‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 64 sur 123 · CHANCRES DE LA MAIN. — ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

CHANCRES DE LA MAIN. — ÉTIOLOGIE

2Û sur de» médecÎTîs ou dei chirurjjricns ;

4 sur de!( aecoucheurs ou des médecins praliquânl d'une fftçon fréqucnlc; de% accouchemettls:

5 iut des élèves en médecine .atUchcs Tun et Tautra à des iervic^s spé- Cinux d*a(îections vénériennes) ;

1 sur un èludiant en médecine (altachë à un hôpital générât) ; 3 sur des sageâ-fenimes.

Total. 30

rajouieraî que, dans ta grande majorité do ces casc^td autres semblables, un rapport de caut^Itté pr<^cis, tormel» irrécusable» a pu être tUabli entre la cause coutamiDatite et l'aeeitlenl de contagion, — Quelques exemples:

Daos J un de ces cas, c*esl un mMecin qui réduit un paraphimosis compliquant un chancre induré* et qui» quatre semaines plus lard, se trouve contaminé au doîgl annulaire.

Hans^ un autre, c'est un chirurgien qui pratique une opération sur un sujet affecté de syphilis secondaire, se blesse à un doigt, et, quatre à cinq semaines après, présente à ce doigt, au niveau de la blessure, une <' lésion croôlelleuse *> qui devient un chancre syphilitique.

Dans un troisième, c*est une sage- femme qui prend un chancre du médius pour avoir fait un accouchement et une délivrance dirficile sur une femme affectée de nombreuses plaques niuqueuses vulvaires au moment mi^me de Taccouchement.

Dans un quatrième, c est un accoucheur qui, pour avoir pratiqué une version sur une femme syphilitique, contracte un chancre au point dit u tabatière anatomique n.

Dans un cinquième, c'est un dentiste qui, ayant une écorchure au doigt médius, fait une série d^opérationn délicates et de longue durée dans la bouche d'un malade affecté de plaques muqueuses labiales et linguales, et contracte un chancre syphilitique au niveau même de cette écorrhure.

Dans un cas du D' Jullien (cas stir lequel nous aurons k revenir), cVst un médecin qui contracte un chancre sur une écorchure digitale en explorant un malade affecté de chancres syphilitiques à la verge et au scrotum.

Dans un cas de C. Pellizzari, c'est un infirmier qui, assistant no chirurgien dans une opération prntiquée sur la vulve d'une femme syphihiique, a les mains couvertes de sang, ne se lave que tardivement, et prend ainsi un chancre de la main.

Kl ainsi de suite. Je n'en finirais pas si je voulais citer tous les cas de ce genre, qui vraiment surabondenl soit dans les archives de la science, soit, pour un plus grand nombre, dans les souvenirs des médecins.

Tout naturellement, encore, la fréquence des contaminations de cet ordre est proportionnelle aux risques encourus. Aussi ces

CONTAMINATIONS EXTRA* GENITALES.

conlaminaLiofis onl-eJJes été plus souvent observées (d'une façon relative, bien entendu) chez les médecins qui s'y trouvent spécialeinenl exposés par leur pratique spéciale, cest-à-dire ctiez les médecins ou chirurgiens attachés aux hôpitaux de vénériens on de vénérien neB, aux Dispensaires de salubrité, au service de surveillance des prostituées, chez les accoucheurs, les sages-femraes el les élèves sages- femmes des Maternilés, où abondent de jeunes malades en état de sypfiilis secondaire, etc., etc. Mais toujours esl-il qu'on en rencontre aussi bon nombre en dehors de ces conditions prédisposantes, à savoir chez des médecins ne s'occupa nt que de médecine générale. Est- ce parce que ces derniers sont moins défiants que nous, se tiennent moins bien que nous sur la défensive, ne s'entourent pas des précautions sans lesquelles la contagion serait à Tordre du jour dans nos services spéciaux? J'incline fort à le croire.

II, — De I ont autre origine sont les contaminations de notre second groupe. Celles-ci dérivent d'attouchements erotiques, vénériens.

Suivant un mot bien connu de Hicord, «• en fait de contagion syphilitique on est toujours [luni par où l'on a péché '>. Rien d'é tonnant donc à ce que ia main soit queh|uefois punie de ses propres péchés.

Naturellement encore, e'esl le médiuê qui, de tous les doigts, est le plus sujet à ces sortes d'expiation. Il a ses raisons pour cela,

Nous avons eu ici un spécimen du genre sur un sergent de ville qui, après avoir arrêté et conduit au ** violon » une danseuse de bal public^ commit llmprudcnce d'aïïcr lui porter dans sa prison quelques consolations particulières. Comme à cette époque {ainsi que cela fut étabh plus tard) la jeune captive était en pleine évolution secondaire avec force plaques muqueuses à la vulve, il contracta sur le doigt coupable un cliauere induré dont il vint se faire traiter dans nos salles.

IIL — B^nfin, beaucoup plus communes qu*on ne le supposerait a priori sont les contaminations par morsure. J en ai relevé une dizaine de cas dans mes notes el un bien plus grand nombn* dans les publications périodiques. Il va sans dire, et pour cause, que les contaminations de cet ordre ne s'observent guère qu'à l'hôpital, car elles sont la suite d'un ordre de rixes qui ne se produisent guère dans un public bourgeois. Je n'en ai pas rencontré uu seul cas daus la clientèle de ville.

L'histoire de ces chancres par morsure est toujours la même. Dans une querelle on en vient aux mains, et l'un des adversaires {généralement celui qui aie dessous) saisit la main de l'autre el la mord.

CHANCRES DE LA MAIN. ETIOLOtilE, 289

La pelite blessure suit sa marche orditiaire, s^encmùte et se cicatrise à brève échéance; puïs, sur la cicatrice ou sur la croule encore persistante, écloL et se confirme, trois A quatre semaines plus lard, une lésion nouvelle» laquelle n'est autre qu*nn chancre syphilitique. Nous avons traité ici, ces dernières années, un agent de la sùrelé qui, en arrêtant un voleur, fui mordu par celui-ci à la main. Un chancre typique se produisit au siège môme de la morsure, el des renseignements positifs nous a]>pnrenl que le voleur était en état de syphilis.

IV, — Conlamînalion médicale, conlaminalion vénérienne et contamination par morsure, voilâtes trois origines usuelles des chancres de la main.

Mais il esl évidenl que tout coniacl susceptible d'importer sur la main le contage spécifique peul suffire à y importer la contagion. Or, les circonstances capables de réaliser ce contacl varient naturellement à l'infini. Citons-en quelques-unes à titre de spécimens.

Le D' BarUiélemy a vu une nourrice prendre un chancre du doigt médius en soignant un nourrisson afîeclé de plaques muqueuses périanales*

Vn de mes clients a conlracté de la façon suivante un chancre du dos de la main. Dans un accès de colère furieuse, sa maîtresse Tavail griffé en ce point; puis succéda une réconciliation presque immédiate, el alors, pour exprimer son repentir, celle femme couvrit de longs baisers la petite éraflure qu*avait produite un de ses ongles. Mais, comme elle portait à la bouche en ce moment plusieurs plaques muqueuses, un chancre induré fut la conséquence de ses tendresses.

Vn police man» dont Hutchinson a relaté Thistoire, contracla un chancre induré du médius, près de l'articulation mélaearpo-phalangienne, en assénant un grand coup de poing sur la bouche d'un voleur avec lequel il se colletait. Son doigt s'écorcha sur les dents de cet homme, elce fut exactementau niveau de cette petite blessure que se manifesta, dans les délais de Tincubation réglemenlaire, un chancre syplulitique. — In fait exactement identique a été observé plus récemment par le D'' Lejars. {!)

Autre cas, dCi à W, Taylor. Une jeune femme pansai l chaque jour son amant, qui élailatrecté d'un chancre induré de la verge* Un jour, en procédant à ce pansement, elle se piqua le doigt avec une épingle et ne pril aucune précaution pour proléger la piqûre. En ce point même se développa un rhancre induré.

Vient enfin le chapitre des contagions médiates. ^Vinsi, dans un

(1] V, AnnAiet de dermai, et de syphiL, 1B93, p. 370.

CONTAMINATIONS EXTRA^GÉNITALES.

cas cilé par moa distiagiié collègue le D"^ Polaillon, une surveillanle d'hôpital conLracia un chancre induré d*un doigt an maDipulaoi le linge sale de ses malades*

Dû môme un de mes malades, chiiïonnier, paraft bien avoir été infeclô de la sorte à la main, en LnaoLde vieux cbidbns el des linges absolument sordides.

Dans la plupart de ces observations, comme dans une foule

d'autres semblables qu'il serait supcrllu de ciler, le mode de p*^nétraiioEdu contage a été souvent expliqué par une lésion tëgumentaire quelconque servant de u porte d'entrée *> au germe inrectienx. Celte lésion a consisté tantôt dans un traumatisme léger (piqQre laite par un bistouri au cours d'une opération, piqûre d'épingle, éraflure, érosion de provenance quelconque); — tantôt dans une dermatose eciémnteuse ou ecxématoidfi altérant et exfoliant Tépiderme, c'est-àdire diminuant la protection tëgumentaire; — tantôt dans des engelures, des gerçures, des crevasses du dos de la main ou des extréraités des doigts (ainsi Tun de nos collègues, chirurgien, a été infecté sur des gerijures desdoigtn conséculives à de IVéquenles ablutions avec Tacidc phénique et le sublimé); — tantôt enfin el assez fréquemment (notez bien ce fait, très essentiel pour la prophylaxie) dans ces petites lésions i n nom i nées en pathologie, mais portant en langage vulgaire le nom d'envies, qui se produisenl surtout au pourtour latéral de Tongle et consistent en des soulèvements de fines languettes épjdermiques. La chute ou Tarrachement de ces languettes laisse à leur base de minuscules dénudations dermiques, lesquelles, si insignitlantes soient-elles, n'en sunisent pas moins à la pénétration du contage. Ainsi, plusieurs de nos confrères ont l'absolue certitude, m'onl4ls affirmé, « d'avoir pris la contagion par de petites envies périuuguéales qu'ils avaient négligé de recouvrir, bien que continuant Texercice de leur profession ».

Tous ces faits tendent bien à démontrer que la contagion s exerce usuellement sur la main, comme ailleurs, par une effraction du derme. Mais cette condition, c'est-à-dire la dénudalion dermique^ est-elle une condition indispensable a la conlagion? Eternel et insoluble problème, sur lequel on a discuté à satiété sans jamais aboutir à rien de positif*

Certes, il est démontré par l'expérience journalière qu'une peau rigoureusement indemne et pourvue d'un épiderrae en bon état résiste à Tintroduction du contage déposé à sa surface. Car, s'U en était dilîéremment, qu'arrivcrail~it aux médecins qui, comme nous, sont exposés chaijue jour à toucher, explorer, manipuler des plaies syphilitiques de tout genre ?

Mais, d'autre part, y a-t-il impossibilité absolue h ce que le contage syphiUlique pénètre la peau sans traumatisme, sans dénudation préa-

Page 1