‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 59 sur 123 · CONTAGIONS MÉDICALES · texte numérisé non relu

CONTAGIONS MÉDICALES

Dans un autre cas, ce fut un furoncle de la fesse qui, incisé à la îanceLLe, se transforma, quelques semaines plus lard, en un chancre syphilitique. — De même La ng (je ci 1^ ce fait, bien qu*il ait Irait à une région autre que celles dont nous parlons achiellement, mais n^importe) a vu un chancre syphilitique succéder â Touverture d'un furoncle du front.

Je tiens d*un médecin qui occupe une très haute situalion dans la science (mais qui m'a prié de ne pas le citer) qu*il est « malheureusement cer/am d^avoir transmis la syphilis âTun de ses malades par une seringue de Pravaz qui avait servi récemment à plusieurs sujets syphilitiqups ».

La saignée a été plusieurs fois lorigine de conlaminalions spécifiques, surtout à l*époque oii cette opération était confiée à de simples barbiers, coutume qui, paraîl-îl, se conserve encore en certains pays, à en juger par le cas suivant :

<c En 1876, un barbier d'Autriche saigne trois malades, deux sur ordonnance de médecin et le troisième de son chef. Sur les trois opérés des signes locaux de syphilis se manifestent au siège même de la saignée et sont suivis, à normale échéanee, d'accidents généraux. — Le barbier est poursuivi, jugé, et condamné à quaLorze jours de prison avec amende (1). »

Bonorden a relalô de m<^mc un cas dans lequel un large chancre se produisit au niveau de la piqûre d'une saignée.

Mais, chose curieuse et sans doute inattendue de vous, cVst la pratique des ventouses qui a founî le plus fort contingent à Tordre des conlaminalions qui nous occupent pour Tinstant.

C'est ainsi que, sans parler des cas isolés, le venlousage a déterminé de véritables épidémies de syphilis. Si peu croyable que cela soit, cela est. Duncan Bulkley, avec l'admirable érudition qui lui est familière, n'a pas collectionné moins de treize épidémies de syphilis résultant de conlaminalions par les veulouses, h savoir ; sept dans les siècles qui ont précédé le nôtre, et six dans le xix" sièclci celles-ci toutes en Russie,

Et ce n*est pas sans raison qu'il les a quaUfiées du nom d*épidémies ; car le nombre des victimes, dans les cas où il a pu être fixé, s* est élcvét paraît-il, aux chitrres exorbitants que voici . H ; — I4; — 14; — 17; — 20 à 30; —70 à Nuremberg, en 1MJ9; — 70 à Windshrim (Bavière), en 1024; — m à IMI h Topparla (Finlande) — 180 à Brunn (Moravie) — et eu On 200 à Hakola (Finlande) !

De telles monstruosités ont leur explication. D'une part, en e(Tet, le venlousage comporte une instrumentation complexe et des dangers dlufcction multiples dérivant des verres, des rasoirs, des scari-

(1) V, BritUh medicAl Journal, IBTiï.

CONTAMINATIONS EXTRA-GÉNITALES.

ficaleurs, des éponges, des linges^ du sang des opérés antérieurs, de»

eaux de lavage, sans parler des doigU de 1 op*^*raleur, — D'autre part, les ventouses constituaient autrefois, comme encore aujourd'h ni dans les basses classes, une médication très populaire, très accréditée, mise en œuvre à tout propos [non moins d'ailleurs que hors de propos) contre une foule de maladies. — Puis, enfin et surtout, à qui était confiée jadis, à qui est confiée encore aujourd'liui dans certains pays à civilisation attardée, la pratique opératoire du vento usage? Non pas aux médecins, non pas aux chirurgiens, mais aux barbiers, aux garçons barbiers, parfois même à des h barbiers ambutanl^ ^u à de véritables empiriques promenant de village en village leur roulotte de saltimbanques. Je laisse à penser si de telles gens étaient toujours de bien rigoureux observateurs — je ne dirai pas de Tanlisepsie, ce serait leur faire trop d'honneur — mais de la plus élémentaire propreté, C*est ainsi que la célèbre épidémie de Bruno (Moravie) dériva d'un barbier vcntouseur, lequel n*eut rien de plu» pressé, au premier soupçon formulé contre lui, qucde déguerpir avec une précipitation significative. De même répidémie d'ïlakola, qui ne (il pas moins de 200 victimes en 1858^ procéda d'une femme syphilitique qui exen^ait le métier de ventouseuse et qui avait pour habitude de Cl laver ses verres avec sa salive! »

J'arrive enfin dans cette revue à un mode de contamination médiate qui n'est généralement pas connu el sur lequel en conséquence je me ferai un devoir d'insister tout particulièrement.

Je crois, je suis persuadé que des infections sypliililiques peuvent résulter de eautérisatioas avec le crayon de nitrate d^ argent, telles qu'on les fait usuellement» c'est-ii-diro avec un crayon Iranal, servant à tout le monde, et continuant à servir de la sorte tant qu'il n'est pas absolument usé. Si ce crayon a touctié une plaie syphilitique, je le tiens pour suspect, pour dangereux, et m'est avis qu'il peut transmettre la syphilis.

Cette conviction, je la dois à un certain nombre de cas que j'ai observés en ville (car c'est surtout dans la clientèle de ville qu on est en situation de surprendre cl de suivre des faits de ce genre) et dont voici le résumé.

D'abord, j'ai vu plusieurs fois des plaies simples de la \erge se transformer en chancres sypliilitiques après des cautérisations au nitrate il'argent, et cela dans des conditions où celte transformation n'était explicable par aucune cause, par quoi que ce soit d'autre que ratLouchement de la plaie par le crayon. Spécimen du genre :

Un jeune homme est alîcclé d'un herpès typique du prépuce qull vient me montrer. Je lui prescris un traitement topique des plus simples. Mais, ne guérissant pas assez vile à sa guise, il croit liiUer sa délivrance en allant se faire cautériser plusieurs fois dans Tuoe

ii^

CONTAGIONS l^AR LE CRAYON DE NITRATE D ARGENT,

de ces officines qui se flaltent, à la quatrième page de«^ journaux, de guérir les maladies vénériennes à brève t'*chéance. Cinq sema lues plus lard, il me revient, mais celte fois avec un chancre induré non moins typique que l'herpès primilil\ chancre qui s est développé exactement sur Templaceraent de cet herpès* Or, d'où pouvait provenir ce chancre? D'abord, il y avait six mois que !e malade ïi avait louché de Temme quand s est produit flierpès. D'autre part, depuis les cautérisations, aucun rapport, aucun contact suspect, de n'importe quelle nature. De m*>me, enquête restant absolument négative sur toute cause aysml pu servir d'intermédiaire à une contagion. Une seule source d'infection restait donc possible à jticriminer rationnellement, à savoir l*atlouchemeni de Tharpès par le crayon de nitrate d'argent.

Ed second lieu, j'ai dans mes notes plusieurs cas de chancres anaux et pértanaux qui se sont produits dans des circonstances telles qu'ils ne pouvaient guère *^tre explifjués que par une contamination accidentelle dérivant de cautérisations au crayon de nitrate d'argent, D*une pari, en ellei, les chancres en question s'étaient produits sur des sujets à propos desquels une contagion directe u*était guère admissible, par exemple sur u^e bonne vieille dame veuve des plus respectables. IJ'auJre part, ces chancres s'étaient invariablement produits dans les mêmes circonstances» à savoir ; toujours sur d'anciennes lésiotis anales ou péri anal es (eczéma, fissure, fistule, hémorroïdes, érosions hémorroïdaires, etc ); — toujours à la suite de cautérisations au crayon; — et toujours (notez ce point) avec Tincubation particnhére à la syphilis. fJunc, dans ces divers cas, tout un ensembk^ de considérations semblait bien, comme pour les cas précédents, incriminer le crayon argentique et le dénoncer comme auteur de la contagion.

Mais enfin, je l'avoue, tous ces cas — auraient-ils mt^me été plus nombreux ^ prêtaient le flanc à des objections diverses et oe contenaieut pas les éléments d'une démonstration véritable, lorsque enfin s olîVirent à moi deux observations bien autrement probantes qui fixèrent mes convictions. Les voici.

Un de nos confrères, célibataire, n'avait eu depuis plus de six mois « aucun rapport sexuel, aucun contact vénérien de n'importe quel genre », lorsqu'il lui arriva d'être alTecté à la verge, dans la rainure glando'préputiale, de deux minuscules érosions de balano-posthite consécutive à une absence forcée de soins dliygiène pendant un très long voyage ea chemin de fer. Il eut alors la malheureuse idée, pour hâter la cicatrisation de ces deux petites plaies, de les cautériser, et il les cautérisa. Les plaies se fermèrent presque aussitôt. Mais, quelques semaines plus tard (et cela en l'absence de tout rapport, de tout conla<*t vénérien), il se produisit sur leur emplacemenl dmrx lésions nouvelles, lesfjuelles devinrent des chancres syphilitiques

CONTAMINATIONS ËXTÏU-GÉNlTALEg.

inditniables, d*ailtetirs suivît, dans les délais classiques, de symptômes d'infeclioû générale. Or, oolre confrère s*élail servi, pour cautériser les plaies en quesLîon, de son crayon de nitrale d'argent, crayun avec lequel il avait vu !occa«iion <f quelques semaines et quelques jours auparavant de cautériser plusieurs lésions syphilitiques de forme érosive ou ulcéreuse n.

Second cas. Un jeune homme se fait une brûlure au doigt médius, le 8 août t notez bien les dates» c'est essentiel en Tespèce). Peu après il est appelé à faire ses vingt-huit jours de service militaire. La plaie tardant à se cicatriser, on la cautérise dans un hôpital militaire, le 21 août, et ou la cautérise (le malade est très formel et très affirmatif sur ce point, qu*il dit avoir |)0sitivenient remarqué) avec un crayon de nitrate d*argent « qui venait de servir à cautériser la bouche de plusieurs soldats syphilitiques et aHeclés à la bouche de lésions syphilitiques », La plaie cependant s'améliore et paraît tendre à se cicatriser; puis, tout à coup, elle se modifie, se transforme. Bref, le malade nous arrive ici en octobre avec un chancre du doigt, chancre syphilitique des mieux caractérisés et bientôt suivi d'accidenls généraux (Ij.

Dans ce cas, donc, nul doute possible. C'était bien d'une cautérisation nu nîtrote d'argent que dérivait la contagion. Mon éminent collègue le iJ* Besnier^ à qui je Os pari de ce fait en lui montrant le malade, partagea absolument mon avis, d'après la chronologie morbide, surrorigiiie de la contagion.

Un cas de même ordrr a été observé par le D'^W, Taylor (2),

Au total, le fait paraît hors de contestation. Positivement, V infection sijphiiiliqne pettl tlêinver fTttn rratjnn infecfé de syphilis. Enregistrons bien cela pu nos souvciiirs, messieurs, car de là découlent pour la pratique des indications majeures dont nous parlerons dans un instant.

Mais, avant d'aller plus loin, une question se présente à discuter : Dans une caulérisation infectieuse de ce genre, d'où procède Tinfection ? Car le crayon se compose de deux pièces : P le nitrate d'argent, la pierre infernale, et îi" le porte-crayon ou, pour mieux dire, la pince qui soutient le crayon. Or» du rausLique ou du porte-caustique, lequel est le coupable en 1 espèce, jVntends lequel transmet le con* ■ tage ?

Est-ce le crayon? tlela» LhéoriquemenL paraît peu vraisemblable, étant données les qualités chimiques du nitrate trargent, corps destructeur des molécules organiques* 11 est vraiment peu probable que le contage syphilitique, virus ou microbe, puisse se conserver inaltéré sur un tel corps, y subsister et y vivre, pour émigrer

fil V. Lcloir, Leçons sur ta êi/philiM^ p. G3,

('JJ V., de plus, Duîican Bulklej^^^ ouv* cité, p. 193.

dOKTAGrÔNS FAR LE CfiAYON DE NITRATE D*ARGENT. 275

enï?iuite Bvec loules ses qualités pathogènes sur un orgaDisme sain. Est-ce donc le porte-crayon? Probablement oui, et cela dans les deux condiiions oii ce porte-crayon peut être mis en contact avec la plaie au moment de la caulérisalion, à savoir : 1" lorsque rinslrument est promené obliquement ou presque horizon I a temenl sur Ja plaie; — 2° lorsque le crayon est 1res court, usé et r*5duit à un simple tronçon qui dépasse à peine ['extrémité de la pince. On conçoit, en effet, que sur cette pince, faite tf un métal indiiïérent, le virus on le microbe puisse se conserver sans décomposition, c*est-à-dire en étal de viabiliié propice à une Iransmission.

Donc, vraisemblablement et sous toutes réserves, c*est le portecaustique surtout et peut-être bien le porte-caustique ^eul qui est dangereux en l'espèce.

Mais, au surplus, peu importe ; car celle dernière question nVsl que d'ordre secondaire* L*essenliel, c'est le fait en lui-raéme, à savoir le danger de transmission syphilitique par les caulérisalioas au crayon.

Eh bien, ce danger, — vous me pardonnerez la digref^sion qui va suivre en raison de riolérêt pratique qu'elle comporte — ce danger, il nous y faut parer. Comment ? Par^ un moyen anssi radical que simple, consistant en ceci \\

Nous imposer comme régie, en pratique, de ne Jamais cautériser une plaie qu'avec un crayon absolument vierge et un porte-erayon asepsie.

Donc, proscrire absolument, dans nos services hospiialicrs comme dans notre pratiqnede ville, le dangereux crayon de nilrale d'argent ; proscrire ce crayon banal * commun, qui, servant à tout le monde et k loules lésions, établit d*un snjet à un autre une dégoûtante et périlleuse promiscuité; — et le remplacer ou bien par des cautérisations faites avec un pinceau d'ouate hydrophile imbUjée d'une solution argentique à saturation, pinceau qui ne servira qu'une fois cl sera jeté toul aussitôt; ou bien, ce qui serait Tidéal en l'espèce, par un crayon inerge monté sur un porte-caustique sans valeur (tel qu'une plume d'oie, par exemple), qui pourrait être sacrifié après une seule cautérisation.

Je le répète » cette très simple, mais très salutaire réforme s'impose. D'autant que, si la syphilis se transmet comme je viens de le dire, elle n est pas, en toute vraisemblance, la seule maladie qui puisse se transmettre de la sorte* Qui nous dit qu'il n en est pas de même pour la diphlérie, la septicémie, la tuberculose, etc.?

tNos connaissances nouvelles sur la qualité microbique d'une foule de maladies, sur le mode et la facilité de leur transmission par des transports jusqu'alors inconnus, nous créent dos devoirs projifu^ lactiques noareauj:, devoirs qu'un mot sufbl à résumer ^ à savoir :

CONTAMiNATlONS EXTRA-GÉmTALES.

ANTISEPSIE, aniis^epsie rigoureuse et absoIuCi relalivemenl è loul ce qui pcul servir aux conlagen de î^ubslralum et de véhicule d'un sujel à un autre.

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