATIONS oéRlVANT DB L'ALLArTEMEJTT* 85
(Fa î fleurs que pill être en lespfvce b mobile qui nous y entraînerait. Pour (Hre utile à lenFant, je Je réptHe, nous n'avons pas le droit de lui sacrifier la nourrice». Pas plus qui! n est permis de faire la charité avec IcF deniers d'autrni, il ne nous esl pas permis, k nous médecins ^ de faire la charit*!^ k cet enfanl. d'une santé qui ne nous appartient pas.
Kn cequi nous concerne, d'aitleurt?^, la toi nefait pasde transaction. El plusieurs fois, comme je vous le dirai bientôt, les tribunaux ont vivement réprimandé certains médecins qui, en de semblables conditions, avaient consenti, pour un mol if ou pour un autre, à laisser continuer rallaitenient.
IL — Je vais plus loin, et j'ajoute : CVst encore le devoir du médeein de s'opposer h l'allaitement, ahrs même qui! est uvveplé^ consenii par la nourrice^ dû me ni a ver lie de la maladie de l'en fa ni el des dangers auxquels elle x*exjiose.
Quelquefois, arrivant dans une famille en de telles circonstances, vous serez étonné de trouver une nourrice qui, mise au fait de la maladie de l'enfant, aura consenti néanmoins à continuerrallailemcnt. Que s'est-il donc produit? La pauvre femme aura été circonvenue, « L'enfant n*a rien de bien grave, lui aura-f-on dit- Avec des précautions et des soins, les dangers à courir pourront être évités. D'ailleurs, on ne sera pas ingral, on saura récompenser le dévouement dont elle fera preuve, etc. « Quelque peu d'ar^^ent et beaucoup de promesses auront cimenté la convention, pour laquelle on n attend plus, comme sanction morale, — et aussi {n^oubliez pas ce point) comme garantie contre toute éventualité ftlcheuse, — que votre consentement à vous, homme de Tart, à vous médecin, chargé d*endosser la responsabilité de ce qui peut suivre.
Qu'aurez- vous donc à faire en pareille occurrence? Ceci : refuser de la façon la plus formelle, la plus absolue, le consentement, la légitimation qu'on vous demande.
Et pourquoi ? Pour les deux raisons (joe voici :
t* Parce que, d'abord, il est peu ecrUiîn (disons mieux, il est plus que douteux) que la nourrice ait accepté en pleine connaissance de cause. On a bien pu lui dissimuler, non pas la maladie de Tenfant, mais la gravité de celte maladie et les risques qui en dérivenL Certes, pour obtenir son consentement » on a dû moins charger le pronostic que radoucir et ratiénuer. Sans doute on n a pas (rompe cette femme tout à fait, mais on Ta trompée a demi, tlans la mesure du nécesmire; voilà ta vérité,
2* Parce (ju'cn saine morale un contrat nVst valable qu'autant que la nature des engagements souscrits est nettement déterminée. Or, comment cette nourrice seraitelle éclairée, elle ignorante, sur la nature des risques auxquels elle consent k s*exposer, alors que nous.
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d abord; <Jif%suaflez-en la oourrice surlouL Eclairez celle femme sur la gitualion qu'on lui propose ; dites-lui bien calégoriquemenl les dangers qu'elle va courir, Eflbrcez-vous de la persuader qu'elle n'a pas \v droit — pour son mari^ pour ses enfants à venir, pour olle-m(^nic, — de faire ainsi le sacnficê de sâ santé aeiuelle et future.
Que si cependant, malgré tout, malgré vos avertisî^ements repétés, les dvux parties résistent ol s'obstinent Tune et Tau Ire è respecter le pacte conclu, alors tout au moinj^t restez en dehors de telles « affaires » ; n'y compro niellez pas votre caractère et votre dignité de médecin: décline/, toule responsabilité, et cela devant témoins, si possible, afin que plus tard on ne vous accuse pas i comme cela s est vu) de vous être associé pour une pari quelconque à ce contrat malsain. Au besoin même, retirez-vous si vous croyez cela néces* saîre; retirez-vou?* en protestant, en ttisunl que vous ne sauriez accepter la situation actuelle avec les résultats qu'elle doit presque inévitablement comporter.
Plusieurs fois déjà je me suis trouvé en pareille situa lion et je n'ai jamais eu qxih me féliciter d'ôlre reslé fidèle aux principes que je viens de développer, soit que j^aie réussi par mon insistance h modifier après coup une résolution prise à la légère par des parents alîolés, soit toul au moins en parvenant à soustraire ma responsabilité aux tristes résultats qui suivirent.
Une seule fois Je me suis départi de cette ligne de conduite, et mal m'en a pris, comme vous allez le voir.
Il y aune dizaine d'années, je fus appelé, avec mon distingué collègue et ami le D"^ Siredey, à traiter rcnfant d'une célébrité du demi*monde, aïTecté d'une syphilis héréditaire des plus graves ^ à laquelle (soit dit immédiatement) il finit par succomber. Nous trouvâmes là une nourrice qui, depuis six semaines, donnait le st*in à Fenfant, et qui, malgré l'horrible aspect de son nourrisson toul couvert d'ulcères et de croûtes, malgré nos conseils et nos vives instances, persistait à vouloir continuer rallaitement. Je dois le* dire à sa louange, la résistance qu'elle nous opposait paraissait inspirée moins par Tappàt d'un bénéfice pécuniaire que par un sentiment de commisération, par un dévouement réel, par un al lâchement quasi-malernel pour l'enfant. J'insistai; je déployai tout Tarsenal d'arguments propres à ébranler sa résolution : je lui fis rn^rne une petite leçon de pntliologie syphilitique où le pronostic n'était rien moins que mitigé. Peine perdue; c était prOrfn^r dans le désert; et cette brave femme ne s*entétait que de plus en plus à vouloir continuer son rôle de nourrice.
Devantcette obstination invincible et dans ces conditions spéciales, nous crûmes, mon collègue et moi, pouvoir passer outre, non sans
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avoir proleslé une dernière fois et décliné de rechef toute responsabilité dans ce qui allait suivre.
LaliailonitmL fut donc (Xiiil inné, avec toutes les précautions de nature h diminuer les chances de conlagiua, Cliaque jour nous visitions reniant, qin, tnalgré tous nos soins, allait de mal pu [hs et dépérissait à vue dVpil.
Brel\ qu*arriva-t-il?CesL qu'en dépit de notre surveillance commune des plus assidues, la nourrice fui contaminée, comme nous nous y attendions, comme nous Tavious prédit. Elle prit un chancre lia sein, ïeque] Tut suivi, dans le délai normal, d*une explosion intense de manifestations secondaires,. Puis, Tenlant mort, elle quitta la maison, toujours contrairement à nos avis, retourna dans son village, e 1 1 à , bien entendu, co n la m in a son m a rî.
Ce mari, alors, entra en scène à son tour. Et, comme c'était un rusé campagnard, il comprit du coupla silnation, qu*il se mit à exploiter de la faï^on la plus fructueuse non moins que la plus prolongée; je crois même qu'il continue à Texploitcr encore aujourd'hui.
Ainsi ; nourrice infectée; — mari de la nourrice infecté; — mère de Tenfant restant sous le coup d*un éternel chantage en coupe réglée; — voyez le résultat auquel aboutit dans ce cas rinfraction à un principe absolu,
IIL — Troisième point. — Non seulement, ai-je dit» il faut proscrire d'une façon formelle rallaitement d'un enfant syphilitique par une nourrice saine; mais il faut le proscrire à la fois pour le présent et poup t avenir.
Cela n est pas douteux. Et, en eîTet, si vous avez eu de bonnes raisons pour interdire l'a liai tem eut aujourd'hui, ces mêmes bonnes raisons sul>sisteront pour Tin Lerdire encore dans quelques semaines ou quelquesmois.jMéme traité, nié me dT^l ivre des accidents contagieux qui vous ont imposé de le séparer de sa nourrice, un nourrisson syphilitique n'en reste pas moins syphilitique, et sera exposé, comme le!, à des récidives passibles de manifestations contagieuses. Dangereux actuellement, 11 reste dangereux pour l'avenir. Donc la prohibition de lallaitenient doit ne pas être actuelle et provisoire seulement; elle doit en plus s'élendre à l'avenir.
Ce dernier précepte vous paraîtrait-il excessif, messieurs? Eh bien, pour vous convaincre du contraire, écoutrz l'observation suivante, racontée par son auteur avec une abnégation qui riionorc, et très propre à servir de leçon en pareille occurrence.
Un de nos plus distingués confrères, chez lequel le caractère est à la hauteur du talent médical, le docteur B..., est mandé dans une familla pour examiner un tout jeune enfant qu allaitait une nourrice. Il trouve Tenfanl syphilitique et la nourrice encore saine-
Immodfalemenl» bien entendu, il fa il cf^sscr rallaîtemenl, et in&tiliie pour le noiirrisBon un Irailemenl iïpproprir. Trois mois plus tiirrl, à une époque où 1 enfant ne présentait plus depuis lonf^^lemps la moindre traee de înanirestaLions suspecteB, notre estiim^ confrère juge la guérison assez confirnire, tout au moins la diathèse assez. aiïaiblie, pour qu'il n'y ail plus risque de contagion, el il permet de eonfier IVnianl à une autre nourrice. Qu arrive-t-il alors? C'est que de nouveaux accidents se reproduisent à' la bouche de Tenfant, et quecciî accidents contagionneni la nourrice*
La morale de ce fait est aussi simple que formelle. Et celte morale, la voici, telle qu'elle nous esl donnée en excellents ternies par le médecin auquel j ai emprunte ce qui précède :
n Alors mt>me que, sous Tinfluence d'un Irailement régulier et longtemps suivi, on a faîl taire (chez le nourrisson syphilitique) les manifestations appréciables, ces manifeslaiions peaveni réapparaîire à un momeni donné.., y m donc à me reprocher d'avoir permis Tallaitement, croyant Tenfanl guéri, d'avoir manqué de cet excès de prudence dont un médecin ne doit jamais se départir, et d'avoir élé la cause des accidents qui se sont produits... (1) »
Rien de mieux dit. — Et que cela nous serve d'avertissement, pour nous rendre fidèles à cet <t excès de prudence i> si indispensable, si impérieusement imposé au médecin en pareil cas.
Donc, vous le voyez, messieurs, de quelque côté que nous envisagions la question, uousarrivons toujours au mt^me résultat, à savoir : nécessité d'inlerdire rallailenient dans les conditions ou nous nous supposons toujours placés^, el nécessité d*nne interdiction formelle, absolue, sous peine d'accidents possibles pour la nourrice el sous peine aussi ^ en ce qui nous concerne, nous médecins — d'une responsabilité dos plus graves.
C'est pour cela qu'en lespèce nous ne saurions être trop intransigea nls.
C'est pour cela aussi que je rejette et condamne, en pareil cas, toute demi-mesure, tout « à peu près »> prophylaclique.
Or, à propos de ces demi-mesures^ il importe surtoul que je vous en signale deux, qu'on ne manquera guère de vous proposer, el qui se présentent d'ailleurs avec rapparence d*utîlcs ressources contre les dinicullés de la situation actuelle.
L — On vous dira ceci, d'abord : « Ce que vous craignez le plus, ce que vous craignez presque exclusivement, c'est la contagion
(1) G«?ell« de* hâpHnux, tM€, p. 58t.
sexoivanl de la Louche île IVofanl au mamelon île la nourrice. S*jl en eM ainsi, fnites tlonc en sorte île prolefi^er le mamelon conlre ta bouche de lenfant: prolèf^eiAf* mécaniqnerncnl par un boni fie-sein» par un appareil intermtWJiaire queleoiir|ur, ifui realise l allailcment, le triage, en isoiant la imuche du nonrnason tin isein tie la nourrice, «
F^arrait, répoudrai-je; mais^ parfait en lliéorie seulemeul. Avon*inous, en effet, un appareil de ce genre? Esl-ceque le vulgaire boutde-sein oflTre une sauvegarde réelle en pareil cas? Peut-il eoostiluer un isolateur véritable pour le mamelon, alors qull ej%t assidûment humecte parla salive de renfanK alors que, perforé, il laisse un passage ouvert à celle salive? Vous y fieriez- vous, si la nourrice et ail votre femme? Non, n'est-ce pas? Donc, la chose est jugée.
D'autres appareils, je Ta voue, plus perfectionnés, plus complets, sont ù imaginer ou ont été imagini'S déjà. Exemple celui-ci, 4|ui^ construit sur mes indications par le très habile M, Malliieu, réalii^* ce me semble, tout ce qu'on peut demander n un « aiiailear mé~ tital H (I), Mais cet instruuienl ou tout autre semblable est-il irun emploi fac^ite et pratique? Question essentielle : l'enfant en voudrat-il, racfeptera-t-il, nous ferait il In grâce de s en accommoder? D'ailleurs, souvenez-vous qu'ici nous a%'^ons souvent a (Taire à un enfant faiblei débile, chétir, pouvant h peine a tirer »>, comme disent les nourrices, et exercer le degré de succion nécessaire à la sortie tlu lait, Quand cet enfant devra téler non plus un sein de femme, mais un ap|iareil de physique, une mécanique, fToyez-vous que son instinct ou ses petites forces se prêteront volontiers k ces combinaisons plus savantes que pratiques?
Je suis donc le premier à faire une critique sévère de mon allaîteur médiat. Et, si cet appareil — ou tel autre semblable — est ri goure u-
1 1) Cet appaT'^cil ne compose :
l^ D'un bout-d«'»ein terminé par une itmpMpe à. anche* en CBOMlchouCt soupape exactement semblable à eelJe du Irunsfuseur Mathieu, et s 'ouvrant de dedans en dehoni ;
2"* D*un petit réservoir en verre, adapté au bout-de-jsein ; c'est dans ce réservoir que vient s'ouvrir ïa soupape;
30 D'un tubeospîraleur, ftxé au réservoir 'et lerminii à son autre extrémité par une tcHinc en caoutchouc,
L'appareiJ fonutionne de la Taçon suivante* :
Quand îasucciim est eKCrc^c, le Jailquî stourd du mamelon pénètre dans le boutde-^ein et de lA, par la vaïvule t(ui s'eiitr'nuvre sous ritillucnce de TaspiraMon» dans le ri^servoir* d'où U est conduit par le tube jusqu'à la bouche de l'enfant*
Quand TelTort de succion cesse, la valvule se referme d'eUe-mème, et dès lors toute communication se ln>u**e interrompue entre le ummeion et la bourtie de reniant, Tout renux ttu iiiit aspiré ou delà salive ver» k' mamelon est rendu physiqtiernenl iuipossibte.
Le mécanisme utile de /instrument réside donc dans U soupape qui, permettant è un courant liquide de s'ritabljr ciu niamcion vers la bouche de tentant» s'oppose à tuai tiifitiriie Li ImttchifverJt le mameion. Delàrimposîiibihté d'une contamination du sein par'^le* née r talion s de la cavit»^ bu*:cale*
Une fois amorcé» ce pelit appaieil foncUonne aisément, et les enfants, comme j*en ai Te x péri en ce, s en accommodent as^ei volajiTlers.