DANGERS PROVENANT DES NOURRICES
ÎNFECTÉKS 0E SYPHILIS,
Contagion syphilitique introduite dans une famille far une
NOURniCE. — ÉPinKMIE l)H FAMILLE. — SEPT VICTIMES.
L'observation qu'on va lire m'a paru digne d'êire livrée à lo publicité, el cela parce qu'elle témoigne de deux points qui inléressenl au plus haut degré la prophylaxie anlisyphilitique, à savoir :
1° Le danger des contaminations syphilitiqueB dérivant des notirriees ;
2" Le danger de ce qu'on peut appeler la eonlagiùn domestique de la syphilis, conlagîon s'cxerranl au foypr même de la famille, par le fait de i;es mille rapports que com[*orte la vie eu commun au <'outact d'un sujet contaminé*
Redoutable en toute circonstance, cette contagion domestique* devient particulièrement féconde eu accidents, voire parfois en véritables désaslre*^. alors que le sujet coulaminé estnn enfant, et surtout un jeune enfant» un nourrisson. A cela il est une double raiî^on. C'esl, d'abord, qu'on ne se méfie pas d'un enfant, qu'on ne se tient pas en garde, avec un enfant, contre les risques d'une contagion. C'est, en second lieu, que les rtipporls, les contacts sont pour ainsi dire incessants avec un enfant qu'on a sur les bras une partie du jour, qui vous embrasse et qu'on embrasse à tout instant, qu'on faitj manger, qu'on l'ait boire, quon lave, qu'on cliangc de linge, qu'on' panse plusieurs fois dans les vingt quatre heures^ etc; labeurs multiples, exposantà des contagions multiples de tout ordre, directes ou indirectes.
Aussi bien, uu enfant syphilitique est-il, dans un intérieur; dans une famille, un danger permanent de contaminât ions, de conlarainations qui irradient de lui sur les diverses personnes de son entourage, soit sur sa mcre et son père (si ledit enfant n'est pas hérédo-sypliilitique), soit sur sa nourrice, ses bonnes» ses gardes, ses frères ou sœurs, etc. Sans compter encore que les contagions dérivant directement de lui peuvent avoir leurs ricochets (qu'on me passe le mol)» c'est-à-dire devenir Torigine de contagions nouvelles transmises par les personnes qui tiennent Tinfection de cet enfant*
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De là ces véritables épidémies de famille, dans lesquelles on a vu parfois toute une mais^onnée, maîtres el domesLiques^ adultes et enfants, prendre la syphilis à propos d'une syphilis importée dans ce milieu par un nourrisson ou une nourrice. Le cas suivant est un Iriste exemple du genre.
Un enfant naît, en mars 1872, de deux parenls jeunes, vigoureux, bien portants, et jusqu^alors exempts de toute allection vénérienne, Quoique petit et venu avant terme isepL mois et demi à huit mois), on essaye d'abord de rélever au biberon. Mai^, au bout d'un mois, on reconnaît la nécessité de changer ce mode (rallaitement*
L'îie nourrice est choisie. C est une belle fille, jeune, bien portante, ayant beaucoup de lait* Elle entre dans la famille X*.*, comme nourrice sur lieu, vers la fin d'avriL
Pendant cinq à six semaines, tout marche au mieux. Mais, au delà, ladite nourrice commence à présenter sur les seins et le thorax des « taches rosées » qui persistent. Puis, il se produit autour des mamelons et sur les mamelons de petites a plaies suppurantes », érosives, rouges, douloureuses au moment de la succion. — On considère ces lésions comme <le simples gerçures, comme des « crevasses », de Tespèce de celles qui sont si communes chez tes femmes qui allaitent, et l'on neïs en préoccupe pas au L rement.
("ependant, très bien portant jusqu'alors, Tenfant devient soulTranl. Il pâlit, il maigrit, D*^s ^- boutons - lui viennent à la bouche. Puis son corps est envahi par une éruption ronfluente d'antres boulons *( semblables à de petites lentilles rougeâtres qui s'écailleraient en surface »», Des érosions, des ulcérations se produisent sur les fesses, sur les bourses» dans le pli interfessier; de nouvelles ulcérations apparaissent sur les lèvres el dans la bouche, etc.
Alors, seulement, on s inquiète. Un de nos confrères est mandé, el reconnaît tout aussitôt la syphilis sur le nourrisson et la nourrice.
Séance tenante, la nourrice s*évade, litLéralement, de la maison de ses maîtres. Elle s'enfuit, sans même réclamer ses gages. — Depuis lors, on n'a pu la revoir; mais les plus fAchcux renseignements ont été recueillis sur son compte. On a appris notamment qu'elle avait la syphilis avant d'entrer en place, et qu'elle en a été Irattée dans son pays. En outre» son enfant est mort en bas âge, et mort de syphilis^ assurent- on.
L'enfant X,.,, infecté par cette femme, est resté longtemps malade. Sa santé a été profondément atlérée, et l'on a mt^me craint pour ses jours^ au dire de sa mèref pendant quelques mois. Enfin, il a guéri, grâce aux soins d*un de nos honorables confrères, qui Ta soumis au traitement apécillque. — Je Tai vu, pour la première fois, en janvier 1874, A cette époque, il présentait encore d'incontestables
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sypbllides sur les lèvres et sur la langue. Un nouveau iraîlencieiif dissipa ces accidents. — Toulefois Tenfanl resta toujours pâle» maigre, chélif; et je n*ai pas été étonné» lorsque beaucoup plus tard,
en 1886, il me fui rajnetié poui' une périostiLe intense^ allVrciant rextrcmité supi^rieure d'un Libia^avec relen lisse nient sur l^articuJation du ^enou. Ma ni leste ment spéciûque de nature^ cette lésion guérit sous l'influence du traite nient loduré.
Jusqu'ici, rien d extraordinaire dans celle liistoire. Car les contânn nations svptiililiques qui se produisent de la nourrice au nourrissoni pour èive in lî ni meut plus rïires que celles d'irradiation inverse, ne laissent pas de s observer de temps à autre en pratique.
Mais voici, maitî tenant, les ricochets de celte première contamination.
Qualre personnes se partageaient les soins à donner à l'enfant qui venait de recevoir ainsi la syphilis de sa nourrice. CV^aient : 1" M""* X\,,, la mère de renfaol; — 2" la grand'mère maternelle, qui vivait sous le même toit; — S* et i** deux: petites bonnes, sœurs, toutes jeunes, de (juinze à seize ans environ.
Or» ces quatre personnes subirent toutes, comme on va le voir, les ricochets de la syphilis transmise à TenfanL Ainsi :
1" En novetnbre lrt7'J, M'"" X*.., femme d'une honorabilité audessus de Ion le suspicion, fut alTectée d'un chancre induré de la lèvre inréricure, avec volumineuse adénopathie sous-maxilUiire. Très certainement elle tenait cette c on la ^ on de son enfanl, qu*eile ne cessait d embrasser et qui, à celte époque» présenlaii encore des u plaies à la bouche ».
r.e chancre fut Torigine d'une syphilis constitutionnelle dont les divers incidents, n*ayant pas trait au sujet actuel, seraient superflus k raconter ici* Il me suffira, romme confirma lion diagnostique^ de les énoncer brièvement ; En décembre^ syphihdes papuleuses et papulo-acnciques; syphilides vulvaires. — En avril 1873, nouvelles syphilides à la vulve et plaques muqueuses buccales. Traitement raercuriel, ipii, mallieureuseuient, ne fut suivi que quelques semai nés; plus lard, iodure de potassium. — Aussi bien, en janvier JH7i, récidive de syphilides buccales* Sirop de Gibert* — En mai, nouvelles syphilides labiales* — En juin, syphilide croillcuse des narines; érosions buccales. — Entîn,en août 1875, dernière explosion de syphihdes sur la langue. — Uepuis lors, grûce à un traitement mieux suivi, silence permanent de ladiathèse*
Ajoutons que, vers la fin de 1871, M"" X... devint enceinte* Ainsi qu1l était facile de le prévoir, celte grossesse se termina par un avortement (à cinq mois et demi)*
Plus tard, en 1878, après un trniiement prolongé, survint une grossesse nouvelle, qui amena un bel enfant, sain, bien portant* Cet
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enfani, acluellemenl âgé de huit ans, n'a Jamais présenté le moindre symplôme suspect.
S"* La grand'mère de reniant, sexagénaire, paraît avoir contracté
la syphilis à pen près vers la môme époque rjue sa fille on un peu plus lard. En novembre lH7"i, elle commeni^a à ôlre aire^léc d'une ulcération buccale. Puis, survinrent chez elle, les mois suivants» de nombreux accidents secondaires que je me bornerai cncoreà énumérer, sans les décrire* à savoir : syphilides connuenLcs, polymorplics;
— violentas douleurs ostéoeopes dans les membres, notamment dans les jambes; — céphalée ; — alopécie excessive^ an point que la malade perdit presque tous les cheveux et fut forcée de porter perruque, etc.
CeUe dame, au début de sa maladie, sa refusa absolument à suivre le traitement mercuriel qu'on lui avait prescrit. Elle ne consentit qu*à prendre de Hoilure de potassium, et, plus tard, quelque peu de sirop de Gibert, dont on lui dissimula la composition mercurielle.
— Aus.si, les années suivantes, resta-t-elle sujelle h de multiples récidives d accidents i>>philides cutanées, syphilides buceales, psoriasis palmaire, etc,)* — Actuellement, parafl-il, elle présente des accidents cérébraux graves, auxquels la syphilis, d'ai>rès ce que j'en ai appris indirectement, semble bien n'être pas étrangère.
li" et 4" Quant aux deux bonnes, il est probable qu^elles aussi contractèrent la syphilis par une contagion buccale; maiwc*est là un point que je n'ai pu suffisamment établir, vu Tépoque tardive à laquelle ces deux jeunes filles se sont présentées à mon examen. Toujours est-îl que rexpiosion secondaire se fit sur elles vers la même époque oii elle se produisait sur M'"'' X*.- el sa mère, en se traduisant par les divers symptômes que voici : syphilides cutanées; syphihdes muqueuses labiales, linguales, amygdaliennes, vulvaires; arthralgies; céphalécj etc.
Cesdeuxjeunesfdlesne pouvaient être suspectées d*a voir contracté la syphilis ailleurs que dans le milieu oii elles vivaient. (Vêlaient encore des enfanls, ii vrai dire; leur conduite était irréprochable, au dire deM""" X..,, qui les surveillait très attentivement; elles couchaient dans la maison, ne sortaient jamais î^eules, etc. De plus, j'ai constaté qu'elles étaient vierges. Il reste donc certain que, d'une façon quelconque, du fait d'une contagion accidentelle quelconque, directe ou médiate, elles ont pris la syphilis soit île l'eûfant qu'elles soignaient et embrassaient fort souvent, soit des autres personnes de la maison infectées par cet enfant.
Ce n'est pas tout encore* M. X..., le mari, connaissait le malheur qui avait fra|)pé sa famille. Il connaissait Télat de sa femme et avait êié averti des dangers auxqueU re.xposerait la continuation des
CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE l'aLLAITEMENT,
rapports conjugaux. Pendant un ccHain temps, il sut s abstenir. Mais larde ur du jeune mari finit par IVm porter, et cela, bien malheureusement, à une époque oii M""' X... était sous le coup d'une poussée secondaire. NaLurellement il fut contagion né, et la syphilis se traduisit sur lui par les divers sympl*>mes suivants :
En octobre J873, chancre induré de la verge, avec pléiades inguinales (inutile d'ajouter qu'aucune relation extra-conjugale ne pouvait exphquer cette contagion. A maintes et maintes reprises, M. X... m*a affirmé, juré, que depuis son mariage il n'avait jamais eu rapport qu*avec sa femme, et j'ai tout lieu d'avoir contiancc en sa sincérité).
En janvier 1874, syphilide érytliémateuse et plaques muqueuses de la gorge.
En avril et mai, nouveltes plaques muqueuses.
En septembre, roséole de retour, à grands cercles incomplets et irréguliers.
En janvier et mai IH7.i, récidive de syphilides buccales, provoquée par l'abus du La bac, etc., etc.
En résumé, donc, une nourrice syphilitique introduit la syphilis dans une l'a ni il le, en ronlagionnant le nourrisson qui lui est confié. Puis, de cet enfant la syphilis irradie sur quatre personnes préposées^ à sa garde. — La mère de l'enfant infecte son mari, — Elle devient enceinte et avorte.
Total : sLt conta mi nations syphilitiques, et /n'^r/ ffuR enfant. Tel fut le Inlan de la contagion inqiortée dans cette famille par une nourrice !