LA PROVOCATION
inédJcalt% il n'^suUo de la qu'à tloubîe lilre ces maisons soiU infinimenl plus dangereuses que les maisons publiques. Ainsi r[ueledis!ait M. Leroy de Méricourt au sein de votre Commission, <^ l'ancienne maison publique avait an moins rhonn(''tel4!* do l*enseigne. Pas de surprise avec elle. On savait^ quand on en franchissaiL le seuil, ce qu'on allarl y trouver. Aussi n'y allail-on guère que de nuit, à robri d*une ombre projïîce. AujounTliui les mœurs on! changé : des maisons de j^rosliLulion s'ouvri'ut sous ri'useigne de brasseries; on y va en plein jour et la tête haute; on ne se caehe pas pour y entrer; et pourquoi se cacherail-on? N est-ce pas la uue brasserie? Et depuis quand n*est-il plus permis de se déi^allérer?
« Eh bien, ces brasseries font le désespoir des familles, non moins que les dt»lices des ("échappés de collège. Pourquoi lesdélices de ceuxci ?0n le devine. l*ourquoi le désespoir et la terreur de celles-là ? Parce que leurs filstrouvcuL dansées maisons les trois fléaux de la société actuelle, c'est-à-dire la flânerie, rimbécilc et énervante llànerie, lalcoolisme, et la vérole. Au moral comme au physique, ces brasscrirs à femmes, à invileuxeft de tout costume et toute nationalité, sont des seulines de perdition physique et morale (i). »
;i* Prfwocalion des clélfils tie ei'n. — Celle-ci est plus dangereuse encore que la précédenle, et cela parce qu elle s'adresse a un public plus nombreux. Elle s'adresse en effet tout spécialement: 1" è la classe ouvrière; 2* à Tarmée.
A Fhôpital» c'est monnaie courante que d*entendre nos malades nous raconter qu'ils doivent la contagion à une lille quHs ont rencontrée chez un marchand de vin et avec laquelle ils ont eu rapport soit dans un garni du voisinage, soit au logis môme de ce marchaïjd de vin, dans une arrière-boutique, dans un cabinet, dans une i'Iiambre de la maison.
Il en est de même pour Tarmée. Avec sa haute et indiscutable compétence, M. Colin est venu affirmer devant votre Commission que quantité de jeunes soldats étaient empoisonnés de syphilis actuellcTnent par des femmes rencontrées dans les débits de vin. « Pour Tarniéei nous disait-il (et je cite textuellement), les déhits de vin se sont substitués aux maisons de tolérance. Dans les quartiers excentriques comme autour des caser nes^ nombre de débits de vin se sont convertis en lupanars^ et c'esl là que nos soldais vont s'infecter. >>
A ce propos même il a soumis à votre Commission une statistique très instructive, due à deux médecins niililuires distingués, statistique dont voici le sommaire :
Trente-deux soldais venant de contracter la syphilis ont pu
{fi V.. sur le siijrt en question, un rcmoi^quabJe Iravntl de MM. Uarthi^Eemy cl DcvJUcjE [Sjfphiiis et mUqoL; Us InvUeuses^ Parla, \M2),
donner des renseignements précis sur la provenance de la coniagjon qifib avaient subie. Or, de leurs dépositions il rr suit ail ceri :
Conitigiûns rt'çue» dans Ick «naisons pub] îqu^ï^. ..»«,.«,,.,«, « 2 QrynUigion rcviii- de la cBtif^oHe SfiËcialê de tilles dites » rû-
dcii^e§ de pii&te* « ...» ^ * , , » , ^ . , , , ^ . . . * . , ^ l
Conta^îonii reçues de prostituées en chambro .♦„........♦... Il
Cùnlagions conlraclcc!^ dan» les déhiti de vîn ............ . \^
Ainsi, dix'huit fois sur trente-deux (reraanjuez bien ce chiffre, messieursl, c'est- ti -dire dans pins de la moilié des ras^ la syphilis dérivait de filles que lesdits soldats avaient rencontrées chez des marchands de vin.
Ajoutons un détail signilicatif : de ces trente-deuic syphilis, il en est cm/jf qui ont été contractées dann la même maison, et de cinq filles difîéren tes, dont j'ai ici les noms. Est-ce assez dire la spécia- (tfé de cette maison ? Est-il ou non constanli d après cela, que cette maison constitue non pas un débit de vin, au sens légitime du mot, mais une maison de passe déguisée sous renseigne de débit de vin?
On nous dira peut-être : « Mais res renseignemenls sont*ils bien authentiques? Est-ce que vos soldats n'ont pus pu donner des indications fausses relativement h la femme dont chacun d'eux tenait la vérole? » Qu'importe en l'espèce? ré[>ondrai-je. Car ne suffit-il pas à la démonstration actuelle que lesdlts soldats aient pu seulement être exposés à contracter la syphilis dans les établissements en question ?
Donc, les brasseries et les débits de vin constituent aujourdliui» nous pouvons le dire, de véritables foyers d'infection et une des formes les plus dangereuses de la prostitution clandestine.
A un point de vue connexe, ces deux onïrcs d'établissements déjà si peu respectables constituent pour les femmes des foyers de démoralisation, d'alcoolisme et de maladies.
Cette seconde proposition ressort, dirai-je, de la nécessité des choses. Et, en elîet, oii se recrute, d abord, le personnel féminin de ces brasseries et de ces débits de vin dont nous venons de parler ? Tout naturellement dans le public des ouvrières sans ouvrage, des bonnes sans emploi, des domestiques sans place, elc, C est dans ces maisons que viennent échouer quantité de jeunes femmes un peu gentilles qui arrivent de la province pour cliercher (le Foecupation h Paris, — En second lieu, que font ces femmes, une fois embauchées par les patrons de ces établissements ? Pour gagner leur vie, pour amorcer le client, suivant rexpression technique, elles boivent, et boivent de jour et de nuit. Il faut qu'elles boivent pour faire boire, et de la sorte elles aboutissent rapidement à lalcoolisme. —
LES If mVlTÈUSES rt, 13
El| ce n'est pas lout encore. Pour satisfaire le patron, il faul qu'elles se livrent; car, sinon dans toutes ces maisons^ au moins dans un certain nombre» c*esl la prime de la chair qui constitue le plus fort bénéflce dudit patron. Non moins nécessairement, en conséquence, ces femmes aboutissent à la vérole. Somme loule et en un moli elles sont entrées bonnes ou inviteuses dans ces maisons; elles en sortent fdles perdues, alcoolisées el syphilitiques.
Deux exemples ne seront pas superflus eu l espèce pour montrer à quels dangers lesdiles maisons exposent et leur personnel et leurs clienls.
Une nilelte de quinze ans, presque une enfant de par sa taille et son développement exigu, entre flans les salles de l'un d entre nous, affectée de syphilides vnlvaires conflue ntes et d'autres accidents de même ordre. Interrogée sur Torigine de son mal, elle nous raconte ceci : Venue de province à Paris pour chercher de l'ouvrage, elle s'est d*abord placée comme bonne dans plusieurs maisons dont on Ta vite congédiée, parce que, de son propre aveu, elle « ne savait rien faire ». Finalemenl, elle a été adressée par un bureau de placement chez un débitant de vin, qui l'a embauchée lout aussitùlf en lui disant : (< Je ne vous donnerai pour gages que cinquante centimes par jour; mais vous pourrez gagner îci et me faire gagner bien davantage *». Sur le moment, paraît-il, elle ne comprit pas bien ce dont il s^agissait ; mais dès le soir elle avait compris, car « elle avait reçu cinq hommes dans sa journée et gagné cinq francs », — A ce métier, elle ne pouvait larder à con trac 1er quelque maladie %'énerienne; et, en efl'et, six semaines après, elle était aflectée d'une maladie syphilitique, qu'elle distribuait ensuite, suivant son expression, 4< à pas mal de monde ».
Autre exemple. — Une femme de vingt*deux ans est admise à rhôpilal Saint-Louis pour divers accidents «le syphilis secondaire, notamment pour des plaques mu((ueuses vulvaires extraord in ai rement ronfluentes el exubérantes, manifestement chroniques ^ et datant en elTet de plus de cinq mois, au dire de la malade- Cette femme ne s'était pas soignée jus(|u*alors, el ce n'est que vaincue par la douleur qu'elle s'est décidée h réclamer son admission dans un hôpilab Elle nous raconte alors spontanément ceci :
Native du Luxembourg, elle est venue à Paris pour se placer comme domeï^tique, cl elle a été adressée par un bureau de placement à un marchand de vin des boulevards extérieurs. Elle est entj'ée vierge, ariirrae-t-elte, chez ce marchand de vin, qui lui avait promis vingl*cinq francs de gages par mois. Pendant quelques semaines, elle se borna à servir les pratiques ; mais alors, son patron lui ayant signifié que, si elle limitait là son office, il ne la payerait plus et raOme exigerait d'elle une redevance de deux francs par jour pour sa nourriture, elle se décida à w faire comme les autres femmes
do Téta lilissem eut », Bien loi dlc fui contamiui^c, foui nalurellemenL Néanmoin*^, elle ne p^noriça pas pour cela à son nnyUer. Sî bien que, pemiani p/iwtlt^ cinq mois, elle conlînuaf bien quafïedée des plaques muqueuses vu 1 va ires précilées, à recevoir de detix à cinq ou six hommes quoiifliennemenl, sans inlermission d'an seul jotu\
Eh bien, calculons sur le minimum qu'elle nous donne, à savoir deux rapports par jour. Cela fait qu'en cinq mois cette femme a pu contagionner trois cents hommes.
Une seule femme su Hi sa ni ainsi à semer plusieurs cenUines de conlap^ions dansla population parisiennel Elun fait pareil se passant dans une capitale oit Tori dit, où Ton croit la p rosit lu lion surveillée! En vArilé, c*cst à n'y pas croire. El cependant les cas de ce genre abondent et surabondent autour de nous.
Telle est, messieurs, la situation ; tels sont les dangers auxquels
la provocation publique expose la sanlé publique*
Or, ces dangers sont de telle nature que voire Commission, en les signalant ft rauloriléi n'a pas husilé à requi^rir que la provocation publique, source de tant et tant de contagionsi fût considérée comme un déiil ; et voici, à ce propos, les résolutions qu elle a rhonneur de vous soumettre :
P Appeler l'attenlion de l'autorité sur les développcmenis qu*a pris la provocation sur la voie publique» dans ces demiàres années notamment, cl en réclamer une répression énergique;
2'' Nécessité manifeste d assimiler à cette provocalion de la rue divers modes non moins dangereux qu'a revêtus, surtout de nos Jours, la provocation publique, à savoir : celle des boutiques ; — celle des brasseries dites à femmes; — et, plus particulièrement cncorep celle des débits de vin (l) ;
(1] Belatlvemenl aux brn^«ieries d înviLeuscs et aux débits de vin, la province paraît Ên voie de prendre le Ion Sur Paris, ainsi qutî cela résuUe de plusieurs docuincntîi riîtinis par la ComitiLsïïicin^ On en ju^j-era par rcxlrâîL suîvant^eniipruiilé à une t?ominuniCAtion de M, Je profËsacurLeloir (de Lille) :
« .„ Depuis quelque;^ anut'-cs, la syphilis ^e prapupe d'une façon elTrayanLe dans notre ré^cion du Nord [Nord et Pas-de-Calais); et Tune de» causefi de cel accrûi»semenl du mal est la nmniplicalioi^ cxcei^.sive des cabarets et de:» es^ianiinets, fovorbce parla loi du !7 juiîlet 18H0, qui a abrogé le décret du ^0 dècen»bre iHat. Je connais des villes^ des bourgades* où lï existe un cabaret pour 40, pour ao, voire pour 10 mnisonst
tf .*. Beaucoup de eabarctierâ ont, pour recruter la clientèle, ioBtaiy ou atitrè dans leurs lîUiblisscments des jeunes filles de vingt-quatre â seize ans, venant la plupart de la cum pagne... Ainsii s'est consttlud un çeitrc de prostitution presque Inconnu ilans le temps^ pro*>titutîon d'autant plus daufcere use que toutes ces femmes ne sont souniises A aucune surveillance itjf^dicale. Presque toutes ces fUles sont infectées, et leurs victimes riSpandcnt ft (eur tour la syphilis dans ïe pays.,» Ainsi S* établit enti'c la campagne et les villes ou bourgadeiî nn vâ-ei-t^U'ul conlinuet dt syphilis. Je pourrais citer dea staUfitiquea eJTrajantes sur félat sanitaire, au