‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 60 sur 123 · CHANCRES DU SEIN · texte numérisé non relu

CHANCRES DU SEIN

Extrômemenl rare chez Ihomme, le cliancr© mammaire est au contraire assez commun chez la femme.

I. ^ Chez rhomme, son éliologie est précise* Il dérive d'une cause unique, cause vénérieune, au sens élymolog-îque du moL Toujours, en elTet, il reconnaît comme provenance les caresses locales d*une bouche rémininçi caresses le plus souvent accompagnées de succion. — Deux exemples,

M. le DTlt^rard a relaté (>î e.rlemo le cas d'un homme qui contracta un chancre de la base du mameîon à la suite de ciiresses féminines insiia, — Cet lionime, soit dit au passage, était âgé de soixanle-trois ans; ce qui démontre qu*en Tespèce Tâge est loin d'être une sauvegarde r on Ire des conta mi nations de ce genre; tout au contraire Il y prédisposerait peut-être, ï'ar écoutez cet autre cas.

Un de mes cîienU, également avancé en âge, a été conlagionné exactement de la nléme façon ^ mais à un cenlimèire et demi environ du mamelon. Comme il ne pouvait faire erreur sur rorigi ne de sa contagion, n'tïyant pas eu de rapports depuis fort longtemps, il m'amena la reinme qui s'était livrée sur lui aux caresses en question. J'examinai cette femme et la trouvai en pleine évolution de syphilis secondaire, avec des plaques muqueuses sur les amygdales.

H. — Chez la femme, le chancre mammaire s'observe dans deux conditions très di Hé rentes, à savoir :

Au cours de rallailemenl;

Et en dehors de rallaitemeni.

Ces deux ordres de cas sont extrêmement inégaux comme fréquence. Le cîiancre mammaire est rare en dehors de lallaitement. il est commun, au contraire, comme conséquence de rallailement* Faut-il parler en chi lires, pour mieux préciser? Je trouve dans mes statistiques la proportion suivante : un cas de chancre mammaire développé en dehors de Taflaitement contre quinze cas de chancre mammaire sur des femmes qui nourrissaient .

/liioiogie. — L*éliologie du chancre mammaire, chez la femme qui ne nourrit pas, se réduit prestjue h une cause unique : contagion portée au sein par la bouche de Thomme. C'est là ce que Bicord appelait plaisamment ^ la contagion [lar nonrrissùn adulte »^

(Quelques exemples :

CHANCRES BU SEm* 277

Nous avons eu ici, il y a quelques ann^^'es, une loule jeune fille, âgée de seize a dix-sept ans, qui présenlait un chancre ly^iique si lue en dehors de Taréole, chancre qui a été suivi de la poussée secondaire classique. Or, cette malade, qui était vierge, disait tenir et ne pouvoir tenir la contagion que de « son prétendu, qui, une seule fois, lui avait embrassé le sein m. Ledit prétendu fut examiné par nous et trouvé en pleine évolution de syphilis secondaire, avec de nombreuses plaques muqueuses labiales, linguales et amygdaliennes.

Autre cas, dans lequel j ai pu de m^me instituer une confrontation démonstrative, — l'n jeune homme du grand monde, que je traitais pour des plaques muqueuses buccales incessamment récidivantes (entretenues qu'elles étaient par un abus formidable de la cigarette), a l'imprudence de courtiser une jolie veuve de ses parentes. Se sachant contagieux^ il croit suspendre à temps ses entreprises amoureuses après avoir embrassé les seins de sa parente au sortir d*un bal* Résultat : six semaines plus tard, il m amène celte jeune femme, sur laquelle je découvre quatre chancres mammaires^ deux sur chaque sein, et tous situés au pied du mamelon, c'est-à-dire sur le sillon virtuel qui sépare le mamelon de l'aréole*

Ce fut de même par rintermédiaire du baiser qu'une malade de nos salles reçut de son amant (qui était syphililique): 1° un chancre de la lèvre inférieure, et "À"" un chancre du sein gauche.

Il va sans dire que la morsure peut faire ce que fait le baiser. Mon distingué collègue et ami le D' Balzer a relaté l'observation d'un chancre induré mammaire consécutif à la morsure d'un sujet affecté de syphilis,

Pour achever celle éliologi<\ il ne me resle plus qu*à signaler une turpitude, relative a la conlagion possible du sein par les organes génitaux.

iiicord a relaté un cas de cet ordre. — J'en ai observé un tout semblable sur une prostituée qin, affectée d'un chancre du globe mammaire, ne faisait aucune difficulté pour avouer qu'elle avail dû bien sûrement être contaminée par un contact inknnammaire.

IlL Chez les femmes qui allaitent, le chancre mammaire dérive : ou bien de Tallaitement lui-mAme, c'est-à-dire d'une contamination transmise par un enfatit syphilitique ; — ou bien de diverses pratiques afférentes à l'allaitement.

1« parlons dabord des conlaminations dérivant de rallaitement,

L'infection des nourrices par les enfants syphilitiques est un fait

si fréquent et si manifeste qu*îl ne pouvait manquer de frapper les

cliniciens non aveuglés par des préoccupations doctrinales. Aussi ce

faita4-il été signalé presque dès les premicrt^ temps du Mal frani^ais.

CONTAMINATIONS EXTRA-GEMTALES.

Dès 1497, par exr>mple, Gaspard Torrelïa écrivait ceci, en propres ténTie& : « .,, Sœpius vidi infanlera infecLum hoc morbo mullas nu*

Irices infccisse(l) n. De même, en 1554, Amatiis Liisilanus produisait une curieuse histoire de ce qu*on eût appelé de nos Jours une vérole â ricùchels issue d*un enfant syphilitique, histoire se résumant en ceci : Une femme syphilitique met au monde un enfant syphilitique, lequel transmet la syphilis à sa nourrice ; — celle-ci la transmet à son mari; — puis, elle la transmet encore à deux autres enfants; — puis, chacun de ces enfants infecte sa mère, ctc.

Ici encore doit trouver place la fameuse observation d'A. Paré, tant de fois et si justement citée. Une nourrice syphilitique arrive dans une maison, oîi naturellement elie infecte renfaol qu'on lui confie. Celui-ci, qui tétait également sa mère, infecte sa mère, laquelle à son tour « baille n le mal à son mari, lequel le a baille » à ses deux autres petils enfants qu'il faisait ordinairement boire et manger, voire coucher avec lui. Paré est mandé pour soigner toute cette maisonnée. » Lors, dil-il^ déclaray au père et mère qu'ils estoyent loas entachés de la véroUe, ce qui estoit provenu par la nourrice; lesquels j'ay traiclé, et furent tous guaris, reste le petit enfant qui mourut; et la nourrice eut le fouet sous la custode, et Teust eu par les quarrefours, n*eusl esté la crainte de déshonnorer la maison (2). »

Que de victimes, depuis quatre siècles, a dû faire de la sorte rallaitement !

Et» en effet, rallaitement est pour la femme une source active et puissante de contamination syphilitique. Cela pour des raisons multiples et diverses :

1"^ Parce que, d'abord, la syphilis infantile est fréquente, bien plus fréquente certes qu'on ne le croit généralemenl, et parce qu'on ne 8 en défie pas comme il conviendrait de s*en défier;

2'' Parce que cette syphilis infantile compte au nombre de ses manifesta lion s les plus communes et presque essentielles le j étage nasal et les tilcérations de la bouche, deux ordres d'accidents les plus contagieux;

3^* l^arce qu'enfin la contagion Irouve en IVspèce, pour s'exercer, tout un ensemble de conditions éminemment favorables, à savoir ; coniact répété et prolongé des lèvres de Tenfant avec le sein ; — humeclaiion des parties par la salive; — structure érectile et délicate tlu mamelon ; ^- prédisposition de cet organe aux fissures, aux excoriations, aux gerçures, toutes portes d'entrée ouvertes au coulage, etc, A tel point que les risques d'inoculation sont certes bien mieux réalisés par rallaitement que par le coïl, pris comme terme de couipa-

(1) GasparJs Torr^Ufc, D« daiore m Pudendagr Bùtlognt. — Aphrodiiti^çaff

(2) DU nêafie$me Ihre, ir»ieUtii de lûgrùête VerolU, ch, m

CHANCRES DU SEÏN- 279

raison* On échappe fréquemmonL, oomme le d<»niontre l'expérience, à !a contagion du commerce sexuel; je n'ai vu que bien peu de nourrices échapper à rinrecUon après avoir allaité un certain temps

un nourrisson syp!iililic|ue.

Aussi renconlre-l-on en pratique î|uantité de femmes infectées par le fait de rallaileraent. EL cVst pîlié, vérîlablemenl, que de voir tant de malheureuses nourrices contracter une détestat>Ie m*Tladie dans Texercice de la plus honni^te et la plus utile des fonctions, dans une fonction de malerniiél — Mais poursuivons*

Quelle est, pour les nourrices, l'origine de cette contamination mammaire ?

Réponse précise, déduite d'innombrables observations : la syphilis mammaire des nourrices procède^ mois avec une énorme inégalité de fréquence relative, soit de Y enfant hérétlfy-sfjphiii(iqtie, soit de l'enfant à syphilis acquise après la naissance.

Pour rénorme majorilé des cas, elle procède d'en fan Is nés avec la syphilis et tenant celle syphilis de leurs ascendants (père et mère syphilitiques, père oh mère syphilitique),

Pour un très petit nombre de cas, au contraire, elle est le résullat d'une syphilis acquise par Fenfanl, syphilis dérivant, par exemple, d'une contamination par l'allaitement^ ou par le vaccin^ ou par une cause accidentelle quelconque,

Et cette inégalité de fréquence n'a rien que de très naturel. Car, forcément, la syphilis acquise nVsl qu'une éventualité d'exception pour Fenfanl, tandis que la sypliilis héréditaire est des plus communes*

Corollaire : De quel ordre itaecitlenls dérivent les contaminations mammaires des nourrices? — Pour Ténorrae majorité des cas, d*accideots de forme secondaire (plaques mu<jueuses buccales, sécrétions nasales, etc.); — pour quelques cas seulement, du chancre, c*est-à-dire de Taccident initial inaugurant chez Tenfanl une syphilis acquise.

Donc, pour les aourrices, le danger vrai, le danger par excellence, c'est Phërédo-syphilis.

C'est de Hiérédo-syphilis que dérivent les contaminations de nourrices qui sont si prodigieusement communes et dont nous avons ici en permanence de si lamentables exemples.

C'est rhérédo-sypltilis qui, en particulier, constitue un fléau pour ces malhaureuses nourrices auxquelles TAdminisiration de TAssistance publique est forcée de conlier les enfants abandonnés dont la protection lui incombe et dont elle a charge vis-à-vis de la société. Or, on a tout fait, certes, on s'est ingénié de toutes façons en vue de

280 C0NTAMINTAÎ0N8 EXTRA- GÉNITALE S,

conjurer !e& flanî^ers qui meoacenl ces nourrices de la part d'en Tant»

ii fïère et mère inconnus. A Paria^ no^ collègues examinenL soigneusement ceï> enfants, les melleni en observation un cerlaiti temps, élahtissenl entre eux une sélection scrupuleuse, et relie nnent à riiôpïlal non pas seulemenL les « malades >» avérés, mais les u siispertn » {c'est-a-dire ceux qui donnent Iteu à la moindre suspicion de syphilis), qu1ls font nourrir ou par des ûnesses ou par le biberon au lait stérilisé. Les u valides ^k les non siispecis seuls sont envoyés en province pour èlre allaités au soin. De plus, en province, ces enTants sont soumis à une nouvelle et assidue surveillance de la part de médecins choisis et délégués ad (wc. Eh bien, en dépîl de tout eela, en dépit de toutes ces précautions accumulées, des hérédosyphilitiques parviennent encore à échapper, à passer (si je puis ainsi dire) a travers les mailles de tous ces filets de surveillance» et à contaminer les nourrices auxquelles ils sont confiés. Si bien (c'est à n y pas croire t mais je parte chitîres en mains, je parle avec des chitTres offîciets), si bien q«*en cinq ans et quelques mois cent trentesix de CCS enfants expédiés en province aprèa e.i^amen (notez bien cela, messieurs, après examen) ont été reconnus syplûlitiques et ont contaminé quatbk- vingt-six nourrices ! Oui, quatre-vingt-six nourrices, à ne parler méuie que de celtes dont rinfection a été constatée officiellement, de par les trop justes revendications qu'elles ont exercées contre l'Assistance publique.

D'autres fois *- mais avec une fréquence qui n*a plus rien de comparable à celle des cas précédents — la contagion mammaire a dérivé de pratiques diverses atférenLes à rallaitemenl, a savoir : soit du dégorgement des seins par succion, soit du « façonnement d^s bouts de sein *>.

Quelques mots à ce double propos.

1. — L'Ue [iralique très répaîuJue dans le monde des nourrices consiste dans le dégorgement du sein par la bouche d'un adulte, alors que, pour une raison ou pour une autre, le sein vient à être distendu par un excès de lait. Une nourrice a-l-elle un enfant qui tetle d'une fai;on insuffisante, ou vient-elle à perdre son nourrisson, ou bien même croiUelle à tort ou k raison avoir <i trop de lait >», elle ne manque guère, si elle n'a pas un autre enfant sous la main, d avoir recours o pour se débarrasser » à la bouche iFune amie, d'une camarade, d'une voisine, voire d*un homme quelquefois. Or, si la bouche qui pratiffue la succion est contaminée, inutile de dire ce qui ne manque guère d'arriver.

Exemple : Une de nos malades actuelles, qui était nourrice, avait un nourrisson qui >« l était mal n. Un jour, ayant les seins gonllés, elle se fit tcLcrparune femme de ses amies, laquelle, affectée à ce moment de plaques muqueuses labiales, la contagionna naturellement au sein.

Page 1