XI
Autre point, et celui-ci tout diflTérent.
Dès le débul de cel exposé je vous disais, messieurs, que, dans les questions dont rexanicn allait se présenter à nous, le médecin, indépendamment tic ses attributions purement médicales, avait deux devoirs à remplir.
De ces deux devoirs, Tun, relatif à la nourrice, vous est connu par ce qui précède. Le second» concernant la société, nous reste ii mellrc en lumière, îl va nous occuper actuel IcrnenL
Ce devoir, d'un ordre spécial, consiste en ceci : sauvegarder la soriélé, dans les conditions et leslimiteson cela nous est possible, des dangers qui peuvent rejaillir sur elle par le fait de la syphilis des nourrissons et des nourrices.
El, tout d'abord, les dangers auxquels je fais allusion sont-ils donc si imporlants, si fréquents, que nous devions les séparer des questions de propliylaxie générale et leur ouvrir ici un cbapilre particulier?
Certes, oui. Car» sans exagérationt on P^ut dii'^que la syphilis des
CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE L*ALLAITEMË?<T.
noufrisîsOOS et des nourrices est une soarctf dt rontaminulions aussi fréiiuenies que îanienlahles.
C'est quViienelon ne se défend pas, on ne se prémunit pas contre cette source de contagion comme on se défend, comme on se prémunit contre les contagions d'autre genre, la contagion vénérienne par exemple. On ne suspecte pas un nourrisson ou une nourrice comme on suspecte une fille, une pt-ostiluéc. On ne se tient pas en garde contre une nourrice, moins encore contre un enfanL Conséquemraenl^ [a contagion qui peut provenir d'un enfant ou d'une nourrice ne s*exerce qu'avec une facilité d'autant plus grande. Et coniment s'exerce telle? Dans les conditions les plus déplorables, c'est-à-dire frappant des innocenfs [>ar excellence, contaminant de vérole ceux qui ont témoins mérité la vérole, contaminant des enfants nouveau-nés, contaminant den femmes dans l'exercice de la fonction la plus sainte, contaminant ceux (pii approchent ces enfants ou ces femmes. C'est là par excellence, je le répète, la syphilis des innocents, si/phiii^ înstttjiiam, comme disaient nos pères.
Les casdans lesquels sVst produit ce mode do contagion abondent et surabondent. Ils pullulent véritablement dans la science* Farcourex les monographies spéciales» feuilletez les journaux de médecine ou de droit, et vous trouverez quantité d'observations telles que les suivantes :
Tantôt c'est un nourrisson syphilitique qui contagionne plusieurs nourrices qu'on lui donne successivement;
Tantôt c'est une nourrice qui, quittant un nourrisson syphilitique et contagionnée par lui, Iransmel à son tour rinfection à un second nourrisson, puis h un troisième, etc.
Puis viennent les cas où la contagion ainsi reçue se dissémine par une série de ricocheîs. C'est, par exemple, une nourrice contaminée qui conta;y;ionne son enfant, lequel à son leur transmet la maladie à une autre nourrice; — ou bien c'est le mari d'une nourrice contaminée par un nourrisson étranger qui prend la sypliilis de sa femme ; — ou bien encore c*est une nourrice qui, ayant par obligeance donné le sein à un enfant allaité par une de ses compagnes, regoit la syphilis de cet enfant et la transmet â son nourrisson ; etc., etc.» etc.,, Jesoigneeu ce moment toute une très honorable famille dont voici la triste histoire en deux mots. Une nourrice infectée de syphilis arrive dans un jeune ménage. Bien entendu, elle contagionne aussitôt renfant t[uî lui est confié. Cet enfonl, dont la maladie est méconnue tout d'abord, contagionne h son tour ; f" sa mère; — 2'' sa grand'mère; — 3' et l" deux Lormes de la maison, filles absolument irréprochables, vierges; — b" la jeune mère, enfin, quelques mois plus tard, contagionne son mari.
11 n'est pas rare que le nombre de ces contaminations //(ir ricochets (comme on les appelle vulgairement) soit plus ou moins consiùérable.
hlCOCHETS DE CONTAGION-
Le cas que je viens de vous citer en esl un exemple. Telles soulf è un plus haut cl encore plu« regrettable degré, les deux observations suivantes :
K — Un enfant âgé de quelijuesjours est reçu dans une crèche. Sain d'apparence, il est confié à une nourrice qu*il infecLe bienlôt. — Cette nourrice, qui allaita il en même temps un autre nourrisson, conlagionne cet enfant, qui ne tarde pas à mourir. — Elle prend alors un Iroisième nourrisson, lequel contracte la syphilis à son lour et meurt. — Une autre nourrice, amie de la précédente, ayant par oblifceance <lonné trois ou quatre fois le sein à ce dernier enfant, reçoit de lui la syphilis. — Celte même nourrice, alors, infecte son nourrisson.
Comptez bien, messieurs. Cela fait 5 coDlagions de syphilis^ et â morts,
IL — Autre exempte, cité par le D^ Droo (de Lyon). Un enfant syphilitique infecte sa nourrice, — Celle-ci, pour se dégorger les seins^ donne à téter à trois nourrissons, tcs(|uelfi ioas prennent la syphilis, — Chacun de ces trois enfants infecte sa mère, — Chacune de ces trois m ères infecte son mari (1).
Total : 10 contaminations syphilitiques résultant par ricochet/ de la syphilis d'un nourris^îon. — Et les choses s*en sont-elles tenues là? Parfois même (ceci n'est plus qu'exceptionnel, il esl vrai) de semblables cascades de contagion ont fait un nombre de vie limes plus considérable encore. C'est ainsi qu'on a pu voir un nourrisson syphilitique importer dans un petit pays 16, 18, 23 syphilis, et devenir ainsi l'origine d'une sorte d épidémie locale (2).
Par ces exemples et d^aulres que j'y pourrais joindre, jugez, messieurs, s'il y a intérêt pour la société k se tenir en garde contre la possibilité de telles contagions, et s'il incombe au médecin le devoir de veiller à ce qu'elles n'aient pas roccasioo de se produire.
Aussi, soit dit en passanL — eirimportancede celle digression lui servira d'excuse — ne saurait-on blAmer assez la légèreté avec laquelle les gens du monde confient souvent leurs enfants à la pre* mière nourrice qui leur tombe sous la main, sans songer à s'enquérir de la santé de cette nourrice, de ses antécédents, de l'état <lu nourrisson qu'elle vient de quitter. Je Iremlile, pour ma pari, ipiand j'entends (ce qu'on entend journellement) des parents me dire : « Notre enfant vient de partir en nourrice; on nousavait parlé d'une nourrice à tel endroit; nous lui avons écrit, et elle est venue prendre Ten fa ni . » — Du moins, avez- vous fait examiner cette nourrice par un
(I) AcbUte Drod, Mode partie a lier de trnnsmiâsion de la ttfphilis nu ncitimiioit pur U nourrice dutuf VitiUiiemcnl, Lyon, IK70.
(3) V. AuiUcare Ricordi, Sifiiide dit êtUttlamenio e forme iniiluli délia ti^Udef Milan, m^.
niédecin? — Non, Elle passe, assure-l-on, pour utie brave fcmrne. D ailleurs, elle avûiI hfmne apparence; elle nous a plu, el nous lui avons donné TenTanl, — Comme si des renseignements en Tair et une M bonne apparence *> élaienl des garanties suffisantes en pareil cas, et notammeul des garanlies contre la vérole!
Puisque la syphilis des nourrices et des nourrissons comporte de tels dangers, c est Je le répète, un devoir pour le médecin de sattaclier h prévenir les contagions de ce genre. Ce devoir social^ comment le remplira-t-il?
Sans entrer ici — ce qui nous enlraînerail loin de notre sujet — dans 1 exposé des mesures de prophylaxie générale! voyons ce que le médecin peut et doit faire, alors qull se trouve dans telle ou telle des situations que nous avons étudiées jusqu'ici.
En ce qui concerne le nourrisson, d*alïord» la conduite à tenir est bien claire, 11 faut que le médecin s'oppose, s'oppose de toutes ses forces, à ce qu\in nourrisson syphilitique reçoive jamais soit actuellement, soit dans Ta venir, le seio d'une nourrice suine. Nous avons longuement insisté sur ce point dans ce qui précède ; inutile d'y revenir- Rappelez- vous seulement les prohibitions sévères, absolues, que nous avons formulées à ce propos.
Fort bien, direz- vous ; la luesurc est radicale et sera efficace assurément* Mais n'y aurait-il pas quelque chose de mieux encore à faire ? A savoir : prévenir la possibilité même qu*un enfant syphilitique soit jamais fonfié à une nourrice saine. Sans doute, vous répondrai-je, Mais avons-nous ladite possibilité? Un mari sypljili tique nous consulte-il toujours pour savoir ë11 pourra ou non faire allaiter par une nourrice son enfant à naître ? Nous con fi e-t-il toujours, pendant la grossesse de sa femme, les antécédents spéciaux qui pourraient donner quelque alarme sur la sauté du fœtus ? Bien loin de là \ Car, sachez-le, la plupart de nos clients sont ainsi faits qu'à peine mariés ils oublient leur passé de garçons. Ce passé n'existe plus pour eux; il est bel et bien périmé de par le sacrement du mariage. Le médecin qui les a soignés de leur syphilis, n'allez pas croire qu'imprudemment ils lui ouvrent le foyer conjugal. Et quant au M médecin de famille ^s à celui qui doit posséder la confiance de madame, ils se garderaient bien, hommes sérieux, de Tinitier aux mystères d autrefois. Donc, pour une raison on pour une autre, nous ne sommes, tous, que très exceptionnellement appelés à donner un avis préalablesur le mode d'allaitement qui serait le mieux approprié à la situation. Presque invariablement nous nln 1er venons qu'après coup, alors que Tenfant est né el confié depuis un certain temps à une
MESURES PRÉVENTîVEfî.
nourrice, souvent même alors que cette nourrice a tl*^àrê*^urinreclion.
Ce qui n*empt^che^ bien entendu, que, dans les cas rf^res où se présente la poî^sibilitt* d'intervenir è temps, nous n'ayons robligation d'employer tous nos efforts à prévenir l'allaitement par une nourrice saine d'un enfant destiné ou exposé à naître en état de syphilis
Que faire dans cette intention ?
Ceci : exposer caLégoriquemment au père la situation, avec les dangers divers qu*elle comporte; lui <lire: que son enTant court des risques d*hérédilé syphilitique; — que, s'il naît syplulrlique, il y a toute probabilité pour que la mère D*échappe pas à rinreclion ; — que, dans ces conditions, el pour loutes raisons que vour aurez à exposer, Tenfant ne saurait ^tre confie à une nourrice; — que, conséqueminenl, 1 obligation s'impose à la mère d'allaiter son enfant.
A fortiori, serez- vous plus autorisé encore à tenir un tel langage, si di^îi la mère^j pendant la grossesse, présente des signes non douteux de syphilis,
H Dotic^conlinuerez-vous, faites en sorte, monsieur, que f'^^f ré /^^mm*» nourrisse. Cela est indispensable, de par les conditions ou vous vous trouvez placé. Si madame a dessein de nourrir, n'alleit pas Ten détourner. Et, si elle n y est pas disposée, agissez énergiquement sur elle, par tous les moyens que vous pourrez imaginer, pour modifier sa résolution. A tous égards, je vous le répète, c'est elle qui doit servir de nourrice à votre enfant. ^ï
Et cela, messieurs, vous avez non seulement le droit, mais le devoir de le dire. Car, prenons toutes les by pot lié ses qu'il vous plaira, el vous verrez que ce plan de conduite répond a toutes. Exemple :
1" Si renfanl, en effet, naît sain, non syphilitique, sa mère évidemment n'a rien à craindre de lui.
*P Si Penfant naît syphilitique, la mère, dans la très grande généralité des eas, est déjà infectée a va ut raccouchement ;en conséquence^ elle n'a plus rien à redouter.
3* Que si, par exception rare, la mère d'un enfant syphilitique a échappé ou paraît avoir échappé à l'infection, rappt'b*z-vousla loi de Colles, dont je vous ai parlé longuement dans une de nos précédentes conférences. D'après ce syphili graphe, jamaië on n aurait va une mère prendre par attaitf ment ta .Htjphitis de êQnenfQnt(\). Cette propo-
t1) " It ift o ciiriousfucl tliat I huvc ne ver wilne^ftcd nor cverheortl ofan iuslnnce in whicii a chiUi dcrivin^ Uic inrecLion of f jpliilîs from il» porenU h»% caaned an ulcération in Ihe breatit uf ils motiier, * (Abiaïiani Colles, frscUe&t obÈfrv&lÎQn* onihe venert^i disCAie and on ihe uie of merctiry^ I.undon, 1«.'Ï7.}
ï^lt existé, comme on Ta dit, de» inTracLions k celle règle, cllcii ne constituent aisuréntent qu(!} de» exceptions bien rare»^. Je répi-le que, pour ma pari, ],e n'm paii encai'e obBervé un stsul caa bien authenlique qui vfnl mettre en ûM^ul la proposi^ lion di* CnlIé^H.
CONTAMINATIONS Dl- RÏVANT DE L ALLAITEIMENT.
81 lion paraît confirmée par un assentîmeal presque unanime, et je déclare pour ma part n'avoir rencontré jusqu^ù ce jour aucun fail qui la conlredise.
Y aurail-jl d'ailleurs quelque danger h courir, quelle est la mère digue de ce nom qui n'accepterait ce danger pour elle, qui ne s'y, oiTrirail d'cUe-m^me, si le salut de son cnfanl est à ce prix ? Le risque que nous nesaurions imposer à une nourrice» une mère le réclame pour elle; en conséquence, la siluation se trouve tranchée de fait.
Néanmoins, n'espérez pas, messieurs, que voire conseil de confier rallaitemeni à la mère sera toujours accepté >^ans opposition. Sans parlerde raisons qui n'en sontpas» déraisons Ijasées sur de prétendues convenances, sur des exif>cnces mondai nos ou autres» etc.» on vous objectera souvontqne la mère est *• bien l'aible pour nourrir », qu elle ne saurait suppoiler rallailement sans danger pour elle-même, etc. Insistez, car it est bien rare qu'une femme ne puisse, au moins pour quelques mois, allaiter un enfant. Insiste;^, et dites cei-i ; Soit! Madame ne nourrira pas tout le temps qu'un enfant doit en général être nourri. Mais elU* fera le posslUe, et c'est Jà seulement ce que nous lui demandons. Qu*elle donne au moins le sein pendant tes [irenuers mois ; cela nous permettra d'atLendre, et nousaviserons au delà. Kn tout cas, il y a toute utilité è ce que Madame nourrisse pendant quelques mois, j»
Et pourquoi cela? Pourquoi solliciter tout au moins ces quelques mois dallailement maternel? C'esL que la syphilis infantile, quand elle doit se révéler, se révèle, sinon absolument toujours, du moins presque toujours dans les deux ou trois premiers mois. Sur 158 cas, M. Diday Ta vue faireéclosion 146 fois dans ce délai. De tels chilTres parlent assez d'eux-mêmes pour n'avoir besoin d'aucun commentaire (l).
Donc, ces quelques mois d'allaitement maternel peuvent nous servir ici et de vrilêrium sur ta santé de f enfant ri de tj tu de pour ta eotutaite a tenir nllérienn'menl.
Et, en ef!et :
P Si, dansée laps de temps, la syphilis s est révélée sur l'enfant, tout est dit. L'enfant doit subir le sort comiwin de tons les enfants syphilitiques. Dans aucun cas il ne peut tUre confié ù une nourrice, et c'est la Fesse ntiel à connaître au point de vue qui nous occupe actuellement, c>st-à-dire au point de vue de la sauvegarde générale.
Dans cette première alternative, ou bif^n ratlaitemenl maternel devra être prolongé, si la mère est syphibtique et si ses forces lui jiermettent encore de donner le sein ( le biberon d ailleurs pourra venir à son aide et la soulager dans une bonne mesure ); ^ ou bien
fi) Traiié de la syphUin des nonveêu-nês ël des enf^nU A h mamvfh, Paris, ÎSJ4, p. 164.
MESUBES PÎIEVENTIVES,
si rien de ftyphililiquo ne !^*esl produit sur la mère, on pourra, par prudencr cl en t!t*{>il de la loi de Colles, recourir à lel ou tel de ces proct^dés spéciaux d allailemcnl <iue nous avons rludiés dans Tune de nos reunions précédentes.
!Ï" Oiin si au couLraire, après trois mois ou» niinux encore, après quatre mois d observa tiou, rien de suspect ne s'est produit ni sur Tenfant, ni sur la mère, il y a alors de très Tortes présomptions (je dis présoTTiplionfi, rien de plus] pour que l'en faut ait écliappé à l'influence héréditaire, pour iju^il ne soit pas syphilitique. Et nous voici dès lors bien plus libres d'allure. D'une part^ en ellel, rallailement malernel peut t^lre continué, avec ou sans Ta^sistance du biberon : et, d'autre part, une nourrice peut être permise, non toutefois sans soumettre encore le nourrisson à une surveillance assidue, de façon à écarter tout risque de contagion.
Si de leiies précautions étaient ou pouvaient toujours être prises à regard des nourrissons infectés ou seulement suspects de syphilis, le nombre des contagions dérivant de cette source diminuerait à coup sûr dans une proportion considérable.
C'est une mesure de cet ordre qui a été adoptée, ces dernières années, par l'Administration des hApilaux civils, après force démêlés, tracas, procès survenus à roccasion de nourrices contaminées par des enfants-assistés. Je m'explique. Vous savez que, lorsqu'une femme mère, entrée dans nos salles avec un enfant au sein, est forcée par le fait de sa maladie de suspendre Tallaitement, nous avons la ressource de reclamer une nourrice, laquelle est fournie gratuitement par rAssislance publique. Or, plusieurs fois, en semblable circonstance, il est arrivé que des nourrices ont été infcclées de syphilis par les enfants qui leur avaient été confiés et ont actionné ladministration en dommages-intérêts comme responsable du préjudice qu'elles avaient subi. Si bien qu'aujourd'hui F Assistance publique, pour se protéger, elle et ses nourrices, ne satisfaisait plus à de telles demandes que sur un double certificat médical, attestant qu il n'a été découvert ni sur la mère, ni sur Te n faut, spécialement examines Tune et Tautre ii cette intention, aucun symptôme actuel, non plus qu'aucun témoignage antérieur de syphilis.
lïes mesures seîoblables sont en vigueur depuis de longues années au bureau des nourrices delà ville de Paris (1). Là, aucune femme n est admise comme nourrice sans avoir été, en provinced'al>ord, puis h l^aris ensuite, soumise k un examen médical. Et, de même, aucun enfant n'est accepté comme nourrisson qu'après avoir été examiné nu
i%) Ceci, bien entendu, éUiLocriL avant Ja suppression du Uureou municipal dea noiiri'iccfl, suppression repreltahïe en raison des nomhrcu\ si*rviccs que ce Bureau fi lui L appeJi^ à rendre, tant aux nourrices dç province qu à la popuLalion parisienne.
CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT.
par un médecin, et cerlilîé par lui indemne de syplnlis comniP de toute autre maladie conlagieuse.
ËxcellenU statuts prophylactiques, auxquels nous ne pouvons qu applaudir dans l'inlért^l commun.
Enfin, relalivemenl auK nourrices, comment nous opposer aux contami nations syphilitiques pouvant dériver de leur fait ?
Deux ordres de cas, empruntés à la silualion dont nous poursuivons toujours Télude, se présentent à notre examen et doivent être discutés séparément»
P Dans les cas du premier ordre, nous avons trouvé, lors de nolj'e première visile, le nournss^on sypli il i tique et la nourrice déjà infectée par ce mournsson.
Que faire alors, au poînl de vue spécial qui nous occupe actuelle* ment?
Notre conduite est toute tracée par le système que je vous développais précédemment, et se réduit à ceci : tout meltre en œu\Te pour conserver la nourrice, pour la garder dans la famille, comme nourrice derenfanl. De la sorte, en effet, — etj ai suffisamment insisté sur ce point pour n'y plus revenir — tous les intérêts se trouvent satisfaits. La sécurité commune, notamment, es^t assurée. Car, resiant dans sa jilace, la nourrice n'ira pas semer ailleurs la contagion, ni dans son ménage, ni sur d'autres nourrissons. — Au point de vue prophylactique» donc, la mesure que nous avons proposée constitue la meilleure et la plus sûre sauvegarde pour la société.
Mais que devient cette sauvegarde, si, pour une raison ou pour une autre, les choses marchent autrement, c'est-à-dire si la nourrice quitte la maison ? De fait, toute garantie nous échappe dans ces conditions aouvelles, cela n'est que trop évident, El nous voici alors presque absolument désarmés quant au but <{ue nous poursuivons actuellement. H nous reste bien, il est vrai, la ressource de refuser un certidcat à la nourrice, de Taverlir nous-mêmes cl de la faire avertir par la famille des dangers auxquels elle s^exposeet delà responsabilité qu elle va encourir, si elle persiste quand même à chercher un autre nourrisson. Mais qu*est-ce que cela? Quelle garantie pour la société que le bon vouloir d*une nourrice, môme instruite du mal qu elle peut faire?
Heureusement, en Tespèce, le danger est fliminué par la situation même que se crée d'habitude la nourrice, El, en effet, si elle quitte son nourrisson, c*est le plus souvent pour intenter un procès. Or, le fait même et les circonstances de ce procès, la publicité, la notoriété.
NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS
sonl autant d'obstacles, d'einpèchemenls pour elle à trouver une autre place. Comment serail-elle accueiltie devant un Iribunalf s il pouvait êtrt^artirulé contre elle qu'elle a pris un second nourrisson» au risque de communiquer à celui-ci le mal qu'elle a reçu du premier?
2^ Second ordre de cas. — La situation ici devient toute différente, et ce second ordre de cas comporte un point tout spccial, ent^orc peu connu, qu'il est très essentiel de mettre en lumière.
Lor^ de noire visite, nous trouvons, d*une pari, lenfant syphilî* tique et, d autre part, la nourrice ^aine, ne présentant pas le moindre symptôme de syphilis.
Quelle conduite tenir? Bien entendu, notre premier soin sera de suspendre lallailement ; nul embarras à ce sujet. Mais la nourrice, qu*allons-nous en faire ?
Au premier abord, cliacun répondra : Rien de plus simple. Puisque celle nourrice est saine, et puisque nous ne pouvons la garder comme nourrice de Fenfanl, nous n'avons qu'à la congédier. Cela va de
soi.
Eh bien, c>st là Terreur, messieurs, c est là précisément Je danger. Congédier celte nourrice, la congédier séance tenante parce que nous n'en avons plus besoin sérail une faute, une faute grave contre la H et la prophylaxie publique, une faute que les médecins d'un autre âge pouvaienl bien commettre en toute conscience, mais qui ne sérail plus pardonnable aujourdliui.
Kl comment cela? Pourcpioi cela?
Parvi* que eelh nourrice que nouii trou von fi xaine, alisùlument saine aujounllmi, esi peut-êtn* une nourrice en puissance de syphilis.
Veuillez vous rappeler ce que je vous ai dit, dans Tune de nos premières conférences de celle année, au sujet de Vincuhalidn de la syphilis acquise. La syphilis incube toujours, et incube même assez longuement (I}* Qu'un homme, par exemple, s'expose aujourd'hui à contracter la syphilis et la conlracle en réalité, trois semaines, (jualre semaines s écouleront d*habitude avant tpie le moindre sy ni ptOme morbide se manifeste sur lui. Examinez- le h loisir pendant tout
(1) Dana un travail >tp<5dttl sur ec point parlieulier, j 'ni cherché à t'Ublir et démontré, je erois, que l'incubalion de la ayphîlkdépjif^ae iissei souvent la chirt^e qu'on lui atLHbue habiludlenicnl, et que parfois tnÉmeclle se pr«jtunge d'une r£iVï>n considérable.
Qu*it me soit permis de rappeler ici succinctement les conclusions de ce travail î
» 1" L'inçuhatîon de la syphilis dépasse assez souvent les limites dans lesquelles on esl ot'coutunid il la restreindre ^
a** Le pïUH litibiluellenientt t*lle se prolonge au delà de trois xêmain^i'.
^'^ U n*esi pa:î rare qu'elle atteigne une durée dû quatrtà rimi seiiiaincSî
i^ Partois, elle dépaësc c^lte dun^c pour atteindre celle de six aeiniiin«*a;
&*> Knlin, elle peut Sf* prolonger même au dclA ; dfiti^ un eas :eii« uiïi(|ue à ma connuhsBiiee, il e«t vrwi^j rllea di^pa»!if^ leehtlfre<«vtn^me de deux nioi». » {Uecherchtit xnr rinûnbAiionde U MifphiHs^ Puris, A, D*"lahayt\ t«&i.)
ce lapfi de Ifïmps, vous ne découvrirez rien chez lai, et vous pourriez le croire, comme il se croîl lui-même, à 1 abri de loui accident. Et cependant cet homme est bel et bien syphilitique de par la contagion qu'il aura gagnée aujourd'hui. La preuve, c'est qu'après ces trois ou quatre semaines, vous verrez écJorc chez lui le symptôme exordial de la dia thèse, à savoir : le chancre.
Or, appliquez ceci à la nourrice. Elle aussi, après avoir contracté la syphilis de son nourrisson, reste saine d'apparence pendant un certain temps, qu'en moyenne nous pouvons évaluer à trois ou quatre semaines. Chez elle aussi la syphilis incube, comme chez le sujet dont nous parlions a l'insLant.
l^onci alors que nous sommes appelés à examiner pour la première ou les premières fois une nourrice allaitant un enfant syphilitique* il est possible que nos visites tombent précisément dans celte période d'incubation. 11 y a même, par la force des choses, de nombreuses chances pour cela. Conséquemment, il est possible que nous trouvions saine, absolument saine, cette nourrice tout «labord, alors que demain, dans huit jours, dans quinze jours ou trois semaines* nous aurons à la déclarer syphilitiquc-
De cela jugez les conséquences. Qu arriverait-il, ou que pourrait-il arriver, si dès notre première visite nous délivrions patente nette à celte nourri re, si nous avions Ti m prudence de la congédier, en lui permettant de faire ce qu'elle ne manquera pas de faire, c*est-à-djra d'aller prendre un autre nourrisson?
Ce qui arriverait ou pourrait arriver, c est que cette nourrice fiH reçue dans une autre famille; — que là, après un certain temps, elle commençât à présenter les premiers symptômes de Tinfeclion sous forme d'un chancre mammaire; — et qu'elle transmît, griice à ce chancre, la syphilis à son nouveau nourrisson.
Voilà le danger.
Or, ce danger n est-il que ttiéoriqne, comme on me Ta objecté plusieurs fois? N'est-ce là qu'une vue de l'esprit, 4|u une conception imaginaire inventée dans les loisirs du cabinet? Gardez-vous de le
croire, messieurs, et, pour fixer vos convictions à ce sujet, veuillez écouter ce qui va suivre:
1° D'abord, il existe déjà dans la science de 1res nombreuses observations établissant de la façon la plus péremptoirn ce fait primordial, dont tout dépend en respèce, ;i savoir : que le chancre (c 'es t-il- dire le premier symptôme d'infection) /)c«/ napparalire chez tû nourrice qu'un lcmp& plus ou moîns long ajtrès la cessa lion de tallaitemeni.
Ainsi, une nourrice cesse d'allaiter un enfant syphilitique, pour une raison ou pour une autre^ peu importe. Au delà, celte nourrice
NOURBrCES EN INCUBilTION DE SYPHILIS.
reste saine un certain temps. Puis elle voit apparaître sur son sein (et cela sans contact nouveau, sans contagion nouvelle) uu pelil boulon érosifjequel se développe peu à peu, se constitue ti Té tat de chancre, s'accompagne d*adénopathie axillaire, et devient le point de di'^part d'une ?^yphilis constitutionnelle. Voilà, messieurs, un fait possible et même, je vous le répète, no lait déji'i observé nombre de fois en pratique,
Or, quel a été, dans les cas de ce genre, lespace de temps intermédiaire entre le dernier contact du nourrisson avec le sein et la première éclosion du chancre? Ce temps a varié, dans les ol>servalions dont nous disposons acluellemenl. de trois à huit, dix, quinze jours, voire jusqu'à trois semaines et un mois {!}.
Donc, pendant tout ce temps, un mMecin appelé à examiner la nourrice eût pu la juger saine. Et n'était la notion des anlécédenls, c'est-à-dire des circonstances spéciales antérieures à son examen « ch médecin eût été autorisé h déclarer la dite nourrice absolument propre h allaiter un nourrisson .
Ce n'esl pas là d'ailleurs une situation imaginée à plaisir* Je répète que des faits de ce genre ont été plusieurs fois observés- Exemple:
Une nourrice allaitait un enfant syphilitique, lequel vient h succomber. Aussitôt après la mort de Tenfant, cette femme se met en qu^te d'un autre nourrisson. Elle s'adresse à un bureau de Lyon dont le médecin l'examine. On la trouve absolument saine, et on Ini confie alors un second enfant. Bientôt, cependant, la syphilis éelot sur elle et se transmet au nourrisson ('I),
(1) W A. Dron» Mode puriwtiiier de imnêmUsion de U g^phtlU au nourriMMùn par U nourrice dans raÛaiiemenl, Lyon, 1H?0.
(2) Très ifilérÉSflant à divers ëi^ards, ce f«il mi5rîle d'être reproduit in extenso. Le voici, tel mi*i\ est relaté par M. Dron danf; son remârqustile mémoire :
» Itn femme X.-., d'Ambèrteux [Ain), après avoir sevré son dernier enfant ♦ vint prï*ndre un nourmaon à Lyon an commem-emenL de janvier iM9. L'eitfant qu'elle emporta tie présenLnil â cette époque nucune Idftion ; mais nu bout d'an rnr>is il hii iurvint des boulons à fanus et auE perliez jicéni taies* des érostions aux lèvres. de« t-iches sur le corps. Il mourut A Tâ^e de trois mois. Des reohertliea ultérieures ont »ppris que les parents de cet enfant avaient été tous deux atteints de ByphiVa.
K La nourrice revint à Lyon immédiatement après avoir perdu son nourrisson pour en chercher un second. Elle s*a dressa à un taureau dont le médecin rejc a min s; et. f^omme elJe ne présentait rien de suspect^ on lui confia te 6 avril I80ï» une petite Jllle âjîée de trois Jours et très tîfen portante. Les parent» de cette enfant nous sont connus et n'ont Jamaii^ eu Ja syphilis,
« La mère, au bout de ileux mois, est allée che£ la nourriee voir son enfant qui ne pressentait alors ni plaie, ni boutons; mais la nourrice avait au sein une utcération large comme un sou. La mère ni la nourrice ne s'en inquiétèrent, et J'allaiti'ment continua.
n Un mois et demi après, la mère, en visitant son enfant, remarque une ulcération A sa lèvre supérieure, prèa de la commissure gauche; la joue était tumL'thk' et les i;anplions sous-maxillaires en^org^s de ce càU. Klle se décide alors â la retirer de che?. In nourrice* Disons tout de suite que cette dernière a eu des accidents
140 CONTAMINATIONS BÉRIVANT DE l'aLLAITEMENT.
Ainsi, sachona bien cela : une femme, destinée à devenir oontagieuse dtins quelques jours ou quelques gernainos, peut, aujourd'hui, se présenter comme nourrice dans une famille avec les apparences d*uiie santé parfaite ; ^ et, de plus, celte ferame, examinée aujourd'hui le plus soigneusement et le plus conip] élément possible par un médecin, sera par lui déclarée saine, absolument saine; voilà le fait, — La notion des circonstances antécédenlcs pourrait seule rendre cette nourrice suspecte. Mais ces antécédents seront-ils Ionjours connus ou même possibles à connaître? Que fail-on d'ailleurs, je le demande^ en pratique courante ? Une nourrice étant donnée, alors que celte nourrice a été reconnue saine par une constatation médicale, esl-il d'usage d aller plus loin? Est-il habituel qu on établisse une enquête — j'entends une enquête vraie^ suffisante — sur la santé du tïertiier enfant allaité par cette nourrice? Non, cent fois non; j'en appelle sur ce |)oinL aux praticiens qui m écoutent. Une telle précaution cependant serait loin, vous le voyez, d*être surpcrflue.
2^ Un second ordre de faits va nous montrej' actuellement l 'exnourrice d un enfant syphilitique entrant saine dans une famille et iransmeltant néanmoins à son second nourrisson la syphilis qu'elle lient du premier.
Je précise, car les choses sont ici assez complexes, elj*aià cœur qu'aucune obscurité ne puisse rester dans vos esprits relativement à ce qui va suivre.
Une nourrice commence par allaiter un enfant syphiUtique. Pour une raison quelconque, elle est séparée de cet enfant Elle se présente alors comme nourrice dans une autre famille, où elle est admise
généraujt de syphilis et a ccim m unique cette maladie à son mari et à son propre
en rail L
* La petil^ï liîïe, rnmeni.^c à Lyon, esl conlïé*: k- S août 1859 â une nOuveUe nourrice Lien porlante. Quinze jours oprfcji le dc'buL de ce nouvel allaitement, dea syinpU'vnies secondaires se montrent ctiest Tentant ; pînquett ovuqueuaes à 1a vulve, A l'anus, boutons sur le corps, érosions desi îu*vresvin(îi jours après : ^- le 10 septembre, appûrition sur le sein de la seconde nourrice, des deu\ côt^^s, de boulons qui fl'uk'crent et persistent pendant deux mois. Avec leur cicatrisolion coïneide un développement de plaques muqueuses â la vulve. — Le IK mors lîtio, le D"" Gail- Icton, ej£-chîrurpen en cher de t'Anliquaille, est consulté. Jusqu'alors aucun traitement n avait été foiL La petite fltle présente à ce moiîienl de» papules liumides aux fessea, à la vulve, aux plis du jarret, aui aisselles, des plaques rauqueuites uWrées aux lèvres, et sur les apophyses masloide.*» des jj^ommes suppuré es da la grosseur d'une noisette. Les ganglions sous-mûxilîaires du coté correspondant su chancre labial font cn[;:orgcs.
n La nourrice a des plaques muqueuses de la vulve et du gosier* On trouve Encore dieiî elle les cicatrices indurées cks chancres mammaires el l'adénopatlue axillatre*
" L'enfant fut traitëe par lu liqueur de ^ on-Swieten, la nourrice par ïç protoiodure byd rar^^y ri que ; pansement avec lapoudrede oaîomeL cautc^r Isa Lion s légères. — 10 avril, amélioration notable; le lrûit«nïent est continué.
« Ce» malades ont éle revues û la lin du mois d'uvril; les plaques muqueuses de la nourrice sont jçuéries. sauf une dans la bsuiclie. — Les gommes de l'enfant laissent à peine de traces; les boutons kg sontaîlaissés; le traitïfment est conlinué «.
NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS
après avoir éïé reconnue saine, absolument saine, par un examen médical des plus aUenlifs. yue1i[ues jours, c[uelques semaines plus lard, la syphilis se déclare chez celle femine, qui, naturellemenl» transmet la syphilis à son second nourrisson,
Eh bien, ce schéma sesl-il réalisé? Oui, certes oui. J'ai observé déjà et relaté plusieurs faits de ce ^enre pour ma part. Et, dans un excellent mémoire que je recommande spécialement à vos lectures, mon savant collègue le D** Dron (de Lyon) en a réuni loute une série, dont quelques-uns des plus complets, des mieux étudiés, des plus convaincants.
Tel est le suivanU comme exemple : Une nourrice allaite pendant un mois et demi un enfant sypiiilîtique (lequel, soit dit incidemment, devait infecter plus tard une autre nourrice); elle quille cet enfant. Quinze jours après — notez bien ce chillVe, je vous prie, — quinze jours après, saine et ne présentant sur le sein aucune trace d'excoriation, elle entre comme nourrice dans une maison- Quatre jours plus tard, elle commence à présenter sur un sein deux petites lésions, lesquelles persistent et s accroissent. On consulte alors un médecin, H> le docteur Berne, qui reconnaît dans ces lésions deux chancres syphilitiques, et fait suspendre rallattement. Qu'advient-il alors du nourrisson? Pendant un certain temps, rien de suspect ne se produit sur lui. Puis, i[uinze jours après avoir été séparé de sa nourrice, il présente à la langue et à l'une des commissures labiales deux lésions érosives, qui, examinées par MM- les D" Berne et Diday, sont reconnues pour des chancres syphilitiques (1),
Et rie même pour d'autres faits absolument semblables, ofTranl tous cette particularité curieuse, bixarre, parmloxale^ d'une nourrice qui, entrée saine dans une famille, y apporte cependant la syphilis.
Note/ bien d'ailleurs, messieurs, que de tels faits, pour paraître surprenants cl presque invraisemblables, n'ont rien cependant que de normal et de parfaitement régulier. Ils rentrent dans la règle commune, ils sont ce qu1ls doivent être, car ils restent conformes aux grandes lois d'évolution de la dia thèse. Ce qu'ils ont ou ce qu*ils paraissent avoir d'insolite, ils le doivent uniquement à Vincuballon, Qu>st*ce donc, en elTet, que celte nourrice qui, entrant saine dans une famille après avoir allaité un enfant syphilitique, vient à présenter, quelques jours ou quelques semaines plus lard, un chancre mammaire? Cest tout simplement une nourrice qui, infectée par son premier nourrisson, se trouvait en élat (Tincuhation de mjphili& au moment où elle a commencé à allaiter son second nourrisson. Bien que saine en apparence à ce moment, elle n'en avait pas moins la syphilis » seulement elle ne lavait encore qu'à lelat
(1) Mémoire dlé, p, 30.
lalenl. Elle incubnil sa diatlièsCi laquelle s'esl réviMre par ses phénomènes |vroprcs oltérieurement. Or» vous te savez et c'est là un point sur lequel je me suis longuement étendu dans nos conf^ronces antérieures, rincubalioii est pour la syphilis un fait nttrmal et
Résuoions-nous et disons :
1" ^ priori^ théoriquement, des contaminations syphiliUques du genre de celles qui viennent de nous occuper peuvent et doivent exister, parce quelles n'ont rien que de naturel, d'absolu ment conforme aux lois générales de la dia thèse;
2" A posierhri, de par Texpérience^ des contaminations de ce genre se sont produites. — Ajoutons même : elles sont loin d\Hre rares.
Déductions naturelles :
1^ Une nourrice qui vient de quitter un enfant syphilitique est une nourrice pour ie mnins snspecie^ k laquelle il serait plus qu'imprudent de confier un nourrisson sain;
2" Avant de permettre à une telle nourrice de prendre un autre nourrisson, il faut que cette nourrice soit tenue en observation pendant un certain temps; — temps do ni le minimum ne saurait en aucun cas être abaissé au-dessous d'un mois, et que, par mesure de prudence» il sera bon de fixer à cinq ou six semaines, pour mieux se tenir à Tabri contre tout risque de contagion.
Ces préceptes posés, voyons maintenant comment nous pourrons y conformer notre conduite, pratiquement.
Mandés dans une famille, nous y trouvons, d'une part, un enfant syphilitique et, d'autre parL une nourrice sarne. Que faire, au point de vue spécial dont nous poursuivons l'étude?
Notre devoir, vis-à-vis de la société, est de prévenir tout risque de contagion pouvant dériver de la nourrice, de celte nourrice qui. saine d'apparence, porte peut-être en puissance un germe de syphilis.
Comment remplir ce devoir? l^n seul moyen est à notre disposition. C*esl de faire en sorte que, tout en cessant rallaitement, cette nourrice resîe dans la famille où nous Tavons trouvée, et cela tout au moins pour un certain temps. De la sorte, en effet, nous Taurons sous les yeux et nous serons à même de la surveiller comme nous le désirons» De la sorte encore, nous serons bien certains qu elle nlra pas semer ailleurs la contagion. — C'est là, je le répète, le moyen et l'unique moyen dont nous disposions pour acquitter envers la société le devotr de sauvegarde qu'elle a le droit d atlendrei voire d'exiger de nous.
Bien de mieux et rien de plus simple, théoriquement. Mais moins simple devient l'application, comme vous allez le voir.
NOURItlCES EN INCUBATION 1)E SYPtULIS.
Jugez en elTel la situation. D'une part, nous disons à la famille en question que, dans les conditions actuelles, il est impossible de continuer i allailcnientpar la nourrice, en raison des dangers provenant delà maladie de reniant. Et, d'autre pari, voici que nous proposons à cette inônie famille de r/fz/v/er cette môme nourrice donteJle n a plus que faire! Contradiction choquante, extraordinaire, inexplicable pour le^ gens du monde, qui ne sont pas au fait des secrets de rincubation. Eh bien, celle contradiction, c'est aflaire à nous, tout d*abord, de rinlerpréter, de J expliquer à nos clients. (* Ceci va vous paraître siu^^ulier, leur dirons-nous; mais il importe que vous conserviez cette nourrice dont cependant vous n*avez plus besoin. Car» si elle vous ijuitle, ce sera nécessairement pour entrer dans une autre famille; et, au cas possible OLi elle aurait rei^u la syphilis de votre enfant, elle la porterait dans cette autre l'a mille. (^>u ad viendrait* il alors? C'est que VOUS seriez responsables de deux malheurs, au lieu d'un. Vous seriez responsables et de la maladie de la nourrice, d'aliord, puis, en second lieu, de celle qu elle aurait transmise à cet autre nourrisson. Donc, il faut à tout prix, pour vous comme pour tout le monde, éviter ce danger, avec les tracas, les scandales et les indemnités pécuniaires qui pourraient suivre. >i
Cela compris, votre proposition acceptée en principe (et elle le sera d'au ta ni jïIus facilement qu'ici lauiour-proprc et les intérêts matériels se trouvent enjeu), continuez alors en ces termes : « Si vous m'en croyez, il nest qu'une issue à la situation qui vous est faite. Proposez à la nourrice de rester avec vous au titre de naurrit'e sèche ^ c'est-àdire de bonne d*enfanl. Mêmes gages et moins de travail. Elle acceptera, •*
Et, en elîel, c*est là, je vous en parle par expérience, messieurs, la clef de La situation. J'ai vu déjà bien des cas de ce genre; j'en ai conservé plus d'une trentaine dans mes notes, et je crois bien en avoir oliservé le double. Or, prestjue invariablement, ladite proposition a été fort bien accueillie des nourrices à qui j ai eu alTaire, Toutes — ou bien peu s'en faut — l'ont acceptée de grand CfEur, Quelle raison d'ailleurs auraient-elles eue pour refuser?
Admettons cependant quune nourrice refuse, cela pour un motif f|uelconque, et veuille absolument <* s'en aller ^k Alors, tout au moins, cherchez et trouvez un prétexte pour obtenir d'elle un surais, soit, par exemple, un sursis de quatre à cinq semaines. Ce délai vous sera suffisant pour exercer sur elle la surveillance que vous désirez et pour sauvegarder les intérêts qui vous préoccupent.
En pareil cas, la nourrice met souvent une condition expresse à son consentement, c'est « <ju'onlui conservera son lait ", comme elle le dit, pour qu'au moment où elle quittera sa place elle soit en état de » faire une autre nourriture n. Conserver le lait à une femme
CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT*
s<!!'parée de son nourrisson, cela n'est pas assun'm*?nt chose facile ni commode. On y parvient néanmoins de diverf^es façons : soit àTâîde de la léierelle ou de l'allaileiir nrn'diat, soi! mieux encore en confiant ta succion du sein à un jeune animal. 1out dernièremenl je me suis trouvé dans des circonstances de ce genre. Une nourrice, pour laquelle je n'avais que de trop légitimes crainles de contagion, voulait à toute ibrce quitter la famille de son nourrisson le jour nn^me où — assez h temps, par bonheur — je fis suspendre l'allaitement. Elle avait en vue, disait-elle, une autre place^ ^i une bonne place ^*, qu'elle entendait bien ne pas perdre. Je ne réussis à la Ta ire patienier qu'à prix d'argent, d'abord, et, ensuite, en lui promettant ce à quoi elle tenait par-dessus tout, h savoir de lui conserver son lait. Pendant six semaines, je la hs téter par un jeune clnen. Au bout de ce temps, elle avait tout son lait^ comme auparavant; et, rien de suspect ne s'étaut produit sur elle, je la laissai partir alors en toute sécurité, pour elle et pour autrui.
Enfin — dernière hypothèse — si, pour un motif quelconque, la nourrice s'obstine à vouloir partir immédiatement, il ne reste plus qu^un parti h prendre. C est, avec le conscnlement de la famille (consentement qu on obtient toujours, en faisant valoir les dangers auxquels exposerait le silence en pareil cas), c est, dis-je, d'avertir catégoriquement la nourrice de la situation, de lui exposer 11 mpossibilité où elle se trouve de reprendre un nourrisson, au moins pour un certain temps ; cVsl de lui faire comprendre la respon sabilité grave qui pèserait sur elle au cas où elle deviendrait l'origine d'une contagion* « Nourrice, lui direz- vous, vous avez couru le risque de prendre la maladie dont l'en fa ut est affecté, et nous ne savons pas encore, nous ne pou%x>ns pas savoir encore si vous y avez échappe. Pour le savoir, il faut attendre un certain temps. Donc, quant il présent, je vous le déclare, vous n*avez pas le droit de prendre un autre nourrisson. Car si, devenue malade, vous communiquiez votre maladie à cet autre enfant, songez que, prévenue par nous comme vous Télés, vous seriez, vfmfiy responsable du grave dommage résultant de votre imprudence. Tenez-vous cela pour dit. Donc, je vous le répèle une dernière fois, il est indispensable, pour v^ous comme pour nous, que vous restiez encore ici quelques semaines; après quoi nous vous laisserons partir avec toutes garanties pour vous, pour votre famille, cl pour votre futur nourrisson. >*
Eclairer, avertir la nmtrrice en p€ireil ras, esi un devoir fibsùht, impérieux. C'est Ih un devoir auquel ni la famille ni le médecin ne sauraient se soustraire.
Je viens, messieurs, de passer en revue devaut vous les difTéreotes situations qui s imposent au médecin, alors qu*il se trouve placé entre
NOURRICES EN ÎNCUBATiON DE SVPHIIJS*
un nourrisson syphilitique ri une nourrice conta^ionnée ou non par cet enfaoL
Sans doule je n ai pa^ loul dit. San& doute je n'ai pas épuisé ta question dans ses moindres détails. Mais je crois l'avoir envisagée sous ses formes principaJes et vous avoir tracé la ligne de conduite à lenir dans les évenlualiiés les plus commoues. Tout au moins me suis-je eiïorcé de vous formuler les règles générales auxquelles restent subordonnés les cas parliculiers.
Plus d'une fois vous trouverez dans rexercice de votre art Tapplicelion de ce f|ui précède. Et, i^l le peu que je vous ai tlit de ces sujets délicats pouvait vous épargner, an début de votre carrière, un périlleux apprentissage, je serais tieurcux d'avoir atteint le but que je me suis proposé, et je ne regretterais pas de vous avoir distraits quelque peu de vos éludes habituelles pour vous conduire sur le chemin de la pratique et vous Initier à certains embarras spéciaux, à certaines difficultés majeures de la profession.