CHANGEES DU VISAGE
Il y a quelques anni^es, un fait de même ordre a été observé dnns noire service. Le voici en deux mots : Une nourrice, récemment infectée au sein par un nourrisson syphilitique, nous arrive avoc son enfant encore indemne. IN'ous faisons aussi tôt suspendre rallailement et recommandons instamment à cette femme de ne plus embrasser son enfant, en raison des dangers âe contagion auxquels elle pourrait l'exposer. Tout marche au mieux pondant les quelques mois que cette femme passe avnc nous. Puis elle nous quitte» non sans recevoir encore les mêmes averlissemenls qu*elle jure bien d'observer, — Quelques mois plus tard, elle nous revient avec son enfatil^ sur lequel nous découvrons un chancre non douteux du menton, Qu'élait-il donc arrivé? C'est que, n'ayant plus eu d'accîdenls et se croyant guérie, cette femme n'avait plus résisté à ce besoin si naturel d*em brasser son enfant; cl qu(*lle mère, en etîet, résisterait indéOniment à cette tentation? Malheureusement, elle avait élé reprise de syphilides labiales, qu'elle avait considérées, bien que prévenue, comme de simples « gen^ures des lèvres »>. Et c est bien sûrement de ces syphilides qu'avait procédé la contagion.
Enfm. nombre de fois la contamination bucco-faciale s est exercée de Tenfant â T enfant, en raison de l'habitude r[ n'ont les enfants de s'embrasser entre eux. Ainsi, Sturgis a relaté le ras d'un enfant syphilitique de vingt-deux mois qui, toujours par riuLermédiairc du baiser, communiqua la syphilis à sa steur ùgée de six ans, sous forme d*un chancre induré de la joue. — J'ai vu de même un bébé de deux ans, alTeclé de syphilides buccales, contaminer un de ses petits camarades, âgé de trois ans, en Icmbrassant sur la joue.
En d'autres cas, mais ceux-ci iufini^ment plu!^ rares et vraiment exceptionnels, la contagion a dérivé soit de la morsure, soiL de la sputation, soit de la succion pratiquée dans un but thérapeutique.
C'est ainsi qu'un de nos malades a été affecté d'un chancre de la joue consécutivement à une morsure. S'élant pris de querelle avec des ouvriers italiens, il en vint aux mains et, dans la lutte, fut mordu à la joue par Tun de ses adversaires. Sur remplacement même de la morsure se produisit un chancre, Irois à quatre semaines ultérieurement (l). — ' On a cité de même des cas de chancres du nez et du sourcil qui avaient dérivé de morsures ("2),
Un de nos confrères a été affecté d'un chancre de la joue dont l'origine (ainsi qu'il me Fa aflirmé bien des fols) ne pouvait rigoureu^ sèment provenir que d'une contamination hospitalière. Quatre
^1) V. mëiMoire précité tle Lavergnc cl Pernii, Ann. dt dtrin. el de syph.^ 18*4, — V. de ni^nie Lesage^C/iancre par Ttiortare. Thèse» de Pana, 1885,
(3j V», comme exemple, une observation recueillie par M. MoreL-LavalMe duni k gervidedu D»' Siredcy {Gh^ticr^ Myphitiiique du âOuroU p&r mor^are dAm une dispute), ànn. de derm. et dé lyph* 1S86.
CONTAMINATIONS EXTRA-GKNITALES ,
semaines avant rédosîon de ce chancre, il lui était arrivé, à rhôpil^l, de recevoir d'une de ses malades et en pleine fignre une projeelion de salive, au moment ou il lui caulérisatl des plaques muqueuses de la gorge.
Enfin, Anderson a relaté le Tait suivant : Un homme est atteint à la joue par un coup violent qui détermine une excoriation immédiate et, en plus, un épanchementde sang. Un de ses amis, nmlheureuseracnlatrecté à cette époque de plaques muqueuses buccales, lui pratique une succion sur la plaie dans le but d'aspirer le sang. Résultat: contamination de la plaie, et développement d'un chancre in silii.
11, ^ En second lieu, ta contagion a été quelquefois portée à la face d'une façon imlirecie, et cela le plus souvent par les doigts imprégnés du contage spécifique.
Un médecin m'a raconté (et sa bonne foi ne m'est pas douteuse) s'ôtre contagionné de la sorte à la joue. 11 portait dans la barbe ^< une sorte de petite verrue m qu'il s'écorchait sans cesse machinalement^ et cela « aussi bien à Thôpital que n'importe où «, Un beau jour, Técorchure consécutive à l'arrachement de celte petite verrue dégénéra en un chancre qui fut suivi de syphilis.
Un cas observé par le D^ de Chapelle se résume en ceci : Un ouvrier se blesse â la joue. Le même soir, il a rapport avec une fille publique, laquelle, quelques jours plus tard, entrait à l'hôpital pour des plaques muqueuses vulvaires. Quelques semaines après, cet homme se trouve alTecté d'un cliancre de la joue, au niveau môme de sa blessure, que très certainement il s'était inoculée avec ses doigts imprégnés de sécrétions vulvaires (1).
IIL — D'autres fois, la contagion s'est exercée d'une fa<:on métHafe, par Tintermédiaire de n'importe quel objet (serviette, mouchoir, éponge, linge de pansement, etc.), voire» a-t-ondit^ par un masque.
Un père et un fils, raconte G. Pellizzari, se servaient d'une même serviette pour leur toilette. Mais le père ne faisait pas seulement usage de cette serviette pour se laver le visage; avec elle aussi il se lavait la verge, où il portait un chancre syphilitique. Si bien qu'en se débarbouillant avec le même linge, le fils contracta deux chancres de la joue.
Le même auteur a encore cité le fait suivant; Un homme marié, qui venait de contracter un chancre du menton, continuait à faire lit commun avec sa femme. Une nuit, son pansement se déplaça, et cela si malheureusement qu il tomba sur la joue, puis de là sur le
(î) V, RebouU Thèse de Bordeaux, 189Î.