‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 61 sur 123 · CHANCRES DU SEIN · texte numérisé non relu

CHANCRES DU SEIN

ÎI. — C'est lîxactement le même mode de contagion qui s*exerce dans la pratique dite (^ faeoniiement du bout du sein »,

Nombre de femmes qui ont le bouL du sein mal formé ou non formé» voire cédai nés femmes qui sImagiiienL l'avoir tel, se prAleut, avant l'accouchement ou peu après, à des manœuvres de succion ayant pour visée de rendre le mamelon apte è l'ai lai Icment* Que Topéraleur ait quelque lésion corilagieusc *Ma bouche, vous préjugez le résultat.

C'est ainsi qu'a été infcclée l'une de nos malades actuelles, jeune villageoise qui, peu de temps avant ses couches, se désolait « de n'avoir pas de bouts de sein '^ pour nourrir son enfant. Voyant son chagrin, son beau-père lui proposa de lui « faire ses bouts de sein, comme illes avait faits autrefois à sa femme v». Malheureusement^ cet homme, (|ui venait de coni racler la «syphilis, porlail des plaques muqueuses à la bouche. Il contamina sa belle-fille aux deux seins.

M. le D' Feu lard a relaté un fait- calqué sur celui-ci. Il s'agit de même dans ce cas d'un heau-pére qui, voulant façonner les ^eius de sa bru, lui înocula, de par des plaques muqueuses buccales dont il était alors afîecté, trol^ chancres mammaires.

Les contaminations de cet ordre resteraient isolées et au total peu nombreuses, si une condition toute particulière ne les produisait quelquefois par fournées. C*est qu'en effet on a vu plus d*une fois dans des villages — et même en de petites villes de province — des commères, des matrones se poser en spécialistes pour le iraitement des seins avant el après raccouchemenl^ se recru 1er une nombreuse clientèle» et aboutir, le jour où elles contractaient la syphilis, i^i la disséminer sous forme épidémiquc. A preuve la célèbre épidémie de Condé, en 1821, qui a été racontée de la sorte par le D' Bourgogne :

.^H, Dana une ville de pravînce, à Condéf une femme prêtait son ministère soit pour former par la succion le mamelon des nouvelles accouchées, soil pour déjiforger leur*» seins d'une surabondance de lait. CeiLc femme vînt à confrae(^r in syphiliis el fui atroctée, entre autres* accidents, û'utcérutionÊ huccaies. Mandée ^ celle épocjuc au prêts d'une dame récemment accouchée, qui était aH'eclée d*uue fissure au seîn et dont tes mamelles étaient distendues par une grande quantité de lait, elle exerça la succion sur elle plusieurs jours de suite. La fissure au sein ne lanla pas alors h se transformer en ulcère rebelle, qui emporta le manielon ; puis, quelques semaines plus tard se manifestèrent des symptômes non doutt^ux d*une syphilis plus avancée. — Une autre dame fpii, ég^alement alTectée d'une fissure au sein» avait fait appeler la même femme pour se débarrasser de son lait^ fut alTectée d^ ulcères aux mamelons et plus tard d'éruptions pustuleuses de la peau, d*uh.'érations de In gorg^, etc* — Mes doutes sur Tongine de ces deux infections s'étaul chanf;:és en ceriilude par le rapprochement de ces deux faits, et sachant que cette femme était très répandue dans la vilte etauic environs de Condé pour donner des soins

CONTAMINATIONS EXTRA-cémTALES,

aui nourrice*^ je crus devoir donner à la découverte que je venais de faire toute la publicité possible, afin de donner Téveil aux personnes qui s'en serviraient et à celles qui auraient pu la faire appeler. 11 i^tait tenip& de prendre cette mesure; car j'avais â peine fait connaître tout ceci que huil noiirriceM se présentèrent presque au même instant chez moi* Toutes avaient souïTert que cette femme appliquât ses lèvres impures sur leurs seins, et toutes avaient été plus ou moins contag'ionnées* Appek^ dans quelques maisons^ je fus à m^*me de voir que lu contagion ne s'était pas arrêtée k la quantité de personnes que je viens d'indiquer. Je puis porter au nombre de douze ou quatorze les femmes qui ont éle infeciéeê par la succion des seins; six ou huit autres échappèrent & la contagion (1).

Et n'allez pai^ croire que ce soit là seulemenl une histoire du vieux temps, non susceptible de s*ôlre reproduite depuis lors. Car, en 1881, c'est-fV-d ire de nos Jours, une épidémie toute semblable a été importée à Tourcoing par une matrone sinlilulant « lireust* de seins*». Ayant contracté la syphilis d'une de ses clientes, cette singulière pralicienne ne manqua pas de la communiquer â un certain nombre de dames lourquenoises (dont Tune môme, soit dit incidemment, succomba, dès la première année de rinfection, à des accidents de syphilis cérébrale) (2),

N'oublions pas d'ailleurs, à un autre point de vue non moins important, que les syphilis contractées de cette faron ont le sort de toutes les syphilis « des innocents » [sijphilis insoniium); cest-à-dire qu'elles sont exposées plus que d autres h m faire t^che d*hui[e »>, à se disséminer, à créer des foyers, à constituer de véritables petites épidémies locfilefi (3), et cela précisément parce qu'elles restent ignorées, méconnues un oertain temps, parce que pour un certain temps on ne s en méfie pas, on ne se tient pas en garde contre elles* Ainsi, une femme contngionncc au sein par une i* tireuse de seins « allaite sans défiance son enfant et le contagionne; puis, toujours sans défiance, elle confie cet enfant à une nourrice quand elle ne peut plus rallaiter; puis, avec une égale inconscience, elle se livre à son mari, elle embrasse ses autres enfants^ ses proches, etc., etc. Et ainsi de suite. De sorte que, grâce h ces ricochets multiples de contagion, une petite localilé peut se trou%^er infectée en peu de temps.

C'est la ce qui, précisément, se produisit à Condé. Car, ainsi que

11) P. Bourgogne^ ContîdérBtiom générAlei sur U contagion de la mAlndie tîéné' rien ne des enf&ntx irouxiés k teurs noarricet^ suivies de U relation d'ane affection sffphilitique rommuniquée à plusieurs femmes par la .'niccion du nein* taille, iS'i&.

{'2) Voir les détails du cette petite épidémie dans les Leçons sur là sifphiiis du Pr Leioir isno, p. 51,

(3) De trùs nombreusiesëpidéinies locales de syphilis ont rcWilté de cou l^minations par rallalLeTiiciit, et quelques-une^ même, en niisun du nombre des sujel-i infeutt^s, se sionL i-k-vi-c» au rang de véritables simstres publics. Ce serait sortir de mon sujet que de les rulatt^r ici ^ mois je dois au luoins les signaler au passajj^e. — On en trouvera une nonienclalure campïète dans ce livre auquel il laut loujuui^ revenir et qui est dû à Duncan Bulkley, La typhitis des innocents.

CHANCBES BU SEIN,

nous rapprend rhblorien dr celle pcliie (^'pîdémie : « 1" Presque toutes leâ ferames qui gagnèrenl ainsi la syphilis la commiiniquèrenl à leurs enfants; — 2" quelques-uns de ces enfants IransmirenL le mal, 3 va ni qu'il fiH découvert, à des nrmrriccs auxquelles on les avait eonlit^s; ^3° plusieurs de ces nourrices gâlerenl également leurs propres enfants, à qui elles donnaieul le sein concurremment avec le nourrisson infecté ; — 4** bien plus, enfin, des enfants sains, qui se servirent des vases que les nouveau-nés infectés avaient lonchés de leurs lèvres, conlraclèrcnt également cette dégoûtante maladie. ^»

De même, à Tourcoing, il y eut plus de vingt personnes infectées du fait de la << tireuse de seins », à parler seulement de celles qui se firent connaître.

IlL — Au point de vue prophylactique il importe de signaler que le chancre mammaire comporte parfois un vf^ri table pronostic soeiai^ en cesens qu'il crée pour la société, pour tout le monde, de nombreux risques de contamination.

Comment cela ? En conslituant un des modes de cette syphilis ilomestiqae si particulièrement redoutable par ses ricocliels inattendus, parfois mulliples, voire extraordinairemeul multiples.

La syphilis mammaire, en effet, est une de ces syphilis dont on ne se méfie pas, contre lesquelles on ne se tient pas en garde, et qui, pour cette raison même, aboutissent souvent à faire de nombreuses victimes.

Oui certes, je le répète, on ne se méfie pas ou tout au moins on ne se méfie pas assez de la syphilis mammaire. Dans le public extramédical, c est-à-dire dans le grand public, on ne connaît guère celle syphilis, ou bien, quand on la connaîl, on en lient à peine compte. Qui pis est, souvent on n'en a même pas notion. Ainsi, nombre de femmes, nombre de très honorables mères de famille n'ont pas la moindre idée des dangers que peuvent faire encourir à leur enfant des nourrices ou des nourrissons inconnus. De cela j'ai par devers moi un exemple si topique que je ne puis résister à Tenvie de vous le citer au passage. La jeune femme d*un de mes élèves me racontait un jour, et cela non sans une certaine pointe de satisfaction, que la nourrice de son petit bébé u avait lellemenl de lait, mais tellement de lait, qu'il lui arrivait parfois, aux Tuileries, de donner à léter à ptnsieurs enfants inconnus pour se dégorger les seins *k Et j'ai eu toutes les peines du monde à faire comprendre à cette jeune femme les dangers d\ine telle imprudence, dangers dont elle n'avait pas la première notion. Or, s1l en est ainsi dans le public des femmes du ne classe élevée, s'il en est ainsi pour une femme de médecin, jugez ce qu'il doit en être dans le public des classes inférieures!

Eh bien, c'est d'une tolie inconscience^ d'une telle ignorance, que

284 CONTAMINATIONS EXTHA-GÉNITALES*

ppocèdent, pour nombre de cas, les conl ami nation s d*origine mammaire* Que voyons-nous, en effet, se produire eu maintes occa* si ou s ? Ceci :

Une nourrice ou une jeune mère est contaminée au sein. Avec la plus parfaile inconscience du danger, celle femme donne le seinà son nourrisson ou à son enfant, qu'elle contamine, — Mais ce n'est pas tout.

Secondement: Avec la m^me inconscience, celle ferarae se livre à son mari, qu'elle ne manque pas de contagion ner.

Troisièmement, interviennent alors les ricochets. Les enfants inteclésde la sorte — dont on ne se méfie pas davantage — conlagionnent h leur tour les nourrices auxquelles ils viennent h ûtre confiés.

Quatrièmement, ces nourrices infectent ou peuvent infecter soit leurs enfants, soiL leurs nourrissons, soit des nourrissons élraftigers auxquels elles donnent accidentellement le sein.

Cinquièmement, à tout cela peu%'ent encore s'ajouter les contagions dites domesliques, dt^rivanl soit des mille contacts de la vie in lime, de la vie en commun^ des baisers écliangès entre bonnes et enfants, entre enfants et parents, etc., soit d*objeis d'usage commun (verres, cuillers, serviettes, etc., etc.).

Si bien qu'une syphilis mammaire peut devenir forigine de toute une série de contaminations qui se Iransmeltenl dans une famille, dans une maison, dans un village.

Les exemples de ces petites épidémies de famille, de maison ou de village, issues de la syphilis mammaire, abondent et surabondent dans la science* C* est ainsi, dans un cas relaté par Barillier, qu'une nourrice syphilitique infecta: 1** un enfant (qui mourut); — 2" un autre enfant ; — 3^ que ce dernier enfant infecta une nourrice ; — 4** que, de plus, cette nourrice infecta un autre nourrisson.

De môme j'ai relaté, il y a quelques années, Thistoire d*une nourrice syphilitique qui, introduite dans une famillei y devint lorigine de sept contaminations syphilitiques, dont Tune mortelle. Ainsi: cette nourrice commen^^a par infecter renfanl qui lui était confié. Puis^ celui-ci infecta sa mère et sa grand 'mère, qui ne cessaient de Tembrasser, ainsi que deux petites bonnes, toutes jeunes, vierges, à labri de tout soupçon. Puis, a son tour, la mère infecta son mari. Finalement, elle devint enceinte, et, comme de raison, avorta. Total : sept victimes. •

Le nombre des victimes d'une semblable contagion s'éleva même à qiiniorze (à ne parler que de celles qui furent connues) dans un cas qui a été raconté par le D"" Dron (de Lyon) et qui se résume en ceci : Une femme, qui avait été conlagionnée au sein par un enfant syphilitique, eut rîmprudence de donner le sein à trois enfants qu'elle infecta.

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