CONFLIT ENTRE NOURRICE ET PARENTS DU NOURRISSON
lanL du préjudice fait à sa santé que des résistances upposécs à ses réclamations, elle brise net avec les parents, tombe dans les mains des hommes d'afïaires, et ne procède plus que par papiers limlirés.
Parfois encore — ceci heureusement D'est plus qu'exceptionnel — certains parents^ sans prendre souci des intérêts de l'enfant, courent d eux-mêmes au devant de la rupture, en di^clî liant toute responsa* bilité vis-à vis de la nourrice, voire en essayant de rejeter sur elle l'accusation dirigée contre eux. Pour ôlre invraisemblable, le fait n'est pas moins authentique. Ainsi, j'ai entendu de mes propres oreilles un père de i'amille ~ homme considéré cependant, — dont Tenfant avait infecté une nourrice, me tenir l'incroyablo langage que voici : *< Tout mauvais cas est niable, et le mien ne fait pas exception à la règle. L'enfant et la nourrice, dites- vous, ont tous deux la vérole; mais lequel ta donnée à t autre"! La nourrice accuse Tenfaut, c est son droit et c*esl son rôle. Mais libre à moi de riposter en disant que c'est elle qui a contagionnè TenfanL D'ailleurs, est-ce que je connais cette femme et sa moralité ? Qui me répond et qui pourra prouver qu*elle n avait pas la vérole en entrant ici, ou qu elle ne la pas contractée depuis lors d'une façon autre que par lallaitement? Nous plaiderons. Eh bien, soit! Ne pouvant rien perdre à plaider devant d*autres juges que vous, qui me condamnez d'avance, j'accepte le procès; c'est une chance à risquer* *» — lïiutilc de vous dire, messieurs, ce qu'à de telles infamies un médecin doit répondre, et ce qui lui reste à faire en pareille circonstance,
2" D'autres fois, la rupture vient de la nourrice, et cela dans des conditions diverses.
Tantôt, justement elTrayée des premiers symptômes apparus sur l'enfant, la nourrice se relire aussitôt, avant même l'arrivée du médecin. Tantôt, et plus fréquemment, c'est à propos et à la suite de notre vi,site qu elle abandonne son nourrisson. Bien qu'avertie par nous de la situation avec toute la prudence et tous les ménagements possibles, en dépit de toutes les promesses^ de lous les sacrifices consentis par la famille, la pauvre Femme s'enfuit, affolée, épouvantée, indignée. Pour rien au monde, elle ne se résoudrait à continuer Ta liai te ment de ce nourrisson qui lui répugne, qui lui fait horreur, qui, dit-elle, ne manquerait pas h de Tempoisonner encore davantage >*. Que Voulez- vous? On ne raisonne ni avec le dégoût, ni avec la peur.
Donc, pour une raison ou pour une autre, voici la nourrice qui s*en va, qui se sépare de son nourrisson. Or, c est là, messieurs, un résultat déplorahle. Oui, déplorable, car il ne répare rien tlcompromet ioai, car il ne profite à personne et nuit à tout le monde.
Et notest que ce résultat eiH pu être conjuré, si les deux parties actuellement adverses eussent été mieux conseillées, mieux éclairées
Vis CÛNTAMI NATIONS DÉRIVANT liE LATJ-AITEMENT,
sur l(*urs inl,i*réls propres. Car elles aumienl eu louL avaolage à s'entendre, à s^accorder.
C'est donc ici que le rôle du médecin peut être utile^ éminemment utile à tous. El voici comment. Par la connaissance qu*il a de telles situations?, par rexpéiience qu'il en a acquise*, le mï'*deciu sait à ravanre ce qui se préparc el ce qui va se prorluire, s'il laisse s'entrechoquer pareutts et nourrice. Il sait qu'une rupture est imminente^ et il connaît les conséquences regreltahles de cette rupture pour Tenlant, pour la nourrice, pour tout le monde. Lui seul ent de sangfroid entre gens irrités, ne raisonnant plus, ne se rendant plus un compte exact de Tétat des choses. Lui seul peut s'interposer poiu^ éclairer et accorder les deux parties au mieux de leurs intérêts rvspectîfs. Donc son devoir est d'intervenir. Son e le voir moral est de se* rendre maître delà situation pour la diriger comme il renlend, pour la régler comme il convient qu'elle le soit, c est-à-dii'e honnélenicnt et utilement tout à la fois.
En somme, que doit-il faire? Ceci ;
î° En ce qui concerne les parents, exercer sur eux la plus énergique jiressiou pour les contraindre îi accepter le plan de conduite que je vous ai exposé et à Taccepler immédiatement. « Allons, leur dirat-il, pas d'hésitation 1 11 n'est qu'un seul moyen pour sortir de l'impasse où vous êtes; ce mo^^en, je vous laî offert, il faut vous y résoudre. Le salut de votre enfant peut dépendre de la résolution que vous allez prendre. Sa vie peut être à ce prix ; vous n'avtz pas le tiroil fîhésiler. «
"2^ En ce qui concerne ta nourrice, le médecin doit user vis-à-vis d'elle de son autorité, de son prestige moral, pour la persuader, pour la diriger, pour l'amener au meilleur parti qu'elle puisse prendre dans les circonstances présentes. Tenezdui donc à peu prés le langage que voici : a Nourrice, un malheur vous a frappée. Nous le regrettons tous amèrement, et, dans la mesure du possible, la famille de Tenfant s'elTorcera de le réparer. Un dédommagement vous est dû ; une indemnité vous sera allouée, n'ayez aucune crainte à ce sujet. ^ Mais, maintenant, un peu de calme, et voyez clair dans vos intérêts. Vous avez tout avantage â rester ici ; vous avez toui désavanlage à nous ffulUer. (lar, si vous nous quittez, que fercz-vous? Retourner chez vous, près de votre mari ? Mais vous lui donneriez le mal que vous avez, puisque vous n'êtes pas guérie. Entrer dans une autre place? Mais cela est impossible ; car, moi, d'abord, je ne puis vous délivrer de certificat, bien entendu. Puis, on ne vous acceptera nulle part, avec la maladie que vous avez. Réussiriez-vous même à vous placer, cela serait bien pis pour vous encore ; vous donneriez du mal a votre nourrisson, et vous seriez inquiétée, poursuivie, punie à votre tour* — Tandis que, si vous restez avec nous, d'abord
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VOUS conserverez le Wnéfice de votre \mi ; puis on vous IraiLerai on vous guérira. El alors, voire nourriture faite, vous pourrez rcl.ournor chez vous» sans crainte de communiquer un mauvais mal h voire mari, — II faut donc conserver votre nourrisson actuel, et cela tians voire înlérrH, dans Tinlérôt de votre mari, rie votre avenir. — lléfiéc Lissez bien à tout cela, à l^ie reposée, sans colère ; et croyez-moi» prenez la seule résolution que vous ayez à prend re^ restez , « .
En procédant de la sorlei messieurs, vous parviendrez plus d'une fois (j'en ai rexpérinncc} à relenir une nourrice qui, sans vous, allait partir, et à sauver une stlualion qui, sans vous, allait devenir des plus criliques.
Voire devoir, à vous mc^^iecin, sera alors accompli ; ella récompense de vos elforls sera un résultat considérable obtenu. Hésullat considérable, puisque la conciliation dont vous avez été le médiateur réunit ici lous les avantages possibles en favorisant tous les intérêts i intérêts de Tenfant qui gardera sa nourrice; — intérêts de la nourrice qui conservera leraélier dont elle vil et qui sera traitée comme elle doit rotre; — intérêts de la familtc, Irop heureuse d^échapper, au prixd'uii sacrifice pécuniaire, a un procès déplorable et aux scandales de la publicité ; — intérêts de la société, qui sera sau vegardée contre les ricochels possibles d'une redoutable coniagion.