INCUBATION DR SYPHILIS
RAPP0R7 présenté à f Académie de métlecine. sur un mémoire de IL le D' Di ^eRNKT, au lïoin iFun** CommissioQ caïnpusée de MM. Tu, Roussel et Alfred Fournier, rapporleur.
(Juiti 18^1,)
Messieurs,
Danf^ la Si*atice du 10 mars tlornier, un de nos honorables confrères» M. le D' [>uvernel^ médecin inspecleur deî* nourrices à la prefecUiro de police, soumi^liail è l'aUention de l'Académie un iiK^moire *Tyanl pour tilre : Soie sur la prttphi/tfixie de la syphilis i-oncernant tu vtmtre'Vi^ile des nourrices ù la pré/eclure de poUve, Ce travail tHait gui vi d'un certain nombre de conchisions relatives h diverses mesures administratives i\m, it'apres Tanleur, seraient de nature à sauvegarder plus eHicacement qu'elle ne Test aujourd'hui la sanlé des nourrices et des nourrissons. « Si ces mesures, ajoulail ^I. Duvernet» étaient approuvées par T Académie, l'autorîlé préfectorale trouverait dans cette haute sanction la confiance nécessaire pour prendre des arrêtés en conséquence et remédier n une situation reconnue dangereuse pour la santé publique. **
A la suite de celte intéressante communication, rAcadéinie a chargé deux de ses membres, M. Roussel et moi, de lui présenter un rapfiort sur le sujet en qtieslion. (7esi à ce devoir que nous venons satisfaire.
luuiîlef cruyons-nous, de rappeler au préalable Forganisation et le mode de ronctionneinent du bureau *» de contre- visite des nourrices ^ à hi préfecture de police; cela est connu de tous les membres de rAcadéniîe, Inutile également de signaler riuipor lance de ce service. On en jugera par un simple clïlITj'e. Chaque année, U.OOO examens sont pratiqués à la préfecture sur des nourrices de province; et ces examens, nous dit M. Duvernet, y sont
CONTAMI?^ATÏONS DliiirVANT DE L ALLAITEMENT.
praUqu*>fi avec un soin rninu Lieux, avec loules les précatilions rigoiireusemeni indispensables pour dépister une maladie contagieuse, noLammenl la plus redoutable de louLes les maladies conlaf^ieuses, 6 savoir la syphilis. Llnspeelion ne porte pas seulement sur rhabitus exléneur, les seins, les téguments, la bouche, lesgangHons; ce les régions inguinales, en plus, sont toujours explorées, et les organes génitaux sont mt>me examinés, s il y a lieu ».
En outre, la visite s*exerce annuellement sur K300 nourrices dites naurrlces de retour, les piufi dangerenHei^ entre iouies, puisqu'elles viennent de donner le sein à des nourrissons de santé inconnue* Celles-ci, on le sait, ne sont admises à reprendre un nourrisson, après avoir quitté leur place, que sur un cerii/tcal de nmwel examen délivré par le médecin inspecteur de la préfecture.
Donc, rinspeclion prérectorale fait office en Tespèce d*une véritable digue contre les contaminations pouvant dériver des nourrices, non moins que, d*autre pari, conlre les contaminations pouvant, par ricochet ultérieur, se déverser des nourrissons sur les nourrices. Pour mieux dire, c*est une sorte de filet qui arn^te au passage les facteurs de contagion, A ce titre, elle remplit un rôle de prophylaxie^ de sauvegarde éminemment fécond en heureux résultats. Cesl un bienfait pour la fiante publique.
Malheureusement, tout n*est pas au mieux dans cette organisation de date encore récente ; et M, Duvernet, qui est mieux placé que tout autre pour l'apprécier en pleine connaissance de cause, en étalilit, dans le mémoire que nous analysons, une 1res légitime critique.
Cette organisation, nous dit-il en substance, ne fait pas tout le bien qu'elle pourrait accomplir, et cela parce qu'elle comporte deux lacunes, deux grosses lacunes que voici :
L*une, c'est l'absence de toute garantie, pour les nourrices sur lieu, contre les contaminations pouvant dériver de leurs nourrissons ;
L'autre, c'est l'absence de toute garantie contre les nourrices n de retour ii en état d'incubation de syphilis.
J'explique ces deux points.
L — Pour le premier, rien que de très simple. 11 reste indéniable que dans Tétat actuel des choses, la nourrice dite u nourrice sur lieu n est absolument privée de toute garantie vis-â,*vis de sou nourrisson. Une famille quelconque va la choisir dans un bureau et la prend h gages pour allaiter un enfant. Mais quelle est la santé de cet enfant? Cet enfant est- il sain ou malade ; présente-l-il notamment quelque témoignage de syphilis héréditaire? La nourrice n'en sait rien, et n'a pas moyen de le savoir; T Administration n*en sait rien, et n*a pas plus que la nourrice moyen d'être renseignée à ce sujet. En sorte que
NOURRICES EN INCUBATION BE SYPHILIS, 171
lôul, en l'espèce, esL à la discrétion des familles. S'il platt à une famille (et qua d'exemples du f>:enre n'aiirais-je pas k citer!) de faire allaiter par une nourrice son enfant dilment syphilitique ou seulement en cHat possible de syphilis, elle a toule faciUlé pour commettre cette action coupaljle, quitte à en supporter les conséquences, si les choses viennent à mal tourner* lit ces conséquences ne sont [ms toujours très on^'Teuses (on le sait par expérience); tout au moins ne sont-elles pas, en nombre de cas^ ce qu'elles devraient ou pourraient être* Donner la vérole à une nourrice est à la portée de toutes les bourses bourgeoises; c'est abordable. Bref, la nourrice est à la merci des fatuiiles, voilà le fait.
Or cela, soit dit au passage, est d'autant plus abusif, d aulani plus inique, d'autant plus révoltant, que la nourrice qui resle sans défense vis-à-vis des familles, olTre, tout au contraire, une double garantie à ces familles, quelquefois môme une triple garantie, à savoir :
P Premier examen médical fait sur sa personne par le médecin de sa localité, avant son départ pour Paris;
2** Second examen médical pratiqué k Paris par le médecin inspecteur de la préfecture;
3^ El, très souvent même, troisième examen médical pratiqué dans la famille du nourrisson par le médecin de cette famille. N'est-ce pas r usage, en effet, dans la société bourgeoise, de soumettre une nourrice à Texamen du médecin de famille avant de se risquer àTagréer? Et certaines familles se montrent même singulièrement exigeantes jusi|u*à réclamer un examen complei. Vous me comprenez.
Donc, ion les g a t'a ni tes prises contre la nourrice et nulle garantie en faveur de la nourrice conlre son nourrisëon^ tel est, je le répète, Tétat de choses actuel, du moins en ce qui concerne la nourrice sur lieu, c'est-à-dire la nourrice qu'on va prendre dans un bureau pour la conserver sous le toit de l'enfant. Au total, tout d'un côté et rien de l'autre , voilà strictement la formule.
Delà les tristes conséquences que vous savez, messieurs; de là l'excessive fréquence des contaminations de nourrices par nourrissons syphilitiques. De là aussi ces cas navrants (mais heureusement bien plus rares) dans lesquels on a vu plusieurs nourrices t^tre contagionnées par un même enfant. A ma connaissance, un nourrisson syphilitique transmit la syphilis aux trois nourrices qu'on avait eu l'audace de lui<lonner. ^ J'ai acquis la preuve, dit M. Duvernel, qu'un nourrisson a été successivement allaité par huit nourrices (î), dont la dernière (la seule connue de moi) est revenue à la préfecture avec un chancre infectant du sein, " Que les sept autres aient été de fait contagionnées ou non» îl n'eu reste pas moins certain qu'elles pouvaient Télre, qu'elles se sont trouvées en condition de l'être, C est odieux, épouvantable! Comment de telles choses sont-elles donc posr siblesàla Un duxix"siècle?C*est que, dans notre organisation actuelle,
CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE î/aLLA1TEMENT
la nourrice, bien posilivemeul, esta dccouverl vii^-â-vîs d'une conU^ minatioti syphilitique ponvonl dériver de son nourrisson, el que rien, rien, pas une mcf^ure admintslralive^, pns une disposition légale m^ la prolège.
Mais notre devoir île rapporteur nous interdit d*tnsisier davanbgu sur ce point. Car, «j M. Duvernet signale et déplore dans son mémoire cette absence di* toute garantie en faveur de la nourrice, il îse borne À la constater sans proposer un remède. Que si rA*"adémit*» élargissani la discussion, voulait la porter sur ce terrai n« sesrapporleurs Vy suivraient eerlcs avec déférence, non moins qu'avec grande sali^ faction, car r'est là par excellence un sujt*t bien di^ne des médita- Uons el des elTorts de tous. Mais, pour I instant, force nous e^t de nous reslreindre, en suivant Tanleur dont nous analysons le travail sur la seule voie où il ail lout a la fois signalé une lacune dans la surveillance préfectorale actuelle el pro|iosé les moyens propres à la combler.
H. — En revanche, celte seconde lacune a rivemenl préoccupé M. Duvernet qui en fait le sujet il'une étude Irès approfondie.
D'un ordre tout spécial, elle a trail à ceci : ab^tme fie ijnruntkB eonire toute nourrict (fui, nyatil f^utlté sn phtce après nv irai Ira lé un enfanl de santé imonnite, se présetïie n i*i prefertme pour y chercher un certificat qui lui permette Je rentrer tlans un bureau de nourrices, ceât-à'dire de reprendre un fUifre nourrisson^
Je précise la situation par un exemple. L ne nourrice de province est venue, je suppose, se placer h l*aris, et, après inspection réglementaire, est enln-e <Ians une fa mil le. L'n mois phi?i lard, ♦*lle quitb* celle place pour une raison quelconque, soit de son propre gré, soit qu'on Tait congédiée, soil que son nuurrbson ait succombiK Elle revient alors à la préfecture solliciter une inspection nouvelle, l-à vont commencer les embarras, le^ difficultés. Car, de deux chose? lune, forcément :
Ou bien celle femme, lors de rexamen médical, sera trouvée en état de syphilis: — ou bien elle sera trouvée saine.
Dans la première alternative, les choses iront de soi; inutile dedirt* ce que. Ires simplement et forcément, on aura à faire.
Mais, pour la seconde, ce sera tout différent. Ccll** femme est saine ou parait saine; c'est fort bien. Mais, si elle a les apparences de la santé, ne peutdle pas de fait être syphilitique, être en état de syphilis actuellement bien le, c*esl à dirern état dincuttutian de «jyp/iiYit ?Car un des caractères constanlii de la syphilis est, comme chacun le sait, d'iaeuber et d'incuber longuement, pendant trois à quatre semaines en moyenne, souvent même davantage. Donc, au cas possible où cette femme aurait ronlracté la syphilis de son nourrisson il y a hml ou quinze jours, nous la trouverions saine, aussi saine que possible.
NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS
aujounrhui» et c*est ï^eulemenl dans une ou plusieurs semaines que rinfectiou oornmcncemit à se re^vèler sur elle.
Or, en leî^fH-ce, comment juger la question de savoir si ceiie renime est ou non en tUal d'incubation de syphilis, c'est-à-dire si elle peut fitre ou non dangereuse pour un sorond nourrisson ? Sur quelles données, après lavoir examinée el trouvée saine, le médecin inspecteur de la prérecluiT pourra-t-il se résoudre à lui accorder ou k lui refuser le certificat, la libre patente qu elle vient, réglementairement, réclamer de lui?
On dira peut-être : « Maiscette femme, on a toute liberté pour Tinlerroger, pour savoir d'elle si sou nourrisson était ou non malade, s'il est vivant ou mort, s'il a présenté quelques symptômes suspects, quelques lésions révélatrices, telles que coryza, boutons surles fesses, érosions à la bouche, etc, etc. « — Sans doute, répoudrai-je, cet nterrogatoire doit être fait, et Ton ne manquera jamais de recueillir documents qu*il peut donner. Mais, pour certains cas où, par mple, i absence de toute maladie, de tout symptôme suspeci sur Tenfanl, sera affirmée par la nourrice et viendra fournir (à supposer la nourrice sincère) une sécurité tout au moins relalive, que d autres où il n'y aura rien à déduire des réponses oblf^nues I Allez donc, sur la descripLiou d'une nourrice, conclure pour ou contre la syphilis d'un nourrisson! Essayez donc, surdesrenseignennents équivoques, incertains, obscurs, insignifiants, de dilTérencicr un enfant morld athrepsie d'un enfant mort de syphilis! Presque toujours, en conséquence, le récit rétrospectif de la nourrice u*aboutira pour le médecin à rien de précis; il pourra conduire au soupt;on iiuelquefois, et c'est en cela qu'il aura sou utilité quelquefois; mais, dans la grande majorité des cas, il ne fournira pasd*élémeuts sur lesquels on soit en droit de fixer un jugement.
Etj cependant, force est bien de prendre un parti. Car, pratiquement Je dilemme s*impose : accorder ou refuser le certificat.
Or, voyez les conséquences de tel ou tel des deux partis auquel le médecin est forcé d'aboutir.
Refuser le certificat, et cela sur un simple soupçon peut-être non
otivé, c*esl à coup sûr un moyen radical pour couper court à toute éventualité de contagion; mais aussi n'est-ce pas là un parti excessif, qui aboutirait, sinon à dépeupler les bureaux de nourrices, tout au moins à congédier sans raisons valables un nombre considérable de nourrices, au détriment d'un nombre équivalent de nourrissons? Puis, d autre |>art, n'est-ce pas là un parti cruel, qui condamnerait annuellement plusieurs centaines de nourrices à perdre le bénéûce de leur lait, c'est-à-dire le petit pécule qu'elles viennent gagner à Paris au prix d'un douloureux sacrifice? Kn fin de compte, la syphilis héréditaire, quelque salutaire terreur qu'il faille en avoir, n'est pas lellement commune qu'elle autorise un semblable ostracisme vis-à-
174 CONTAMINATIONS DÉRIVANT DE L*AtLAlTEMENT-
vis (Je louies les nourrices ayant commis i*inipruden€rou ayant eu te malheur de quiller leur place.
Mais, inversement, accorder la libre patente à ces nourritîes de retour comporte le risque d'exposer aune redoutable maladie un cer* tain nombre de nourrissons, et de charger ainsi rAdminislraïion d'une responsabilité considérable.
Telle est la situation, situation, vous le voyez, plmne d'incertitudes, d inconvénients et de p<!^rils, dont l'unique rtit^son réside, au total, en ceci : ignorance de tétai de sanlédu noartmon que vient de quitUr la nourrice.
Mais, avant d aller plus loin dans cet exposé, besoin est de répondre è deux objections qui se présentent naturellement, qui s'imposent même en l'espèce, el quu voici.
Ce danger spécial que nous venons de signaler, à savoir le danger pouvant dériver d'une nourrice en inrnhtfiîon de Hyphitis^ esl-il bien réel, bien auLhenliquc?— Kl, d autre part, à le juger tel, est-il assex fréquent pour appeler et légitimer de nouvelles mesures do pro* phylaxie?
Sur le premier point, nous avons le droit d*être aussi affirmaLifs que possible el de venir dire à T Académie : Oui, c*est là un danger absolument réel, parfaitement authentique, (-e danger ressort de lobservation. Maintes fois en jiratH[ue on a vu ceci : une nourrice saine, reconnue saine par un ou j>lusieurs examens médicaux, entre dans une famille; — puis, quelques jours ou quelques semaines après^ cette nourrice présente au sein une érosion d abord insignifiante, mais destinée à revêtir bîenlûL les caractères du chancre syphilitique mammaire; -^ el, de par ce chancre, elle infecte son nourrisson. On s inquiète alors, on se récrie, on se désole; et, remontant au pourquoi de cette contamination surprenante, on apprend <|ue ladite nourrice, avant d'enlrer dans sa nouvelle place avait donné le sein à un nourrisson alTecté de syphilis.
Donc, saine d'apparence, absolument saine alors qu'elle est entrée dans sa seconde place, cette nourrice n*était, en réalité, qu'une syphilitique en incubation de syphiliB. Elle incubait à ce moment la vérole qu elle avait reçue de son premier nourrisson.
Des faits de ce genre, répondant au scliéma précité, ont déjA été relatés par divers médecins et par moi. Au hasard, et simplement comme spécimen, je présenterai le suivant à rAcadémie, en rempruntant A l'un de nos très estimés confrères, le D' Dron (de Lyon),
Une nourrice d'Ambérieux vient à Lyon, après avoir sevré son enfant, pour y prendre un nourrisson. Malheureusement elle reçoit un enfant issu de parcints sypliilitiques, lequel est bientôt criblé d*aLcidents syphilitiques auxquels il succombe.
Tout aussitôl, elle revient à la ville en quête d*un autre nour-
NOIÎRBICES EN INCUBATION DE SYPHILIS
risson. Elle s adresse à un bureau. Là, un médecin rexamine (noie?* bien ceci, messieurs) el, après examen, la déclare saine. On lui confie donc un enlani, celui-ci bien porLanl, indemne, et issu de parents sains, comme renquôl© le démontra plus tard.
Mais voici que, quelque temps après, cette femme voit poindre lur Ton de ses seins une petite lésion, qui s'ulcère et s' élargit. Elle ne s en inquiète pas tout d'abord, el continue à nourrir,
Puis, voici que l'enfant, un peu plus tard, présente une ulcéralion
la lèvre supérieure, avec retentissement sur les ganglions sousmaxillaires.
Finalement, explosion d'accidents secondaires sur la nourrice et sur Tenfant (1),
Dans ce cas, donc, et cela au-dessus de toute contestation possible, un enfant sain a été infecté par une nourrice reconnue el certinée médicalement saine au moment oiJ elle a reçu cet enfant. Comment donc rinrection sVsUelle produite? En toute évidence, par le lait d'une syphilis que la nourrice avait contractée de son premier enfant, mais d'une syphilis qui se trouvait en incabalion à Tépoque où cette femme a été admise — et cela après examen médical, je le répète encore — à prendre un second nourrisson*
Eh bien, des observations de cet ordre pourraient être produites en bon nombre. Elles sont bien authentiques, et non contestables.
D*ailleurs, comment et à quel point de vue seraient-elles contestables? Est-ce qu'elles ont quoi que ce soit d anormal^ d'extraordinaire, voire de particulier? Pas le moins du monde. Elles sont au contraire en harmonie parfaite avec ce que la clinique et Texpérimenlation nous ont appris sur rincubalion de la syphilis- La svfdiîlis incube el incube longuement, trois à quatre semaines en général, quelquefois plus. Donc, une nourrice contractant la syphilis aujourd'hui, je suppose, restera absolument indemne en apparence pour vingt-cinq jours environ ; — que dan^ dix jours, je suppose encore, elle change de place, elle restera encore une quinzaine en élal d'intégrité apparente : — et e est au delà de ce terme seulement qu elle ira nsnie tira la syphilis à sou second nourrisson. — Ainsi doivent forcement marcher les choses, el ainsi marchent-elles en réalité.
Second point : Ce mode de contamination par la nourrice en incubation de syphilis est-il fréquent"^
Ici, force nous sera d'être infiniment plus réservés. L'expérience ious manque^ car il n*a pas encore été produit, que nous sachions, de
{%) Ajoutons mi^mc cet L»|nlôgue confirma UT, biçji qulï n'ait pLuâ Irait à notre .pujct : CoTiné â une auLrc nourrice, l^énfant ne tarda pas â infi^ctcr cette nourrice.
176 CONTAMINATIONS DKRIVATST 1>B L ALLAITEMENT.
documents slatistiques sur le sujoL Ce qu*il nous est permis de dire, c est que les contagions d^^ ce genre se rencontrent en pratique de letnp*^ n cTulrc, voirp qu'eUes ne sont pas rares. Pour ma part, dans les lc<;ons que j'ai consacrées a celte étude en 1886, j>n citais dpjà une dousïaine de cas, et je crois bien en avoir observé un nombre au moins égal depuis lor*i. 11 n'y a pas deux mois ï]n*un nouvel exemple du penre s'est pn'^senté à moi dans la pratique de ville. Oans ce cas encore, la nourrice avait été examinée, scrupuleusement examinée par tin de nos confrères lors de son entrée dans la famille du nourrisson qui fui conlaminé. Cétait, me fnt*il raconté, « la plus belle nourrice du monde^ resplendissante de fraîcheur et de santé >♦. Une douzaine de jours après son entrée dans la maison, elle commença à présenter à Tun des seins une sorte de gerçure a laquelle on ne prit pas garde, que Ton considéra, suivant Tusage, comme une morsure, couiine *i une griffe failc par Tenfant «, puis qui devint un superbe chancre. Or, ici de même, l'infcclion de la nourrice ilérivait, renseignements pris, d'un nourrisson antérieur atîecté de syphilis héréditaire.
fje même et en dépit de sa situation spéciale, M, Duvernct déclare qull n est pas possibte d'être lixé sur la fréquence dudil ordre de contamination et cela pour deux raisons: J" parce que, règle habituelle, les nourrices conlaminées'ne reviennent pas à la Préfecture (et, en eïTet, qu'y vicndraientclles faire?); — 2'' parce que les parents des nourrissons contaminés se gardent dV-bruiter le malheur arrivé à leur enfant et se l»ornent à le déplorer en silenee. Toutefois, il incline à considérer les conlaminalions de ce genre comme assoz fréquentes, en se fondant sur des preuves indirectes, à savoir :
J" Fréquence bien connue de la syphilis héréditaire, Kn utie seule année il887), ouîte noumces sont revenues à la préfecture en état de syphilis, bien que» je le répète, les nourrices contaminées n'aient pas pour habitude de reparaître à la PréfecturCiOii aucun intérêt ne les appelle.
1'* Sombre considérable des nourrices dites de retour. Annuellement 1,300 enfants sonl allailés dons leur ramîlle par des nourrices de retour, c'est-a-dire par des nounices venant tle donner le sein à autant de nourrissons de santé inconnue, voire de santé suspecte pour bon nombre, Que de risques de contagion d*aprés ce seul cbitTrc \
3** Dangers spéciaux auxquels est exposée la nourrice sur lieu, pour ainsi dire sacrifiée à Tintérét des familles, puiscjue son nour* risson n'esl pas surveillé, comme rest celui des nourrices deprovince.
Impossible, dit M. Duverneti que de ces trois raisons ne résulte pas une fréquence plus ou moins élevée des contaminations spéciales dont nous parlons, fréquetice qui ne saurait encore être précisée
NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS-
iiijovinJ'hiii, mais qui esl indéniable à pnori parce (ju*elle csL logique, forcée, nécessaire, parce qu'elle ressort de ressetice môme des choses.
Au surplus, dans une question de cette nature, la fréquence absolue
ûu péril n'est que d^ordre secondaire, L^essentiel, c'est le péril
intime, dont la constatation implique la nécessité de mesures pro-
I pliylaeliques. Or, le péril estdémonlré^ patent. Reste donc seulement
Ile remède à trouver.
Ce remède, quel peut-il être? Ou, pour mieux dire, de quels moyens disposons-nous pour nous lenir à Tabri de Tordre spécial de contominations qui nous occupe^ à savoir des contaminations issues de n n ii rric es en in c u bn t ion tie ^t/p h il ts ?
En Tespèce, avons-nous dit, nulle garantie ne ressort et ne saurait ressortir de Texamen médical de la nourrice, examen qui abouti l a démontrer que la nourrice ne présente rien de syphilitique pour rinstanl, mais qui ne démontre en rien qu'elle ne sera pas dans huit ou quinze jours en pleine évolution cliancreuse. Ce qu'il faudrait connaître pour accorder ou refuser à cette nourrice la libre patente, c*esl Yélal de sanié de son nourriëson anlérienr, du nourrisson qu'elle vient de quitter.
Or, nV aurait-il pas moyen d'être renseigné sur ce point? Tout
là.
Eh bien, ouit il est un procédé qui^ s1l entrait dans les mœurs, permettrait d'f^tre renseigné suri état de santé du dernier nourrisson* Ce procédé, tout simplement, consisterait en ceci i Exiger de loufe nourrice « de retour * , pour tudmeîîre à rentrer ms un bureau de placement un ce^îifical médicai atieslant que t enfant ai/f/wf/ elle vient de donner le sein na été affecté d* aucun tymptûme contagieux.
Tenue à fournir ce certificat, la nourrice, à son tour, le réclamerait de ses maîtres, lesquels n'auraient aucune raison pour le lui refuser, à moins d'être, et pour cause, dans rimpossibilitéde le lui fournir. D'où il suit :
î* Que toute nourrice se présentant avec ledit certificat pourrait, sans danger pour autrui, être admise à la libre pratique;
^* Que toute nourrice se présentant sans ledit certificat devrait èlre ipso facto considérée comme suspecte et, à ce litre, ou bien définitivement exclue ou bien ajournée pour un examen ultérieur.
Telle est la mesure que, pour ma part, j'avais proposée dans mon travail sur le sujet.
A son tour et parlant du même principe* M. Duvernel a formulé la réglemenlatiùn suivante dans le mémoire soumis à l'atlention de l'Académie :
» l* Toute nourrice sur lieu qui vient de quitter sa place est astreinte,
178 COXTAMiSATIONS DÉRIVANT DE L ALLAJTEMBNT,
pour êLre autorisée à un nouvel allaitefoent, à produïrp un certificat médical allestant que soo nourrisson n'a été alTecté d'aucune maladie coulagieuse.
2"* La nourrice qui n'aura pas été munie de ce certiflcat pourra j^ suppléer par un cerlîfical médical atleslant soo imniunilé à !a date de deux mois au delà du jour ou elle aura été séparée de son nourri âson.
^'^ Toute personne qui prend, dans un bureau de placemenit une nourrice au sein accepte Toblj^alion de TourDir à celle nourrice, au moment de sa sortie de place, un cerlifical alLeslant que lenfaul allaité par elle n*élail atteint d*aucaae maladie contagieux*
La formule de ce certiûcaL sera iuscrile sur le carnet de la nourrice.
La teneur de robligaticin des parants ou des ayants droit sera imprimée sur te reçu délivré par les bureaux aux pef^onnes qui prennent une nourrice, u
Au total, resprit ife cette réglementation est le suivant :
L'Administration mnâ aux familles 4|ui ont be^^in d'une nourrice
sur lieu le bienfaisant office de leur fournir des nourrices qui, deux
fois soumises à un examen médical, offrent toutes garanties de santé;
Kl, réciproquement, elle impose à ces familles T obligation de tui
rendre ces nourrices, le cas échéant, avec des garanties équivalenles^
Cela, d'abord, si je ne me trompe, est de la suprême équité.
Puis, pour quUl n*yait pas f^urpriseou discussion, F Vdminislraiioo
prend soin d'avertir au préalable les familles el cela par stipulation
imprimée) «le robtigaUon qu'elle leur impose. Klle leur dit ceci : ** ie
vous donne aujourdliui une nourrice dont mes médecins %ous
garantissent la santé; mais, à votre tour, si vous me rendez celte
nourrice, vous me garanti rei médicalement qu elle n*a pas conlràcié
de votre enfant une maladie contagieuse, afin que je puisse sans
crainte lui laisser prendre un autre nourrisson, »
Tel esl, messieurs, te projet de réglententalion que nous avons l*honneur de vous soumettre. En voilà du moins le principe, les bases, toutes réserves faites, si le principe en était adopté, pour les modifications, les amendements, les corrections qu*il pourrait vous sembler convenable d'v introduire après discussion.
Cela dit, qu'il nous soil permis d'ajouter encore quelque ihoIb Texposé qui précède.
L — Et, tout d abord, le projet en question esUil né viable; esl-il pratique, est-il d'application possible et facile? Pour cela, oui, dirons-nous. Car, d'une part^ rAdminisIration
NOUHRiCSS EM incubation ^E SYPHILIS.
préfectorale, qui a en connaissance des conlaminations spéciales auxquclleîî ledit projet sViTorce d'apporter remède, l'AdniiniBLration qni a reçu des plaintes au sujet de telles conta mi nation*;, TAdininistniUon* dont le médecin est venu ici apporter les résullats de son observation et n^'clamer lui-même de nouvelles mesures, est sans nul doute absolument disposée à accueillir telles ou Lelles disposUions que vous lui présenterez, et cela tant au point de vue de TinlértH généra! que par souci de sa respon^abifité propre.
Et, d autre part, vous nlgnorez pas que, de par la loi du tt^ décembre 1674, FAdministralion préfectorale a la haute main sur les bureaux de nourrices comme sur lous les intermédiaires qui s'emploient au placement des enfants en nourrice, en sevrage ou en garde, etc» C'est elle qui confère « rauLorisation», sans lat|ueUc personne n est admis à ouvrir un Ijureau de ce genre, et qui peut la retirer en cas d'infraction aux règlements. C'est elle qui surveille les bureaux de placement, qui détermine « les conditions auxquelles ils sont astreints dans Tinlérét de la salubrité, des mœurs, et de l'ordre public »^ qui en surveille les locaux^ Tagen cernent matériel » le» voitures de transport, etc., etc..,, et cela pour le plus grand bien de tous.
Eh bien, s'il en est ainsi, rien ne serait plus facile à raulorité administrative que d'ajouter à son règlement un ou quelques articles spéciaux visant le mode de contamination donl nous nous occupons actuellement; rien ne lui serait plus facile que d'interdire ses bureaux aux nourrices de retour se présentant sans certificat médical, et d'imposer aux familles la réciprocité en fait de garanties médicales, etc. Tool cela, T Administration peut le faire, a le droit de le faire. Et, elle le fera sûrement, si elle trouve ici la sanction scientifique des mesures projetées.
II. ^ — A un autre point de vue, lesdites mesures sont-elles susceptibles de rencontrer quelques résistances, quelques diflîcullés?
Certes, le projet actuel aura, comme débuli le sort de toutes les choses nouvelles, [.'obligation du certiGcat à délivrer à une nourrice congédiée pourra tout d'abord surprendre, étonner, choquer môme certaines personnes qui n'en comprendront pas Tinlérêt et ne verront là qu'une innovation vexaloire. Mais il en est ainsi de toutes les réformes utiles, qu'on commence par honnir et qu*on s'étonne ensuite d'avoir été si lentes à voirie jour» Roulinen'est pasobjection, non plus qu'obstacle insu rm on table ♦ Donc, passons sur ce point*
Certificat h délivrer aux nourrices congédiées, telle est la base, tel est le pivot môme du projet. Or, d*o(i pourraient venir les objections, les résistances, par rapport audit certificat?
Est-ce de la part des nourrices? Non certes. Car, ce certificat sera pour elles une garantie, une caution, un brevet d'immunité, dont elles
CONTAMINATIONS T)ERtVAKT T>E L ALLAITEMENT
sîiuioiit bien &e prévaloir* Il s(îra pour elles, sans comparaison, ce qLfesl pour im donieslitjuc un bon cerltlicaL, grâce auquel il Irouvc d'au La ni plus racilement une nouvelle place.
Esl-ce de la part des familles? Oui el non, *?uivatit les cas< Je m explique.
Pour les familleR où la nourrice n'a été exposée à aucun risque de contagion, le cc*rlifîcïit ne sera qu'une pure formalité é rérlamerdu médecin, rormalité comparable à ce qu'est celle du fcrtifîeat de vaccine. Quelle raison une famille saine aurait-elle de refuser à une nourrice qu elle congédie ou qui la tjuitle uncerlifîcal. qui peut aider celle femme à trouver un autre nourrisson? En quoi cette famille pourrait-elle se trouver olTensée d avoir à rempb'r cette sî simple et si naturelle obligation?
En cherchaal bien, jr ne trouve qu'une catt**gorie de familles qui — toujours par rapport au certificat — pourraient se monlrer récalciliantes, regimber contre ladite formalité el prolesler contre elle. Celte catégorie est celle des familles syplnlîtitiue^ qui, elles, auront de bonnes raisons, je le reconnais, pour trouver v vexaloire, abusive, attentatoire à leur dignité n, robligalion du certificat, t?l cela parce qu*elles ne sauraient le fournir alors «[ue leur lare hérôdilaire s*est révélée sur leur enfant; elles n'oseraient, et pour cause, le demander à leur médecin.
Mais ne voyez- vous pas là précisément Texcellencede l'innovation projetée, puisque les seules résistances 4 prévoir ne pourront venir que des familles qui seseuliraienl menacées, et pour cause, parlobligaliondu certificat, c'est-à-dire des familles t/fi/içerfwse*, des familles qu il y aurait intérêt pour la santé publique à écarter, à exclure des bureaux de nourrices?
m. — Autre objection.
On nous a dil [car déjà, pour tâler ropinion, nous avons conféré avec plusieurs de nos collègues sur lensemble du projet) : « Ne craignez-vous pas que le refus du certificat en question ou Ti m possibilité de fournir ce certificat ne devienne une source de dérnélés, de procès entre nourrices el familles de nourrissons? Car une nourrice h qui une famille ne voudra pas ou ne pourra pas délivrer ce certificat, se trouvant de ce fait m l'Orne exclue de tous les bureaux et privée de son gagne-pain, ne manquera pas d'exercer une action judiciaire contre celte famille. •>
Très certainement, oui, ré pondrons- nous, Tarrété préfectoral qui imposera lobligalion (iu cerlilirat aura et devra avoir fie toute néces* site sa sanction légale; car, au cas contraire, il serait lettre morte. Et ce que vous prévoyez est une conséquence forcée, nécessaire, du projeL
Mais, cette conséquence, nous ne reculons pas devant elle, el cela pour une double raison :
NOUBRICES EN mCUBATION DE SYPHTLIS,
P Parce que le refus ou rimpossibilitê de délivrer le certificat constitue, de la part d'une famille, un dommage contmis au préjudice de la nourrice ; et que chacun est tenu, tant par la morale que par le Code, h réparer le dommage tait à autrui;
2*» parce tjue la famille qui s'est mise dans la situation de ne pouvoir fournir le certificat légal à la nourrice, s'y est mise de son plein gré et en pleine connaisj^ance de cause. Elle était avertie — avertie ^^ar avis imprimé — de robligation â laquelle elle s engageait en Inant prendre une nourrice dans un bureau* Elle n*a donc qu'à i'imputer à elle-m^^me les désagréments ou les préjudices de la situation qu*eïle s'est créée.
Mais, dira-t-on p^ut-être, quelle sera donc la ëamlion létjffle du refus de certificat, ou^ eu autres termes, quelle sera, en pareil cas, la réparation du dommage fait à la nourrice? Cela, messieurs* ne nous regarde plus, car il n'y a plus rien là de médical ; cela est affaire aux tribunaux, et nous laisserons hors de cause cette partie de la question pour laquelle nous n'avons plus compétence.
IV, — Enfin, on nous a encore objecté ceci : » Votre projet de certificat médical risque de devenir une cause de troubles, de discordes, de scandale dans les familles, en déwmçnnt la syphilis du mari Cîir, si te médecin se refuse, dans un cas donné, à signer ce certificat, qu'est-ce que cela voudra dire? (Quelle interprétation recevra ce refus, aux yeux de la mère, de la famille, de tout le monde, si ce n'est celle-ci : que Tenfant est malade, qu'il a une mauvaise maladie, qu'il a la syphilis» la vérole, pour prononcer le gros mot» et que ce mal, forcément, il le doit à son père? Voilà donc le mari, ipso ftivto^ convaincu de vérole aux yeux de sa femme, aux youx de tout le monde, et cela grâce à votre maleuconlreux certificat, h
A cela nous répondons :
P La dénonciation de la syphilis tlu mari n'est en rien le résultai du refus de certificat. Elle résulte tout aussi bien et en évidence non moindre de Tensemble des circonstances, à savoir : des accidents présentés par Tenfant, du traitement prescril, du sevrage imposé, etc< Quoi \ Voilà un enfant couvert d accidents au moins él ranges, un enfant malade, auquel (chose contraire à toute régie) on a supprimé sa nourrice, auquel on a prescrit tous remèdes non moins bizarres, tels que iodnre de potassium ou frictions mercurîelles ; et rien de tout cela, croyez- vous, n'a ouvert les yeux ni ô la mère, ni à la famille, ni à personne. C/est le certificat seul qui est venu faire la lumière; c'est lui le seul coupable, « le pelé, le galeux dont provient tout le mal » ; sans lui le mari serait sorti blanc comme neige de cette situation plus qu'équivoque, et sa faute serait restée ignorée de tout le monde ! — Inutile d'insister sur un tel arg-ument,
^2" Puis, ajouterons-nous, alors même que le certificat aurait cette
CONTAMINATIONS DERIVANT DE L ALLAITEMENT*
faculté singulière de révélation, le dommage qui en résulleraîl pour le mari nous paraît cent fois inférieur à f^elui d'une contamination transmise à la nourrice et peul-élre aussi d'une contamination de ricochet transmise par la nourrice a un autre nourrisson* Certes^ ce sera un cliagrin, une morlification pour le mari que la révélation de sa syphilis aux veux de na femme et de sa nouvelle famille. Mais ce malheur, dont après louL il est Fauteur responsable, n*est pas à m et Ire en parallèle avec celui d'une conlagion sypliili tique et peutêtre d'une double contagion. Donc, sera il -il révélateur \is-à-vis du mari, le certificat nous papaitrait encore excellent au point de vue de la sauvegarde générale et de la santé d'autrui.
Nous insistons. Qu'arrive-t-il usuellement, dans Tétat de choses actuel, alors que des symptômes suspects ou manifeslenient syphili* tiques viennent à éclore sur un nourrisson ? t'eci : on congédie la nourrice sur la déclaration du médecin qui la dit menacée par rétat de Tenfanl; on lui paie ce quon lui doit, et on la met sur le pavé, Quelle m\h ou elle voudra, on ne s'en occupe guère. Que celic nourrice puisse avoir déjà reçu la contagion de Tenfant cl soit en condition de transmettre la maladie à un aulre enfant, on nV songe même pas, à moins d avertissement formel du médecin en ce sens, C*est là le système cyniquement égoïste d' arrive que pourra. De là ces cas (qui, je le répète, ne sont pas rares) de nourrices infectées plus ou moins longtemps après avoir quitté l'en Tant demi elles UennenL la contagion; de là ces cas de contamination d'enfants par des nourrices en inetthniion de syphilis*
Tantlis que, tout au contraire, avec roLligalion du certificat, toute nourrice ayant quitté sa place sans ledit certificat deviendra ipso fado une nourrice suspecte, une nourrice contre laquelle, d'une façon ou d'une aulre, on se tiendra en garde, Conséquemraenl, de ce chef même, la possibilité d'infection des enfants parles nourrices en incubation de syphilis se trouvera nécessairement supprimée.
Avec l'ancien système, pas de défense possible de la société contre ■la nourrice qui vient de quitter un nourrisson syphilitique; ^ — avec le système proposé, ladite nourrice se dénonce elle-même comme suspecte par ce fait seul quelle se présente sans ccrliDcal attestant rimmunité de son dernier nourrisson.
Au total, messieurs, la réglementation que nous avons Thonneur de vous soumettre nous paraît capable de rendre à la santé publique un double service :
1' Elle pourra réaliser ce premier résultat d'écarter des bureaux de nourrice, par Tobli galion du cerlillcat en question, un certain nombre de famiiles dangereuses. Certes, quelques-unes de ces familles, pour le moins, y regarderonl à deux fois avant de se ris-
NOURRICES EN INCUBATION DE SYPHILIS
qu^r à prendre «ne nourrice dans ces bureaux, alors qu'elles seront averlies qu*en cas de maladie de renTanl et de suspension forcé© de JallaiLemenl elles seront responsables du dommage fait à la nourrice par rimpossibilité où elles se trouveront de lui fournir un certi- (Icat d*immunité de leur enfant. De ce premier chef, donc, un cerloin nombre de contaminations seront sCl rement conjurées,
i2" Plus sûrement encore^ cette mi^me n^glemenlalion consli tuera une barrière contre Tinfection des enfants parles nourrices en incubation de syphilis.
En définitive, le projet à Tétude reposa sur une base clinique^ sur un danger clinique ; — il répond à un desideratum administrativement constaté du système en vigueur; — il paraît d exécution pratique; — il est susceptible de réabser une sauvegarde réelle dans un ordre de choses où l'on éprouve tant et tant de difficultés à faire quelque bien.
Nous croyons doue être autorisés à le recommander a Fattention de l'Académie.
DANS QUELLES CONDITIONS CONVÏENT-IL D ACCORDER OU DE REFUSEJl UNE NOURRICE A L'ENFANT D'UN FÏCBE SYPHILITIQUE? (J)
Messieurs,
J ai rhabilude th consacrer ta première d« nos réunions annuelles
à lï^iudi* (lo Vnm'. ûe ces queslions de pure pratique qui — je ne sais poiirtiuoi — sont généralement négligées, au tout au plus, simplement indiquées dans les livres classiques, au grand délriment du jeune médecin , Cette année encore, je continuerai celle tradition en vous entrelenarit aujourd'liui d'un sujet de cet ordre, sujet pratique par excelleoce, ainsi que vousatlez en juger im média temenL
Plus d*une fois, au cours de votre vie médicah% il vou?^ arrivera de voir entrer dans votre cabinet de consultations un monsieur ([ui, Taîr un peu préoccupé, comnieneera avec vous Tent retien de la fa^on que voici :
if Docteur, j'ai un ennui que je viens vous conter. Je suis marié depuis peu, et ma jeune femme est enceinte. Tout marche pour le mieux, et nous n'aurions qu*ù nous réjouir, s1l nVxislait — au moins pour moi — un point noir au sujet duquel je désire vous consultLMv
M Ma femme n'est point dans Tintention de nourrir (cela pour telle ou lelle raison), et déjà on s'occupe à la maison du choix d'une nourrice. Or, voici ce qui m1n quiète : J'ai eu la syphilis, étant gan^on, à telle é[Joque, Je m*en suis traité, et je n'ai plus rien ; je me crois donc hors d'aflaire. Mais enfin, je vois, sans être médecin, que parfois des enfants héritent tlu mal de leur père, et j ai même entendu dire que ce mal, ils peuvent le transmettre à leur nourrice. Si pareille chose m'arrivait, vous juge?, du scandale qui éclalerait dans mon ménage, vous jugez de ma situation vis à-vis de ma femme et de ma nouvelle famille. J'en tremble rien cjue d'y penser. Et c'est p^ourquoi je viens aujourd'hui vous exposer mon cas et xons demander iii fums ptmvons^ oui ou non^ confier tenfani qui va naître à une nourrice. Je suis décidé à ne rien faire sans votre avis et à me conformer entièrement à cet avis. C'est donc vous seul qui serez l'arbitre de la situation. »
\t\ Leçon clinique rédigée par le D'' P. Portalier, Preste médicAlêf 11 novembre nM,