PROTECTION DUE A LA NOURRICE PAR LE MEDECIN
honle sur une famille. Et vous voulez que le métiecin devienne rorîgine de tels scandales? Je ray refuse absolument pour ina parL
3* Je la repousse enfin, celle doctrine, parce que la révélation est inutile, sinon toujours, nu moins dans la grande majorité des cas, à protéger, à sauvegarder la nourrice.
Faites cesser rallaitemcnt pour nn prétexte quelconque, et cela sufflra à protéger la nourrice. Du moment qu*elle ne donne plus le sein ù Tenfanl, sera-l-elle plus protégée parce qu'elle sera initiée au secret d*unc famille? Non, bien évidemment Elle est sauvegardée, et cela autant qu*elle peut l'être, par le seul fait de la suspension dcraHailement. Nul besoin en eonscquence d'adjoindre à ta suspension de rallaiieraent une dénonciation qui ne profite à personne^ et qui peut nuire gravement à une famille.
En résumé, donc. Je combats la doctrine en question, parce qu'elle me paraît illégaïe, contraire à la loi ou tout au moins à l'un des articles les plus respectables delà loi ; — parce qu'elle comporte les préjndices les plus gi^aves pour tes familles ; — parce qu'elle est le plus souvent inutile à la protection des nourrices.
Mais entendons-nous bien, messieurs; si je repousse celle doctrine, ce n'est pas que j'abandonne les intérêts de la nourrice^ ce n'est pas que je me réfugie exclusivement dans le secret médical. Bien loin de là! Les înLérêls de la nourrice me paraissent, au contraire, de la nature de ceux qu'il est de mon devoir, à moi médecin, de prendre en main et de faire respecter. Comme vous le verrez bientôt, je suis essentiellement pro!ectionnisfe (pardon de Texpression} en ce qui concerne la nourrice. Seulement, je con<;ois cet office prolecteur autrement que la Cour de Dijon, Je crois que nous devons protection à la nourrice, mais protection seulement, et non pas délation.
Je m'explique. Et, pour m 'expliquer d'une façon absolument catégorique, laissez-moi maintenant vous dire tout au long comment j'ai appris à l'école de mes maîtres, comment j'ai appris par expérience personnelle à envisager les difficiles questions qui nous oceupenl. Laîsse2*moi vous dire quelle ligne de conduite je me suis imposée, — non sans y avoir médité longuement, — pour me tirer *Vembarras le mieux possible dans ces situations délicates, et surtout pour protéger les intérêts que j*ai le plus à coeur de sauvegarder.
Je pars de ce principe, que je trouve dans ma conscience, à savoir : que je dois prùlecîlon à la nourrice.
Protection duc à la nourrice par le médecin, voilà un premier point qui me parait au-dessus de toute contestation possible.
CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE l'aLLAITEMENT,
El» en elTet. toule seniimenlalib^ à pari, n*esl-ce pas une gîiuaUon pârUculièrement intcressaiite que cc*IJg de la nourrice dans les cas dont iioiH parlonîf, f|uc la sjlualion de celle femme éloignée de son pays et des siens, pauvi^e ou assez peu forlHnée loul au moins pour avoir abandonné son enfant et vendu sou lait, ifiolée, sans conseils, sans appui, et de plus exposée, parle fait d'un en ffinlél ranger, à la contagion dune maladie des plus graves, d'une maladie qui va eomprometlre son seul Inenn, sa sanlé, avec la sanlé de son mari et de ses enfants à venir; dune maladie conî^idérée comme honteuse, qui la mettra à Tindex dans son village; d*une maladie, enfm, — cela s est vu — qui peul la luer?
Eh bien, je le dis avec conviclioo, et je suis sûr, messieurs» de trouver un écho dans vos cceurs, oui, il y a là une situâlioa à laquelle le métlecîn doit nécessaire ment s'inléresser, à laquelle il est impossible qu*il ne s'inlcresse pas; daulanl que, dans la situation présente, il est îe sseitl appui sur lequel cette femme ail à compter. Remarquez bien ceci, en effet : par la force même des choses, la nourrice est amenée à se Oer au médecin, à s'en rapporler à lui pour toul ce qui concerne sa sécurité propre, et cela en raison de cette solidarité, de celle union înlime qui relie la nourrice au nourrisson. Une maladie étant constatée sur lenfanl en présence de la nourrice, si le médecin reste muet devanl cetle nourrice, sll ne raverlîtderien, son silence équivaut pour elle à une païen le nette délivrée à renfanl. ^ Le médecin ne m'a rien dit, donc je n'ai rien à craindre ile mon nourrisson «, lel sera son raisonnement. Toujours, 1res certainement, — à tort ou à raison, peu importe — elle interprétera de celle façon le silence du médecin, en le considérant comme un gage de sécurité pour elle-même. Donc, si l'enfant a la vérole, elle prendra la vérole en toute confiance, assurée quelle se croit contre tout péril après et de par lexamen du médecin.
Et une telle si lu a lion se présentant à lui, le médecin s'en désintéresserait î Et j>ouvant sauver celle femme, élanl le seat qui puisse la sauver, il ne ferait rien pour elle? Allons donc! Ne discutons pas ce qui ne souffre pas Tombre de discussion.
Donc, voilà un point acquis, le médecin doit protection à la nourrice*
Cette protection, maintenant comment fexereera^t'il?
Il IVxercera par lous les moyens dont il peut disposer pour cela. 11 fera tout ce qui lui sera honnêtement, légalement possible de faire pour rendre celte protection active et efficace, tout, absolument loul.
Que si cependant dans cet offlce tutélaire, il lui arrive de venir se heurter à une impossibilité morale ou légale, alors nécessairement ]] devra s arrêter, 11 devra s arrêter, parce qu'il ne saurait aller plus loin sans Iransgresser un devoir. En morale commune, si, pour
PflOTECTtaN DUE A LA NOURRICE PAU LE MÉDECIM.
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accomplir tioe bonne aclion, il faul débuler par une mattrauie^ h bofi sens commande de s'abstenir. Eh bien, c'est i^t le ca** Le miVJfcifi doîi proies tioD à la noumce, mais il ne petit évidemmanl exercer e** devoir prolecleur que dans de certaines limitev, qui fionf e^rlleft de rhonoèle et de la légalité: il ne saurait IVtereer aa mépris d'aulre« devoirs non moins positifs ei non moins respectables. Tels sont les principes. Venons maintenant à lappliealion.
SouveDez*Tous d abord, messîeors, combien* dan» la première partie de cet exposé, nous nous sommes attacbé» k AMurer la «attvr' garde de la nourrice en interdisant d*une façon auiiftj absolne ^ue possible la contîntialîoQ de l'aliaitement au sein, en ititer»ii«aol eet allaitement alors même qn'îl serait le mieui lépîimé (ail pouiatt FMre jamais par la sîloalieo de Tenfa»!, alors méma qall aal te plut énergiqnememt rfclamé psr lea paicsls, voire alors quil eal cooacili par la nourrice, etc. Tlironqoefxieiit, donc, noua tous posé le^ hase» de la conduite à lenir prar conférer pleine et entière à la nourrice ta protection que mn» Im dcTons, llainteiiaDl, en pratique, oou» entendoiis bien que cette protection ne reste pas à réiat wîrtnel et platonique. Comment donc noua j ft^méwe pour ta rendre eOectire? Ce^t là ce qnll nous faut étudieri pféaenL
RepmiOBs le» &ho mîaer reofani «I la desTpUk^Inj etlaemde
aà nous W mwamB lalméet, Vmm Jfttmt d'exa- &, et Tons afcz trmvé le pf«aûer alTecié Im nMHnenl cfillqné se prépane^ i nne pièce wi^mê^ ak va
en léle-à-Mie avec le père de famille. Là, c'est alors aSnre à Tooa, d apoMT iméimâkm csMyofiqnfBi —i, IcUe tfi'dUm %e pr^
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obieniesî, à savoir, la cessation de rallaileinenl et la sauvegarde de la nourrice.
Ce petiL discours tenu de la sorte, (]uel en sera le résultat?
Deux ordres de cas s^e présenlenl, et rien que deux, car tous les cas in IcrmiL'd [aires rentrent forci^^menl dans telle ou telle des deux alternatives que voici :
1. Ou bien (et c'est là le cas inilnîment le plus commun, j'ai hâte de le dire à riionneur de rhuraanitéi, vous êtes dans une honni^le famille^ vous avex allaire à un homme de ctrur^ qui pour rien au monde ne voudrait se rendre coupable d'une mauvaise action et qui, à peine aurez- vous fermé la bouche» vous répondra ceci : « J ai compris, docteur. C'est Inen assez d'un malheur invotuntaire, sans le compliquer d*un autre volontairement. Je vous remercie de lae signaler le dang^er, et ce danger, nous l'éviterons . Nous allons aussilAl congédier la nourrice.,. Seulement — ^ ajoutera -t-il presque à coup s ilr, — seulement, je ne voudrais pas que la nourrice eût connaissance du genre de maladie qu'a l'enfant; car elle bavarderait; et, pour ma famille, pour ma femme, pour le monde...... vous comprenez à votre
lour, n'est-ce pas? Arrangea donc cela pour le mieux, car vous avez pïus que moi rhabitude de ces tristes choses. »
Dans de lelles conditions, le médecin est d'emblée, du premier coup, maître de la situation. 11 fera, dès lors, ce qu'il voudra; et, ce qu*il veut, vous le savez bien. Bref, la cause de la nourrice est gagnée, et les choses vont se passer au mieux, de la fai^on suivante.
Revenant alors vers la nourrice, vous aurez à lui signifier la décicision prise, et cela d'une façon générale, évasive, vous gardant, bien entendu, de tout commentaire» m Nourrice, lui direz-vous, nous venons de causer de votre nourrisson et de vous aussi. Vous ne pouvez plus nourrir cet enfant. 11 est impossible — impo&si(*ie^ vous comprenez bien — que vous continuiez à lui donner le sein. Il faut qu'il soit sevré. Celle résolution est formelle, irrévocable. Des ce moment, donc, vous cessez d'être la nourrice de Tenfant. •*
Surgi! unoragebiennatureldepiainles, de récriminations, de pleurst de la pari de cette nourrice qui voit sa place perdue, ses interdis compromis, etc. Mais je vous fais grftce de ces détails, messieurs, car cela ne nous regarde plus. Ce qui reste à intervenir n'est plus que question pécuniaire, règlement d^indemnilé: laissons, sur ce point, famille et nourrice s'arranger entre elles comme elles l'entendront. Pour nous, notre devoir est rcrapli, cl bien rempli, comme nous le désirions. Car les liens qui unissaient la nourrice à Tenfant sont brisés, car la contagion n'est plus possible, car la nourrice est désormais sauvegardée.
PROTECTION SANS DÊLATIOK-
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El notez bien encore ce point es«tenliel, messieurs. En réglant notre conduite comme je viens da le dire, non seulement nons avons conféré à la nourrice la prolecUon que nous lui devons, mais, déplus, nous avons exercé cette protection sans préjadice pour la famille de tenfanl et sans infraclion au secrel médical. Nous n*avons pas révélé à la nourrice la maladie de son nourrisson, non plus que les dangers spéciaux auxquels elle était exposée. Nous avons simplement fait casser rallaitemeni. Et, de la sorte, nous avons obéi à deux devoirs sans en léser aucun ; de la sorte ^ nous avons protégé la nourrice sans dénoncer la vérole, comme le veut on semble le vouloir la Gourde Dijon. Prolectiùn sans délai ion ^ voilà le système.
« Mais, me direz-vous peut-être, pour n^avoir pas prononcé le mot de syphilis, pour n'avoir pas révélé à celle nourrice que son nourrisson a la vérole, croyez- vous lui avoir donné le change? Croyez- vous
ne lui avoir pas laissé comprendre ce que vous tenez à lui cacher? Le seul fait de la suppression brusque et non molivée de ratlaitemenl n*cst-il pas significatif par lui-même? Votre rélicence est en vérité Ijieu transparente, percée h jour, suivant rexprcssion vulgaire. »
A cela je vous répondrai, d'abord, que la vérole n'est pas la seule cauî^e pour laquelle on sépare une nouiTjcc d'un nourrisson* Journellement on l'ait de môme pour diverses raisons qui n'ont rien de commun avec la vérole. 11 suffit, par exem[)le, que le lait d'une nourrice semble ne pas convenir à un enfant pour que lo médecin prescrive de congédier cette nourrice.
Puis, ajouterai-jc, si h nourrice est conduite au soupçon, si elle devine la vérité, cela résulte de la force dos choses. Est ce que déjà, d^ailleurs, son attention ne devait pas être éveillée par la maladie de l'en fa ni H, avant m h visite et la suspension de Tallaitemenl ?En tout cas, elle ne sait rien de par moi, elle n a rien a|îpris de mou fait, voilà l'important. Si elle bavarde, si elle va colporter le mot de syphilis, faire scandale et jeler la déconsidération sur la famille de mon client, du moins ne pourra-t-elle invoquer en rien mon témoignage, s'autoriser d'un seul mot sorti de ma bouche. Et c'est là ce q ue j e d oi s à m on client .
En (in de compte, pouvais-je mieux faire? Y avait-il autre chose à faire? Est-il un moyen de rendre linqnde^H blanche comme neige une siluation des plus troubles et des plus é€[uivoques? Cette situation s'impose avec ses conséquences ("orcées. Dans la mesure du possible, j ai essayé de sauver les apparences, j'ai fait pour le mieux, voilà ce que je puis dire, El, si ce mieux n'est pas des plus satisfaisants, la faute, après tout, n'en revient pas à irioi, mais à celui qui est le premier auteur d*un tel état de choses.
Au total, donc, dans ce premier ordre de cas, nous avons abouti, comme je viens de vous le montrer, au résultat essentiel que nous
pûarsuivions, à savoir la sauvegarde de la nourrice. El celte sauve* garde i nous Ta von s obtenue ^crn^r recourir â une révélation^ laquelle^] d'une part, eût constitué uue atteinte au secret médical» laquelle,' d'autre part, aurait eu l'inoonvénienl grave de mettre la considération d'une faïntlle à la merci de la diâcrétion douteuse d'une nourrice.
IL Second ordre de cas. — Les choses ne se passeront paa toujours
d*une façon aussi simple, messieurs, et déjà je vous ai laissé entrevoir les résislanees qui pourront vous être opposées. A votre injonction desuspeadre l'allaitemenli dans les conditions même ou il est le plus indiqué de le suspendre, il vous sera parfois répondu par un refus formet, péremploire, absolu. Cela est rare, mais cela se voit quelquefois. J'en ai rencontre déjà li'ois cas dans ma pratique. ^ Y peusez vous? pourront vous dire certains parents. Sevrer notre enfant dans les conditions de faiblesse et do maladie où il se trouve! CVst le luer. Si la nourrice est conlagionnée, ce sera un malheur, c'esl vrai; mais, entre deux malheurs, libre à nous de choisir le moindre. JVolre enfani avant iout f D'ailleurs, si la nourrice prend quelque mal» eh bien î nous la Iraiterons, et nousTinderaniserons, Âvecde Tardent toutsera dit». Il se pourra même (veuillez vous y attendre pour d en être pas surpris) que cesmêmes parents vous reprochent non sans aigreur de preudre plus souci des intérêts de la nourrice, *çd*une mercenaire inconnue », que des leurs propres. Je n'exagère rien, croyez4e; j*ai entendu cela de mes propres oreilles»
La situation, vous le voyez, devient alors des plus tendues. En pareilles circonstances, que devrez* vous faire? Ceci ;
D'abord, essayer par voie de persuasion de ramener à votre sentiment ces parents égarés. Car, s'ils vous tiennent un langages! digne de blâme, ce n'est pas toujours qu'ils soient de mauvaises gens. Non. Ce sont souvent des gens simplement aveuglés par l'égoïsme de famille, des gens qui ne se rendent pas un compte exact de la situation, et a qui il faut explicfuer cette situation, avec les conséquences morales et matérielles qu'elle comporte. Itien d'impossible, d ailleurs, à ce que, éclairés, guidés, morigénés par vous, ils reviennent sur leur résolution première.
MaisenOn, s'ils persistent quand même, si, malgré tous vos avis, toutes vos remontrances, ils s'obstinent à vouloir risquer à leur profit la santé de ta nourrice, quel parti devrez-vous prendre, quelle conduite allez- vous tenir? Notez bien, je vous prie, que la mauvaise action qui va être commise vis-à-vis de celte nourrice ne compromel pas seulement votre client. Elle engage aussi votre responsabilité, à vous médecin; car, à moins d'une protestation patente de voire part, personne ne croira qu'unefamille ail pris une résolution aussi grave^ dans des circonstances aussi périlleuses, sans Tavis, — que dis-je! — sans l'assentiment, la participation de son médecin. Et, si un
BUPTURli; AVEC LA FAMILLE DE L ENFANT,
malheur arrive plus tard (commp cela est presque ïnéviUblcj, si Ja nomTiiu.' vieil l à être conlagioniiée, savez- vous quel est celui que la rumeur publique, que l'indigna lion publique rendra le premier responsable? Savez-vous quel sera le premier nccusé '7 Le médecin^ toujours le médecin. «* Si le médecin avait parlé, dira-l-on, s*il n'avait pas llermé les yeux par complaisance^ s*il avait averti de ce (|ui devait arriver, cela ne serait pas arrive. Le vrai coupable, c'est le métlevin. ^ Ainsi raisonne le publie^ messieurs; je vous le cerliliis je vous raCllrme par expérience.
Donc, tenez-vous sur vos gardes el redoublez d^attention. Car, c'est voui^-mémes, vous aussi, qui vous trouvez en cause dans les circonstances actuelles.
En fin de compte, — j'arrive au but — comment vous tirer de ce mauvais pas ? Permettez-moi de vous proposer mon procédé*
Le désaccord esL accompli, la brouille est formelle entre vous, médecin, qui, voulez suspendre l*allaitement, et les parents du nourrisson qui veulent garder la nourrice. (le qui vous reste à faire, d*après moi, se résume en trois poinls, h savoir :
P Formuler d abord par écrit le traitetnent et Thygiène que vous conseillez pourTenfanl;
:î" Au-dessous de cette formule, — immédiatement au-dessous, de façon à ce que lappendice qui va suivre ne puisse pas (par hasard ou inlenlionnellement) élre détaché de Tordonnance, — au-dessous, ilis-je,dela formule prescrite, ajouter bien lisiblement, ne pas oublier d ajouter ceci :
iMPOSSlBn.ITÉ ABSOLUE DE CONTINUER L*ALLAITEMENT PAR LA NOUBBIGE.
Dater et signer.
Pourquoi ledit appendice, pourquoi ces précautions? Tout simplement, pour qu'à un jour donné aucune récrimination ne puisse être élevée ("ontrc vous* N'oubliez pas que vous êtes en mauvaise société. Si, le malheur arrivé, on venait à vous inquiéler, si la nourrice vous mettait en cause (comme cela s'est vu) dans une demande en domniages'intérôts, si la famille se retournait contre vous en <iisant comme excuse : <( Mais nous ne savions pas, mais notre médecin ne nous avait pas avertis », votre réponse unique etpéremp* toire à toutes ces accusations serait la suivanle : Veuillez iire ma prescripiiQn* Et cela seul suffirait à voua décharger de toute responsabilité.
3** Ce n est pas lout encore. En remettant au père ladite prescription, achevez d'affircner en quelques mots votre situation et la sienne.
«Je regrette, monsieur, lui direz- vous, de n'avoir pu vous convaincre, et je souhaite que vous n'ayez pas à vous reprnLir d'avoir persisté dans votre résolution. En tout cas, je ne saurais m* associer à lacte
CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT-
i[ue VOUS allez commettre, parce que je le juge mauvais. Et, comme ce serait le couvrir de ma responsabilité que de continuer mes visites en de telles conditions, vous me permettrez de me retirer; veuillez ne plus compter sur mes soins défiormais. ^t
Car une rupture entre vous et la famille est nb^olnmeni nécessaire^ indispensable, en pareil cas. Votre dignité, le souci de votre responsabilité vous 11 m pose. Il n est pas d'hésitation possible sur ce point.
Poursuivez, enfin, si vous m'en croyez, de la façon suivante :
f Je ne saurais vous quitter toutefois, monsieur, sans vous faire encore une de^claration qui nous intéresse Tun et Tautre, Il est possible — c'est assez Tusage en pareilles circonstances --que votre nourrice vienne aujourd'hui ou demain me consulter dans mon cabinet et me demander si elle peut, oui ou non, continuera nourrir votre enfant. Or. soj'ez pleinement rassuré, je ne dirai rien à cette femme de ce qui s'est passé entre nous. T'ar ce que je sais de votre maladie et de celle de votre enfant, je Tai appris dans rexercice de ma profession, et le secret médical m Impose robligation de n*en rien révéler à qui que ce soit. Mais n'attendez pas de moi que je condeseende à répondre â cette femme qu'elle peut nourrir votre enfant; c'est une déclaration précisément contraire que je lui ferai, mais — n'ayez crainte — sans lui en expliquer le pourquoi. Ce pourquoi, je dois le taire et je le tairai. Que si mon silence paraît suspect et peut être considéré comme une révélation, je ne puis rien à cela. Je vous dois le silence, mais rien de plus. Et vous ne saunez exiger de moi un fnensonfje, ijui, pour vous être profitable^ compromettrait gravement et la santé d autrui et ma responsabilité propre. »
Cela dit, prenez congé.
w Et vous vous retirez ainsi? me direz -vous peul-^tre» messieurs. Mais alors, vous abandonnez donc la nourrice? Quoi! vous ne lui parlez pas^ vous ne la prévenez pas séance tenante; vous ne la ferez pas prévenir indirectement, par une tettre, par un tiers, par un avis quelconque? >»
Kh bien! oui, vous répondrai-je, je me retire, et me retire ainsi. Et quel moyen d'agir autrement? Ai-je la liberté, contre la volonté dn père, de mettre la nourrice au fait de la situation présente ? Alors même que j'en aurais la faculté matérielle, en aurais-jc la liberté morale ?
Non, je ne préviendrai ni ne ferai prévenir la nourrice du danger qui ta menace, et cela par aucuns moyens, tels qu'avis indirects, lettres, avertissements en sous-main, etc. (]ar de tels procédés constitueraient la délation par excellence, la dénonciation, ce que n'excuserait pas l'intention la meilleure. Nous devons, médecins,
liUPTURE AVEC L\ FAMILLE DE L ENFANT.
le secret absolu à nos clicnls, même à ceux qui le mér lient le moins.
Que voulez-vous? Je n'ni pas iléserlé la cause de Is nourrice. Jai combattu pour la nourrie** lanl que j'ai pu. J*ai essayé de la proléger dans la mesure où il m'était permis de le faire, éL par lous les moyens que j avais à ma dispoi^ition. A preuve eerlain paragraphe de mon ordonnance, qui laisse écrite entre les mains du père sa I propre condamnation. Mais je ne crois pas qu'il me soit permis d'aller pins loin dans cet office Ltilelaire, après avoir épuisé de la sorte tous les moyens honnêtes et légaux. Et je blâmerais le médecin qui, obéissant même à rintention la plus honorable^ dépasserait en ce sens la mesure de la légalité,
Prolection, mais non délation. Je reste toujours Odèle à cette devise, puisquen elle se résume la ligne de conduite que me dictent à la fois ma conscience et le respect dû à nos lois.
Tels sont, messieurs, les préceptes qui, à mon sens, doivent diriger le médecin dans les diverses situations si délicates que nous venons d'étudier. Je les livre à vos appréciations, et vous les jugerez à la pratique. Pour moi, ce que je ^mis vous en dire par expérience, c'est que je me suis toujours bien trouvé d y soumettre ma conduite. Jusqu'ici, en effet, dans les occasions nombreuses où il m'a été donné de les appliquer, je n'ai eu à déplorer (réserve faite pour le cas spécial dont je vous ai entretenus précédorament) ni ces contagions si regrettables de nourrisson à nourrice, ni ces scandales si affligeants qui accompagnent la publicité donnée par une nourrice à lasyphilis bérédilaîre d'un nourrisson.
En tout cas» c'est en obéissant k ces préceptes que le médecin évitera les surprises et les écueils si mulliples dont est semée la route que nous venons de parcourir. C'est en obéissant à ces préceptes qu'il se gardera de ces erreurs, de ces défaillances, de ces fautes qui ont été parfois commises par quelques-uns de nos confrères en semblables circonstances, et qui restent inscrites dans les fastes judiciaires. C'est en obéissant à ces préceptes qu'il se gardera [je ne citerai que des faits connus et trop authenliqnes) de permettre Tal la item eut d'un enfant syphilitique par une nourrice saine ; — qu'il se gardera d'autoriser l'allaitement d'un tel enfant par une nourrice saine, même prévenue des dangers auxquels elle s'expose et librement consentante; — qu'il se gardera, à plus forte raison, d engager une nourrice à recevoir un enfant syphilitique, en l'apitoyant sur son sort ou en lui promettant une augmentation de salaire; -^ qu'il se gardera de couvrir de son consentement la coupable manœuvre d'une famille {ju'un froid et cynique calcul conduit à exposer, au profit de son enfant, la sanlc d'une nourrice inconsciente du danger qu'elle encourt; — qu'il se gardera u d'aller choisir lui-même, pour un nourrisson syphilitique, une nourrice
116 CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT.
à laqu<*lle if proposera tli? prendre du mereure comme moyen de traiter r en fa ni •>; — qu'il regardera d'aller choisij' lui-même, pour un nourrlîssoii syphilitique, une nourrice à laquelle il dîissimulerâ la maladie de renfanl, et à laquelle il adminislrera un iraitement mercnriiil déguisé sous un pseudonyme de fantatî^ie, etc., etc. (l)- Citer ces faules, cesl assez les condamner, et je n*insislerai pas. D'autant que les éviler est chose facile^ puisqu'une autre voie esl ouverte au médecin» laquelle lui permet, comme je vous Tai montré, el de eonrérer à la nourrice une proleclion presque toujours effective et efficace, et d'épargner aux familles les scandales d'une déconsidération puhlique, et de sauvegarder enfin ses intérêts propres, à lui médecin, avec la dignité de la profession.
Nous venons de discuter la conduite à tenir dans la première des
alternaUves (jue nous avons posées, à savoir : nourrisson infecté et nourrice encore saine. Abordons actuellement la seconde qui va nous fournir également nombre ilc sujets et de situations essentiellement dignes d'intérêt*
Un second ordre de cas se présente. Mandé dans une famille, nous trouvons: 1'' un nourrisson infecté de syphilis^, et infecté d'une façon manifestement héréditaire; - T la nourrice de cet enfant infectée également de syphilis, et infectée de telle fat^on (précisons bien cela immédiatement pour éviter tout embarras) qu'il n'est pas è élever de doutes sur Torigine de sa maladie; c est de IV'nfant, en toute évidence, qu'elle a reçu la contagion,
La situation est, comme vous le voyez, absolument difterente de celle que nous avons étudiée précédemment. Dans le premier ordre de cas, une de nos préoccupations principales devait être de sauvegarder la nourrice. Ici, rien de semblable. Le mal est fait; la nourrice est conlagionnée. Ouelle conduite nous reste-t-il à Icnir dans ces conditions nouvelles?
Théoriquement, d'abord, nous avons à faire ceci : 1" Traiter Tenfant; 2* Conserver la nourrice:
3" Traiter celle nourrice.
(1) Voy. Trtrdieu, Êiuàe màdieù-léifAle sur Us maladies âccîdvntellcmeniel invo* ttinisiremtni produiiei par impttidênce^ tithflitiçnce ou irûnsmission conîagieuMe^ compreniint Vhistaire métlico-tég^U dalsL syphilis et de ses divers modes de irjtii*mission, [Annales d^ hygiène puitiique et de médecine légale, 2* aërie, l. XXL Paris ^ 1H64,) " Inutile de irconvmBnder ii nies confrères la lecture de ce mémoire si intéressant et m chargé tic faiU,
N'OURRICE CONTAMINÉE, — QUE FAUÏE ? 117
Quelques commentaires sur ces divers poinls.
1" Traiter tenpmi, cela va de soi,
2** Conserver la nourrice. — C*est là le meilleur parti à prendre, le meilleur pour Teiifant, pour la nourrice, pour tout le monde; — pour l'enfant, car il aura de la sorte la seule nourrice qui lui convienne, à savoir une nourrice qui n'a plus rien à craindre de lui; — pour la nourrice, qui ne saurait plus avoir d'autre nourrisson, et qui, reslant dans la famille, y trouvera la possibiliti^ d*utiliser son lait, d'abord, et ensuite d'être traitée comme il convient ; — pour iûut le monde ^ parce que, conservant sa place, la nourrice n*ira pas en chercher une autre et ne risquera pas de porter ailleurs la contagion,
3"* jyaitvr la nourrice. — Puisqu'elle a pris Ea syphilis, il faut Ten traiter et essayer de la guérir. Cela pourrait sembler inutile h dire, n*esL- ce-pas? Eli bien, pas du tout. Il n*est pas impossible, en effet, que vous rencontriez des re*H)stan<M*s sur ce point, des objections tout au moins. Plusieurs fois, eu telle occurrence, j'ai entendu des parents me dire : " Mais, si vous traitez la nourrice, si vous lui donnez du mercure. n'aJIez-vous pas allérer ou diminuer son lait? Notre enfant n'en soutTrira-t-il pas? -« — Hé pond ex catégoriquement à cela, messieurs, que, d*abord, un traitement mercuriel sagement administré ne modifie en rien (ce qui est lexacte vérité) la quantité ou la qualité du lait, et qu'ensuite, eiU-il même ce très grave inconvénient, en Tespèce il faudrait encore passer outre, car la nourrice est une malade et a besoin dVLre traitée comme telle, car la nourrice a droit, de notre part, aux mêmes soins, à la même attention que l'en fan t. Traiter TenfanL el ne pas traiter la nourrice serait une situalion dont s accommoderait volontiers Tégoïsme de certains parents, mais que nous, médecins, nous répudions de la faç^on la plus formelle, la plus énergique.
Théoriquement, voilà ce que nous avons â faire, et nos devoirs se bornent là.
Mais venons à la pratique* Allons-nous pouvoir tranquillement et sans encombre appliquer de point en point le programme que nous venons de formuler? ^'e respérex guère, messieurs. Car ce n'est pas ici que d'habitude les choses se passeni simplement, ni surtout placidement, La situation, vous le pressentez, est des plus tendues. Elle est pleine d'orages, je vous en préviens, d*orages qui vont éclater non pas sur nous assurément, mais à côté de nous, et parfois môme rejaillir jusqu'à nous.
L'ordre de cas, en elTet, que nous nous préparons à étudier est celui qui sert d'origine habituelle à ces procès entre nourrices et familles de nourrissons qui ont si souvent occupé les tribunaux. De plus, il abonde, pour ce qui nous concerne, en embarras, en sur-
CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT.
prises, en difficuUés de tout genre. Il a m^me été plusieurs fois roccasion d'erreurs, voire de fautes regrettables, que certains de nos confrères ont rudement expiées devant les tribunaux.
Donc, ici comme préc*'îdemment^ je dois m attacher à bien vous monlrer les écucils oCi le médecin noviee encore danfs ces questions sp(^eiales rJH[|ue d aller se heurter el d e va ot lesquels pourrait sombrer sa jeune expérience. De môme aussi je m'elTorccrai de vous préciser, comme je les conçois, les règles à observer dans raccomplissement des devoirs ardus et complexes que cette situai ion nouvelle va vous imposer.
La scène se présente de la fat^on suivante : Vous venez d'examiner un nourrisson, que vous ovez trouvé afîecté d*une syphilis héréditaire, el une nourrice que cel enfant à contagionnée- Votre examen terminé, vous voici dans une chambre voisine en léte-ù-t6te avec le père de renfanl, qui attend anxieusement voire arrêt Cel arr^l* vous je formulez dans loule sa triste vérité, dans toute sa rigueur. Alors, désolation, lamealations de voire client, qui, après s'être frappé la lêle cl avoir fait cent réflexions qui eussent élé mieux 6 leur place avant les liançailles qu*après raccoucheraenl, se relourne vers vous comme vers un sauveur, et vous dil : « Mais enfin, doc leur, que faire? Que faire dans cette situation désolante, épouvantable? «
A cela voici ce que vous répondrez, si toutefois vous adoplez mon système et le plan de conduite que je vous propose :
« En ce qui me conccrnei monsieur, je n'ai, moi, qu'une chose à faire; c'est de formuler une double prescriplion pour votre enfant el sa nourrice.
« Mais, en ce qui vous concerne, vous personnellemenli pour me permettre d'êlre utile dans les circonslances actuelles, vous avez à faire les trois choses que voici : Avouer ; — payer \ — et, si possible, conserver ht nfttîrrive.
« Atjotter, c>st-^-dirc déclarer à la nourrice la situation actuelle; lui révéler le malheur qui Ta frappée du fait de votre enfant, par conséquent de votre fait à vous ;
u Payer, c est-à-dire indemniser comme il convient cette nourrice à qui vous avez donné la vérole;
a Cumeruer, si possihle^ la nourrice, c'est-à-dire faire lous vos efforts pour que cette nourrice veuille bien continuer à donner le sein h votre enfanl. C est là le résultai principal, essentiel, auquel vous devez viser; et trouvez-vous trop heureux si vous pouvez y parvenir- »
Votre client, loul d*abord, jetlera les hauts cris, a première audi* tion de ce qui précède. Laissons-le se récrier tant qu'il voudra, et
DÉTESTABtE SYSTÈME DE LA MSSTMULATIOPT. 119
discutons ensemble, mesjïiicurs (cooime trujUeurs vous le discuterez avec lui), le programme eti <|uesUon,
(le programme comprend Irois points qu'il nouîi faut examiner avec soin :
I" M Avouer ». — Et, en eiïet, il nVst que cela à faire, de quelque côlé que vous envisagiez les choses. Force est bien de commencep par éclairer la nournce sur la situation, de lui révéler la maladie qu'elle a contractée, en lut proposant les moyens de la combattre.
C'est pourtant suree premier point que vous rencontrerez dliabitude le plus de résistance de la part de votre client. Avouer ! Cela lui paraît impossible ; son amour-propre, sa dignité, se révoltent h cette pensée. Confesser une telle maladie! Et la confesser à qui? « A une femme à gages, à une mercenaire, quelque chose comme une domestique î n Et tout aussitôt il vous proposera diverses échappatoires, pour se dérober h une humiliation de ce genre. <' Voyons, vous dira-l-il, ne poiirrail-on pas trouver autre chose? Ne pourrailon pas, par exemple, traiter la nourrice sans rien lui dire^ ou bien en donnant un nuire nom à la maiatîie? Quant aux remèdes^ on s'arrangera. N est-il pas des pseudonymes^ honnêtes pour administrer le mercure sans qu'on s'tn tloulel Klc, etc. »
Eh bien, non, cent fois non. llAte/i-vous, messieurs, de combattre ce premier mouvement d'un homme qui s'égare; repoussez Ions ces misérables raiix-fuyants. Et conseillez en pareil cas le seul parti qui soit à prendre, le seul ^nvW iuynnêle et uiîie h la fois qui soit de circonstance, à savoir, l'aveu franc et net de la situation.
Car, si Taveu n'est par une réparation, assurément du moins c'en est lexorde nécessaire. Tandis que dissimuler ne ferait qu'ajouter une faute à une faute, et compliquer une situation déjà bien crilique et bien pitoyable.
w ï) ailleurs — dites bien ceci à votre client — à quoi pourrait aboutir, comme résultat final, la dissimulation? Est-ce que tôt ou lard la vérité ne se ferait pas jour? Est-ce que cette nourrice n'a pas de soupçons déjà, de par ce qu'elle a vu sur rcnfant et de parles symptômes qui se sont produits sur elle-même? Est-ce qu'elle ne cherchera pas à convertir ces soupçons en certitude ? A la première occasion, elle vous demandera une sortie de quelques heures et courra chez un médecin^ lequel lui révélera la maladie dont elle est atteinte. Et ce sera bien pis alors î Doublement indignée à juste titre et de Ja contagion qu'elle a sul)ie par votre fait et de votre procédé à son égard, elle ne remettra plus les pieds chez vous, d'nbord; et, ensuite, elle n*accroîtra que davantage ses prétentions au trop juste dédommagemenl que vous lui devez. Croyez-moi; elle n'est ni femme ni villageoise pour rien. Et ce n'est ni vous ni
CONTAMINATIONS Di5rIYANT DE l'aLLAITEMENT,
[rioi (quand bien même j entrerais dans vos vues autant que je m*en sépare) t|ui arriverions à la Iromper. Donc^ lanl au point de vue de rutile que de l'honnête, pmcédez de honne foi. La bonne foi, ici comme ailleurs» vaul mieux que riiabilelé. D'aulaiït, je vous le répète, que votre intérêt bien entendu ^ comme je vous Se démontrerai dans un instant, est de ménager cette femme et tle tout faire au monde pour la conserver chez vous comme nourrice de voire enfant. >'
Tel est le conseil, messieurs, que vous aureE à donner en pareil cas. Et vous ne sauriez en donner d'autre.
J'insiste sur ce point, car c'est ici surtout que des erreurs, âc^fatiteê ont été commises; c*esL ici que quelques-uns de nos confrères se sont laissé entraîner par rinfluence de leurs clients liors du sentier qu'ils devaient suivre. \ oyez donc bien, messieurs, voyez à fond, je vous en prie» ce à quoi Ton aboutit, alors que Ton condescend à suivre les familles dans la détestabh ime de la dissimulation vis*à-vis de la nourrice.
D'abord, ou est forcémenl conduit, comme premier pas, à h^nmper ia nourrice âur ia naiure de son mat, à voiler la syphilis sous quelque pseudonyme de fantaisie, tel que: w dartre, gourme, herpès» eczéma, éruption, écbauïlement de sang^ etc. » — Premier mensonge.
En second lieu, comme force est bien de traiter cette nourricei on est amené à h Iromper éîjaîemenl aur la naiure des remèdes qu'on lui fait prendre, à décorer par exemple des pilules mercurielles des noms de <• grains de sanlé, pilules rafraîcjnssantes, pilules pour le iaiî (1^ 1», ou des sirops iodurés des noms de u sirop tonique, sirop dépuralil", sirop antiglaireux, sintp de cnd^sarire f!^ {historique et textuel), etc. ^> — Mensonge sur mensonge. — Et, disons-le immédiatement, quelle situation alors pour un médecin î Que devient la dignité professionnelle dons cette comédie, dans ce pitoyable échafaudage de ruses et de fraudes vis-à-vis de la nourrice?
Et ce n'est pas tout encore. Troisième et plus grave conséquence ! Comme tout s'enchaîne dans un système, qu'arrivera-t-il si, par suite d*un incident quelconque, la nourrice vient à quiUerla maison, soit pour aller retrouver son mari, soit pour prendre un autre nourrisson? Il arrivera ceci, que cette femme, inconsciente de son mal et des dangers qu'il comporte, ira en toute confiance infecter son mari ou porter la vérole dans une autre famille! Déplorable résultat dont je n'aurais à citer que de trop nombreux exemples.
Enfin, il est une autre considération (celle-ci purement médicale) qui doit encore trouver place ici et qui achève de condamner le système en question. Ainsi que j'ai eu l'occasion de vous le dire plusieurs fois dans nos conférences de cette année, il y a un intérêt majeur pour tout sujet alTecté de la vérole à savoir qu'Ha ia véroie^ à en être lûen
DÉTESTABLE SYSTEME DE LA DlSSlMUlJtTlON* 121
et dûment averti. Vienne, en effet, à surgir sur ce malade, dans un avenir plus ou moins éloigné, tel ou tel de ces accidents viscéraux
lïe 1(1 diathèse qui, pour ne plus rien présenter de spécial comme symptômes, n'en comportent qu*une gravite plus grande^ il importe que ce malade puisse éclairer son médecin sur ses antécédents et le diriger dans la voie du diagnostic, tout au moins ne pas Ton dèlourner. H importe qu'interrogé par nous sur son passé» il puisse nous répondre : Oui, j'ai eu la vérole autrefois, à telle époque. S'il ne sait pas qu'il a eu la vérole, il ne le dira pas, nécessairement ; qui pis esl, il dira et il affirmera le contraire. 11 nu us égarera, il nous entraînera loin du diagnostic, et, conséquemnient, loin du seul Irailement qui puisse être utile en 1 espèce, 11 aurait eu chance d*éLre sauvé par la seule notion de ses aulécédents spécifiques; il pourra payer de su vie Tignorance de ces antécédents.
Or, tel sera exactement le cas de celte nourrice si vous commellez la faute de lui tenir cachée la nature de sa maladie (l)*
Voyez donc jusqu'où peuvent s^étendre les conséquences d'un mauvais système; voyez combien les intérêts de la nourrice, sans parler des vôtres^ se trouveraient lésés, à des points de vue naturellement divers, par Unlisslmutaiifin que sollicitent de vous certaines familles, et jugez s'il vous est permis de vous laisser engager dans cette voie.
En résumé : Illusoire en fait, immoral, préjudiciable comme conséquences d*aveuir, également compromettant pour la famille et le nu*di'cin, tel est le syslèmedela dissimulalion ; voilà ce qu'il vaut.
A aucun prix, donc, le médecin ne peut s*y prêter, ('ar il faut avant tout, par-dessus toule considérai ion, que le médecin respecte les intéréls (le ses malades, aussi bien ceux d'une nourrice que de tout autre ; et il ne faut pas moins qu'il se respecte aussi lui*méme, en agissant, ici comme ailleurs, lionnétemenL, loyalement, simplement.
F^is de transaction possible sur ce point, messieurs. Et, si une famille prétendait exiger de vous en pareille occurrence le sacrifice de vos convictions et de votre dignité, n*hésitezpas, brisez net, déclinez la situation qu'on clierche à vous imposer, rettrez-vouii,
(t) Ams^i «est -ce pus sans éiftiinement et sans re^freL que j'ai Ju, dans une circulaire aflrL^srsc-t* par rA*i&iylance publique aux niddecins ch^rgi^s en province dv la surveïUanûe den nuurrircs et des nourrissons, la ningulier paragraphe qua voici:
"... Darifr Je Cûs uù^ nud^rL^ les préesu lions ^us-îndiqucca, vous rccun nul I ries qu'un enfant a communique ïa sypUtlisd sa nourHce, vouîi devriez donner à ceUe-ej^ cuinnie à l'enfant, tuus les soins qui ïui seraient nécessaires, en lai câchani (un* te fois Ut natiirt' de na tuRlsuitE pour né pài VtnquiéUr, ^ (Grculftirodu 15 février IS&i aux mi^cJecins des urrondiBe^euients.)
Nofi| cent fois non, il ne faut pas cacher à une nourrice la nature de la maladie qu'elle a conlracLee de snn nourrisson, car elle a inlerêt^ inlJrét majeur à tous égards, pour elle ei Ica sienSi à coanaiire cetle maladie, el i'ela pour les moUf« g^rare^i que je viens de développer*
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2* Second point do notre programme : « Payer »i,
Ne nous môlon;^ de ceci, me^^îeur», qiiVn ce qui a trait exclusivement nu but pratique que nous poursuivons. Ne nous eu mAlons surtout que pour ol>tenir ce à quoi nous vif^ons, ce quUl est utile de réaliser en Fespècet à savoir : no arrangement qui permellt de conserver lu nourrice, et cela pour le plus grand bien de Tenfant, comme pour la sauvegarde d'autriii.
Précisons.
Une famille nous demande un conseil» à nous gens habitués par métier à ce genre de tristes situations. Donnons ce conseil, puisque nous y sommes învitési et disons au père de l'enfant : a Payez, monsieur ; indemnisez la nourrice. Vous n'avez que cela à faire, pour tous les motifs possibles. D*abord» c'est bien le moins d indemniser les gens â qui on donne la vérole. Si vous étiez aujourd'hui renvemé et blessé par une voiture sur la voie publique, vous trouveriez absolument juste et équitable le principe qui obligerait le propriélaire de cette voiture à vous allouer un dédommagement. Eh bien, la situation est la même : vous avez causé à votre nourrice un dommage réel, rofmdérahie, plus considérable môme que vous ne pouvez le supposer, vous étranger à la pathologie de la syphilis. Or, ce dommage, il vous faut le réparer dans la mesure du possible. La loi est là; lisez larticlc 138:^.
« En second lieu, puisque vous voulez bien vous en rapportera mon expérience, je vous conseille de payer tout de suite et de bon gré* Tout de suite et à l'amiable, c est là le bon parti, croyez- moi. Car, si vous ne payez pas de bon gré actuellement^ vous payerez de force plus tard ; el ce sera bien plus cher alors, grince aux tribunaux qui ne rendent pas la justice gratis, grâce aux hommes d afTaires, huissiers, avoués, avocats, dont les exploits ou les paroles sont à prix d'on Notez d'ailleurs qu'en réglant immédiatement et à huis clos celte légitime indemnité, vous vous épargnerez ce que vous craignez le plus, î\ savoir : la pahlif'tié; — la publicité sous forme d'assignations, de papiers timbrés, qui, en cas de résistance de %"otre part, vont pleuvoir chez votre concierge» en exposant fi ciel ouvert les motifs des poursuites dirigées contre vous; — la publicité fious forme de procès, de plaidoiries, d^experlises, de contre-expertises, etc., que les gazettes avides de scandale s'empresseront de reproduire^ etc. »
Ici, messieurs, laissez-moi ouvrir une parenthèse; car, en entendant les derniers mots qui précèdent, quelques-uns d entre vous, je le soupçonne fort, ont pu croire que j^exagérais, que je chargeais à plaisir une situation déjà fort critique. 11 n'en est rien, croyez-le. Loin d'avoir dépassé les bornes de la stricte vérité, je serais plut^U resté en det;à. Et, en clTet, pour avoir assisté bien souvent à ces tristes démêlés