TATOUAGE
sieurs soldais qu'il avait laloucîs (et dont deux autres furent également iofeclés lie la même façon )^ ce singulier opérateur w se servait de sa salive pour délayer Tencre de Chine qu'il employait pour son dessin », et, de plus, il avait coutume, alors que le sang venait à masquer son dessin, <* de cracher à plusieurs reprises sur la peau, afin de nettoyer la place à tatouer.
Les mêmes dt^ails sur le procédé opératoire des taloucurs se trouvent consignés dans une foule d autres cas. Vous ciler ces observations ne serait que reproduire à peu près textuellement ce que vous venez d'entendre. Je m en abstiendrai; mais, en revanche, j appellerai toute votre a lien lion sur le point suivant.
Si le tatouage élait sporadique (passez-moi Fex pression), il ne ferait pas grand nombre de victimes. Mais c'est que tel il n'est pas précisément. Bien au contraire, il est essentiellement épûiémique. Au régiment, quand un soldat se fait tatouer, il est de rcgle que plusieurs de ses camarades se fassent tatouer également, et cela par spril d'imitation, par entraînement ; on n'ose pas ^ ne pas faire ïmme les amis jl Bref^ il en est du tatouage comme de la vaccine; l'un et l'a titre procèdent pftr fournées. De là cette conséquence qu'une contamination par le tatouage reste bien rarement isolée. Presque toujours elle fait un certain nombre de victimes. Ainsi, dans le cas précité du D"^ Robert, trois cavaliers du môme régiment, sur un nombre de huit tatoués^ furent infectés de syphilis. En d'autres cas, on a compté 3, 5, 9, 9» 1% 15 et jusqu'à 26 contaminations de syphilis dans une " fournée d de tatouage. Additionnons ces quelques chiffres pris au hasard; ils nous fourniront, pour 8 cas, 82 sujets infectés de syphilis.
Aussi bien — soit dit incidemment — serait-il temps en vérité de réagir contre cette sotte pratique du tatouage, qui ne survit plus guère aujourd'hui que dans l'armée et la marine. Le tatouage ne réalise rien d'utile, ne répond à rien. Ses prétendues « illuslralions >• ou ft décorations^) delà peau ne sont que des stigmates niais, ridicules, tout au plus dignes des sauvages. D autre part, il est loin dVHre inoffeasir. Plus d'une fois il a déterminé des lymphangites, des érysipèles, des phlegmons, et divers accidents graves, comme dans un cas de Hutin c[ui faillit aboutir â une amputition, iMaintes fois aussi il a été roccasion d'infections syphilitiques. Pourquoi donc les autorités miblaires, toutes puissantes en l'espèce, ne se décideraient-elles pas à en Unir une fois pour toutes avec cette pratique sLupide et dangereuse? Quelques règlements comminatoires, au besoin quelques punitions en viendraient, ce me semble, facilement à bout. C'est donc là, à coup sûr, une mesure de prophylaxie qui s'impose.
4^» Mentionnons enfin le danger peu connu des greffes.
La greffe, alors qu'elle consiste dans le transport d'un lambeau
CONTAMINATIONS EXTRA-GENITALES,
cutané d'un sujet sur un autre, peut devenir lorigine d*une contagion. A preuve le cas de Deubel, se résumanl en ceci :
Un homme était affecté d'une vaste ulcération conséculive à un érysipèJe gangreneux* La plaie tardant à guérir » on résolut d'en activer la cicatrisa lion parla méthode des greiîes épideruiit|ues. Cette opération faite, tout raarcliait pour le mieux, lorsqu'un mois après l'application des premières grelTes on vit se produire, au sein de tissus en pleine réparation, une ulcération nouvelle, étrange d'aspect^ creusée on godet, extensive, progressive» etc. Brefi celte plaie singulière n était rien autre qu un chancre, un chancre syphilitique, qui fut suivi, à normale échéance^ d*une explosion secondaire irrécusable, sous forme de roséole et de plaques muqueuses. Alors on ouvrit une enquête^ et Ton découvrit que le fils du malade, à la peau duquel plusieurs greffes avaient élé empruntées, se trouvait, à cette époque même, eu pleine syphilis secondaire (1),
Qu y a-t-il donc de contagieux dans une gretTc ? Le contage est-il transmis par le sang ou bien par les éléments organiques de transplantation? Celai nous Tignorons encore. Mais n'importe pour la pratique. Pour nous, praticiens, Tessentiel est de savoir qu*une greffe empruntée h un sujet syphilitique peut transmettre la syphilis et de nous souvenir du fait à Toccasion.
IIL Contagion médiate. — Il est certain — et cela ressortira pour vous, Je Tespère, de ce qui va suivre — que la contagion médiate prend une large place dans rêtiologie des chancres qui nous occupent pour l'instant. Nombreux, très nombreux, en effet, sont les cas où des chancres du tronc ou des membres, ne trouvant leur raison d'être ni dans la contagion directe, ni dans la contagion indirecte, ne peuvent rationnellement qu*étre imputés par voie d'exclusion à la contagion médiate.
Seulement, ici, il ne faut pas vouloir l'impossible, c est-à-dire exiger qu'une contagion médiate se produise toujours avec -son certificat d'origine. Et, en effet, pour la grande majorité des cas, on ne fait guère que constater une contagion de cet ordre sans pouvoir remonter à son origine, sans pouvoir établir une démonstration pèremptoirc sur la source d'où elle procède. Des présomptions résultant du rapprochement de diverses circonstances et des présomptions renforcées par l'absence de toute autre cause de contamina lion , voilà seulement ce que la clinique peut fournir en pareille matière* Lui demander plus, réclamer d'elle, par exemple, la reconstitution de la scène qui a déposé le contage là où le contagionné est venu le prendre, c'est la mettre en demeure de produire un témoignage qui^ par la nature même des choses, fait presque nécessairement défaut.
(1) V. GasetU médie, de P&TÎ4. iUU