‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 68 sur 123 · CHANCRES DES REGIONS ANALE ET RECTALE · texte numérisé non relu

CHANCRES DES REGIONS ANALE ET RECTALE

J ai dans mes notes un cas de même genre, relatif à une vieille dame de ma clienlèle* qui fut infectée à Tanus par une canule irirrigaleur dont se servait, à son insu, sa femme de chambre, aiïecléede sypliilides vulvaires.

 cela il faut ajouter encore une contagion dont j'ai déjà produit plusieurs exemples et qui n'est autre que la contagion par Je crayon de ni l raie ftiinjeni.

Je suis persuadé que plusieurs cas de chancres anaux ou périanaux que j'ai observés en ville ont résulté de cautérisations pratiquées avec le crayon de nitrate d'argent. De cela je n*ai que deux ordres de preuves^ preuves insuffisantes', à coup sfir, mais les seules dont on puisse disposer en la circonstance, â savoir :

P Des raisons morales. — Plus d'une demi-douzaine de fois il m'est arrivé de constater des chancres anaux ou périanaux sur des sujets à propos desquels le soupçon d*une conlamî nation par les procédés usuels DÏ'îaîl vraiment pas acceptable, notamment, pour deux cas, sur de braves mères de raniille, vénérables, âgées, dont j'ai trouvé de plus les maris absolument sains.

2^' Des présomplions fUnifiues. — Toujours, dans les cas en question, un mt'^me ordre de cirt'onstances a présidé soit à la genèse du chancre, soit à révolution morbide. Ainsi ; toujours, le chancre s'est manifesté dans les mi^mes conditions, à savoir sur des sujets alTeclés depuis un certain temps de diverses lésions anales (fissure, hémorroïdes, excoriations, eczéma, etc,)» lésions à propos desquelles une cautérisation avait fini par intervenir. D'autre part, c*esl invariablement de trois à cinq semaines à la suite de cette cautérisation que s'est inaugurée la lésion nouvelle constituant le chancre. Puis, à son tour, celte lésion a été suivie, à distance significative de six, sept à huit semaines, par Texplosion spécifique secondaire» Un tel ensemble de considérations et, tout particulièrement, ce rapport chronologique entre la cautérisation et finvasion du chancre ne laissent pas, certes, de constituer des présomplions réelles en faveur d'une inoculation par le crayon de nitrate d'argent. Au surplus, c'est là un point que j'ai déjîV longuement discuté dans ce qui précède et sur lequel je n'ai plus à revenir.

CONTAGIONS MEDICALES DE LA SYPHILIS

Sous le tilre de conidgions médicales de la syphilis on comprend toutes les conl^tninations syphilitiques dérivant de la pratique médicale.

Tout naturellement ces conlaminations se distribuënl eu deux groupes : ou bien c*est le médecin qui est Fauteur de la conlag^ion ; c*est lui qui, d'une la^^on médicale quelconque, transmet la sjphilis à son clicuL; — ou bien, inversement c*esL le médecin qui, daus la pratique de sonart, la reçoit de son malade.

Ces deux ordres de contaminations sont fréquents, bien plus fréquents qu on ne serait tenté de le «supposer a priori. Ils méritent donc, lun et Tautre, de Oxer notre attention.

Parlons du premier tout d abord.

11 n*esl que trop vrai qu*en maintes occasions des con La mina lions syphilitiques ont dérivé de pratiques médicales diverses, c'est-à-dire que des médecins ont contagionné de syphilis, dans Texercice de leur art et de par telle ou telle pratique médicale, des clients qui s'étaient confiés à leurs soins pour nlniporte quelle maladie, Malheureusemenl, le fait n'est que trop indéniable.

On ne saurait récuser non plus que ces conlaminations de provenance médicale ont dérivé quelquefois d'imprudences, de négligences, d'inattentions coupables, bref de véritables fnuies contre Fart, Mais il y aurait injustice, d autre part, à ne pas reconnaître que bien [jIus souvent lesdites contaminations ont été le résultat d'ignorances pour le moins excusables. A preuve ce qui s est produit pour la syphilis vaicinale. Oui, sans doute la vaccination a été l'origine de multiples transmissions de sypliilis. Mais, à l'époque où ces catas^ trophes se sont produites, soupçonnait-on ce qu'on ne sait que trop bien aujourdMini, à savoir les dangers possibles de rinoculation d'un vaccin emprunté à un organisme entaché de syphilis? Est-ce qu'alors le modeste praticien tjui, dans son village, cherchait à propager les bienfaits de la vaccine pouvait avoir idée des périls auxquels il exposait ses inoculés^ alors que de tous côtés les maîtres de Tari innocentaient par avance la vaccine de tous risques de contamination.

CONTAGIONS MÉDICALES BE LA SYPHILIS

D'une pari, il semblaîl d(>moîitre que les sécrétions physiologiques ou mi^me pathologiques tfun sujet eulaché de syphilis ne contenaient pas le contage syphilitique et, par conséquent, élaient incapables fie transmettre la syphilis. Et, d'autre part, on proclamait avec un enthousiasme iiTénéchi que la vaccine nï4ait susceptible que de transmettre le vaccin, à Tex^dusion de n'importe quel autre contage» La vaccine, disait-on dans le langage imagé de l'époque, est ^ une vierge immaculée et tmmaculahle^ done incapaïde de s associer à n'importe quelle autre afTecUon contagieuse, incapable de transmettre quoi que ce soit d'autre que sa bienfaisante préservation individuelle et propre " , Donc, ajoutait-on encore tout naturellement, rien à craindre d elle, alors môme qu'elle aurait été empruntée à un organisme souillé de syphilis.

Mais inutile de nous attarder à plaider ici en notre faveur les circoDstances atténuantes. Des fautes médicales, nous le reconnaissons, ont été commises. Déplorons-les, et, au lieu de chercher â nous exonérer de responsabililés encourues dans le passé, travaillons à sauvegarder Ta venir, c*esl-à-dire travaillons à découvrir pourquoi et comment ces fautes ont pu être commises, de façon à nous en garer à tout jamais, — Sans plus tarder, abordons cette élude.

I, — Commeni, de quelle façon le médecin peut-ii être dangereux pour ses malades^ au pot ni de i*ue d'une transmission de syphilis^ dans r exercice de sa profession ?

De façons multiples et diverses, voire variées à llnGni.

Si variées cependant soient-elles, ces possibilitéB de contamination professionnelle ne peuvent pas moins, pour la facilité d*une exposition dogmatique^ être réparties en trois groupes, comme il va suivre.

Ainsi, le médecin peut être dangereux pour ses malades :

1** par ses mains ;

2* par ses instruments ;

3° par le transport sur un organisme sain de produits organiques empruntés à un sujet infecté de syphilis.

Examinons ces trois modes.

1* Le médecin peut être dangereux par ses mains.

Cela vn de soi. En toute évidence, si nn médeciu, après avoir touché une lésion suppurative de syphilis, vient à porter sur un sujei sain ses doigts encore souillés du pus syphilitique, il court risque de transmettre à ce sujet letlit coulage. Que si, par exemple, après avoir exploré un chancre syphilitique, il se met à explorer de même fa<;oii sur un autre sujet un chancre simple ou une plaie simple, i! peut transporter sur ce chancre simple ou cette plaie vulgaire le venin ou le mi i- robe de la syphilis. De même, si, après avoir manipulé des plaques mu-

CONTAGIONS MEDICALES DE LA SYPHILIS

queuses, il se met à pratiquer avec ses doigts non délergés, non purifiés, le loucher vaginal ou le toucher rectal, ou bien encore à palper un eczéma, à gratter les squames d'un psoriasis, à renverser une paupière, elc, elc, il encourt le risque, par n1 m jiorte laquelle de ces manœuvres, d'inoculer les surfaces qu'il aura touchées, ne serait-ce môme qu'un instant. Qui donc, en elTot, oserait répondre qu'un attouchement pratiqué Bur des téguments sains par une main souillée de pus syphilitique doive rester sûrement inotlensif? Qui donc oserait affirmer que le contage syphilitique, même simplement déposé sur une surface cutanée ou muqueuse, ne puisse, avec Taide do quelques çîrcrm stances adjuvantes (comme une stagnation prolongée in ^//u, par exemple) taire sa trouée à travers la lïarrière épidermiqne ou épithéjiale et pénélrer ainsi par effraclion dans lorganisme?

Des dangers de cet ordre sont surtout à redouter dans les services hospitaliers, el plus encore dans les grandes consul ta lions des hôpitaux spéciaux, celles de Saint-Louis, par exemple. L^, en efîel, rénorme affluence de malades, la multiplicité et la précipitation des examens rendent plus que facile un oubli, une négligence, une distraction, une inadvertance quelconque, aboutissant ou susceptible d'al>outir à un transport contagieux d\in malade à un autre par la main du médecin.

Des cas de ce genre ont été plusieurs fois cités. Aucun, que je ^che au moins, n a jamais réuni tous les éléments nécessaires à une démonstration parfaite et sans appel. t!t, en effet, de telles contaminations ne sont pas de celles, on le conçoit de reste, qu'on puisse surprendre sur le fait et suivre à la piste. Mais qu'importe? En Tespèce se trouve applicable ce mot de je ne sais pas quel homme d esprit : « Les histoires les plus vraies ne sont pas celles qui sont arrivées, mais bien celles qui, par la force des choses, sont destinées h se produire fatalement un jour ou l'autre »». Eh bien, précisément, les contaminations syphilitiques de Tordre de relies qui nous occupent en ce moment rentrent dans la catégorie des faits qui n'ont pas besoin de spécimens comme démonstration, par cela mérne qu'ils réhultent de la nécessité des choses.

A fortiori et tout naturellement le médecin devient-il bien plus dangereux encore pour son malade si, malade pour son compte, il commet Timprudencc de continuer rexercicc de sa profession alors qu'il est aiïecté d'une lésion spécifique siégeant aux doigts et à la main (périonyxis, syphilide, chancre, etc.). De cela témoignent quelques faits des plus péremptoires. Ainsi :

Ilutchinson a relaté le cas d'un accoucheur qui, portant à un doigt un chancre syphiHtique dont il avait méconnu la nature, commit ri m prudence d'examiner l'anus d'une jeune femme affectée d'hémorrhoïdes et la contagionna înstta. Un chancre se produisit sur cette femme (qui était au-dessus de tout soupçon) exactement au

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