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RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN* 1S

Or, déjà, cette situation, vous Tavez à part vous appréciée, envisagée quant aux péripéties, aux éventualités» aux dangers qu elle comporte, et déjà vou*^ vous êtes dit :

Ces dangers sont multiples, à savoir :

Danger pour renfant d'hériter de rinfection paternelle;

Danger pour la mère d'être contaminée par son enfant (syphilis conceptionnelle) ;

Danger pour la nourrice d'être contagionnée par Tenfant;

El, enfin, ricochets possibles de la syphilis de la nourrice sur son enfanti sur son mari, sur les autres nourrissons auxquels elle pourra donner le sein.

C'est fort bien. En bon clinicien, vous avex vu clair dans la dite situation. Mais^dans la répartition des dommages pouvant en résulter vous n'avez oublié que ceux qui vous sont personnels, ceux qui risquent, en la circonstaDce, de vous échoira vous-même. Or, ceuxlà» vous me permettrez bien d'y penser pour vous. Deux mots, donc, B leur sujet, avant d'aborder la discussion principale

Supposez qu'à la suite de ta consultation dont je vous parlais à Tinstant et après mûr examen du cas particulier, vous vous soyez prononcé pour Tarfirmative, en répondant à votre client : « Oui, je vous crois autorisé h donner une nourrice à votre enfant, i» On donnera donc une nourrice à Tenfant. Mais, voici que les choses ne marchent pas comme voni^aviezpu h*gitiinemenLl*espérer. Des symptômes de syphilis^ se manifestent sur Tenfant, et, de par ces accidents, la nourrice se trouve crmtagionnée. Oue va-t-il arrivei'? Deux choses :

C'est, d'abord, que la nourrice se retournera vers les parents et, très justement, réclamera d'eux une indemnité pécuniaire que, tout naturellement, elle essayera d*obtenir la plus élevée possible; c'est encore, au cas où les parents ne lui accorderaient pas ce qu'elle demande, qu'elle s adressera aux tribunaux pour obtenir justice. Cela est monnaie courante et s'observe tous les jours*

Mais c'est aussi, en second lieu, qu'à son tour la famille de l'enfant se retournera contre vous, vous prendra à partie et vous dira : « Mais, après toul, docteur, c'tsi Imm de votre fault ce qui mnifi arrive. Car, si vous nous aviez interdît de confier notre enfant à une nourrice, nous n'en serions pas oii nous en sommes. Le dommage fait à cette nourrice, c'est à vous de Je réparer. A vous de payer, à vous de désintéresser la nourrice. »

Et, si TalTaire vient a être portée devant les tribunaux, croyez-vous que vous y serez traité bien tendrement cl par lavocat de la nourrice, et par te ministère public, et par les magistrats? Pour Tavocat de la nourrice, il ne manquera pas — ^ je vous l'afGrme de par expérience de ces tristes questions — de faire sur vous une charge a fonci et de vous rendre responsable, vous, ne serait-ce d'ailleurs que pour obtenir de

186 PEUT -ON DONNER LNE NOUBiaCE

VOUS, réputé soLvable, une înclemnilé que la famille serait peut-èlre incapable de payer* ^t Ce qui e&l advenu, vous dira-lil, n'est advenu que par le fait de la non-clairvoyance, de la nc^gligcnce, de Tim péri lie du miniecint eLc,** eLc ., >> Heureux mt^me serez-vous si Ton ne mel pas votre honneur en jeu^ en vous présentant comme le complice de ta famille, en insinuant que, « clans voire propre intér^M et par une complaisance coupable en faveur de vos clients, vous avez exposé sciemment la santé d*une pauvre femme, au risque d'introduire la vérole avec h* déshonneur au sein d'une honnête famille» etc.^ elc, i* Attendez- vous à toutes ces aménités et li d'autres de même ordre que je passe sous silence. En propres termes, c'est le médecin en pareil cas qui devient le grand coupable.

Voilà Texacte photographie de la situation qui peut von^ être faite, à vous médecin, par suite d'une erreur dans ce calcul <le probabilités si délical, si difficile, si complexe, h établir sur les risques encourus par une nourrice de la pari d un enfant issu d'un père syphilitique.

J'ai déjà vu, pour ma seule pari, nombre de cas de ce genre, où de très dignes confrères ont essuyé tons les désagrémenls, loutes les avanies imaginables, pour avoir laissé confier à des nourrices des enfants qu1ls avaient préjugés non suspects, non dangereux. Je pourrais mfime vous citer des exem|iles où cerlaîns de nos confrères n'ont échappé à des procès désobligeants qu'en désintéressant la nourrice de leurs propres deniers. Pas plus tard que Tan dernier, j*ai reçu les doléan^.es d'un très honorable confrère de province qui, dans des conditions de cel ordre, a préféré -^ s'exécuter >% suivanl sa propre expression, c*cst-à-dire payer rindenanilé réclamée par la nourrice, plutôt que d'encourir Iliumiliation, le scandale, le retentissemenl d'un procès.

A-l-il bien fait de prendre ce parti? Oui et non» suivant le point de vue auquel on se placera*

Non, en principe ; car le médecin ne saurait être responsable des erreurs que, par la nécessité même des choses, il est exposé à commettre dans l'exercice régulier et consciencieux de sn profession. Il n'est et ne saura il être rendu responsable qu*en cas de négligence^ d'imprudence vraiment repréhensible, de faute lourde, grossière, tt quia non intcllexitquod omnes intellignnt ».

Mais, oui, au point de vue de ses intérêts propres. Au point de vue de ses intérêts pro]>res, ce confrère a bien fait; car, ainsi qu*il me le disait lui-même, « Téliruitement d'un tel procès dans une petite ville eftl jeté sur moi une défaveur qui nVaurait causé le plus grand préjudice, 'i

En voilà assez — n*est-il pas vrai ? — pour vous convaincre qu'à tous égards, c'est*à-dire par ses grandis côtés, comme aussi par le point <le vue plus restreint qui nous concerne» nous médecins, la

A l'enfant d*un père syphilitique ? 187

question ocluelle est digne d'un haul întérôl et merile la discussion à lârjuelie je vais essayer mai n tenant de la soumettre.

Celte question qui, je le repaie» se présente très fréquemment en pratique, est la suivante :

Voici un enfant — à naître ou déjà né, peu îraporle — issu d'un père syphilitique (la mère, pour simplifier les choses, élanl supposée indemne, comme elle Test, en elTcl, dans la grande majorité des eus), Cel enfant peu! -il éire confié à une nourrice sans danger pour celle nourricei

Or, qui ne voil du premier coup d'œil que la réponse à faire à relie question est exclusivement contenue dans Tappréciation, dans reslimation {si je puis parler ainsi) de la syphilis du père» quant à sa puissance de transmission héréditaire.

Oui ou non, la syphilis du père est-elle en des condi lions propres à réagir sur Tenfant? Tout est là ; voilà la clef du problème, en voilà la soin lion. Le problème est donc celui de ï hérédité paternetle, c'est-àdire un de ceux sur lesquels on a le plus discuté, jusqu*à récuser même cette hérédité ; — un de ceux sur lesquels régnent encore nombre d'incertitudes el d'obscurités ; — un de ceux sur lesquels se montrent encore le plus réservés — au moins relativement à quelques points — les médecins qui ont étudjt' la question de plus près.

Quoi qu'il en soil, c'est I étal syphilitique du prre (ju'il s agira en Tespèce de déterminer, de priser, si je puis ainsi dire, en vue de décider s il peut élre encore dangereux ou non pour TenfanL

Or, sur quels éléments, sur quelle base reposera cette apprécialîon qu*il est superflu, je pense» de qualifier à ravance de délicate el de difficile ?

Laissez- moi procéder ici dogmatiquement, afin de mieux fixer en vos esprits ce qui va suivre, et vous dire :

Il y a cinq conditions, ou plutôt il est des conditions de cinq ordres qui permettent de croire que, sur un père syphilitique» llnfection s'est assez atténuée pour ne plus être dangereuse héréditairemenL Ce sont les suivantes :

L — En première ligne : absence ci' accidents syphitiliqnes actuels, j entends d*accidents syphilitiques contemporains de l'époque où se présente à déterminer la question que nous avons en vue.

Cette première condition est telle, en vérité, qu*elle ne soufiVe pas discussion, elle s*impose. Il est de toute évidence, en effet, que si, le jour même où un futur père vient vous demander s'il peut donner une nourrice à son enfant, vous découvres^ sur lui une manifestation syphilitique, c est que la syptjilis est en pleine évolution sur cet

t>EtIT-ON DONNER UNE NOURRICE

horame; donc il }' a tûuies chances pour que, rlans relie coiidiLion, rinrecLion ail réagi sur renfaiiL L^enfanl sera donc dangereux, ou, pour le moins, pourra être dangereux pour sa nourrice; et alors c est là chose jugée. — Mais, un cas de cel ordre n'est pas de ceux sur lesquels il sort nécessaire d'insister.

IL — Seconde condition : Age de ia syphilis poiernelie. Condition capitale, celle-ci- El, en effet, l'expérience a établi un fait qu'on peut poser en axiome, à savoir :

Que le temps constitue un correctif, et un correctif par excellence de rinfluence hérédo-palernelle (à ne pas parler que de celle-là pour rinsiant) sur le fœlus. Très positivemenl, le temps é mousse, atténue cette influence, Tuse même jusqu*à finir par Tannihiler.

D'innombrables témoignages (que vous pourrez trouver reproduils in-extenso dans mon livre St/philisei mnrimje, p. 162) <lépOfïent en ce sens.

D*abord, j'aurais à relater des centaines de cas où des sujets syphilitiques ne s'étant que très imparraitemenl traités, mais ayant eu le bon esprit ou la chance de ne se marier i\\xh long lerme après le débul de leur maladie, ont eu des enfants sains.

F'uis, plus significatifs encore, d'autres faits lémoignenl de Tatténudtion progressive exercée par le temps sur rinfluence hérédo-j^alernelle qui va se miligeant pur degrés, au fur et à mesure d*une série fie grossesses.

Tels sonl les failsoù Ton a vu ceci ; rinfluence hérédo-paternelle commencer par tuer les enranls, qui sont expulsés par avortemenl dès les premiers mois de la grossesse ; — puis les tuer encore, mais plus lard, si bien que la grossesse se proionge à un terme plus ou moins avancé; — puis les laisser naître à Icrme^ mais chétifs, éliques, deslinés à mourir; — puis, leur permettre de naître plus valides, syphilitiques è la vérité, mais susceptibles de résister à la syphilis; ^ — et, finalement, s*éteindre, au point que des grossesses ultérieures ne tlonnenl plus naissance qu'à des enfants vivants et indemnes de syphilis.

Deux exemples : Un de mes clîenis se marie en déjiit d^une sypldh^s négligemment trailée. Sa femme, restée indemne, devient enceinte quatre fois, et ses quatre grossesses se terminent ainsi :

La première, par une fausse couche à trois mois;

La seconde, par une fausse couche à six mois;

La troisième, par la naissance d'un enfant syphilitique, qui meurt de syphilis à trois mois;

La quatrième, par la naissance d'un enfant sain, actuellement âgé de huit ans*

Mieux encore. Mon cminenl collègue*!, Hulcliinson a relaie le cas suivant :

A l'enfant D*trN PERE S^THILlTlyUE ? 189

Un médecin contracte la syphilis et s'en traite pendant six mois environ. Se croyant guéri et à Tabrî de toute crainte» il se marie trois h quatre ans plus tard. Sa renime re&Le saine et devient enceinte onze fois. Or, suivï^z bien les résullals fournis par cette série de grossesses» et voyez l'atténuation progressive subie parla dialhèse sous rinfluence du temps :

Première grossesse. — Enfant mort'-nê.

Deuxième grossesse. — Enfant mori-né.

Troisième grossesse, — Enfant né vivant, mais syphilitique, et mourani avec les symptômes classiques de la syphilis héréditaire.

Ouairième grossesse. — Enfant fi^ LHt}ant^ mais stjphiiitiqtie eL monrant de la syphilis.

Puis, en fin t les sept dernières grossesses» fournissant lout au contraire des enfants qui, bien que syphilitiques, résistent à la maladie et survivent tous.

Donc, la question d*âge de la syphilis paternelle est prcdominanle en Tespèce, si bien que nous pouvons dire ceci :

Avec une syphilis jeune, lout est à craindre pour lenfant comme dangers héréditaires ;

Avec une syphilis vieillie, les dangers héréditaires sont d'autant moindres que Tinfection est de date plus ancienne, à tel point même qu'ils peuvent disparaître avec le temps*

IlL — Pour êlre tl'importance très inférieure à la précédente» une troisième considération n'en mérite pas moins d'entrer en ligne de complc. Celle-ci est relative à ce que vous me permettrez d'appeler la quatité de la st^phitis paternelle.

Cesl-à-dire : quelle a été cette syphilis? A-t*elle été bénigne ou grave? Voilà ce qu'il importe de savoir.

Car, si elle a été bénigne, si elle s est bornée à un petit nombre d'accidents superficiels, si elle n'a pas eu de récidives, ou si elle s*est montrée docile au traitement, ce sont là toutes conditions de bon augure, attestant une impi'égnalion peu profonde et permettant d'espérer que cette syphilis ne se traduira pas d'une façon plus sévère quant à ses conséquences d'Iiérédité-

Comme, au cas inverse, des présomptions toutes difTérenles dérivent de syphilis mauvaises» intenses, graves.

Cela n*est pas seulement une vue théorique; cela est un résultai d'observalîon et dexpérience.

IV. — On ne manquera pas, en quatrième lieu, de tenir grand compte du point que voici :

Quel i(ips de iempu s'est écoulé entre la dernière nuinifenlalion Êpéeifiqae survenue chez le père et f époque où s est faite ta conception T

Car il est d'observation :

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