DANGÉHS MULTIPLES DE LA MALADIE. S
Tèlre, qui peut rafTceter dans toutes ^c^ par lies, dans tous ses organes, cl qui n*c*sl réduite au silence que [mr un trailemenl ivH prolonge, auquel s astreignent bien peu de malades. Kn rralitt\ c'est une maladie désaslreusCt néfasle, par les dangers multiples tprelle eom porte, daugers individiieis^ dangers héréditaires y et nous ajouterons aussi dangers sociathr.
Ses dangers individuels — qu'il n*est pas rare, on le sail, de voir entrer en scène à des échéances plus ou moins éloignées et parfois^ même démesurément lointaines, c'est à-dire diX| vingt, trente ans et plus .^1 la suite de rinfection première — ses dangers indivis duels, disonS'Uous, on croyait les connaître de vieille dale et les avoir tous démasqués^ Mais voici que les investigaUons de la science contemporaine eu ont singulièrement élargi le cercle et étendu la portée. Car, plus Ton a éludié clinique ment et anatomiquement la syphilis, plus on Ta vue reculer les limites de son domaine palhologique par une snrîe d'annexions ioatlendues, C'est ainsi que nombre d^alTeclions cérébrales, spinales, oculaires, articulaires, laryngées, pidrnouaîres* hé|)atiques, rénales, cardiaques, vasculaires et autres, ipf autrefois on laissait indéterminées eomnie origine, ont pn, ontilù même (^Ire rattachées à la syphilis comme autant de manifestations de cette diaUièse si singulièrement polymorphe* A n'en citerqu'une seule, jmr exemple, la syphilis cérébrale, donton ne parlait guère il y a une trentaine d'années etipTun palhologiste éminent de Tépoque ne consentait à accepter qu'au titre d*un << appendice conjectural ou cadre classique de la maladie», est devenue de nos jours une alTection commune, particulièrement commune, d^observation courante* L'appendice est devenu partie principale, et la conjecture réalité. Quantité de sypliilitiques meurent par le cerveau, du fait de leur syphilis ; c'est là un fait qui s impose, une vérité qui n est actuellement ni contestable ni conteslée.
Plus désastreuses encore sont les conséquences kérédHaireê de la maladie. Une morlalité énorme, elTroyable, pèse sur la progéniture des sujets syphilitiques. Cette mortalité, des statistiques récentes root évaluée (en ce qui concerne rhérèdité malernelle, la plus grave, è la vérité) h 7t p, lOn du nombre des grossesses; et Ion a vu ce chillre, déjà si navrant, sYdever, dans certains milieux hospitaliers, jusqu'à 81 et 86 p, t(K>. Est-ce assez dire quelle part prend la syphilis dans la mortalité générale de renfance?
Et ce n'est pas tout; car il est acquis actuellement que rinfîuence hérédo sypliitilique peut se prolonger bien au delà de la première enfance et constituer jusque dans I adolescence, si ce n'est même plus tard encore, une cause d'aiïections graves, susceptibles d afioutir à la mort. On sait, à n*en plus douter aujourd'hui, que nombre de
lésions jusque ci vaguement imputées à la scrofule ne sonl en réalité que des matiifeslations d'hérétlo-sypliilis lardi%e.
Ouanl ^ux eonséfjiiences fùciaksde la maladie, elles se résument en ceci, à ne parler môme que des principales : infirmilés diverses pouvant résuUer de lésious multiples et aboutir à llncapacilé de travail, avec son corollaire habituel, la misère-^ surcharges budgétaires pour T Assistance publique (à Paris, par exemple, quatre hôpitaux spéciaux ne suffisent pas au service des vénériens, qui pullulent dans les hôpitaux généraux) ; — non- valeur permanente, dans Tarraée, d'un grand nombre d'hommes sous les drapeaux; — cûntaminations innombrables répandues dans la population; — dangers alTérenls au mariage : introduction de la syphilis au foyer conjugal, d'où désunion des ménages, se pa ration s^ divorces, avec toutes les calamités sociah^s qui en dérivent; — contamination fréquente des nourrices; — stérilisation d'un certain nombre d'unions ou, ce qui est pis enc ore, éliolemenl, abâtardissement et dégénératîon de la race; — puis, entin, polymorlalilé des jeunes, reparaissant ici au point de vue social, comme facteur actif de dépopulation, etc., eic*
Aussi bien la syphilis, Monsieur le Ministre, peut-elle, doit-elle êlrc dite, à des tilres divers, une maladie grave^ très grave, beaucoup plus grave qu'on ne se la repri^sente généralement, nous le répétons à dessein. C'est une maladie qui porle un pn'^judice considérable à la santé publique. Elle, la tuberculose et Talcoolisme constituent ce qu'on peul appeler les Irois plaies sociales de l'époque actuelle.
Aussi bien, en ce qui la concerne, les médecins et les hygiénistes onl-ils jeté de vieille date le cri d'alarme, en la signalant aux pouvoirs publics comme un fléau qu'il est de Tinlérél général de réprimer le plus énergiqucment possible, <<■ De toutes les maladies, écrivait déjà Parent Du châtelet il y a une cinquantaine d'années, de toutes les maladies qui peuvent affecter Tespèce humaine, il n'en est pas de plus grave, de plus dangereuse que la syphilis. Sous ce rapport, je ne crains pas d'être démenti en disant que les désastres qu'elle entraîne remportent sur les ravages qu'ont exerces toutes les pestes qui, de temjis en iemps, sont venues porter la terreur dans la société, *i — Et de même Michel Lé vy : «L'extirpation de cette iêpre th nos temps qu'on appelle la syphilis n'est pas au-dessus des pouvoirs des Etats. La séquestration cl les léproseries ont fait justice de la lèpre ancienne ; la peste est l'objet d'un vaste et dispendieux appared de préservation ; tous les gouvernements font des sacrifices pour étoud'er les germes de la variofe. Or, la syphilis fait plus de mal que toutes ces maladies ensemble. Elle détériore sourdement les générations; sa contagion est plus évidente que celle delà peste; pour-
SYPHILIS <t MÉBITLES »; — SYPHILIS IMMÉRITÉES, 5
quoi donc ne lui oppose-l-on pas dans lous les pa}*s les mêmes barrières, les mêmes moyens d'extincUon? Telle est l'espèce humaine: la foudre des épidémies insolites qui passent sur sa lôtt% comme le nuage éJeclriquc, Télourdit et ta Trappe de terreur; tandis <|uVlIe se familiarise avec les pestes lentes et continues qu'elle porte dans son tlanc. ï>
A forliort\ que diraient aujourd'hui ces deux grands hygiénistes, avec une connaissance plus complète de loutee les conséquences possibles de la maladie?
Une seconde considératiori, Monsieur le Ministre, sur laquelle nouj^ désirons appeler votre attention est la suivante.
Un préjugé a toujours nui à la cause de la prophvlaxie publique de la syphilis. On se désintéresse volontiers de cette prophylaxie^ on la juge de peu de prix, parce qu'on se îa représente comme exclusivement destinée t'i préserver des gens qui pourraient tout aussi bien se protéger eux-mêmes; et peut s*en faut même qu'on ne la considère quelquefois comme un encouragement h la débauclie p^ir la sécurité qu'elle olTrira. a Et, en effet, dit-on, il n'en est pas de la contagion syphilitique comme de la contagion de la variole, de la rougeole, de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, etc* La syphilis ne va chercher personne; il faut sV exposer — et Ton sait comment — pour en être victime. r)onc> h quoi bon des règlements administratifs et policiers, entravant ton jours plus ou moins la liberté individuelle, ditliciles d*application, dispendieux^ el parfois mal vus de ceux-mémes qu'ils ont pour visée de proléger, à quoi bon de tels règlements pour réaliser ce que réaliserait bien mieux et plus sfï rement rol>ser%'ance [>erêonnelle ? n
Aux veux des gens du monde » la syphilis serait, disons le mot, une maladie mérllée. Et même, certaines personnes la considèrent moins comme Teffet d'une contagion isolée que comme une sorte de résultante d'une série de contagions itératives, comme le témoignage de toute une vie de débauche.
Tout cela est erroné.
En fait, la syphilis est une maladie contagieuse à la fa g on de toutes les autres maladies contagieuses. Comme celles-ci, elle résulte, non de plusieurs contagions accumulées, mais d'une seule. Elle se prend en une fois. Si bien mémo qu'il n'est pas rare de rencontrer de malheureux jeunes gens, presque des enfants parfois, qui ont contracté la terrible maladie dès leur premier écart, dés la première satisfaction accordée i\ Téveil des sens.
Donc la syphilis est bien loin d*étre Féquivalent d'un certificat de débauche. Kllene signifie rigoureusement que ceci : contagion dans une rencontre malheureuse.
D*autre part, s*il existe des syphilis méritées^ au sens strict, mais peu
cliaritiible, du mol, et même si les syphilis de cet ordre coosUtueni (nouille te dissimulons en rien) U' groupe de cas les plus communs, de
beaucoup les plus communs, il n'est pas moins équilable de rcconnaîLi'cfiu'dên existe une foule d au Iresd'uu caractère tout diUerenl, nue foule d'autres ijui dérivent de contagions liciteâ, si nous pouvons ai usi parler, morales, honnêtes» ou purement accidenlelles*
Sont* elles mépliées^ par exemple, ces syphilis, en si grand nombre, que les femmes mariées et honnêtes reçoivent de leur mari, soit que ce uiari, syphilisé dans sa vie de garçon, f^e soit présenté prématuremenl au mariage, soit qu'il ait conl raclé la maladie après le mariage ?
Sont^elles mérilées, aussi, ces syphilis que les nourrices reçoivent de leurs nourrissons, pour les transmettre ensuite soit à leurs enfants, soit h leurs maris^ soit à d'autres nourrissons?
Sont- elles mériiées, encore, ces syphilis — moins nombreuses â la vérité que les précédentes ^ que les nourrissons reçoivent de leurs nourrices?
Sont-elles méntées, ces syphilis — en nombre infini, pour celles-ci — que les enfants apportent en naissant et qui les tuent pour la plupart ?
Sont-elles mérilées^ enfin, loules ces syphilis d*ongine non vénérienne, telles que, par exemple, celles qui résultent de Tlnoculation vaccinale, celles qui frappent les médecins, les élèves en médecine, les sages- femmes, dans rexercice de leur profession, celles qui résultent d'un simple contact accidentel, etc., etc.?
Et de même pour tant d autres que nous aurions à citer.
Or, se désintéresser de la prophylaxie publitjuc de la syphilis sous prétexte que celte prophylaxie ne faitque servir de sauvegarde k des gens qui ont un plus simple moyen de se préserver eux-mêmes et ne proflte qu*à ceux-là seuls, c'est commettre un contre-sens en hvfi^iène, c*est aller à f encontre de toutes les connaissances acquises relalivement à la propagation et à la dissémination de la maladie* Et, eneiïel, toutes les syphilis méritées ou immérilées sont rigoureusement solidaires, et ce lles»ci sont les filles de celles-hV L'expérience clinique nous montre chaque jour la syphilis rebondissant ilu bouge le plus abject au foyerle plus honnête. Si bien que la contamination deTépouse honnête et la contamination de fenfant ne sont fort souvent ([ue le produit de la syphilis d'une prostituée. Consêquemraent, poursuivre la syphilis de la prostituée, c'est protéger ipso fado la femme honnête et fenfant.
Et d'ailleurs, pourquoi ces distinctions? La syphilis n'esl-elle pas assez grave, ne cause-t-elle pas à la société un préjudice assez considérable pour que la société ait le droit — disons mieux, le devoir —de se défendre contre elle, de défendre contre elle tous ses membres, sans se préoccuper des diversités possibles d'orijjine d'un
TROIS onDBES DR MOYENS PROPHYLACTIQUES, 7
fléau aiii^si redoutable? XVst-l-il pas d'inléi-LH public qu'un tel îléau soit réprimé par des mp.siires générales, suceptibleî^ de ralleindre dans toutes les sources dont il dérive?
Aussi bien, Monsieur Je Ministre, l'Académie de médecine, prenant en considéralion, d'une part, rcxceRsivernHjuencedi^ la î^yphilis dans la pop u la lion et, d'au Ire [lart, rinî^uffisance plus quti ni an i teste ilu sysiéme actuel de prophylaxie antisypliilitiquei s'esl-elle occupée de rechercher co rament ce système pourrait être modifié, amendé, étendu, de faron à sauvegarder plus enicacementla sauté publi<iue.
Qe l'enquête qu*elle a instituée sur ce point il a résulté pour elle que diverses réformes ou innovations pourraienl élre introduiles dans le système en question; et c*est le résumé de ses déhbéra lions qu'elle a Thonneur, Monsieur le Ministre, de soumettre à votre atlention dans la noie ci-jointe.
Suivrait alors ici, dans notre projet de rapport, Té numération
des proposilions adoplées par l'Académie et présentées par ellç à Texamen des pouvoirs publics.
Maintenant, messieurs, c'est à vous que s adresse voire Commission pour vous soumettre le résultat de ses travaux.
Les questions relatives k la prophylaxie de la syphilis sonl î^ la Fois si miilliples et si diverses que le besoin d'une classincalîon queleonque s'impose au début de cette étude, sous peine «le laisser la distmssion s*égarer ou d'aboutir à des omissions regrel tables.
Votre commission a donc réparti sous trois chefs principaux, avec quelques annexes de second rang, les nombreux sujets qu'elle avait h examiner» et elle vous propose de la suivre dans cette vc>ie.
C'est qu'eu elTct, i\ bien considérer les choses, il est et il n est que trois fa<;ons d^altaquer la syjdiiîis. A savoir :
On peut la combattre, il'abord, par un ensemble de mesures ad* ministratives et policières ayant pour visée, par exemple, d entraver la provocation sur la voie puldique, de sounieUreles prostituées au régime de ce qu'on iq>pelle tinsi'ripiif>n^ de surveiller les établissements qui, déguisés sous les noms de brassenes ou de débits de vin, ne sont en réalité que des maisons de prostitution liljres, etc., etc.
On peut, en second lieu, sriLlaqucrà la sypliilis en la Itailant, en r hospitalisant, en la guérissant, c'est-à-dire au total, en éteignant les f^^ermes de contagion.
t>ti peut enfin, et non moins eflicacemenl, la combattre en initiant
plus cooiplèlemeiit qu'on ne Ta fait jusqu'alors les jeunes généra lions nuMlIcales à tout ce qui concerne les symplrtmea de la maladie, sefî formes diverses* ses iliingers sociaux, sun Irai te meut, etc.
A des degrés diflréreuls, ces trois ordres de moyeus, comme vous allez le voir» peuvent concourir au résultat cherché, c'est-à-dire à la d i 111 i nu Lion de fréquence de la maladie et à ratténuation de ses dangers divers.
Cela dit et accepté comme plan d*tHude, si vous le voulez bien, abordons main tenant les questions groupées $sous chacun de ces trois ctiefs.
1, — MEStlRES ne PROPHYLAXIE A n%flMRT HATIVE.
Voire Commission n*a pas été longue h se mettre d'accord sur certaine principes qui constituent la base d'une proptnlaxie publique cou Ire la sypliilis. Elle a reconnu lout d'abord, et eeîa ri Tu na ni mi lé de ses membres:
1'' Que la prostitution crée un (htmjcr puhlie, de par les contagcs vénérirns qu'elle dissémine dans la population ;
2^ Qu'il est indispensable, au double point de vue de Thygiène et de la morale, que la prostitution soit surtWWe et, s*il y a lieu, réprimée par les pouvoirs publics;
:i° 0^<^ le système de la prosiUalifm iihre, c'esi-à-dire non surveillée, egt désastreux pour la santé publique ;
i*" Que la provocaimn publique^ qui constitue le seul mode de ma nifestalitm extérieure par lequel la prostitution puisse être atteinte légalenienl, doit être combattue et réprimée sous ses diverses formes.
Ces principe^i généraux, messieurs, nous pensons qu'il suffira de les énoncer ici simplement, car ils ne sont pas de nature, nous »emble-l-il, à trouver de contradicteurs parmi vous. Ce nest pas devant des médecins que nous mettrons en discussion, par exemple, le système de la prostitution libre; car, ce système est jugé par ses œuvres, et ses oMivres, c'e^t nous, méilecins, qui les connaissons. Aussi bien passerous-noiis sans commentaire sur ces divers points, réserve faite pour le dernier, qui tout au contraire, en raison de son importance capitale en rcspèce, doit nous occuper longuement. Ce dernier est relatif à la provocaiion.
Ce qu'on appelle la proimcuHon publique ne fait pas que constituer
un scandale publie t^V un exemple de démoralisation. îl s'y rattache un danger de plus, cor celte provocation est Toriginc d*unc quantité incalculable de conlaniinatîons. Cette provocation est une invite permanente à la débauche, et, conséquemraenl, c'est une source
PnOPBYLÂXTE ADMINISTRATIVE- %
ullra-féconde de contagions de tout ordre» nolammenl de contagions syphilitiques. Nous ne citerons ni exemples ni slaiistinues h Tappiii d'une le! le assertion» parce qu'ici» en mérité, l'évidence s'impose d'elle-même. Quel médecin n'a pas entendu cent fois les doléances rétrospectives de tel ou tel de ses malades, lui disant ceci : ^ C*est une fatalité; je ne pensais h rien de mal, j'allais à mes afïaires, ou je rentrais Lranquillemcnt chez moi, quand j'ai eu le malheur de rencontrer sur mon chemin une femme qui m'a accosté, ma provoqué; j'ai eu la faiblesse de me laisser entraîner, et voilà ce qu'il m'en coûte, elc , etc. » ?
La provocation crée l'occasion, la tentation, avec ce qui s'ensuit* Certes» elle a e^cisLé et existera de tout temps. Mais il faudrait fermer les yeux à l'évidence pour ne pas reconnaîlre qu'elle a pris de nos jours un dcveloppemenL supérieur à tout ce qui a existé jusqu'alors, à tous les tableaux que nous ont légués les récits de nos pères. Ce n'est que justice également d'ajouter qu'elle s'est multi[>liée de nos jours sous les masques les plus divers et sous des formes d'autant plus dangereuses qu'elles sont moins grossières, plus affinées et plus honnêtes d'apparence. Vous allez me comprendre.
Chacun sait, d'abord, ce qu'est à Paris la provocation de la rue et ce qu'elle est devenue dans ces dernières années* Inulile de dépeindre Taspecl de nos grands boulevards» de huit heures du soir à minuit ou une heure du matin» comme aussi celui des rues avoisinantes qui, plus ténébreuses, se prêtent h des provocations d'ordre moins réservé. Les filles pullulent littéralement dans ces parages. L'un de nous» dans une promenade du soir, n'en a pas compté moins de cùiffurintedeux qui déambulaient du faubourg Montmartre au Grand-Hôiel, c'est-à-dire dans l'étendue de quelques centaines de mètres. Et, celte même provocation se conlinue dans les mêmes quartiers (à un degré moindre, à la vérité) peudaut loute l'a prés- midi. Sans parler encore de ce que j'allais oublier, c'est-à dire de la provocaiion maiinale, laquelle s'exerce sous la forme de psewlo-peiiies ouvrières allant h leur ouvrage, un carton ou un paquet a la main. Mais tout cela est trop connu pour nous arrêter. Conslatons simplement*
Ne faisons de raf}me que signaler à sia place une provocation plus brutale, i>lus orduriére, mais non moins active et non moins dangereuse, h savoir celle qui a pour théâtre la plus grande étendue des boulevards extérieurs.
N'accordons encore qu'une simple mention à la provocation dite ties hotttifjaes, celle qui s'exert'e des boutiques vers la rue» notamment dans certains magasins ou pseudo-magasins dt^ j arfumerie» de ganterie pour hommes, de photographie, de librairie, de w curiosités % etc, etc.
Passons sur toutes ces choses et d'aulrcs encore de notoriété
10 PaOPHYLAXrE PUBLIQUE DE LA SYPHILIS.
commune. Mais en revanche signalons comme moins connus et comme particuliiVement dangereux les trois ordres de provocation que voici :
1" Celle qui rayonne autour des collèges, des lycéen, des externats, elc. De véritables agences do femmes s'organisent autour de ces él^blissementa» et se recru lent li'i une clientàle sp^'cialc, voire, paraît* il, assez fructueuse, parmi les tyccens, qu elles guettent aux heures (l'entrée ou de sortie, qu elles attirent chez elles, dont cl les se procurent nulme f je ne sais comment) les adresses, et qu'elles relancent parfois par lettres jusqu^au domicile paterneL J'ai vu, il y a quelques années, une de ces lettres qui me fut présentt'^e par le père d'un collégien de Condorcet, lequel collégien avait cédé h la tentalion et en avait été puni par un début aussi malheureux que prématuré. Or, il parait, d*aprés le dire de ce jeune homme, que presque tous les élèves de &a classe avaient reçu la même circulaire de la môme femme, et que plusieurs avaient sulii ta même contagion,
'2" La provocation des brfisseries à femfm'S, des Itrasseries û inmternes, eic. Celle-ci est bien autrement grave et mérite une mention spéciale.
Inconnus encore il y a quelques années, les «Hablissements de re genre sont devenus, on peul le dire, la peste de nos jours* Répandus un peu partout, ifs al^ondent surtout dans les quartiers d*an aires ou d'études, c Vst-à-dire là où ils ont chance de ret^ruter une clientèle déjeunes gens. On n*en comptait pas moins de 181 à f*aris, en 1882 (1); et depuis lors ils se sont singulièrement multipliés.
Ce qui se passedans ces établissements, chacun le sait ou le devine; mais ce qu'on ne sait [vas a<seK, c'est <(u'il en sort un nombre considérable de contagions syphilitiques. Tous les membres de votre Commission ont été unanimes pour déposer qu*ils avaient à leur connaissance maints exemples de syphili?? contractées par des jeunes gens, notamment par des étudiants, au contact de filles de brasserie.
Et comment en serait-il autrement? Car ce,s maisons {pour un certain nombre tout au moins) ne sont que des maisons de prosiifnlion déguisées ^ et des maisons à prostituées libres, j*en tends non surveillées.
Or, ce qui fait précisément le danger de ces maisons, c*est qu'on y trouve la provocation — avec ce qui s'ensuit — ^sous le couvert d'une enseigne honnête, alors mt'^me parfois cju'on ne songeait pas à l'y chercher. Et, comme la provocation s y exerce par des Olles libres» je le répète, c'est-à-dire par des filles non soumises à la surveillance
(1) V. MAcài Le Service dé USùréié, Paris, 1SS4.