DEVOIRS DU MEDECIN VIS-À-VIS DE LA NOUHRICE
menls sérieux à plusieurs sources, je me suis laissé dire ceci par des personnes compétentes ; a Plus encore t[ue nos magistrats, certains juriscoDsuites de TÉcob de droit tendent îi sacrifier le secret médical, pour exagérer davantage encore la responsabilité du médecin vis-àvis de la nourrice, »
Eh bien ! messieurs, celle doclriiie, j'avoue que moi, médecin, je ne puis raccepler, malgré la déférence et le respect dus à nos magistrats. Je la combats même énergiquemenl. Je ne puis tolérer le rôle du médecin brisant net avec le secrel médicaU averlissanl quand môme la nourrice, ravertissant sans le eonscutement de ia familte. Jene puis tolérer le rôle du médecin délateur, dénoneinieur, car, en propres termes, c'est une délalion, une dénonciation qu'on exige de nous en pareille circonslanre.
Cette doctrine, je la repousse — doive la Cour de Dijon me condamner — parce que ma conscience la repousse. Et elle la repousse pour les trois motifs suivants, que je dois exposer d'une toçon catégorique :
1* Parce que le médecin qui agit de ia sorle, conformément à cet arrêl de Cour que je viens de vous lire, se met en lutte ouverte avec la loi.
11 me semble que le médecin qui va dire à une nourrice : « Votre nourrisson a la vérole, prenez garde a vous «, il me semble que ce médecin en prend bien à Taise avec cette salutaire garantie du malade et des familles qu on appelle le secrei médical. (Jue devient donc pour lui Tarticle 378 du Code pénal, article qu*Hippocrale avait inventé avant nos législateurs? Que devient pour lui celte première et sainte loi de notre profession? Tournez les yeux vers le passé, messieurs, et voyez jusqu'à quel point nos pères professaient et honoraient le secret médical, alors qu'ils inscrivaient en tête de leurs thèses inaugurales, comme le premier devoir du médecin entrant dans la pratique, Je célèbre Serment que vous connaissez.
J'accorde que, dans l'espèce, le médecin qui s*en va révéler à une nourrice la syphilis de son nourrisson, ne se dégage du secrel médical que dans un but aussi désintéressé qu'honorable, dans le but d'être utile à cette nourrice et à la société. Soil! Mais voyez les inconvénîeuls de celte rupture avec un principe. Pour ^tre utile à une nourpica, ce médecin lui apprend que son nourrisson a la vérole. De même alors, et pour Être conséquent avec lui-même, il pourra, il devra avertir un futur beau-père de la vérole de son futur gendre. Puis, la vérole, je pense, n'aura pas seule le privilège de lui délier la langue et de le relever de son serment. Ne se taisant pas quand il s agit de la vérole, il ne se taira pas davanlage (toujours pour la même raison} quand il s'agira d'autres maladies graves qui intéressent également
106 CONTAMINATIONS DÉRIVAMT DE L ALLAITEMENT.
]â séciin'lé de*! familles et de la société; il se tûira même d'autant moins que la gravité de ces maladies sera plus grande çl la sauvegarde à exercer plus imporlanle. Et le voilà nécessaîrement amené, par la logique des choses» à taule une s^Tie de révélations concernant le cancer, la phtisie, la dartre, l'épilepsie, la folie et toutes autres maladies soit contagieuses, soit transraissibles héréditairement. Sur cette voie, il n'est pas fî*arrôt^ vous le conrevez aisément; et, le premier pas fait, la pente est fatale. C'est le naufrage du secret m^'^dical (1).
2* Cette doctrine, je la réprouve encore parce que, en l*espèce, la révélation aboutit ou peut aboutir aux conséquences les plus
déplorables pour les familles.
Cette nourrice, à i\n\ est faite la révélation delà maladie de Tenfant, se taira-t-elle? fiard^^ra-t-ellç Icsecret po»rrdle?Le croire ou Tespérer serait bien naïf. D'autant que ce secret est une arme pour elle, et peut servir au besoin d'insLrument de ** chantage »»♦ Encore, si elle ne s en servait que pour obtenir les dédommagements auxquelselle pent avoir droit, le mal ne serait pas grand. Mais elle bavardera sûrement là où son bavardage ne peut qu'aire inutile ou nuisible, elle divulguera, elle rendra publique la maladie de l'enfant; elle déversera \n
(l) M. Dîdny a dil de même :
n ... En montrant rortcmenL aux pûrents le mal quMls rcraîcnt fi autrui et le ninl qu'ils se feroîenl îi eui-mëmcs, le uuidecin déetmrjîe, re nre semble. Buffitaramcnl sa Canscicnee. VoucJrail^on qu'il allAt pîu^ loiu \* Quil rOvélàlâ la noumre. alors qufi celle-c^î ne le lui deniantic jias^ le danger qu'elle court en HC<:t:plânL un tel nourrissoîî ? Le rAlc du niddeoin^ tel qu'il est compris et pratiqué jusqu'ici» ne comporte pas une telle imttiiîttiou. . . Si je refuse le rôle de déLiîear, quelque houoraUle qu'en soit le but dans cette circonî)<tance, c'est d'ahord parce que la tBcilleure intention est insufrisanle ppnr jusLiïîer de pareiU empiétements hors de notre niinifilère; mais c'est aussi parce qu'il y h moyen d'^arrivnr au même r^fiultat sans encourir le moindre reproche, etc. » ^De Ia responsiLbililé du mrfd^cin dtt^àtii le noarrixsoft et devant U noarrteet mémoîvc^ de ï a Société des sciences m édic, dt« Lyon, laCf*.)
Une opinion semblable a été eiçpnmée sur ce point, dans la dîscusMon qui eut lieu A la Société des j^cicnces médicales de Lyon, par MM. Dclore, Ctiabalîer, Laroycnne. t< Four nou», Jesecrel est absolu, dit M. Chabalter ; il ne nous Appartient fiHM. ti (M6ine recueil, p. 4^.)
Dans une cont^ultalion E>iir un cas de ce |renr«t un avocat distingué du barreau de Paris, M. Éinile Str«us<(| a soutenu les mêmes idéea : » Quui l un médecin pourrait dire à une feuinie quille présente comme nourrice dans une îamilïe r »• N'nllqiteE #1 pas cetenfanl, car il B]a ayphilis ! » Ou même, «ans dire le mol, il pourrail laisser deviner la chose! I^t celle femme, qui dès lors deviendra une étrau^ère, pourrait aller répandre ce hniit et jeter la déconsidération sur une famille î t^cla me paraît inadmissible,.. Selon nioj. te médecin n*û pas le droit d'informer Li nourrice. Ce qu'il doit faire, c'est avertir le père, déclarer au père qu'il va faire uue mauvaise action en cbarpeaut cette femme d*allaiter son enfant, réelairer sur les conséquences de cette action au point de vue moral cl juridique. S*il n'est pas écouté, du moins nura-t-il fait «ton devoir.
. , * Voulex-vou* un médecin se conformant au vœu de l'arpêl de Ja Cour de Dijon? Ce médecin a divul|,^ué la maladie à la nourrice* Le père assigne le médecin pour délit de divulgation. Que dira le tribunal correctionnel ? Etc. . . •*