‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 27 sur 123 · EN ETAT DTNCUBATION DE SYPHILIS · texte numérisé non relu

EN ETAT DTNCUBATION DE SYPHILIS

Messieurs,

Je me propo*^e de vous entretenir aujourd'lmi d'un point de pratique par excellence, «jui nous est olTert par une malade actuelle de nos salles.

Ce point est relatif à la curieuse question de la nmirrice en étui d'incahaiion de Sfjphilis.

Cesl là, à coup sûr, une question peu connue, qui soulève en pratique des difficnltéfî de plus d*un genre et qui peut créer au niédecin une situation des plus délicates, des plus pénibles, des plus regrettables, sïï méconnaît quelques-uns des devoirs qui lui încombenL en pareille circonstance.

Pour bien spécifier le problème et vous mettre d'emblée eu face des questions qui s'imposent en semblable occurrence, laissez-moi tout d'abord vous raconter le fait pratique dont notre malade actuelle a ét»^ le principal acteur et la première victime, et laissez-moi vous le raconter tel qu*il s'est présenté à moi il y a quelques semaines, car c*esl ain**i qu'il se présentera également h vous dans la pratique.

Le 15 octobre dernier, un monsieur se présentée maconsultalion, m'amenant, d'une part, une nourrice (notre malade actuelle du n" 19 delà salle Saint-Louis) et, d*autre pari, un enfant de cinq semaines, son enfant à lui, attaité par cette nourrice.

Il vient, dit-il, me demander avis sur certains « boutons j» que cette nourrice présente à Tun des seins depuis quinze à vingt jours.

.rexamine lesdits boutons, et, du premier coup d\eil, n'ai pas de peine à les reconnaître pour deux chancres syptulitiques du mamelon, chancres aussi typiques que possible, et s*arcusant pour tels de par leur aspect général, leur qualité de lésions érosives bien limitées, à surface lisse, d'un beau rouge chair musculaire, letat de leur base qui est nettement parcheminée et paraît comme sous-tendue par une carte de visite, et enfin uneadénopathîe axillaire correspondante,

CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE L*ALLAÎTEMENT.

à ganglions durs el indolents. Nulle h^'^âilallonf nul rlouLe possible. Au-dessus do loule contesta lion, cette nourrice est alTccLce de deux chant res du soin indubilablemenl syphilitiques,

iJu reslo, aucun ;iu1rç ac ci de ni ne se préscnle encore n conslater chez celle ftnnme, et ne saurait èlre constat*^; car ces chancres sont récents, et remonteraient environ comme appîirilion première àdeux ou trois semaines.

Je pas-e alors à rexamen de Tenfant, m'atlendant bien à rencontrer sur lui cefju'il est usuel de renconlrer en parcilte circonslance» c*esUJ à-dire une sj^philis congénitale, héréditaire, origine de la contagion! transmise à la nourrice.

Eh liien, pas du tout! Je vois d^abord un bel enfant dont Taspect me frappe, car it ne rappelle en rien celui des nourrissons infectés de syphilis héréditaire. Mais, enfin, comme il est des enfants hérédo syphilîlit|ues qui se présentent avec une assez belle apparenc*\ je passe outre sur cette première impression, et me mets à examiner Tenfant en détail.

Surprise nouvelle. L'enfant me parait sain, Vain em en l j'interroge* la peau, les muqueuses, Tétat des os, les yeux, etc., elc. Rien, abso* lument rien de morbide, voire de suspect. J'abrège. Après un long examen, j*abôutis à cette conviction que renfant, au moins quant à présent, est indemne de toute manifestation de syphilis héréditaire.

Alors, prenant le père à part, je Hnlerroge à fond, je le confesse, suivant Texprcssion consacrée, et j*a[>fïrends de lui ceci :

Qu'il n a jamais eu pour toute atïeclion vénérienne qu'une hlennorrhagie avant son mariage (lequel remonte à trois ans);

Qu'il a déjà eu un premier enfant; et que cet enfant, actuellement âgé de deux ans, jouit et a toujours joui d*une excellente santé ;

Que sa femme est saine et n*a jamais fait de fausses couches;

Qu'il y a cinq semaines, lors de raccouchement de sa femme, il est allé dans un bureau de placement chercher une nourrice pour son enfant; — qu'on lui a pn'senté la nourrice que je viens d'examiner ;

— que cette nourrice lut paraissant convenable à tous égards et lui oJTrant de bons certificats, il Ta choisie ; — qu1l la fait examiner par son médecin, qui Ta trouvée saîne; — que très certainement alors elle ne présentait aucune lésion sur les seins ; — que les premiers rudiments des « boutons »> qui lui sont venus sur l'un des seins ne sont apparus que quinze jours environ après son enlrée dans la maison;

— ({u'on ne s en est pas inquiété tout d'abord, croyant à des t" ger(;ures»>, à des érai Hures, à des « morsures « produites par la succion: — mais que ces boutons n'ont cessé de s'étendre de s^élargir,^ et tpfalorsen fin de compte on a pris la résolution de me consulter.

Finalement, j interroge à son tour la nourrice qui me contirmaj

NOURRICES EN INCUBATION BE SYPHILIS

d'abord lous les renseignements précédents, mais ajoute ceci, qui me

donne aussitôl la clef du mystère :

Avant de donner le sein à son nourrisson actuel^ elle a allaité deux autres enfants; — et, de ces deux autres enranls, le dernier était un nourrisson de ta plus chétive apparence, toujours malade, ayant le corps criblé de boutons éros^ifs ou ulcéreux» la bouclie semée dulcérations, elc; si bien qu'après un certain temps un me<lecin a jugé à propos de faire sevrer l'enfant, et que, final em en l^ on Pa congédiée.

Elle est rentrée alors dans son bureau de placement, après avoir subi une nouvelle visite médicale à la préfecture de police, et c*est là qu'est venu la chercher, deux jours après, son nouveau maître, c*est*à-<lire le client qui me consulte actuellement et dont je viens d'examiner renfanl.

Dès lors, avec cet ensemble de renseignements, Thistoire devenait des plus claires et pouvait aisément être reconstituée de la sorte :

Celte nourrice, arrivée saine à Paris, avait, suivant toute [>robabi' lité, contracté la syphilis de son second nourrisson, celui qu'elle nous dépeignait comme malade, ^^ criblé de boutons n, etc., elc*

Puis, comme le propre de la syphilis est d*iucuber et d Incuber longuement (trois à quatre semaines en moyenne, quelquefois même davantage), les premiers accidents de cette syphilis ne s'étaient manifestés au sein droit que quelques semaines plus tard, cVst-à-dire quinze jours environ après que la nourrice eiH donné le sein à son nourrisson actuel*

Ainsi (remarquez^le bien), cette nourrice, en entrant chez ses nouveaux maîtres, avait pu être consiilérée comme saftie, être cxaminée par un médecin et déclarée saine, alors qu*en réahté elle était bel et bien syphilitique, mais seulement syphilitique en d/ri/(f//ît tibfition.

Eh bien, c'est là le fait, le fait important et pratique que je vais étudier devant vous aujourdliui et m ellorcer de signaler à votre attention , avec I ouïes les conséquences qui en dérivent, avec tous les devoirs qu'il im[>ose au médecin.

Le schéma du fait en question est celui-ci :

Une nourrice quon examine aujonrdliui, je suppose, qu'on examine aussi scrupuleusement et aussi complètement que possible, peut être considérée comme saine^ absolument saine, aïors qu'en réalité c*eat une nourrice ultra-dangereuse, nue nourrice syphilitiïfué, mais seulement en élnl trinvithtdUm dt* syphilis,

ï>e la, théoriquement, une conséquetice nécessaire que déjà vous avez pressentie, à savoir :

Que cette nourrice^ saine aujourd'hui (d'apparence tout au moins).

CONTAMINATtOr^S DÉRIVANT DE L ALLAITEMENT*

sera dans huit, dix, quinze ou vingt jours une nourrice capable de Imnsmellre la syphilis au nourrisson qui lui sera confié ; — etcela dû par le chancre ou les chancres qui seront cclossur elle à cette époque. Opj cette conséquence n'est-clle que théorique? N'est-ce là qu'une conception imaginaire, inventée à plaisir dans les rêveries du cabinet? TiinL s en faut, hélas ï C/est là un danger trop réel, qui déjà s'est traduit par de nombreuse?^ contaminations, et auquel néanmoins on ne songe guère» dont on ne se préoccupe guère lout au moins, à en juger par la légèreté avec laquelle usuellement on fait choix d'une nourrice.

Déjà, je le répète, on a vu nombre de faits de ce genre. J en ai bien observé une quizaine pour ma seule part.

Tous CCS faits se ressemblent naturellement^ à quelques détails prés, et se résument en ceci :

Une nourrice commence par allaiter un enfant syphilitique. Pour une raison quelconque elle est séparée de cet enfant, comme, par exemple, lorsqu'il meurt, ou lorsqu*un médecin, constatant rétat syphililique deTenfant, prescrit la suspension deralfaitement* Alors, cette nourrice» continuant son métier de nourrice, se présente dans une autre famille. Là, on l'examine, on la reconnaît saine, onTadmet. Puis, quelques jours ou quelques semaines plus tard, un chancre se manifeste sur le sein de cette femme, comme premier accident delà syphilis contractée du précédent nourrisson. Et alors, de par ce chancre, tout naturellement, celle nourrice transmet la syphilisà son deuxième nourrisson.

Exemple typique du genre, que j emprunterai à mon distingué collègue et ami, le D^ Dron (de Lyon), à qui nous devons un remarquable et très intéressant mémoire sur le sujet qui nous occupe.

Une nourrice d'Ambérieux, après avoir sevré son enfant, vieni, prendre à Lyon un nourrisson. Malheureusement, elle tombe sur un enfant issu de parents syphilitiques, qui est bientôt criblé d'accidents syphililiques et succombe.

Tout aussitôt elle revient à Lyon chercher un second nourrisson. Elle s'adresse à un bureau. Là, un médecin l'examine (notez bien cela), la déclare saine, et on lui confie un deuxième enfant, celui-ci bien portant et issu de parents sains, comme l'enquête le démontrera plus tard.

Mais voici que, quelque temps après, cette femme voit éclore sur Tun de ses seins une ulcération qui s'élargit. Elle ne s'en inquiète pas et continue à nourrir.

Puis, voici que Tenfant, quelque temps après, présente une ulcération à la lèvre supérieure, avec engorgement des ganglions sousmaxiltaires.

Puis, des accidents de syphilis secondaire apparaissent sur la nourrice.

NOURHÎCES EN INCUBATION DE SYPHILIS- 155

Puis, des accidents de syphilis secondaire apparaissent sur renfant, Jequel est à ce momenl confié à une seconde nourrice qui est infectée à son tour.

Quoi de plus probant qu'un tel fait, où nous voyons en toute évidence une nourrice infectée par un premier nourrisson syphilitique se présen(er à i'exanion d'un médecin, être déclarée saine, puis» après Tincubation usuelle, dtTrir un chancre du sein qui devient la source oii s'infecte un second nourrisson?

El de môme pour tant et Uni d autres faits analogues ou, disons mieux, identiques, que j'aurais à citer, tous fails offrant cette parti eu larité curieuse d'vme nourrice qui entre saine dans une famille, saine d'apparence tout au moins» et qui cependant y apporte la syphilis.

Particularité curieuse, ai-je dit; oui, certes, mais en ce sens seulement qu'il est curieux de voir une contagion syphilitique dériver d*une femme qu'on a examinée, bien examinée et reconnue saine; mais au total, particularité qui n'otîre rien que de normal, de parfaitement conforma aux habitudes do la maladie, puisque le propre de la syphilis, je le répète encore, est d'incuber longuement, r>st-iVdire trois, quatre, cinq semaines, voire davantage quelquefois. Or, il n'est rien d*étonnant à ce que, sur un sujet qui est simplement en état d'incubation syphilitique, on ne découvre rien qui soit de nature encore à révéler la maladie qu*il a reijue.

Voilà, bien établi et nettement précisé, je pense, le fait clinique que je m'efforce de mettre en luniière.

Cela posé, venons main tenant aux questUms praUqucs qui se rutiachml au fait en question, et éludions les deux points que voici :

1* Quelle est la conduite à tenir dans les cas de ce genre ?

2" Qu*y a4'il à faire pour éviter que des contagions de cet ordre aient la possibilité de se produire?

Occupons-nous d'abord du premier point.

Dpiiic ordres do cas se présentent en pratique: ou bien le médecin, au moment où il est mandé, trouve Tenfant déjà manifestement infecté, c'esl-à dire aiïeclé d'un chancre ; ou bien le médecin, au moment où il est mandé, ne constate rien de morbide sur l'enfant.

I. — Dans la première allernative, nul embarras sur la conduite  tenir.

Le médecin trouve deux malades, à savoir : une femme avec un chancre du sein ; — et un enfant avec un chancre plus récent de la bouche, de la langue ou du visage. De toute évidence, il n'a que deux choses h faire :

CONTAMINATIOPÎS DÉRIVANT DE l'aLLAITEMENT.

Traiter ces deux mg|1adca ;

Hl laisser conlfnuer 1 allaitemeot.

Traiter ces deux malades, cela ne comporte ni discussion ni expHcalioïi.

Laisser continuer l'allaitement» cela n'est pas moins manifeste comme indication. Car, quel autre parLi prendre? HaiBonnons,

Comment nourrir l^enfanl?

Ane7.-vous lui donner une autre nourrice? C'est là le premier parti auquel, ub iratti^ sans réflexion, songent les parents de lenfant. Renvoyer aussitôt celte « indigne nourrice, cette affreuse femme, celte sale femme », comme ils l'appellent, et la remplacer par une autre nourrice tout aussi tôt, voilà ce quils ne manquent guère de vous proposer, dès que vous leur révisiez le malheur qui vient de frapper leur enfant. Mais c'est là un parti auquel vous, médecins, ne songerez même pas un instant. Car vous savez quelle en serait la conséquence. Vous savez que cet enfant ne manquerait pas d'infecter une seconde nourrice. Il est impossible, désormais, que cet enfant syphilitique soit nourri par une nourrice saine. H ne peut être nourri que par une nourrice sy pti il i tique comme lui* Or, cette nourrice syphilitique, il Cn précisément. Donc» // a ce qutl lui [mil et ce qu'il trouverait peut-être difficilement en dehors d^elle, car on ne trouve pas tous les jours et à point nommé, quand on en a besoin , une nourrice syphilitique. Cette nourrice syphilitique est pour lui le née. pUiê iilira de ce rpii lui convient, Tidéal, la perfection de ce qu'on peut lui souhaiter. Il lui devra peut-être la vie; c'est elle qui peut lui permettre, de par soûlait, de supporter et la maladie et le traitement applicable à la maladie. Donc, n*allcz pas la perdre, cette nourrice. C*est une perle rare en Tespèce. Faites tout votre possible pour la conserver.

En conséquence, le devoir du médecin, en pareille circonstance» est tout tracé. Et ce devoir, c*est de rétablir le calme dans cette famille agitée, c'est de réconcilier cette famille avec la nourrice que, dans un premier moment d^indignation, les parents du nourrisson voulaient tout k Theure congédier, et de leur tenir à peu près ce langage:

" Certes, un malheur vient de vous frapper, et je conçois votre colère vis-à-vis de votre nourrice. Mais, d*abord, cette nourrice n'est que bien involontairement la cause de ce qui arrive. Puis, ce malheur, il ne faut pas% le rendre pire encore. Or, voyez ce que vous allez faire en congédiant votre nourrice* Quand elle ne sera plus là, tjui va nourrir votre enfant? Vous allez, dites- vous, lui trouver une autre nourrice. Mais cela est impossible: car, dans Tétat où il est, votre enfant ne tarderait pas à communiquer sa maladie à cette autre nourrice* Vous ne voudriez pasétre cause de cet autre malheur* Or, comment nourrir actuellement voire enfant? Trois procédés pour cela ; mais voyons ce qu'ils valent :

NOORIUCES EN INCUBATION HE SYPHIIJS,

(ï P Lui clonnrr une autre nourrice, mais une nourrice d'un genre spérial, à savoir une nourrice qui ait le même mal que lui, une nourrice sgphiiilt4jtie. C*est possible. Nous trouverons peut-ôtre une nourrice de cet ordre; mais il est possible aussi que nous n'en trouvions pas immédiatement^ voire que nous n'en trouvions pas du tout. Cela dépend d'un hasard.

« 2"* Le faire élever par un animal, par une chèvre, par une ânesse. Excellent proeédé, en effet; mais c'est là un procédé qui réussit bien quand an est installé pour cela, comme on Test, par exempld à 1 hôpital des Enfants-Assistés, C'est là un procédé d'hôpital. Vous, pourn*z-vous installer une chèvre dans votre loL^einent ? C'est encore possible à la rigueur, car tout est possible quand on le veut. Maisc'est bien peu pratique.

«3° Nous avons enfin le biberon. Mais, si le biberon, avec du bon lait, avec des soins de propreté excessive, je dirai presque d'antisepsie, et surtout avec un dévouement assidu, peut convenir à des enfants ^bien portants, il est bien périlleux pour des enfants malades comme Test votre bébé actuellement ou comme il pourra Télre dans un certain temps.

« Donc, aucun de ces procédés ne vaut ce que vous avez actuellement. Votre enfant a une nourrice qui ne peut plus lui être nuisible et à laquelle il ne peut non plus être nuisible. Donc, je le répète, il a ce qu'il hn faut. Celte nourrice, en conséquem-e, gardcz-la et ne consultez que ce qui peut être utile h votre enfant. Vous avez plus besoin de votre nourrice actuelle qu'elle n'a besoin de vous. Donc, faites tout an inonde pour la conserver^ car le salut de votre enfant peut ^Ire à ce prix. »

El, en effet, il n'est pas, pratiquement, d'autre parti, de meilleur parti à prendre que celui-ci en Tespèce. C^est donc ce parti que vous devrez conseiller énergiquement.

Voilà pour le premier ordre de cas» Venons maintenant à la seconde alternative.

IL — Dans un second ordre de cas, on trouve ceci (comme dans le fait qui nous occupe): dïine part, une nourrice syphilitique, avec un chancre du sein; — oL d'autre part, un nourrisson sain, ne présentant rien qui témoigne d'une infection spécifique.

Que faire?

Faut-il suspendre l 'allaitement 7 Ou bien le laisser continuer ?

Les avis sont partagés, comme vous allez le voir. Dans le cas dont nous poursuivons Télude, (piand Tenfanlet la nourrice me furent présentés pour la première fois, je trouvai la nourrice alTeclée d'un chancre, mais l'enlant encore indemne.

Or, le très honorable et distingué confrère qui voulait bien réclamer mon opinion était d'avis, lui, de laisser continuer I allaitement.

CONTAMINATIONS DéRIVANT OE L ALLAITEMENT.

Moi, j*y fus absolumenl oppose. Et nous avions tous deux de bonn^5 raisons ou nous «Toyions tous deux avoir de bonnes raisons pour aboutir à des résolutions diamétralement oppos^ées.

Mon confrère disait cf^cl : Voilà un enfant qui, depuis plusieurs jours, tette une femme aJTeclée de deux chancres du sein. Donc, très certainement, cet enfant a dû contracter Ja syphilis, et alors il n'a plus rien à craindre de sa nourrice. En conséquence, laissons aller les choses; continuons rallaitement dans les conditions actuelles.

Ce à quoi je répondais : « 11 est absolument vrai que cet enfant a toutes chances pour avoir conlracté dès maintenant la syphilis. Mais enfin, rien ne nous démontre qu*il lait contractée. Il peut, par extraordinaire, avoir échappé â la contagion. .Nous n'avons pas le droit de lui laisser encourir le risque de la contracter, s'il ne Ta pas encore, en continuant rallaitemenl dans les conditions actuelles. Séparons donc cet enfant de sa nourrice, w

En Tespèce, l'événement m'a donné torl. Car Tenfant, en dépit de la cessation immédiate de rallaitement dès le jour où je le \is pour la première fois, a contracté la syphilis. Il était donc déjà en incubation de syphilis à cette époque. C'est là ce que préjugeait avec toute raison mon confrère, et c'est là ce à quoi je m attendais bien aussi.

Et néanmoins, ja ne me repens pas du conseil que j'ai donné. Ce serait à refaire, que ce conseil Je le donnerais encore, car il me semble le seul rationnel et logique, pour les deux motifs que voici et dont je vous dois compte :

D'abord, il se peut qu'à répotpu* où nous sommes appelés à intervenir, lenfant n'ait pas reçu encore le germe de la contagion. Sans doule, il a toutes chances pour Ta voir rer;u; mais, enfin n y aurait-il (prune chance sur cent, sur mille, pour qu*il ait échappé, pourquoi lui faire perdre cette chance? Pourquoi l'exposer à une contagion d'autant plus sûre, d autant plus inévitable que rallaitemenl sera }ilus prolongé ?

C'est, en second lieu, que la contagion de la syphilis n'est pas fatale, nécessaire. Bien des genj^ y échappent en des circonstances variées. A preuve, ces faits ci lés partout où Ton voit, de plusieurâ hommes ayant rapport à la même époque avec la même femme, les uns prendre la syphilis et d'autres rester indemnes. De même n'at-on pas vu des enfants syphilitiques ne pas infecter leurs nourrices? N'a-t-on pas vu des nourrices syphilitiques rester inoiîensives pour les enfants qui leur étaient confiés? Bien plus j'ai vu, de mes yeux vu# une inoculation expérimenlale de chancre syphilitique rester stérile. . 11 s'agissait dun médecin qui^ dans un but scientifique, voulait tenter une expérience sur lui-même* On lui inocula^ sur sa demande exprrs^e, le pus d'un chancre syphilitique, chancre qui fut choisi par M. Ricord en Ire tous ceux que nous avions dans le service du

r^OURRlCES EN INCUBATION DE SYPItILlS, 159

Midi* Et rien ne se produisit* Pourquoi cela ? Je n'en ni jamais rien su. Toujours est*ii que ce médecio échappa à la syphilis dans les conditions les mieux faites pour la lui conférer.

Donc, pour ces deux raisons, il me paraît Impossihle, dans Te<i conditions dont nous poursuivons létude, de ne pas faire suspendre rallailementi alors même que nous jugeons celte précaution illusoire et trop tardive.

Maintenant, poursuivons. Voici rallailement suspendu, voici Tenfant séparé de sa nourrice. Que nous reste-t-il à faire ?

Très simplement ceci :

Assurer l'élevage de Tenfanl par le inheron.

Puis, attendre les événemenls, et agir suivant ce qui se produira.

Assurer rélevage de Tenfant par le biberon, (lela est nécessaire. Car nous n*avons pas Tembarras du choix* De toute évidence, le biberon est le seul moyen de nourrir Tenfant. Pour une nourrice, impossible d V songer. Cet enfant est sain, ^n apparence du moins, mais ultra -suspect. Selon toute probabililé, il a gagné la syphilis, et il est en incubation de syphilis. Lui donner une nourrice serait gravement exposer cette femme ; car d'un jour à Tau Ire un chancre peut éclore sur la bouche de Tenfant et conlagionner le sein de la nourrice,

La nourriture de l'enfant assurée de la sorte, nous n'avons plus qu'il attendre les événements, el à subordonner notre conduite à ce qui va advenir.

Ce qui va advenir, en elfet, peut t'^tre ceci ou cela :

Ou bien rapparilion d*un chancre sur 1 enfant.

Ou bien la non-apparition de ce chancre, et Tabsence de tout accident.

Or, dans ces deux cas, les indications sont naturellement très différenies.

Si 1 enfant vient à présenter un chancre, il rentre ipso favlo dans la catégorie des nourrissons syphilitiques, el doit être élevé comme le sont les enfants sypliilitîques, c'est-à-dire ou bien an biberon, ou bien par une nourrice syphilitique, ou bien par un animah

Que si, au contraire, il a eu le rare bonheur d^échapperà la contagion, il reste ce qull était, e est-à-dire un nourrisson sain, qui peut être élevé comme tous les enfants sains, j entends non entachés de syphilis. Donc, on pourra lui donner une nourrice.

Oui, mais une question grave se présente alors : Quand pourra-t*on lui donner une nourrice ? L'incubation de la s>q)hilîs est toujours plus ou moins longue, comme chacun le sait. Il faudra donc, avant de se décider à cette grave mesure, attendre un certain temps. — w Sang

160 CONTAMINATIONS lïÈRlVANT DE l'aLLAITEMKNT,

ilouLe, me direz-vous, mais combien de temps? Car nous sommes ici sur le terrain de la pratique, et il nous faut rni chiiïre qui cooslitue une garantie de sécurité absolue et pour la nourrice qui donnera le sein à cet enfant, et pour le médecin, dont la responsabilité retrouve gravement engagée dans nne décision aussi délicate. »

Ce calcul^ vous répond rai-je, ne peut-être basé que sur la durée usuelle de l'incubation syphilitique^, El même, par mesure de pru^ dence, nous prendrons le terme de s^a durée inaxima, afin de nous tenir en garde contre toute éventualité, c*est -à-dire six à sepi semaines.

Au-dessous de six à sept semaines (en rompUnl du jour oii l'en Ta lit aura été séparé de sa nourrice}, il y aurait imprudence à confier Tenfanià une nourrice saine; car ce serait lui confier peut-être un enfant en incubation de syphilis.

Mais, au delà de re terme, si rien n est apparu, c*est que rien ne doit apparaître, c'est que l'en faut a érliappéà la contagion. La durée maxima de l'inculKition est dépassée. Donc, sans danger^ on pourra permettre Tallaitement par une nourrice saine.

Autre point. 1] n'est pas à nier que, dans les cas qui viennent de nous occuper, Ja suspension de rallaitement ne puisse porter un préjudice très grave à Fenfanl.

Voici un enfant qu*aujourd'hui, je suppose, vous avez trouvé sain; et, pour le préserver de ta syphilis^ vous Tavez séparé de sa nourrice. Mais cet enfant, dans quinze jours peut-être, sera aiïectcd'un chancre, ce sera un enfanl syphilitique. Or, à celte époque, comment lallailerez-vous? A la fat;on des enfants syphilitiques, bien entendu, c'està-dire : soit au biberon, ce qui est mauvais ; soit à la chèvre, ce qui est bien peu pratique, voire impossible le plus souvent ; soit avec une nourrice syphilitique. Mais une nourrice syphilitique ne se rencontre pas toujours aisément, voire peut ne pas se rencontrer quand on en a besoin, tandis que quinze jours auparavant vous en aviez une toute trouvée, à savoir la nourrice qu'avait IVnfant et dont vous Tavez séparé. Alors, quel regrel n aurez- vous pas d'avoir prononcé cctle séparation ! Car, avec une bonne nourrice et un bon traitement on vient presque toujours à bout d*une syphilis contractée par un nourrisson ; tandis que^ sans nourrice, la situation devient bien autrement périlleuse. Mais, regrets superflus, le mal est accompli.

Aussi bien, s est-on demandé s'il n'y aurai! pas autre chose à faire en pareille circonstance que de suspendre simplement rallaitement, ce à quoi on se borne le plus généralement et à tort* L'ai lai te menti il faut le suspendre, c'est entendu. Mais n\ auraiUil pas quelque chose à ajouter à ce fait brutal de la suspension de l'allaiteraeDl ? Cherchons eu se sens.

NOURRICES EN tNCUBATlON DE SYPHILIS»

Quel serait, en IVspèce, l'idéal à réaliser? I/idéaK ce serait de suspendre l allailemeiiL puisque c'est une iiécessile, mais de ne le jspendre que iemporatrémenf, pour le reprendre ensuile avec la même nourrice au cas où IVnfanl, venanL à être InfecLé, n'aurait plus rien à craindre de celle nourrice.

Or* est-ce là une Impossibilité pralique? NollemenL El Ton peut aboutir à ce rosultal en procédant comnn* il va suivre :

l" h'abord, failesen sorte que la rauiiile conserve sa nourrice qui, pourl'înslanl, va ne lui servira rien, mais qui, à écliuanceprocbaine, est appelée à lui rendre un service immense;

2^ Puis, failes en sorle que celle nourrice, qui ne va plus nourrir lenfant, conserve cependanl son lait.

Comment conserverie lait à une nourrice qui va ne plus nourrir? H y a moyen d*arriveràccla, Jlya même deux moyens, Tun médiocre, el Tau ire excellenL

Le premier, cVsl le lélage arlificit^l a la pompe, à (a lélerelle. Plusieurs fois par jour, évacuez les seins en faisant pomper artificjellemenl le laiL D'une part, vous dégor|^erez ainsi les seins, et, d'autre part, vous entretiendrez de la sorle lexcilalioti sécréloire de la glande. Mais, je ne vous cache pas que ce procédé est d*une application assez difficile, voire douloureuse quelquefois. Aussi, je ne fais que le citer, car nous avons mieux.

Le second procédé, celui qu'a Tavance J*ai qualifié d'excellent» c'est de faire léier ht nourrice par un Jeune unimnL par un jeime chien.

Je ne sais vrai ment pas pourquoi ce procédé est aussi peu en faveur. C'est là cependanl une méthode parfaite pour défjorger les seins, dans les cas de moulée exces^i^ive du lait, comme aussi pour entretenir les fonctions de la glande en l^absence il' un nourrisson. F\">ur uia part, j'y ai eu recours déjÉ^i h maintes reprises dans ma pratique et je m*en suis loujours, sans exception, admirablement trouvé. Et rien de plus simple. On se procure un jciine rliien et on présente Tanimal au sein de la femme. Ahî Quel admirable nourrisson r]uele jeune chien, quel nourrisson modèle et consciencieux, s'acquittant avec ardeur de la besogne qu'on réclame de lui 1 A jieine a-t-il senti !e sein qu*il se jette sur lui avec avidité et qu il le lette de toules ses forces.

Eh bien, esl-ce qu*avec ce nourrison inlérimaire la nourrice, que nous avons séparée de son nourrisson, ne va pas ronserver son lait? Est-ce (pjehuit, dix, quinze jours, trois semaines plus tard, si l'enfant a subi la contagion, nous ne pourrons pas, en supprimant le cliien^ lui rendre sa nourrice? Certes, oui.

Ainsi, voilà un moyen ijui permet, il'uncpnrt, de suspendre TaHajtement tfuand la nourrice est dangereuse pour Tenfant, et de le reprendre plus tard quand l'enfant (malheureusement pour lui) n*a rien à redouter de la nourrice.

162 CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT.

Résumons- nous donc en tlisant :

Une éventualiU^fléUoale se présente parfois en pralif)uc. C'est celle" où un enfant, né de parents sains et encore sain en apparence, vient de téter une nourrice aiîectée d'un accifleni sypIiiliLique du sein, tel qu'un chancre.

Que faire en pareille occurrence?

D'abord, suspendre l'allaitement, réparer Tenfant de sa nourrice, pour éviter à l'entant le risque d*une contaminalion, au cas où déjà il ne raurait subie.

Puiî^, suspendre rallaitement en conservant la nourrice, Et.alors, fnire eu sorte que cette nourrice conserve son lail. Pour cela, un seul bon moyen : faire téter la nourrice par un nourrisson intérimaire qui sera, de préférence, un jeune cbien.

Puis, enfin, si les choses tournent mal pour lenfant» c'est-à-dire si Icnfanl vient à présenter des signes d'infecliont alors lui rendre sa nourrice, dont il n'a plus rien h craindre et qui sera pour lui un élément puissant de guérison.

Je viens d envisager avec vous la conduite à tenir dans les divers cas que peut présenter la situation spéciale qui nous occupe.

Maintenant, il me reste à aborder un sujet d'un autre ordre, qui se formule ainsi :

Que faire pour prévenir des situa fions de ce genre ^ — Cela est de la prophylaxie, mais de la prophylaxie, qui, par certains points, se confond tellement avec les devoirs de pratique courante, que je ne craindrai pas de vous en parler avec détails.

La prophylaxie de ces déplorables contaminations qui dérivent d'une nourrice en incubation de syphilis repose sur des éléments divers.

Disons d'abord qu'il dépend de nous, mcttecins, au moins dans une certaine mesure, de prévenir les contaminations de cet ordre ; disons même, à ne rien dissimuler, qu'une part de responsabilité incombe souvent aux médecins quand des contaminations de ce genre viennent i\ se produire. Je m'explique.

Que fait le médecin, en bon nombre de cas, alors qu'il est mandé dans une famille oùil trouve, d'une part, un enfant alTecté de syphilis héréditaire, et, <raulre part, une nourrice encore saine ?

11 prend le père à part, lui expose la situation, lui déclare qu'il y a obligation absolue de discontinuer aussitôt rallaitement, cela pour des raisons qu'il est superllu d'énoncer ici. C'est parfait.

Mais, si le médecin, a|>rc8 avoir fait cela, se borne à cela, il ne remplit que la moitié de son devoir. Car il oublie l'autre moitié, et celle-ci non moins obligatoire, non moins formelle, non moins importante que la première,

NOURBICES EN tNCUBATtON DE SVPBILIS. 163

Ce qui va advenir, en effet, c'est que la famille du nourrisson n'ayant plus besoin de la nourrice, la cong€*diera. Cela esUout iialurel.

Or, congédiée^ que fera la nourrice? Ce que fait toute nourrice en pareil cas, à savoir : elle retournera dans un bureau de placement pour ne pas perdre le bént^fice de sou lail, qui esLson gagne-pain. Ht, là, eïle cherchera pratique et trouvera bientôt un au Ire nourrisson.

Mais ne voyez -von s pas que cette nourrice, qui vient de quiUer un enfant syphilitique, a pu gagner de lui la syphilis? Elîe peut t^tre précisément une nourvice en i ne ahui tonde sifphiiis. Elle n'a rien aujourd'huL Soitî Mais dans quinze jours ou trois semaines, elle pourra avoii" un chancre du iseio. Et, de par ce chancre, elle cou laminera un autre nourrisson.

Or, si ce malheur arrive dans les conJ liions que je viens de dire, qui en sera responsable en réalité? — La nourrice? Mais la nourrice n'est pas au fait de la syphilis, elle n'est pas iniliée aux secrets de Fincubation delà syphilis. —La famille du nourrisson? Mais cette famille a le droit tF^tre tout aussi bien que la nourrice ignorante de ces sortes de choi?es. ^ Reste donc le médecin. C'est le médecin qui, par profession, doit être au courant de ce qui peut se produire en pareille situation. C est lui seul qui a qualité pour connaître la conséquence possible d'un tel étal de choses. C est lui seul qui peut, en intervenant, prévenir un malheur.

C'est donc à vous d'intervenir pour rerajdir vis-à-vis de la société le devtnr de mutegartU qu elle a le droit d attendre de vous.

C*està vous qu'il incombe de faire en sorte que celle nourrice reste dans la faniille» d'abord poury être surveillée, suivie, et traitée s*ily a lieu, puis, en second lieu, pour qu'elle n aille pas porter ailfeurs la contagion qu elle peut avoir subie.

Conséquemment vous direz à vos clients que celte nourrice, dont ils n'ont plus besoin, il faut cependant qu'ils la gardeuL Faites leur bien comprendre que c est là tout h la fois leur devoir et leur inlénU; car, si elle les quiilait* ce sérail naturellemenl pour entrer dans une autre famille. <- Or, ajouterez* vous, voyez ce qui pourrait advenir. Cette femme est saine quant à présent; mais rien ne dit qu'elle n'ait pas re^u de votre Tenfant une maladie qui vaécloredans huit, dix» quinze, vingt jours. Avec cette maladie, elle conlagionnerait son nouveau nourrisson; et quelle serait alors la situation? V^ous seriez responsables de deux malheurs au Heu d'un; vou$ seriez moralement et civilement responsables, d'abord, de la maladie de la nourrice^ cela va sans dire, mais aussi de la maladie transmise au nouveau nourrisson. A tout prix, il faut éviter ces dangers, avec les tracas, la publicité, les procès, las scandales et tous autres ennuis «jui pourraient s ensuivre.

Soyez sûre (j'en parle par expérience) qu'en lespèce vous serez

Ifi4

CONTAMiNATtONS rH-BlVANT DE L ALLAITEMENT.

écoulé el que vos averlissemenls auront de l'efTét. EfTrayée des perspectives que vous lui présentez, la Janiille sera immédiatement cou vaine lie (d'au La ni qu'ici lamour-propre el les intérêts niatérieb se trouvetil en jeuj el mettra tout en reuvrc pour conserver la nourrice soît comme nourrice sèctie, soit comme bonne d enfanL

Si cependant, pour uîi motif quelconque, ta nourrice refusaîl la propoE^ition qui lui est faite, alors tout au moins ctierchez et trouvez un prélexle pour obtenir d*elle un sui*sis avant son départ, soit, par exemple, un sursis de cinq à six semaines, afin d'avoir le temps d'ohserver ce qui va se produire. Ce délai vous sera suffisant pour exercer sur elle la surveillance que vous désirez et pour sauvegarder les intérêts que vous tenez à garantir,

l^ntin (dernière éventualité, qui est de beaucoup la plus rare), ni la nourrice veut partir quand môme» alors il ne vous reste plus qu*un parti extrême, devant lequel cependant il n*est pas h reculer. C est de déclarer nettemeuL la sil nation a la nourrice, avec le consentement de la famille, c*est de lui expliquer catégoriquemenl celte situation avec les dangers quelle comporU% et surtout de lui faire bien comprendre ceci : qu'à dater de ce moment elle devient responsahle et responsable po^r son compit des résuitats possibles de son imprudence.

Arerlir la nourriv^ en pareil cas est un devoir absolu, impérieux. C'est un devoir auquel ni la famille ni le médecin ne sauraient se soustraire. Et soyez sûrs que, si un médecin oubliait ce devoir» il serait vivement et cruellement malmené par les tribunaux, au cas où uneaiTaire de ce genre, ce qui n'est pas rare, viendrait en justice.

Voilà comment il dépend de nous de prévenir ta contamination toute spéciale qui nous occupe en ce moment.

Cela dil, envisageons maintenant Taulre lace de la queslion et voyons comment nous pourrons nous icnira tnhri tles ('tnitaminalioris de i't genre.

Comment éviter le danger de la nourrice en étal d'incubation de syphilis ?

Il est à cela un premier moyen, c est de faire choix d*une nourrice n ayant nourri que son propre enfant- Dans ce cas, la nourrice se présente avec son enfant; vous examinez Tune et lautre; vous ne constatez rien de suspect ni chez la mère, ni chez l'enfant. Tout est au mieux. Bien à craindre,

C est ainsi que les clioses se passent dans les familles riches, qui retiennent à Tavance une nourrice connue, recommandée, recom-

NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS

mandable, laquelle arrivée point nommé au moment de l'accou*

chemcnt de sa future maîtresse, el n'ayant encore donné le sein qu'à son enfant*

Maïs vous comprenez que c'est là un choijc de* roi. La grande masse du public se porte verdies bureaux de nourrîees et» là, prend ce qu'il trouve, c'est-à-dire des nourrices tfui, pour bon nomltre, en sont déjà à une seconde» une troisième^ une quatrième nciiirrihire.

Or, avec une nourrice qui vient de ilooner It^seîn à un autre enfant

{si ce n'est à plusieurs enfants) dans un laps de temps très court, quelle

Ijgarantie avez-vous contre le risque d'une contagion proeédant du

dernier nourrisson ? Oui vous dit que cette nourriee u*esL pas une

nouri'ice en incubation de syphilis?

Vous avez beau rexauiiner et la trouver saine aujourd'hui ; qu csl-ce que cela vous apprend ? Quelle sécurité cela vous ilonne-l-il contre le risque d*une syphilis reçue ilu dernier enfant ? Ce qu'il vous faudrait connaîlrei c'est Télal de santé de ce dernier nourrisson. Ne pourraiton donc pas être renseigné sur ce point?

Eh bien, oui, il y aurait un moyen pour être édifié à cet égard, Seulement, ce moyen, il n'est pas dans nos mœurs. Y recourir serait rompre avec le passé. N'importe, tlirez-vous a ver toute raison» Voyons quel serait ce moyen.

Tout simplement, il consisterait en ceci : Exiger de louîe nourrice ayant déjà alîaih^ nu enfant un t'ertifivat médical vans ta ta ni que cet enfant n'était affecté d'aucune matudie contagieuêe.

Du moment qu*on réclamerait ce certificat de la nourrice, celle*ci à son tour, par naturel et légitime ricochel, le réclamerait de ses premiers maîtres. Et ceux*ci ne sauraienl se refuser à délivrer ledit certificat.

Voilà le moyen, Itjéoriquement trouvé, et» Ihéoriquemefll, il est parfait^ puisque, sauf erreur ou superrdierie, il garantirait les familles contre une contagion émanée du dernier nourrisson»

Maintenant, ce moyen est-il pratique?

Le eertificat eu question <- nest pas dans les liabitudes •), dit-on. Eh bien, il y entrera dans les habitudes. Toute innovation, toute réforme en est là. Il y a un commence nient a tout»

liaison nous, — Est-ce de la part des nourrices qu'on rencontrera quelque résistance? Pourquoi cela ? Le t erlificat en question ne peut être que bien venu rrelles, puisqu'il est, d'une part, une garantie pour elles, el, d'autre fiart, un brevet dimmunitê jiour autrui» brevet qu'elles pourraient oiTriraux familles ou elles cherchent à se placer.

Est-ce des ramilles que viendra la résistance? Mais un tel certilical

n*est qu*une simple rormalilé à réclamer de leur médecin, formalité

. analogue à celle du certificat de vaccine ou du certificat de bonne vie

et mœurs. Pour tjuetle raison une famille dont l'enfant est sain refu-

166 CONTAMINATIONS DERIVANT DE l'ALLAITEMENT.

serait-elle à une nourrice le certificat qui peut raider à trouver un autre nourrisson? En quoi une ramiUe peut-elle être olfensée, oITusquée, de fournir une attestation de Tétat d immunité de son enfant ? Jugeons-en

par nous-mêmes. Est-ce que nous trouverions noire dignité olTensée, si on réclamait de nous un certificat de ce genre, relativement à t'un de nosenfanls? En chen^liant bien, je ne vois qu'une certaine caté* gorie de familles qui pourraient se montrer récalcitrantes, regimber contre ladite tormalité, et protester. Ce sont les familles sijphiliiifjueë\ celles-ci, en elTel, auraient de bonnes raisons pour trouver abusive et ti attentatoire à leur tJignitc ^ une mesure de ce genre. Car ce certificat, elles ne seraient pas en mesure de le fournir; elles n'oseraient mOme pas le demander à leur médecin qui, connaissant leur état de santé spéciale, le leur refuserait tout naturellement,

Or, rinnovation proposée porterait juste, vous le voyez, puisqu'elle ne rencontrerait d^opjiosition que parmi les familles sypliililiques, c'est-à-dire précisément celles contre lesquelles il importe que la sociélé se protège, celles dont les enfants empoisonnent les nourrices et, par les nourrices, d'autres enfanls.

Au surplus, nous avons un moyen administratif de triompher de toutes résistances, s'il venait à s'en produire. Ce serait de natlmeltre dans les fnitraux de nourrices que les nourrices présentant le eerlifical en rittestion.

Pour fermer les bureaux de placement à toute nourrice ne présentant pas un tel certifiral, il suffirait d^un simple arrélé préfecloraL \'ous n ignorez pas» en elTei, que, de par la lot du 23 décembre 1874, rÂdminîstration a la haule main sur les bureaux de nourrices comme sur << tous les intermédiaires qui s'emploient au placement des enfants en nourrice, en sevrage ou en garde », C'est rAdministratioD qui confère raulorisation sans laquelle personne n'est admis à ouvrir un bureau de ce genre, et qui peut la retirer en cas d^infraction aux réglemenls. C'est elle qui surveille les bureaux de placement, qui délerniine les» conditions auxquelles ils sont astreints dans l'inlérél de la salubrité, des tufeurs et de Tordre public « ; qui en surveille les locaux, lagcncement matériel, les voitures de transport, etc., et tout cela pour le plus grand bien de tous. Eh bien, dans ces conditions, rien ne serait plus facile à rautorilépréfeclorale, en vue de l'ordre spécial de contaminations dont nous venons de parler, que d ajouter h son règlement un article visant ce mode de conlagionet interdisant radmission dans les bureaux surveillés par l'Administration à toute nourrice qui ne fournirait pas un certificat médical attestant que son dernier nourrisson n'était affecté d'aucune maladie contagieuse-

C'est donc un devoir pour nous de signaler à raulorilé cette

NOURRICES EN IKCtJBATION BE STPHIUS.

lacune dans ses règlements et de réclamer, au nom de la santé publique, la mesure tutélaire dont il vient d'èlre quesUon,

D'autatit qu'en ce moment roccasion esl propice. Nous sommes à une i^poque oii Ton commence enfin ii s*occuper de toutes choses intéressâiii Ttiygiène publique, la santé publique» ou Von commence à comprendre qu'il est bon el utile de st? dt'^ fendre par des mesures de prophylaxie générale contre des maladies dont on ne se débarrassera qu'à ce prix. De tous côtés des elTorls se produisent en ce sens, De là esl sortie cette admirable loi de protection de 1 enfance qui a déjà sauvé tant de jeunes eKJstences. Des mesures relatives à Tisolemenl des maladies contagieuses^ à la désinfection des habitations, des hôpitaux, des casernements, etc. ont été discutées et mises en pratique. L'alimentation publique est surveillée par le laboratoire municipal, car Ton n fini par trouver bon d'empêcher certains industriels d'empoisonner le public par des denrées falsitiées. On a fini de m^me par se défendre contre certains contages par l'antisepsie, la ventilation, la désinfection, raménagement des égouts, Tépuration des eaux, etc., etc.

Eh bien, pourquoi donc resterions-nous en arrière dans ce mouvement général, relativement à une maladie grave, des plus graves, dont on pourrait, sinon se délivrer absolument, du moins se débarrasser dans une certaine mesure? Pourquoi, nous aussi, ne cherche* rions-nous pas à secouer le joug de la vérole, a exonérer nos concitoyens d*une partie du lourd tribut qu'ils paient à ce redou laide néau? Pourquoi ne pas lutter contre le flot toujours montant de la vérole par des mesures de proj^hylaxie publique? Ces mesures, il y a longtemps que le bon sens les réclame^ el elles seraient les bienvenues le jour où, dans la mesure du possible, elles sauvegarderaient la santé publique.

Donc, ne perdons pas une occasion de dénoncer à 1 attention des pouvoirs publics un des modes que revél parfois la maladie pour frapper une catégorie de victimes à coup sûr des plus dignes d'intérêt, dé victimes innocentes entre toutes, h savoir: les enfants du premier Age, les nourrissons, qui sembleraient entre tous devoir être à Tabri d*utie contagion de cet ordre; el terminons en disant ceci, comme résumé de Texposé qui précède :

1" Les nourrissons sont quelquefois victimes de contaminations syphilitiques dérivant de nourrices infectées par d autres nourrissons auxquels elles ont antérieurement donné le sein ;

"2"* L*examen médical de ces nourrices ne fournit qu'une garantie illusoire, puisque chez elles, en raison même des lois de Vinctibaiion syphilitique, la maladie peut être latente à Tépoque ou est pratiqué cet examen ;

auËsrroN ûss moubrlces

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