CHANCRES DE L ŒIL, — ETÏOLOGIE
Un boxeur re<;oil un formidablo coup de poing sur rœil et rentre chez lui avec une forte infiltration î^angnine de ta paupière infi^rieure gauche. Sa maîtresse, pour tWacuer répanrhenienl sanguin, a Pidée de lui piquer la paupière et d aspirer le sang, Malheureusenienli elle était alTeclée h cette époque de plaques muqueuses de k bouche Résultai : dt'^veloppemcnl, au siège même de la succion, d'un chancre syphilitique (1)*
4* A rinslar des lèvres, la langue peut porter à Toeil la contagion syphilitique, D'abord, (ûie Vy a portoe plus d'une fois par ses caresses. Mais» cil ose certes plus inattendue, elle Vy a portée aussi en tant qu'agent chirurgical, et cela de la façon suivante.
En certain pays, où n'ont guère pén^'^tré les doctrines antiseptiques, le léchuije des paupières et des ruls-de-sac palpébraux constitue, paraît-il, un procédé en honneur pour rcxtraclion des corps étrangers de l'œil et même pour le traite ment des trachomes qui passent en ces mômes pays pour des corps étrangers. De la, tout nalurellemenl, contamination possible de Tteil au cas oii la langue de l'opérateur est chargée du contage spécifique.
Ainsi, un de nos confrères russes, le D' Tepliaschin, médecin du gouvernement de Wjatka, a donné relation d*une véritable épidémie de syphilis importée dans un petit village par une « magicienne -s qui faisait profession d'enlever avec sa langue les corps étrangers de IVetI et de guérir les trachomes. Cette feuime, étant devenue syphilitique, transmit tout naturellement la syphilis à ses clients. Si >bien que le D' Teptiaschin trouva dans ledit village 68 sujets infectés de syphilis, à savoir : 34 qui avaient contracté Tinfection de cette femme par le léchage des paupières, et 34 autres qui la tenaient des premiers, Sur 8 du premier groupe il put encore constater des chancres palpébraux (2).
La même dégoûtante pratique du léchage palpébral serait encore en usage, paralt-il, dans certains pays, en Pologne, à Chicago (où Montgomery a observé deux cas de contamination semblable) (3), fyoirej m'a-ton assuré, en certains villages de Bretagne.
^* Des contagions de même ordre /que je range dans ce para- ' graphe, bien que médiates, pour les rapp roc lier des précédentes) ont encore dérivé quelquefois de non moins sales pratifjues qui restent en usage^ voire en honneur, dans les bnsscs classes et spécialement dans le public dos nourrices. A citer comme spécimen celle qui consiste à débarbouiller Ins enfants avec de la salive ou bien encore à laver les yeux des enfants soit avec de la salive, soit même avec de rurine. Exemples :
\\\ W ihèic pi'écitéc du D<- Fortuniadès, p. 39,
(1) V. \h}n:ttnhefîe fur fèr.tkiUçhe DêrmAtttU>gie>^ 1871.
CÛSTAMINATIONS EXTHA-GKNITALES.
Une observa Lion du P*" Lelolr est relative à un jeune enT^int qui coniracLa un chancre de lœil pour avoir été débarbouillé avec la salive d*une femme alors aiïectée de syphilides buccales.
Un enfant de vingt-cinq mois était affecté de blépharile. Tue femme, qui suppléait sa nourrice de temps à autre, lui netloya les yeux avec un de ses doigts imbibé de salive. Or, comme h cette époque elle él ail affectée de nombreuses plaques muqueuses buccales, elle transmit de la sorte la contagion à lenfant sous forme d'un chancre induré de la paupière inférieure,
Y* Hntln, pour ne rien omettre de ce qui a trait aux divers modes de la contamination oculaire directe^ force m^est d*a jouter ([ne* d'une façon authentique, mais h coup sûr très exceptionnelle» l'œil a pu recevoir directement la contagion des régions génitales. Ce mode immonde se trouve attesté par quelques observations.
U. ^ Dans un second groupe de cas, la contamination oculaire se fait d*une fat;on indirtrie. Très généralement alors elle a les doigts pour intermédiaires.
Tel a élc, vraisemblablement, le mode de contagion dans la célèbre observation de Hieord. Le client de Bicord, « bomme 1res in tel 11* gent et Irè?? observateur de sa personne» se rappelait fort bien s'être frotté les yeux avec ses doigis presque immédiatement après s être livré à des aLloucliements sur les parties génitales du ne femme n.
De même, tel a été bien sûrement le cas de deux confrères qui se sont inoculé la syphilis à Tœil pour s*être frotté Tœil après avoir manipulé des lésions syphilitiques.
Une prédisposition ton le naturelle aux contagions de cet ordre est consLiluée par la préexistence de certaines alVeclions de VœI\ ou des paupière^ï, telles que blépharilc, conjonctivite, orgelet, eczéma du bord ciliaire, etc. Le prurit» en etfet, qui est un symptôme usuel Ue ces divers états morbides, invite au grattage, et le grattage avce des doigis souillés de sécrétions spécifiques a d'autant plus de chances de transmettre le contage qu'il s'exerce sur des surfaces malades, dénudées d'épithélium ou ti>ut au moins à protection épithéliale insuffisante, « Bien certainement, m'écrivait un de nos confrères qui a eu le malheur de contracter ainsi un chancre du grand angle deFœiL j'ai dû me contagionncr à rtiôpilal, car je ne m'étais exposé d'aucune fagon depuis mon mariage. Le hasard avait amené à mon petit lïôpital de province plusieurs prostituées atrectées de sypbilis, à une époque où J avais an coin de Vanl un petit bobo très leniice, qui me démangeait fort et que je frottais sans cesse. Vingt fois par jour je me surprenais à frotter, à gratter, à écorcher ce maudit bouton, et cela soit à l'hôpital, soit ailleurs. Je n'ai pu m^inoculer {[ûe de la sorte, en portant à IVeil mes doigts contaminés, *>
Ctt ANCRES bu VISAGE.
IlL — Vient enfin le chapitre des contagions médiaies. Nombre de faits contenus dans la science témoignent formcUcmenl que le contage spécifique a pu ^Ire porlé sur IVeil par des intcrnu^diaircs inanimés quelconques» tels que t éponge^ servielle, mouchoir, compresse, linge sale, eau sale ayant servi à un sujel syphilitique, inslrumcnts d oculistique, etc,
Baum, par exemple, a cité le cas d'un chancre palpébral qui dériva vraiscmblablemenl de Tusage en commun d'une serviette dont se servait un homme affecté de chaocre (1 )• — W, Taylor a relaté ua fait identique.
La «c cigarette » mouillée, servant à extraire les corps étrangers de Tœil, a pu transmettre également le contage à la muqueuse oculaire (Badal),
Un homme, qui était employé h la buanderie d*un hôpital de syphilitiques et qui était afîecté d*une conjonctivite clironique, contracla un chancre oculaire. L'enquête ne put établir d'autre origine à celle contagion que la manipulation habituelle de linges souillés de pus syphilitique.
Je veux bien que, pour les cas de ce genre, une démonstration rigoureuse, péremptoire, du mode d*infection ait presque toujours fait défaut. Mais pouvait^il en élrc autrement? Les contagions médiates ne se laissent guère surprendre sur le lait. D'ailleurs, celles qui portent sur raeit n'ont-elles pas leurs analogues dans Tétiologie des chancres de toutes régions? Et, mieux encore, ne 50nt*eIIes pas de l'ordre de celles qui, par la force même des choses ^ sont fatalement destinées à sa produire?