CHANCRES BUCCAUX. — CONTAGIONS MEDIATES
Deux ouvriers, qui déjeunaient de compagnie, Taisaient verrr commun, n'ayant qu'un verre ♦ L'un d*eux éUûi afTecté de plaques muqueuses labiales ; Tau Ire, qui présentait à la lèvre une légère éraillure vulgaire, contracta là un chancre svpliilitiquc iC. Pellizzari).
J*ai dans mes notes riiistoire d'une toute jeune enfant (pji fut contagion née il la lèvre par un biberon. Enquôle faite sur cette con* tagion qui, cela va sans dire, avait très vivemtml émn les parents de lenfant, il fut démontré qu'une ouvrière eu journées qui travaillait dans la mai^^on, s'était amusée plusieur*^ fois k amorcer le biberon de la petite fille, et cela aune époque ou elle avait les lèvres littéralement criblées de plaques muqueuses.
Une contagion en sens inverse a quelquefois dérivé du biberon, en s exerçant d'enfant à adulte. Ainsi je tiens de mon regretté collègue le D' Hillairet le cas d'une vieille grand'mère qui fut contaminée de la sorte par son petit-OIs afTecté de sypliilis héréditaire. Elle avait coutume d'amorcer avec ses lèvres le biberon de Tenfant, et cela sans Tessuyerau préalable. Comme l'enfant avait des plaques muqueuses à la bouche, elle contracta un chancre de la lèvre*
Enfin, c'est vraisemblablement à des contagions par des ustensiles d'alimentation que fut due une petite épidémie de syphilis qui sévit sur la commune de Chavanne-Lure {Haute-Saône} en 1828 et qui, méconnue d'abord comme nature, fut décrite alors sous le nom de « maladie de Chavanne-Lure ». Celte épidémie^ qui fit un minimum de 20 à ^ij victimes, présentait cela d'extraordinaire, disait-on, qu'elle M se propageait surtout par les dîners en commun' (t) ».
Et de même pour tant et tant d'autres faits de même ordre que j'aurais à citer.
II. — En second lieu, des contïtgions médiates ont été maintes fois portées à la bouche par tout ce qui compose l'arsenal du fumeur.
C'est ainsi qu'on a relaté de très nombreux cas de chancred buccaux transmis par des pipes, des cigares, des cigarettes, des emtïouts» et même, assure-l-on, par la petite guillotine qui sert à couper le bout des cigares. — Quelques exemples.
Denis-Dumont a cilé l'observation d'un olTicjcr qui, interné à l'hôpital de Caen, fui contagionné à la bouche pour avoir fumé la pipe d'un de ses collègues atreclé de plaques muqueuses buccales.
Deux amis vont se faire pholographier. L'un a la fantaisie d'être représenté fumant^ et il emprunte pour un instant la pipe de son camarade, lequel, à cette époque même, présentait des plaques muqueuses buccales. Il contracte de la sorte un chancre buccal (G. Pellizïari),
(1) Voir la relation de crtte «^pidëmîe dans 1« tome V du Jûurnul eomplémûnî ,
CONTAMINATIONS EXTRA-GÉNITALES'.
J'ai observé en ville un cafl de cet ordre et des plus curieux à divers égards, comme vous allez le voir. — Un de mes cHenls, homme marit^, frissanl la soixanlaine, vient à préseiiler au palais une k^sion ulcérait ve tont d abord très indédse comme nature, maïs qu'après mrtr examen je suis forcé de considérer comme un chancre et qui, en effet, a été suivie à légitime échéance de manireslalîons spécifiques généralisées, D'cii et de qui avait pu procéder une contagion aussi singulière ? Mari modèle, il n avait fait aucune infidélité ù sa femme, et celle-ci, que je traitais de vieille date pour une alTeclion utérine (fibrome), n'avait jamais présenté, pas plus du reste qu elle ne présenta plus lard, le moindre accident suspect* L'nc longue enquête, dont je vous épargnerai les détails, Jinit par révéler ceci : que le valet de chandjre de la maison profitait des absences de son maître pour lui emprunter sa pipe, petite pipe orientale des plus agréables, paraîl-iL Or, ce valet de chambre examiné par moi, se trouvait à cette épO([ue en plein épanouissement de syphilis secondaire, avec de très nombreuses plaques muqueuses sur les lèvres^ la langue et les amygdales.
Epilogue significatif. Le lendemain du jour ou j*avais fait sur lui cette découverte, ce même valet de chambre m*amenait sa fiancée, qui était bonne dans la même maison, et je constatais sur elle un superbe chancre induré labial. Or, cette fille était vierge, mais elle avouait s'être laissé maintes fois embrasser sur la bouche par son prétendu.
Nul doute, en conséquence, ne saurait être conservé sur les dangers de la [upe. Mais comment, à leur tour, sont dangereux les cigares ou même les cigarettes? De plusieurs façons.
t>'abord, tout naturellement, par éi'hamje de bouche û hourhf. Jl va sans dire qu'un cigare (et de même pour une cigarette) qui sort d'une bouche contaminée doit con la miner presque fatalement la bouche saine qui le fume en second lieu* Exemple :
Un jeune collégien enlredans une brasserie du quartier Lalin. Là, il rencontre une aimable jeune personne qui s'oftVe h perfectionner son éducation et, pour début, veut à toutes forces le faire fumer. Il refuse d'abord, mais ladite demoiselle insiste, façonne une cigarette, Tait urne, la fnnie quelques instants et la passe au jeune homme : « Maintenant qu'elle a louché ma bouche, vous n*oscrez plus la refuser, j'espère 11. Il n*osa pas^ en effet- Résultat : quatre semaines plus tard, éclosion d*un chancre syphilitique sur la lèvre inférieure du collégien (l).
Non moins dangereux, bien entend U| et pour la même raison sont les tronçons de cigares ou de cigaretles qui, jetés dans les appartements ou sur la voie publique, sont ramassés, puis fumés
\l) Un ca<i tout HCtnbtable a éiè reliité devant La So^ièld jrusaa de SyphU. ei ée (fermai., dans lu scunce du 28 octobre 1891.
CtlANCAËS DE La bouche.
ETIOLDC-IB*
par des loqueteux ou par des enfants, A preuve un c£»s nUato par Engelsled et ae résumant eji ceci : Un pf tit cofant ramassa à terre et fuma le bout d'un cigare que venait de jeter son anele; l*oncle ayant alors dm plaques muqueuses aux lèvres, reufanl fut contagionnéàla bouche ()).
En second lieu, il ne serait pas impossible, assure-t-ont que certains cigares sortissent infectés des manufactures oh ou les fabrique. Ils pourraient môme être infectés, paraît-il, de deux faisons, à savoir :
i* Par Topération du « roulement i*, ayant pour but de façonner en cylindre les feuillef^ de tabac. Ce roulement s'exéeule en certains pays (la Havane, par exemple) sur la cuisse nue\ en sorJe qu'au ras ou Touvrier présenterait à la cuisse quelque lésion spécillque, le cigare pourrait être imprégné de squames ou de sécrétions patïmgènes,
•2° Par le façonnement du bout de cigare. Pour que ce bout soit élégant, besoin est d'humecter les feuilles de tabac. Or, cette humectatîou se fait le plus souvent, paralt-il encore, avec la bouche. A preuve une observation américaine où il est question d*un ouvrier cigarier qui dut renoncer provisoirement à noji métier *i parce qu'étant devenu syphilitique et ayant la bouche criblée de plaques muqueuses, il fie pouvait plus supporter l'application irritante des feuilles de tabac sur les lèvres et la langue 'k Jugez quels cigares ledit ouvrier devait livrer à la consommation! — Remarquez, d'ailleurs, que cette humecta tion risque d^au tant plus d'être dangereuse qu^elIe porte sur le bout du cigare, c'est-à-dire précisément sur le point destiné à toucher les lèvres du fumeur.
Ul. — En troisiènie lieu, la contagion peut être portée à la bouche par tous objets d'usage courant susceptibles d'être souillés par les sécrétions syphilitiques, à savoir : plumes, porte-plumes» crayons, porte- crayons, pinceaux, tire-lignes, tubes acoustiques, etc., etc.
Un de mes externes de Lourcîne a été très sûrement victime d'une de ces contagions hospitalières qui sont, je crois, beaucoup plus fréquentes qu'on ne le suppose généralement* Il avait la mauvaise habitude, bien que prévenu et morigéné par moi h ce sujet, de porter toujours sa plume à la bouche en recueillant ses observations, en palpant et examinant ses malades. Ce qui devait se produire ne manqua pas de se produire* Un jour, il vint me trouver avec une érosion de la lèvre inférieure, érosion qui se transforma bientôt en un chancre typique. Or, ce jeune homme m'a maintes fois affirmé ^ sur
(1^ De même. «ïans un ca» publitf par tiî D^ Ilabl, une jnunp TiUe contracta un clvaiicr« do la 16vre pour avoir ruiné un ûig&rc qu t4ïe ûvnU pris de Ja bouche d'un di? ses cousifisi aiTectr de lyphîlîs (V* 5efft»ine méditait, laoo, p. 33.), — Un cas Mmblibk, d'ailleuffl, av«H éié déjà men lionne d« vieille daio par P« GambeHnû
CONTAMINATIONS ÊXTÏU-GÉNITAI.ES*
rhonneuf ^ qu'à Tepoque où U conlracLa cet accideiil il ne s^élail exposé à aucun risque fie conlagiou depuis plusieurs mois. Si bien que, ïe tenaul pour incapable <run inensouge ou d*une réticence, je me porterais volonliers^ garant qu'il e reçu la contamination de sa plume et doses dolgls*
Car» uolez-k% la coutanu nation dans ce cas a été doublement médiate, bi-médiali', si je puis ainsi dire, puisque le contage a dû forcément être transmis d'abord aux doigts, puis par les doigts à la plume, avanl d*arriver mix lèvres.
D'autres fois, la coutagion a résuUé de brosses à dents; — de pipetles (dans les pharmacies, dans les laboratoires, etc.); — de chalumeaux ; — de co upe- papiers,
A ce dernir^r propos je rappellerai roliservatioii suivante que j*ai bien souvent citée. — tJn médecin, un des maîtres de ma génération, très studieux et surtout grand liseur, avait rtiabitude de mâchonner, mieux vaudrait dire de manger ses coupe-papier de bois, toul en lisant. Un jour tju^il était en villégiature à sa petite campagne, une bonne du voisinage vient lui demander une consultalion pour un i* mal de gorge n dont elle soufTrait depuis quelque temps. N*ayant rien auïre sous la uiain que son coupe-papier» il s'en sert comme a baisse -langue pour examiner la gorge de cette femme, qu'il trouve criblée de platjues nmqueuses. A ce moment, on Tappelle pour déjeuner. Une heure plus lard, ne pensant plus à sa malade de la malinéo, il se remet à son occupation favorite, c'est-à-dire à sa lecture, et, comme d'usage, il mâchonne son coupe-papier en lisant, Ouatre semaines plus tard et sans s\Hre exposé à nul autre risque de contagion, il tommencc à soulTrir de la gorge. Puis se produit sur Tune des amygdales une lésion que bientôt force est à lui comme à moi de reconnaître pour un chancre. — Incidemment, j ajouterai (juc ce chancre devint Torigine d*une syphilis qui, comme chez tant de sujets à surmenage cérébral habituel, aboutil à desaccidenls cérébraux rapidement suivis de mort,
l>es contagions de môme ordre ont encore résulté d'in?^lruments et d*objets divers, à savoir : abaisse-langue; — lai*jngoscope: — miroir à bouche; — instrumenls multiples de dentisterie; —joujoux (on connaît riialiitude qu*ont les enfants de porter à leur bouche tous les objets, tous les jouets qu on leur donne (I); — sifflets; — trompettes, etc.
Les exemples de telles contagions seraient innombrables à produire. Je me bornerai à citer les deux suivants, à titre de spécimens,
Le D' Hoddîck (de Montréal] a relaté un cas de chancre gingival qui succéda à une extraction dentaire très laborieuse, ayant lacéré
^1) V. Gûlippe, De In irAnsmistion pù^^ihU de t» syphili» par eerfjiiiu /OQtU
cTeii/knU, Société de médec. publique eld^hyffièn* professionnene, 1870.