‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 72 sur 123 · TBAÏTEMENT PRÉVENTIF DE L HEREDITE PATERNELLE · texte numérisé non relu

TBAÏTEMENT PRÉVENTIF DE L HEREDITE PATERNELLE

dans un cas, ils ont calculé que 100 grammes de fcelus contenaient environ 0^',tK>7 do mercure (exactement 0^0068). Ils l'ont retrouvé j usq u e da ns le miHroii i u m et Ta tn n îos .

Donc, comme Ta très l>iendil M* Porak, tf puisque les médicaments passent à travers le placenta, il peut y avoir une thérapeutique fœtale ». Eh bien, c'e*^t en lespèi-e cette thérapeutique fœtale que ijous mettrons en leuvre. Cela était rationnel théoriquement; empiriquemeut, cela est devenu une réalité.

"2° En second lieu, ce mode de (railement est exempt de dangers pour la mère.

On avait exprimé la crainte que ce traitement ne créât des troubles gastriques, ne vînt à augmenter, à exaspérer les troubles gastriques propres a la grossesse (dyspepsie, vomissementSj intolérance stomacale, etc.)^ ou bien encore qu'il n'ajoutai son action anémiante à t'anémie propre de la grossesse.

Certains confrères préjugeaient même qu*il serait mal toléré, parce que, d'après eux, « Tétat syphilitique favorise très certainement le tolérance des remèdes spéciOques », et que ce singulier adjuvant ferait défaut en Tespèce.

Eh bien, non seulement lexpérienee n'a pas confirmé ces apprébensions, qui sont toutes théoriques, mais elle leur a infligé un démenti formel, en montrant i|u*nne femme enceinte» mÔme non sypliilitiqne, supporte ou peut supporter absolument bien le traitement spécifique, pour peu qu*il soil donné avec mesure et méthode. Jamais^ pour ma part, je n*ai constaté en pareille circonstance le moindre incident regrettable. J'en suis encore, relativement à la tolérance vis-à-vis du mercure ou de Tiodure de potassium, à chercher lombre d'une dilTérence entre les femmes non syphilitiques et les femmes syphilitiques. Dans tous les cas que j'ai observés, j*estime ijue le traitement spécifique de la femme saine et enceuitc n'a jamais présenté le moindre inconvénient^ n'a jamais nui, u*a jamais été Torigine du moindre préjudice. Et tous ceux de mes collègues que jai interrogés sur ce point m^ont exprimé un senliment idenlique

M, le professeur Pinard, notamment, dont Fautorilé esL si grande en pareille matière, me disait lout récemment que *« lui aussi eu était encore à rencontrer un premier cas où ce traitement ait paru nuire à la femme d*une façon quelconque ^u

3*^ Troisième point, et avec celui-ci nous voici arrivés à ce que notre sujet contient de plus essentiel.

Ce mode de frailaneni peid-il être profitable à f enfant?

Sur ce point, pas de contestations possibles* L expérience clinique s'est prononcée à ce sujet.

Je ne dis pas, certes, que toujours ce ti^iteraent préservera Tenfanl

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et de la mortel de la syphilis; maïs J6 prétenrlâ t|U*il conslitae pour lui une rMle sauvegarde dan;^ la plupart des cas. Deux ordres do laits vont établir cette démonstration.

Dans im premier groupe je rangerai les cas répondant au schéma

suivant:

Femme saîoe mariée à un sujet affecté de syphilis et de syphilis en

condition de nocivité possible ou probable sur le produit de conception, — t^remière grossesse. — Traitement spécifique de la mère au cours de la g^rossesse.

Dans les circonslances de cet ordre, quels résultats observe- t~on par rapport à la lernitnaison de la grosséîîse? C'est-à-dire que devient le fœtus ?

Boponse : En ces conditions, très généralement, la grossesse abouUt à son terme, et reniant naît vivant, le plus souvent sain.

Ce résultat est, dirai-je, non pas constant, mais très habituel (à la condition, bien entenrlu, que le traitement ait été inauguré à une époque peu distante du début même de la grossesse; car, s'il n*a été inauguré que tardivement, il court grand risque d'échouer, ainsi que je le dirai dans un chapilre ultérieur de cet exposé).

 l'appui de ce qui précède, inutile de citer des faits particuliers, car les cas de cet ordre abondent ; ils sont légion.

Mais ici une objection se présente. On pourra dire ; Sans don le les faits qui composent ce premier groupe ne laissenl pas de s'observer en pratique; mais ont-ils vraiment grande signifii-alion ? Car Thérédité paternelle est loin d'être fatale en fait de syphilis, et souvent môme elle ne s'exerce pas, alors cependanl qu'elle seniblerait devoir s'exercer. Donc il est possible que, dans les cas en question, le fœtus fût né sain, alors même que la mère n'aurait pas été traitée. En con séquence, il n'est pas rigoureusement prouvé que le traitement de la môro ait été cause de Timmunité de renfatît.

L'objection, répondrai-je, n'est pas sans valeur. Je ferai remarquer cependant que, si l'immunité de l'enfant est un résultat rrétjucnl, habituel, alors qu'intervient le traitement maternel, il faut bien en toute vraisemblance que ce traitement soit pour quelque chose dans cet lieureux résultat. Car, franchement, ce n'est guère ThabilLide que riulluencc paternelle reste ainsi indiiïérente et inactive quand elle est abandonnée à elle-même sans correctif.

Quoi qu'il en soit, ne chicanons pas sur ce premier ordre de preuves ;carnou s en avons d'autres u produire auxquelles semblable objection ne saurait être opposée*

Un second groupe de faits, ceux-ci bien autrement démonstratifs, nous est ofTert par la seconde des situations que je vous signalais

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préeédenaraent, à savoir: Ménagt^ où déjà plusieurs grosrses^es se sofif iernu'nées tf une façon tit'sa?iireUHf.

Je précise : Femme saine» mariée à un lionime syphilitique. — Deux, troiî*, quatre, cinq, six grossesses issues de ce couple se sont toutes lermiiit''es ou par avorlemenU, ou par accouchements prématurés avec enfants morts, ou par naissance d'enfants sypliililiques, Jusqu alors la mère n*a jamais été Irailée, ni au cours, ni dans Tinter* valh> de ses grossesses. — Survient une grossesse nouvelle. La mère alors est traitée. *Ju'arrive-t-il? C'est que cette grossesse se termine parla naissance â terme d'un enfant vivant et sain.

Si des fails de cet ordre, calqués sur ce dernier schéma, se rencontrent en pratique et cela avec une certaine fréquence, je demande quelle objection sérieuse peul vraiment être adressée à rintluencedu trailcmenL

Oue manque-l-il h de tels faits pour édifier la conviction ? D'une part, rintlurnce novice du père y est bien démontrée de par cetle série d'avortements ou d*accouchenienls avant terme^ et mieux encore de par la narssanced'enfanls entachés de syphihs, etc. Cela est incontestable ^ — D*autre part, toute une série de grossesses a abouti à des résultats désastreux, alors et tant que n*esl pas intervenu le traitement maternel. — Intervient ce traitemenl à une dernière grossesse^ et celle-ci donne un enfant sain, — Comment se relViser à attribuer cette immunitéde renlanta l'unique causequi, n'étanlpas intervenue dans les grossesses précédentes, est intervenue dans la dernière? Car en ]>alhologie, je pense, la logique et le bon sens ne sauraient perdre leurs droits.

Eh bien, des laits decet ordre existent-ils? Oui, certes, et en nombre considérable aujourd'hui. Tous les accoucheurs vous en citeront, et, pour ma seule part, j'en aurais plus d*nne cinquantaine à produire.

Comme spécimens, je vous relaierai les suivants :

En voici d'abord un qui m'est personnel.

1, — L^n jeune homme contracte la syphilis en 18KK Je le traite pendant cinq mois, puis ne le revois plus, — En 1883, il ^e marie. — Une première grossesse amène un enfant qui succombe à neuf jours <*. par faiblesse congénitale ^k — Une seconde donne un enfant qui, dès la cinquième semaine, est criblé de syphilides, puis dépéril, tombe dans le marasme et meurt.

Désolé, le mari revient alors à moi, m 'amenant sa jeune femme qui commence une troisième grossesse. J'examine cette femme, que je trouve, d'une part, absolument indemne de tout accident syphilitique, voire de tout commémoralif suspect, et, d'autre pari, liien portante, bien consliliiée, exempte de toute lésion utérine, etc. J institue pour elle un traitement spécifique qui, continué reMgiensemenl pendant tout le cours de la grossesse, ^ consisté en ceci : proloiodure de mercure, à la dose de 0*^'%O:25 par jour, alterné avec iodure de

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polâs$iuDi (i k'2 grammes quolidiennemenij; vin de (juloquina; de temps à au Ire, sirop l'errugineiix, etc.

RésulLai : Aecouehemenl à lerme trtm hcî cnptnl, alisniumeni i^riin. Cet enfant, qui a aujourd'hui quatre à cinq ans» esl toujours resté inclemne de loul accident syphilitique.

IL — Mon 'collègue et ami le D' HibcmonL-Dessaigues est consul lé par un jeune ménage dans les conditions que voici : le mûri a été a(Teciéde syphilis ii y a une dizaine d'années ; et, celte syphilis, il Fa fort négligée, il ne Ta traitée que dêux mois au début; — la jeune lemme est déjà devenue enceinte quatre fois, et, bien que vigoureusement consliluéejouissant d'une excellente santé el restée indemne de toute contamination spécifique, elle n'a pu mener ses grossesses u lerme. — Derechef^ la voici cnreiutc depuis cjuelques semaines.

Après long examen, M. H ibemont- Dessaignes ne trouve d'autre explication à ces iroîs faasseH couches que la syphilis du mari* En conséquence, il prescrtl un Irailefucnt spécifique à la jeune femme* €e Iraitement, constitué par radmiriistrallon alterne de pilules de protoiodure et de sirop de Gibert, est continué réguliéremenl pendant toute la durée de la grossesse*

Uésultat: Aceouv/iemenf à itrme fVun fffi enfant^ qui est âgé aujourd'hui de deux ans et demi et qui n'a jamais présenté le moindre accident de syphilis.

IIL " Un troisième fait, que j'emprunterai à M. le professeur Pinard^ se résume ainsi:

Femme saine se mariant en secondes noces à un sujet syphilitique.

Ou a ire gro^esses en cinq ans, se terminant toutes les quatre par avorlement ou accouchement prématuré avec enfants macérés. Pas de traitement de la mère jusqu'alors.

Cinquième grossesse. Traitemenl spéciflque à dater du deuxième mois et demi.

Résultai : Accoiichemenl à lerme ctim enfant riva ni.

IV* — Un jeune liomme contracle la syphilis, s'en traite deux mois seulement, et, n'éprouvant plus nul accidenti se marie quelques années plus tanl. La femme reste indemne; mais, devenue enceinte six fois, elle fii^or/esi.r/'aj'iS, et cela sans la moindre cause appréciable. — Âueours d'une sejdième grossesse, elle est soumise au traitement spécifique, et amène an enfani vivani el sain^ enfant que j'ai surveillé jusqu'à ràgc de huit ans et sur lequel je n'ai jamais reconnu le moindre accident suspect.

Inutile^ je crois, d'ajouter à de tels faits le moindre commentaire» lanl ils soni par eux-mêmes significatifs et probants.

Aux cas que je viens de rapporter j'en pourrais adjoindre nombre d'autres identiques, soit empruntés à diverses sources, soit person-

Sic TRAITEMENT rREVENTlF DE L HEREDITE PATEBN'ELLE

QeU. J*y pourrais adjoindre aussi de<!i observations d'un autre ordre, iémoignant qu'à la siiile de ce même Irailement materneK msLituéi dans les mêmes conditions, on a vu faire défaut tels ou tels accidents' qui s*étaient produits au cours de grossesses antérieures laissées san*? traitement, comme, par exemple : tiydramnio^, altéra lion s placentaires, dyslropliies f<i^lalcti, hydrocéphalie, etc. Mais, en vériit% ce supplément de preuves me paraît inutile, et j'ai le droit de croire élahlie la démonstration que je poursuis* D'autant que roffice bienfaisant de ce traitement du fuHus par la mère saine n*a guère été sujet à contestations. Par une heureuse et rare exception, on est tombé d*accord presque d emblée sur cette question de thérapeutique spéciale. Comme je vous le disais, presque à runanimité areoucheurs et syphili^raphes s*enlendent sur ce point. Les maîtres actuels de Tobstétrique, eu particulier MM, Pinard, Budiri, Porak, Ribemout* Dessaignes, Bar et tant d autres avec qui j*ai maintes fois conversé sur ce sujet, professent une opinion absolument identique à celle que je viens d'exprimer. Si bien qu'on peut ériger ceci en régie de pratique : Alors qu'une femme est enceinte d'un enfant menacé, de par les antécédents paternels, d'tiérédlté syphilitique, le traitement syptiili tique de la mère, bien que saine, constitue pour cet enfant une sauvegarde réelle et puissante dont il y a indication précise et formelle â. le faire bénéûcier.

De ce qui précède allons-nous conclure que, dans ioas les cas ou une femme est enceinte du fait d'un homme syphilitique, il y a lieu de soumettre cette femme à un tniilement antisypliilitiquc'? Non certes, car le bon sens intervient aussitôt pour nous dire qu aucune règïe générale ne saurait être formulée en lespèce, qu'il convient tout au contraire d^inilîrkîtifiiiser les cas, et qu'ici comme ailleurs^ comme toujours, le médecin ne doit régler sa conduite que sur les indications ou les contre-indications propres au cas particulier.

En toute évidence, l'inlervention {c est-à-dire la cure du fret us par la mère) s'impose dans les cas où la syphilis paternelle est bien sûrement encore dangereuse pour le fœtus.

Et, inversement, elle serait abusive, irrationnelie, déplacée, dans des conditions précisément inverses. Personne, par exemple, ne songera à traiter la mèrcj si la syphilis paternelle est devenue manifeste* ment inotfensive de par son ancienneté, de par un long traitement^ de par un long stade d'immunité, de par la naissance préalable d'enfants vivants et sains, etc-

Voilà, certes, deux situations extrêmes où rindication d'intervenir»

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comme aussi celle de ne pas inlcrvenir, se trouve tout nalurellemenl résolue, et cela par ce fait seul ipie ce wont là dessitualions exlrôtnes ou forlemenL tranchées, Mais que d'autres siliialîoiis intermédiaires où la résolution à prendre restera bien moins délerminëe î (Jiie faire, à quel parti se ran^^er dans certains cas oh aucune condition prépondérante ne peut fixer le pronostic soit dans un sens, soit dans un autre, relativement aox éventualités de Tliérédite syphilitique pa- Lernelle?

En pareille occurrence, la résolu lion a adopter ne peut, bien manifestement ressortir que d*une analyse minutieuse, approrondie, des conditions de la syptiilis paternelle. Mais est-il besoin de dire quelles difricullés d'appréciation pourra présenter une telle analyse ? (ri*st là, à coup sûr, Tune des questions les plus complexes, les plus ardues, les plus péritlcuses de toute la syph il i graphie. Elle pourrait à elle seule défrayer tonte une conférence comme celle-cL Je me bornerai ù l'énoncer pour aujourd'hui.

Je n'abandonnerai pasce sujet toutefois sans placer une remarque,

11 arrive parfois qu'après avoir examiné h fond un cas de ce genre en vue de décider s il y a lieu ou non d^intervenir, on aboutit li un nombre à peu près égal de raisons pour et de raisons eontrtf, A quoi se résoudre alors t Eh bien, je crois qu'en pareil ras la logique et la prudence s accordent pour commander le parli fie tiriierveniion. Pourquoi *?

F^arce que ne rien faire, c'est risquer de nuire en compromettant le fœtus; — et parce qu'intervenir est simplemeuL risquer d*6tre iruitiîe.

Or, mieux vautôtre inutile que nuisible-

Donc, en cas de doute, Tintervention, c'est-à-dire le traitement de la mère, me paraît le véritable parti à adopter.

Tout ce- a posé, arrivons maintenant aux choses de praticjue.

Nous avons résolu, je suppose, de traiter spécifiquement une femme enceinte et saine, en vue de sauvegarder son enfant menacé par une sypliilis paternelle.

Comment a lions- nous procéder?

Deux ordres de cas se présentent : le premier, des plus simples; le second au contraire n'étant pas sans oITrîr quelques embarras*

Dans le premier, ia femme est au fait de ta situaiiont c*est-à-dire que, pour une raison ou pour une autre, elle a notion de l'état syphilitique de son mari, soit par un aveu dudit mari (ce qui est Texceptioo), soit par une indiscrétion» soit par Tévidence môme des choses (par exemple, naissance antérieure d'uïi enfant syphilitique, dont la syphilis n'a pu être dissimulée^.

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En pareille condilion, aulle djrfîeulu^. Dès que vous 4é€larerrz h e€lté femme votre intention de la traiter, elle comprendra ce dont il s agit ; et, si vous ajoutez €jue ce Iraitemenl a pour visée la sauvei^çarde de son enfant, elle acceptera sans hésitation cette nouvelle charge^ ce nouveau clévonementdela malernifé^

Sur ce dernier point vous pouvez en croire mon expérience. Jamais une mère, en semblable circonslance, ne refusera ce que vous lui demanderez dans llntérèl Je son enfant. Jamais, je le déclare, ni en ville ni àTliùpitai, wje n'ai vu une seule femme avoir, eu pareil cas, lombre d'une hésitation. ** Du moment que c'est pnnrrenffint^ pour te pelii, VOU5 répond la femme, je /erai tout te que rmi^ me dire' défaire. Et elle le fera comme elle le dîL Tout est donc au mieuit dans cet ordre de cas.

Mais, les cas de ce genre ne sont relati%'ement que rexceptîon, et de beaucoup le plus souvent la siluation se présente d'une tout autre façon, que voici :

La femme ùffiore tout et se trouve en bonne santé,

C'est en de telles conditions qu'il va nous falloir : 1* la persuader qu'elle a besoin de se Irai 1er; — et *i** la traiter par le mercure. Comment faire?

A ce problème il n'est que deux solutions ::

Ou bien, par un aveu franc et loyal, confesser la vérité à celte femme, tout eu radoucisi?ant pour la circoustance. Et, alors, le cas rentre dans le précédeuL

Ou bien, Irailer cette femme sans qu'elle se doute ni du motif pour lequel on la traite, ni du remède par lequel ou la Iraile.

Entre ces deux procédés nous n'avons pas à faire un choix, nous médecins* Ce choix: regarde le marî, qui, seul, a compétence pour décider si sa femme sera ou non mise nu fait de la situation. Or, ce choix du marî, nous savons à lavauce quel il sera. << Traitez ma femme, nous dit ce mari, puistjue vousjugeK que là peut élre le salul de l'enfant ; mais, su flou t, Iraitez-la xuna rien lui dire du paêsé^ gans rien tut avouer, de faron h ce qu'elle ne puisse en rien soupçonner pourquoi el comment ou la Irai te. ^

De sorte que, si nous adoptons — el comment faire autrement ? — r le plan de conduite <jiii n^iiis est indiqué de la sorle, nous voici, nous médecins, engagés dan;^ la plus désobligeante complicité de di$simulftlion et de meumnge nvcc le mari* Nous voici eu passe (je reprends ces derniers mots â dessein) de dissimuler, voire de mentir au besoin, dans la compagne thérapeutique que nous allons entreprendre. J insiste el précise.

Dissimuler, d'abord, sera obligatoire. Car, il va nous falloir i X"* trouver uu prétexte pour imposer un traitement à une femme qui n'en sent nul besoin; — 2* déguiser le remède que nous voulons

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employer, le ^eul remède utile en pareille circonstance, sous des pseudonymes honntMes et acceplables. Il nous faudra, par exemple, qualifier des pilules inerciirielles du nom de pilules ferrugineuses, pilules lonîijues, « grains de sanlé «, ou jjrésenler le sirop de GiberL sous celui de ^* »irop eupeptique », de t« sirop contre les voinissemenls el les Indisposilions de la grossesse *>, etc. (textuel).

Qui pis esl, peut- être serons- nous m*^me exposés à menlir (ce qui est un degri^ déplus dans Tt^chelle de ces habiletés diplomatiques); cela, par exemple, si notre cliente nous demande ce que contiennent nos pilules on notre sirop: si, devenue soupçonneuse (et quelle femme ne l esl pas ou ne finit pas [lar le devenir à la longue?^, elle nous accule à la nécessité d'une dént'^gation catégoriquement mensongère.

Cette situation, vous en jugez, n'a rien que de désobligeant et de disgracieux pour le médecin qui n'a Ihabitnde que des programmes francs et loyaux, .rajouterai q nielle peut se compliquer pour Itn d'incidents tout à fait dt' plaisants et vexatoires. Exemple :

Le plus souvent, c'est la mère delà femme (donc la l^eUe-mère du mari) qui se met de la partie, qui ouvre oue enquête, qui vous accable de questions, qui parfois même icela m'est arrivé plusieurs fois} vieni vous relancer à domicile pour vous dire : » Ah ça î docteur, pourquoi donc droguez-vous ainsi ma fille pendant loute sa grossesse? Moi, j*ai en bien des enfants, et jamais on ne m'a droguée de la sorte... Vous trouvez donc ma fille malade? [1 fau( bien que vous lui trouviez quehjue chose; alors^ dites-moi quoi... Ou bien, si vous ne voulez pas me le dire, c'est donc que son mari lui aurait transmis quelque vilain mal. Âhî si c*élait cela, j*aurais bientôt fait juslice démon gendre î elc. n — El vous voilà dans la nécessité d^accumuler mensonges sur mensonges, quelqiierois percés à jour.

Puis — voici le comble — il peu! vous arriver dV^tre surpris en flagrant délit de mensonge. Cela nous est arrivé, à mon regretté ^collègue le professeur Tarnier et à moi, dans un cas de cet ordre oti, "pour sauver un mari, nous avions nié à une belle-mère la qualité mereurielle des pilules mercunelles que nous avions prescrites à sa fille- Tn beau jour cette dame arrive furieuse chez moi : <t Jai fait analyser vos pilules par mon pharmacien, me dit-elle très aigrement ; eh bien, elles sont pleines de mercure î « J'ai passé avec cette damé, de désagréable souvenir, ce qu*on appelle un vilain quarl dlieure.

Donc, tenez- vous-le pour dit, cette situation n*csl pas pratiquement sans épines professionnelles.

Et cependanl, je terminerai en ajoutant: Ouelle quVlle soil, celte silualion est de celles (ju'en pareil cas vous avez non seulement le droit, mais le devoir d'accepter. Pourquoi? I^arcc que, d^une part» elle n*a rien dincompatilde avec la dîguilé de Tart ; et parce que, d aulre partielle tend i\ un office bienfaisant, la sauvegarde de renfanL

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Ce n*est pas vous, d abord, qui Tavex créée, cetle situation, non plus que choisie* Vous la snbisficz simplement, au mépris des désagr*?'ments qui peuvent en rejaillir sur vous, El c'est en vérilé dévouement de votre pari,

.rîrisisle, parce que c'est là une question dconlotogique sur laquelle il importe que de jeunes médecins soient fixés, et je dis : Ce rôle î^inguliiT, exceptionnel, que vous êtes appelés à jouer en l'espèce» vous [>ouvez Taecepler, et cela pour les trois raisons que voici:

1* Parce que, d'abord, vous êtes absolument dégagés de tout intérêt, de lout profit personnel dans la c|uestion ;

2"* Farce que vos ré licences ou vos dissîmulalions ont un objectif moral btenfakanl, celui de sauvegarder la paix d'un ménage en jetant un voile sur le passé pathologique d'un mari;

3" Et surlout, par-dessus lout, parce que votre conduite a pour vis(f*e principale la sauvegarde d' un enfani, cela de par un traitement qui, s'il nelait dissimulé et secret, risquerait bien souvent de ne fias Olre mis en œuvre, au grand dé tri ment de cel enfant.

La légitimité de cette conduite, d'ailleurs, a été plus d'une Toi s reconnue par la principale intéressée en ralTaîre, à savoir par la mère. A preuve, entn' autres' cas de ce genre que j aurais à citer, l'épilogue de rhisloire que je vous contais à Tinstant, Loi-sque M. Tarnier el moi nous nous relrouv^mes chez notre malade, après lanalyse malencontreuse de nos pilules, cetle dame nous serra a(Tectvieusement la main à Tun et à l'autre en noUF disant i « Messieurs, je ne vous en veux pas de nravoir trompée. Bien au contraire; car ce que vous avez fait, vous avez eu raison de le faire, et je vous en remercie pour mon en Tant el pour moi, n

Une denitére question nous reste à examiner : celle du traitement.

Ici, plusieurs points sont à établir.

I. — Une condition indispensable de succès en lespèce, c'est d'intervenir ci /e/n/As% donc le plus hâlivement possible, k une époque le moins distante possible du début de la grossesse.

Il esl de toute évidence, en elTet, que, si vous laisses^ à Tinfluence liéréditaire palernclle le temps de réagir sur le fœtus, vous lui permellez ainsi de se Iraduire d'une fat2on irréparable,

(Vest là induction de bon sens et résultai d'expérience. On a réussi, el souvent, en prescrivant le traîtement de la mère dès les premiers mois de la grossesse ; on a échoué presque invariablement en n'inlervenant de la sorte qu'à une époque plus tardive.

Je partage absolument sur ce poiut Topinion de M* le professeur Pinard, disanl : « Une intervention datant des premiers mois a toutes chances de succès; et elle enad*anlanl plus qu'elle est plus précoce.

AU GOUBS DE LÀ GROSSESSE* 327

Au delà du cinquième mois, c'est trop lard, et il n'est guère plus d'espoir à conserver. *•

Donc, traiter la mère le plus t&t possllïle, voilà la règle.

IL — Que\ agent thérapeutique mettre en œuvre? Le mercure est Ici le remède de ctioijc. J*ar analogie, comme par expérience directe, il est Lien supt^rieur à Tiodure de potassium en tant qu*aciion préventive. 11 est bien plus que riodure correctif de IHnIluence héréditaire.

Qu'on adjoig^ne J'iodure au mercure d'une fat^on ou d*une autre (soit en le donnant aiisocié au mercnre, soit en ladministrant dans les intervalles des cures mercuriclles), je ne vois qu'utilité ei avantage à cela. Mais ne pas oublier que le mercure est ici nécessaire, indispen«^able, et que c*est de lui que dépend surtout le succès,

r> ailleurs, le mercure est cent fois mieux toléré par les femmes que riodure, qui les importuno à des titres divers» soiL par le coryza et les boulons qu*jl détermine, soit surtout par la saveur métallique quil laisse dans la bouche et qui. disent les malades, leur « empoisonne r haleine, le matin spécialement », — Ne pas perdre de vue qu en respèce il importe de rendre le plus toléra ble possible un trailemeut dont la femme ne sent pas le besoin et qu*elle n'accepte que par docilité.

II L — Sous quelles formes administrer le mercure ?

11 ne saurait être question ici d*adminislrpr le mercure par frictions ou par injections, car ce sont là des méthodes comprometlantes, dénonciatrices, qui révéleraient à tout venant et à la mère, tout spécialement, ce quon tient h tenir secret. Donc nous n'avons pas le choix du procédé, et c'est par ingestion que nous prescrirons le mercure,

A quelle préparation mercurielle donner la préférence?

Après de nombreux essais^ c'est le proto-iodure en pilules qui m'a paru le mieux répondre aux exigences spéciales de la situation. Ost un remède actif, généralement bien toléré et d'administration facile. Il me paraît préférable, notamment, au sublimé qui, donné en pi lu les, offense parfois Testoniac, et, qui, eu solution, dégoûte absolument les femmes par son affreuse saveur,

M* le professeur Pinard, au contraire, a prédilection pour riodhydrargyrate d'iodure de potassium qu'il administre soit en solution, soit en sirop sous la formule suivante :

Bî'îodurc d'ïiydrarjïyre, ,**..»,..*. , .., 0 ^f. ÎO

lôdure de poUsâJiiui ^•,., ,-.. *,** 10 gi*amtHea-

Eau dJfitiUde ou sirap ftiitiplc ........... . .« Ibù —

Kmï do menthe ....,..**.,....*..,....*..,..» &0 —

Dose quotidienne : doux cuillerées à bouche pour la solution; —

328 TRAITEMENT PBEVENTIF DE i/hÊ REDITE PATERNELLE

deux cuillerées à entremeU pour Ip sirop, îi prendre au miliey des repas.

M, Barthélémy dit st^lre bien trouvé d*iiac autre pratique, une injection dMiuilc grise tous les mois (injection déguisée sous le nota d'injection de sérum j.

1V< — A quelles doses adminislrer U mercure 7 Le raisonnement et Texpérience sont ici d'accord.

A priori, le raisonnement nous dit ceci : Co n'est pas un adulte que nous traîlonï-^, ce n'est même pas un enfant, c est un fœtus. Donc, pour cette thérapeutique fcrtale, une </os<f/œ/<//e doit être suffisanlc. Il suffît, par conséquent, que nous fassions passer au fœtus, par rintermédiaire de sa mère, la dose qui lui convient.

Et à cela rexpérience répond : oui, de peliics doues suf/tst*ni en fespêce.

Ces pet i Les doses, ces doses fœtales, quelles sont-elles ? Je ne saurais le dire, bien entendu. Car il faudrait des milliers d*observalions pour tenter une approximation de ce genre*

Mais ce que je puis dire, c'est que les succès que j'ai obtenus, je les ai obtenus en donnant de simples doses de 0^\Qb de protoiodure, voire de 0*%Û25 quotidiennement.

Inutile donc de traiter les mères en (|uestion comme on traîLe les syphilitiques en maintes occasions par de fortes doses, voire par des doses intensives.

V, — Combien de temps prolonger le traitement? |

Sur ce point accord unanime : ioui le lemps de la grossesse.

VL — Enfin, quelle direelton donner au traitement?

Les uns, comme M, le professeur Pinard, réclament un traitement continu, sans entr'actcs, sans interruption.

D'autres (et je suis du nombre, ainsi que XL le professeur Budin) préfèrent un traitement interrompu, i nier mi tient. Par exemple : vingt jour? de traitement piir mais, suivis de dix jours de suspension du remède, en vue de laisser reposer l'estomac,

D^autres, encore, sont pour un traitement alterne, et prescrivent tour à tour le mercure etTiodure, avec ou sans intermissions.

(Jue ces dernières divergences d ^opinion s ne vous étonnent pas ni surtout ne vous alarment î D'abord, la question est neuve et nous en sommes encore à la période des essais, des tâtonnements. T> autre part, ce sont là des divergences de second rang et d importance très subordonnée. 0^ ii^porte que l'on donne telle ou telle préparation de mercure? L'essentiel, c'est qu'on donne du mercure. Et qu'on l'administre d*une façon continue ou discontinue, cela non plus, je crois, n'a pas un intérêt majeur; la preuve en est qu on a réussi avec Lune comme avec l'autre méthode.

AU COURS DE LA GBOSSESSE

D'ailleurs, ajoiiLorai-je, en pratique ces dissidences s*atténuenl singulièremtMil ei g'elTacent même devant les exigences des indications individuelles. Et la vérité est que bien souvent on fait re f/tntn pont plutôt que ce qu*on veut. Tel, par exemple, qui est partisan résolu du sirop de fliberl, est forcé de renoncer à ce sirop parce qu'il nVsl pas toléré ou accepté par sa fdicnte, et le voilà obîi^é d administrer le proto-iodure ; ou réciproquement. Tel veut le traitement eonlînu, qui est amené par rintoléranee de l'estomac à se résigner au traitement inlermittent. Et ainsi de suite. De sorte que Vopporlunisme seul est de circonstance en pareil cas, comme en tant d*auU*es» et je ferais même mieux de dire comme toujours. Au total, on est conduit, je le répète, par la force des choses à obéir aux indications individueiies de chaque cas particulier.

EésumODs-Dous donc, en dîsanl comme conclusions de ce long exposé:

V Lorsqu'un fœtus est menacé par la syphilis paternelle, une sauvegarde peut lui être offerte par le traitement de sa mère, quoique saine, au cours de la grossesse;

2'' Bes succès ont été obtenus par ce traitement médiat, et ces succès sont assez nombreux aujourd'hui pour que le praticien ait le devoir, lobligatloa de mettre en œuvre ce traitement spécial eu pareille occurrence;

3° Ce traitement, pour être utile, doit intervenir à Tépoque la moins distante possible du début de la grossesse;

4 ' Le mercure constitue la base essentielle de ce traitement :

5' Administrer le mercure comme on le peut^en satisfaisant aux indications Individuelles des cas particuliers, est la setile règle â formuler en pareil cas.

Lea divers moyens tjui pi^uvent concourir à la prophylaxie de la syphilis se réparlissent Dalurellemcnt en trois groupes, de la façoa que voici :

Moyens d'ordre moral el religieux ;

Mesures répressives de la prostitulion et de la provocation ;

Moyens médicaux, constituant la prophylaxie par le traitement.

Ceux du premier groupe» dérîvaDl de Téducalion morale et visant la prophylaxîp par i!'pu ration des mœurs» sonl du ressort des familles et des êducateiîrsi religieux. Ce sont, h coup sûr» les meilleurs de tous ; mais ils échappent à la compétence et à Vaetion du médecin. N*cn parlons pas.

Ceux du second groupe comprennent lensemble des mesures administratives destinées à combattre la prostitution et la provocation publique. Ils ont fait ici» il y a quelques années» le sujet d'une longue discussion dont vous vous souvenez sans doute et que je n*ai pasTintenlion de renouveler pour Tinstant,

A leur propos, donc, je me contenterai d'énoncer très sommairement et sans commentaires les quelques remartïues que voici :

Appliquées de vieille date à la répression de la proslitutlan, les mesures administratives et policières ont sans doute produit, relativement à la prophylaxie de la syphilis» tout ce qu'elles sont capables de produire.

Or^ sans en méconnaître les bienfaits (ce dont je me garderais comme d*une ingralilude et d'une erreur), force est bien de les considérer comme insufftsanle.^ pai' rapport au but qu*elles poursuivent» étant donné que leur action se limite forcément à un public restreint La police ne surveille que quelques milliers de femmeSj alors qu'il en est 6, 8 et 10 fois plus qui déversent professionnellement la syphilis sur la population parisienne. Elle fait consciencieusement le ^je» tîe bien qu'elle peut faire» el il nous faut l'en remercier. Mais elle est

(t) Extruit du Bulletiti de TAcadémie de raëdecine, 1899.

INSUFFISANCE DES MOYENS PBOPHYLACTlÇ)UES ACTUELS, 331

impuissante à endiguer le flot débordarit des coDlaminaiions vénériennes.

Et j'ajouleraî mt^me : il est à croire que le rendemenl utile de ces mesures de répression ne fera que décliner dans la venir, et cela pour ioule une série de raisons, à savoir :

l** Abaissemeni continu et prog^ressif du nombre des maisons tie tolérance, c'est-à-dire des milieux où la surveillance policière peut s'exercer de la façon la plus complète et la plus efficace;

S:î" Inversement, et cela gri\re au changement des mœurs» nombre toujours croissant des centres clandestins de prostilution ou ladite surveillance devient difficile, voire à peu près illusoire. Il est positif, en elTet, que la prostilution s'est réfugiée des maisons publiques dans les brasseries à femmes, les théâtres, les cafés-concerts, les maisons de rendez-vous, qui vont se multipliant dans des proportions considéra blés » et surtout ^ f>onr la basse classe et Tannée) les arrièreboutiques de marchands de vin, etc., elc,

3" EntiD et surtout, tendance singulière de Tesprit public actuel, répugnant (\ ton les les mesures de répression et de coercition, alors même qu'elles sont dirigées contre les individualités les plus indignes ; — confondant la licence avec la liberté, et, comme conséquence, n'aboutissant que trop souvent à tolérer la licence» sous prétexte de respect pour la liberté.

Mais je passe sur toutes ces questions et d'autres de même ordre qui m'entraîneraient loin de mon sujet. Le seul point que je veuille retenir de ce qui précède» parce qu'il est essentiel à la cause que je me propose de défendre aujourd'hui, se résume en ceci ;

De par une longue expérience, insttf/Jsame formellement dé montrée de feriHemhie des mesureH adminîslralirex et finliriéres qui ronslîlae notre a tj nié ma avluel — et unit]ue *— de défense fonfre la sijphilis.

La preuve en est qu'en dépit de ce système la syphilis persiste parmi nous comme par le passé, à la façon d*un ulcère incurable attaché au tlanc de notre société, A-t-elh% par exemple, jamais diminué de fréquence depuis une quarantaine d'années que j en ai fait Tobjet de mes études spéciales? Impossible à moi de le croire d'après ce que j ai vu, de mes yeux vu. A-t-elle, au contraire, augmenté de fréquence? Je le crois fermement, maïs je le crois d*impression seulement, car des statistiques dûment démonstratives sont ImpostiibleH à instituer en Tespèce, Celte impression est celle aussi de nombre de nos collègues, à qui j'ai souvent entendu dire ceci : ^t Des syphilis, on en voit aujourd'hui partout et plan que Jamais, n. En tout cas, ce que, malheureusement, je suis en mesure d'affirmer sans crainte de rencontrer un seul eontradit^lenr, c'est t[ue de nos jours la syplulis (on me pardonnera le mot) est florLssanle, absolument florissante. Elle abonde et surabonde dans nos salles d'hôpitaux, à nos consultations

332 PBOPIIVLAXIE PAH UE TBArTEMENT-

hospitaljères, dans no^ càbitieU. Elle ne fait pas qu'encombrer les hôpitaux spéciaux, devenus insufrisant^T pour elle: elle se de^verse largemenl sur les !iô pila ux d'ordre ge*néraL où, d'ailleurs, grâce à son inléret scientifique particulier, elle Irouve généralemenl bon accueil. C'est, par exemple, dans ces derniers liôpilaux que se case à peu pros loule la syphilis tertiaire d'ordre viscérnl, et je niellrals au dêO de trouver aujourd'hui un seul de leurs services où ne trouve asile quelque manifesta lion speeiïu|ue inléressanl le cerveau, la moelle, le cœur, le foie, le rein, etc. D'autre part, ce n'est un secrel pour personne que la syphilis peuple de ses épaves la Salpêlrière, Bicêtre, les asiles d'aliénés, d'intirrnes, etc. Somme toute, comme je le disais tout à l'heure, on la rencontre pari ouf.

Or, s*il en est ainsi, si la syphilis nous envahit à ce degré, force est bien de reconnaître par cela même que notre société actuelle nVst que bien imparfaitement protégée contre elle par les mesures admirjisirafcives, policières ou autres, qui sont considérées comme devant lui servir de sauvegarde. Et telle est» eu effet, la stricte vérité des choses.

Avons-nous donc épuisé, avec celte seconde série de moyens proptiyiactiques, toutes les ressourcesrf(?dc'/t'/îs^ dont nous puissions disposer? Non, car il nous reste encore un Iroisième moyen pour nous protéger contre la syphilis, et celui-ci consiste à nous proléger en la iraii€iniy en nous elforçant de stériliser dans la mesure du possible ses germes de coulagion cl de dissémination.

Celle sauvegarde spéciale, cette sauvegarde thérapeutique , que j appellerai abrévlallvement la prophylaxie par le traitement n'esl pas certes une nouveauté. Elle e existé dVmblée, en principe tout au moins, dès le jour où il y a eu un premier syphilitique, dés le jour où cet Adam de la syphilis a essayé, pour son plus grand bien et, indireclemenl, pour le plus grand bien d'autruî, de se débarrasser de son maL Depuis lors, elle n'a jamais cessé d'élre mise en œuvre, en constituant ce qu'on appelle le traitement de la syphilis. Mais a-l-elle jamais été exploitée au poinl de t'ue prnphylaciifp{e comme elle aurait pu t'élre ? Ht lest-elle même de nos jours comme elle pourrait, comme elle devrait Tétre, pour en retirer tout le hcnéfice rie jtrêsert'alinnqneWe est susceptible de fournir? En autres termes, traitons-nous, même aujourd'hui, la syphilis de fa<;on à la rendre non pas seulement le moins nocive pour le malade, mais le moins nocive pour la société? La traitons-nous defagon à con%^ertir le Irailcnienl personnel du malade en un moyen de détense pour autrui, de sauvetage général, de prophylaxie publique? Je ne le crois pas ; j 'a f tir me même le contraire. El c'est précisément en vue de la démonslration de ce fait que je prends la parole aujourd'tiui, à savoir pour mettre en parallèle ces deux points : P ce qu'est acluellement.

INSUFFISANCE DES MOYENS PROPHYLACTÎ^iCES ACTLELS. 333

dans notre façon de faire, le IraUeméni de là s^pliilis; eL 11" ce qu il de V mil Otre, ce qu'il fa al qu'il devienne» si nous voulons en tirer quelque résullat pour la défense delà société contre la syphilis.

Une telle élude, me semble-t-ilf simpose d'autant plus à l'examen dans le^ conditions actnelles qu\*lant reconnue rinsuffisance de tout autre moyen prophylactique, la prophylaxie par le traitement devicjit la ressource ttiUme dont nous disposions contre renvahisscmenl de la Hjphilis et que» bien exploitée, cette ressource pourrait constituer un port (le saint, G est là, de plus, un mode prophylactique essentiellement médical, dont nous sommes maîtres et qui relève de nous, mcdecins; — qu'il dépend de nous d'instilueri d^aniender, d'améliorer, de perfectionner ; — qui o'cst susceptible, d'autre part, dVtveiller aucune défiance, et au succès duquel chacun ne peut songer qu'à sUntéresscr.

Ce qui peut prendre le nom de « prophylaxie par le traitement »* comprend naturellement TensemLle des méthodes thérapeutiques et des interventions médicales de tout ordre reconnaissant pour visée la stérilÎHuîion de la syphilis quant à ses dangers pour autrui. Faire qu'une syphilis donnée reste localisée sur le sujet qui en est alîeeté, sans irradiation sur d autres victimes, rendre en un mot cette syphilis inféconde en tant qu'or L|^i ne d'autres syphilis, et réaliser ce bienfaisant office rien que par des moyens d'ordre médical, voilà Tobjectif du mode prophylactique eu question.

Or, dansTétat actuel des choses. aujourd*huî mâme, le traitement de la syphilis est-il toujours compris, institué et poursuivi comme il devrait r<>tre pour répondre à Tintention spéciale que je viens de préciser? Tous, tant que nous sommes, faisons-nous ei avons-nous même la possibilité de faire ce qui serait à faire pour stériliser une syphilis quant à ses ricochets sur autrui ? Non, certainement non, ainsi que je le démontrerai surabondamment par ce qui va suivre.

In exemple, immédiatement, que j*emprunteiai à Tun des points culminants de la question.

S'il est un résultat acquis et désormais incontestable, je crois, c*est que la syphilis» pour devenir inolTensive quant au malade el quant k ses ricochets sur autrui, a besoin d'un long, d'un très long traitement. Que Tou dispute encore sur le qnamdiu de cette cure el sur la fat^on de la diriger, soit \ Mais on est Ires généralement d'accord sur ce point qu'il faut qu'elle dure iong temps, à la fa<;on de celle de toutes les infections chroniques de l'organisme. Or, Jdans l'élat actuel des choses, combien peu de syphiUs sont soumises en pratique à cette dépura tiou prolongée, doublement

Mi PnOPIIVLAXiE VATi LE THAITEMENT-

uÉcessaîre à la sauvoganle du malade eL h la sauvegarde d'aulrui î Si Ton me demandait à ce sujel les résultais de mon expérience personnelle» je n'hésiterais pas à répondre qu'approximativeraenli sur 20 syphilis prises au hasard, lelIeH notamiiieiit qu'eïles se présenlent à nos consultai ions d'lii3pital, il n*en est jfuère plus d'une ou deux qui aient éié soumises à un LrailemeTil digne de ce nom» c'esl-à-dire à un Irallemenl de nature à les rendre inolTensives pour le malade et pour autrui.

Et inversement, c'est par centaines — je me trompe, c'est par milliers — que Ton compterait les cas oii le traitement a été réduit k des proportions infimes de durée* Croira-t-on que, dans une statistif|ue dressée à un loul autre point de vue^ j'ai abouti aux chitTres suivants ; Sur 2,400 malades aïlectés d'accidents lerliaires de tout ordre, 500 environ n'avaient suivi qu'un traitement in férié ttr à Irutn mni^ de durée» c est -à-dire de deux mois et demi» de deux mois, de quelques semaines ? Croira- t-on que» sur ces 500 malades» il en est 121 dont le traitement s'est abaissé, comme dufée* aux chiïîres ridicules de quatre semaines, trois semaines» quinze jouis, voire (pour 0 cas) B, 7, 5 et 3 joui"s?

On me dira ; m Mais qui vous empêche donc de Irai ter vos malades comme vous l'entendez? Que vous manque- t-il done^ spécialement, pour instituer ce traitement que vous ju^ez nécessaire au double point de vue de la curation individuelle et de la prophylaxie générale? Vous avez : 1" des hôpitaux, de bons hôpitaux, et en nombre à peu près suffisant; — - 2" des consultations gratuites dans tous ces hôpitaux ; — 3" dans tous ces h<\pilaux (ou à peu près) des distributions gratuites de médicaments appropriés à la nature des maladies en question ; — et 4" enfin, dans tous ces hôpitaux, un personnel médical dont la science et le dévouement sont appréciés de tous. Vous avez tout cela, et vous n'êtes pas satisfait! (jue vous faut-il de plus? <•

Eh bien» oui, répondrai-je, nous avons tout cela. Et» avec tout cela, cependant, je me déclare non saiisfaii^ Pourquoi? Voici mes raisons-

Parlons des hôpitaux tout d'abord.

Oui certes, nous avons des hôpitaux, el de bons hôpitaux, et même en nombre qu*à certaines réserves près j'admets comme suffisant. Mais — remarquez et comprenez bien ce point, qui est capitai en l'espèce — ce k'est ï*as avec des uôprrAUX qv'on peut rtiArrER et GuÉam LA svPMius, comme elle a besoin d*^tre traitée et guérie pour le plus grand bien des malades et la sauvegarde d'autrui. Je m'explique»

IfÔPITALX, 3îif>

Quil y ait besoin de l'hdpitaL pour le IraitenienL des alTections syphilitiques, cela est de toute évidence» Car la syphilis comporte quanti lé d'accidents (inutiles h spécifier ici, tant In chose est claire) qui ne peuvent être bien traités cju'au priv du repos, deralitemenl el d*une surveillance médicale assidue, quotidienne, c'est-à-dire â thûpi7a/*N*oublions pas d'ailleurs l'inestimable service que rend Thôpital à la prophylaxie^ en séquestrant des sujets qui, alTeelés d'accidents contagieux, pourraient disséminer la contagion. A ce point de vue spécial» assurément, rinlernemenl hospitalier est le plussilr agent desté* rilîsation de la syphilis.

Mais est-il besoin de Thùpital pour le traitement d*unc foule d'autres accidents de syphilis, infiniment plus nombreux que les précédents, qui sont indolents, aphlegmasi(]ues, qui no retentissent en rien sur l'organisme, (|ui laissent rindividu valide^ en plein état de santé et de vigueur, qui lui permettent de vaquer à son travail usuel, de continuer l'emploi qui le fait vivre» etc. ?

A forlton, est-il besoin de l'IiApital pour la syphilis latenfe qm, bien que latente, doit encore être traitée el longtemps traitée d'une far on préventive ? A tous égards ne serait-ce pas un non-sens que de séquestrer un sujet bien portant, exempt de tout symptôme morbide, un sujet qui ^^ n*a rien »>, et cela pour absorber quelques pilules ou quelques cuillerées d'une solution iodurée ?

J'insiste et je précise par quelques exemples.

yuelle utilité y aurait-il, je le demande encore, à hospitaliser un sujet syphilitique alîecléd'un psoriasis palmaire ou plantaire?

Quelle utilité y aurait-il à hospitaliser un sujet sypJiililique afTecté d'onyxis, d alopt-cie, d adénopathies cervicales ou épitrochléennes ?

Parlons môme du plus commun de tous les accidents syphilitiques, de celui qui se produit cht'Z tous les malades et qui, souvent même, s*entretient sur eux de longues années avec une extraordinaire faculté de repull ulatton, à savoir la plaque muqueuse buccogutturale. A cela près de la garantie de sécurité pour autrui qu oflre rinternetnent, quel avantage réaliserait 1 tiospitalisation pour le traitement de la plaque muqueuse buccale?

Bien évidemment, pour les accidents de cet ordre et tant d autres analogues que j'aurais à citer, Thôpital est, sinon inutile^ au moins superflu. Ah I si l'Assistance publique disposait d'un e.rcê.'i de lits, nous serions autorisés, ne faisant tort à personne, à hospitaliser les malades alTectés des derniers accidents en question. Mais c'est que tel n'est pas le cas, comme vous le savez de reste. Et, en telle condition, donner un lit h un syphilitique qui n'en a que faire serait porter préjudice à quelque pauvre diable auquel rattribucra bien plus fructueusement une charité mieux ordonnée.

D'ailleurs, Toffririons-nous, ce lit, aux sujets en question qu1l serait refusé par Ténorme majorité d'entre eux* Tous, à cela près de

336 WiOPJIVLA.XlE PAR LE TRArTËMENT-

quelques ilàtieurs» déclineraient celle faveur en nous disant que, se Irouvanl valides et bien portants, ils ne sentent en rien le besoin d^entrer à lliôpilal, qi^un séjour à Tliôpi ta 1 leur ferait perdre leur emploi,, qu'ils ont à gagner leur vie, quHs ont à payer leur terme, à soult^nir leur Ta mille, elc.

Et cependant, ce sont là des malades, de vrais malades, qui, pour guérir, pour en finir avec leur syphilis, ont besoin d'être traités et longuement traités. Mais, ce qu'il faut pour cela, ce n*est pas un lit à rhôpital, cVst un avis médical ou plutôt une série d'avis médicaux qu1ls puissent venir prendre à ThApilal, Ce qu'il leur faut, donc» c'est l'accès po«!sible et facile à de^^ consultalions gratuites hospilalières. Voilà, bien neltcraent, la situation.

il Ëh bien, me dira-ton, des consultations gratuites hospitu- Itères, vous en avez, vous en avez partout et à foison, m

Cest là, répondrai-je, que je vous attendais. Car c'est là, c'est sur ce point précisément que j'ai à vous signaler de& desiderata multiples, non moins que d'essentielles réformes à réaliser.

L Premier potnL — Vous prétendez, d'abord, avoir pour les syphilitiques des consultations hospitalières gratiiiles.

Et moi, inversement, je prétends que vos consultations dites gratuites, dans les conditions où elles fonctionnent actuellement, ne sont que des consultations payanlts ou» pour mieux dire, payées et même payées très cher par les malades. Car, dans les conditions (je me répète^ à dessein) où elles fonctionnent actuellement, elles coûtent aux malades, tout au moins aux malades occupés (et c'est la quasitotalité pour le public qui fréquente nos consultations d'hôpilalj, elles leur coûlenl, dis-je, ou bien une demi-journée ou bien nK^uie une Journée de leur travail. Vous ne leur prenez pas d'argent, cela est vrai; mais vous leur prenez leur lemps, ce ijui revient au même pour des gens qui vivent de leur temps*

De cela, voici la preuve. Je prends pour exemple la consultation de Saint-Louis, parce que, d'abord, c'est celle queje connais le mieux, et, en second lieu, parce que c'est i*une des plus fréquentées par les ' malades alTeclés de syphilis.

Cette consultation» qui a lieu tous les jours, commence le matin, de huit à neuf heures, pour se terminer vers onze heures, onze heures et demie ou même midi.

Le nombre des malades y %arie en moyenne entre 200 et 250, pour s'élever parfois jusqu'à 300, voire plus haut encore quelquefois. C'est dire quelle constitue une véritable cohue; â ce point qu on a dû, ces

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