REFORMES. " INNOVATIONS
parce qu'on n en a jamais tenir* lessaL Essayez-en» d'abord, et von s jugerez après si elles plaisent ou non au public.
Il est non moins vrai que ces consullalions du soir exigeronl une « organisation spéciale 'K Mais, à loul prendre^ cette organisation ne sera rien autre que celle des consullations matinales^ à cela près de r heure ou elle fonctionnera el de quelques modifîcalions administratives d ordre secondaire.
« 11 faudra de la lumière *>» Judicieuse remarque, que M* de la Palisse lui-même n'eût pas désavouée. Eh bien, ce sera là une dépense en plus ; et voilà 1 objection. Mais, informations prises, cette dépense sera modique, et peut-on rien faire d'utile sans quelque argent?
Enfin, quant à robjection d*ordre médical, tirée de la difficulté f[u'il peut y avoir à déterminer la qualité de certaines lésions ii la lumière, j'y répondrai en disant i
r^endanl soixante ans, le plus célèbre de nos sypliiligra plies, Ricord, a fait sa consullation quotidiennement le soir, à savoir de cinq heures à minuit. Et je ne sache pas qu'il ait été jamais gêné dans son diagnostic par la lumière de sa ïampe. — D'ailleurs n'avons-nous pas aujourd'hui mieux que la lampe de nos pères, à savoir Tirréprochalïle lumière électrique?
Mol aussi, pendant longicmps, j'ai fait des consultations du soir (lesquelles, par parent hèse, étaient très goûtées de mes clients en raï>*ou de rhenre), el, sauf exceptions rares, je neprouvais aucune gène de la lumière artificielle pour les diagnostics que j'avais à établir. — Nombre de spécialistes, en ville, ont de même aujourd'hui des consultations le soir. — Et, d'ailleurs, n'en somnies*nous pas là, tous, en hiver, dès quatre tieuresde Taprès-midi? »
Enfin, au cas où se présenteroit, dans ces consultations du soir. une lésion de diagnostic difficile à la lumière, le médecin en serait quitte pour remettre son jugement au lendemain, en priant son malade de venir, pour une fois, le matin, à son service dHiôpital.
Inutile^ je crois, messieurs, d'insister davantage sur toutes ces questions de détail; car, en toute évidence, Torganisation de consultations du soir dans nos hôpitaux ne soulève pas et ne saurait soulever d'objections sérieuses. En tout cas, elle n est pas irréalisable, elle ne renconlre pas d*obslnr'les doni l'Administra lion ne puis^^e venir à bout avec queh[ue bon vouloir et quehpie peu d*argenl,
.Vu surplus, je ne manquerai pas d invoquer ici, à ce dernier propos, le témoignage d'un homme compéieat en la matière^ ^savoir M. Peyron. Ayant eu Toecasion, alors qu1l était encore directeur des hôpitaux, de lui soumettre celte question de consultations du soir pour le traitement externe de la syphilis, il me répondit tout
Pnol>HYLAXIE PAR LE TRAITEMENT.
aussitôt : *' Tiens! eWl une idée, cela; c'est tout au moins une j^iec hijnianitaJre, pi je ni*y associe pleinement. Donnez moi donc un bout de rapport là*dessui* , eL je vouï^ promets, après étude, de faire un essai avec vous. » Malhetireusemenl, M. Peyron quittait l'Afisit»lauce publique quel que femps après cette conversation, et notre projel comuiun est tombé dans leaiK L'y repCcher^ s'il en est digne appartient à notre directeur actuel, qui en jugerai
M. Narias, Direeh?iir de l*assislance publique. — Mais je vous autorise parfailemenl à faire Tessai en question.
M. FotRNiER* — ^ Je prends acte de vos paroles, M* le Directeur, et je voua eu remerrie. — le poursuis.
\\ — Alors que les consullalions ne seront plus surchargées comme elles le sont actuellement, le médecin aura tout loisir pour s eulrelenir avec ses malades d'hôpital comme il le fail avec ses clients de ville, et il en prolitera pour donner à ceux-là les sa luUiires conseils qu*il donne à ceux-ci relativement aux dangers individuels de ta syphilis, et, non moins spécialement, à sesdangers d'irradiation sur autrui. Il servira donc de la ï^orte très utilement les inlérêls de la proptïylaxie. Ce serais, pour lui, un devoir, qui lui est imposé par sa ronscience non moins que par sa sîluationf et sans aucun doute il ne manquera pas d'y satisfaire.
Ce n'est pas tout» Je voudrais, eu outre (comme cela se fait déjà dans quelqnes services), qu'un complément fût adjoint aux avis oraux du médecin, et cela î>ûus forme d'une fminiciUm que le malade emporterait avec lui. l'elle instruction, qui ne serait que la rei"roduction des paroles du médecin, devrait, à mon sens, ^tre imprimée au verso de toute ordonnance délivrée à un malade syphilitique. Elle serait libellée, bien entendu, de la façon la plus simple, et sous une forme accessilde à tous* Par exemple, elle pourrait être conçue daBS les termes suivants :
I. — La syphilis est une mal&dîcî qui guérit ^ mais qui nt? guérit qu'au prix d'uû long tt3i{pmeni, lequel iloil îvLre continué plusieun* années, alors même que la maladie ne se imduit plus par aucun sii^ne extérieur.
II. — Klle est extrC'mement coniatjietisi% iiolaramenl par les érosions ou plaies, si minimes soient-elles, qui se produiseul ]e pi un son vent soll sur ItîS organes génitiiux^soit à la boucbCf mais quipeui'ont Reproduire n'importe où.
Le malade syphilitique a donc le devoir rigoureui de a^ahslenir rie tout /'Ap* /ïroc'*eme/*/sexi/e/ alors qu'il porte la moindre lésion aux organes génitaux.
Il a de même ïe devoir, alors qu'il préseole quelque érosion aux lèvres^ à la langue ou h la gorge^ de s*abatenirdVm/ira^3er qui que ce soili tout baiser, même sur la peau saine, pouvant être contagieux.
La contagion peut encoi*ese transmettre par rintermédiaire de tout o/>/el ayant été en contact avec les sécrétions morbides du malade (verre, cuiller, fourchette, biberon, t>ipe, cigare, cigarette, linges, draps, vêtements, etc.).
SYSTÈME DES FICIJËS INUlVlDUELLES*
ni, — La syphilis se triDsmet hérédîtaîrcment aux enfuDls qui, le ptuç souvcjïl eiï meurent) alors ijirelle n*a pas é\é suffisamment traitée. Un iiïUJei syphiliUcfue ne peut donc se marier au plus tt'H qu'après trois à quatre ans consacrés à un traitement méthodique ^ et que sur autorisation d'un tnedeein.
IV. ^» Un enfaot né d'un père ou d'une mère syphOitlque ne doit jamais C'Xre coaHé à une noitrnecj parce qu'il pourrait Iraosmettre b syphilis à cette nourrice.
%^ — Alors qu'Hun sujet syphilitique vient à être nfTecté d'une mùladie fjneîvonqui^, il doit lou jours déclarer son élBt de syphilis ù son mt^deciUj celte Jéelat-aiifm pouvant être d'utiliti5 majeure pour la direction du Irailemenl cl la guériâou de la maladie.
Celte inslniftion sera- 1 -elle lue par tous les consultants? Pour cela, ouii je oi'cu porte garant, voire lue curleusetnent, el relue, non moins que niedili^e et coninientee. Mais tous en lientlroul-ib coiuple? Gen*e8t pas àcroire. 11 me semble impossible, loutefoi», que quelquesuns pour le moins ne Irouvent pas là, sur loules choses qu'ils ont bien le droit d'ignorer, d^utiles notions qu'ils garderont en souvenir et de salutaires avertissements dont ils feront profit. Autant de gaf,me pour la double causp du traitement et de la prophylaxie.
Somme ton te » hitlile instruction, qui ne coiltera à l'Assistance publique ipie rînsiguihante dépense de quelques lignes dlmpression, est susceptible de réaliser quelque bien. Donc, elle est à ne pas négliger
Simple détail d organisation, dont je ne dirai qu*un mot au i>assage, tant j'ai bîiLe d'arriver à ce que je considcre comme l'innovation majeure en I espèce*
11 serait vivement k désirer que les consultations destinées aux maladiet^ syphilitiques Tonctionnasseiit avec ce qu'on appelle le st/stême d€$ /khes irulividutites, système adopté déjà dans plusieurs jioUcliniques, notamment a celle que j'aî instituée à Sainl-Louis,
La chose est des plus simples et consiste en ceci : A chaque consultant est appropriée une /îcAe, sur laquelle, à chacune de ses visites, on inscrit, s il y a lieu, les symptômes qu'il présente et le irailement prescrit, cela, bien entendu, d'une fagonultra-somraaire et seulement à titre de renseignements. Exemple: a telle date, fdaques muqueuses; à telle autre, iritis; h telle autre, céphalée, etc* l*uis (dans une colonne consacrée au traitement), à telle date, proto-iodure: à telle autre, iodure de potassium, etc.
Chaque malade se trouve donc avoir de la sorte, sur une fiche personnelle, tuul son <Iossier pathologique et thé râpe ut it pic inscrit chronologiquement. Avec ce système, pas de crainte d erreurs, non
imOPIlVLAXIE PAU LE TRAITEMENT,
plus que d'oublis, sur le diagnostic, les antéeédcais, le trailcriittulp lYnolulion niorhidei elc.
Eh lïien, je iiis — ei je dis par longue expérience — que ce synlème est parfait (1). J'ajouterai mOme, en ce qui concerne la syphilis, qu'il eal nécessaire, indispcnsafjie.
D*abord, cVsL la méthode court t\ expéditive, par excellence. Car» a laide d'une fiche (qui, conservée dans les cartons du service, se n^lrouve loutauêsilôt sur Tindicalion d'un nom, d'une date ou trun numéro), le médecin sait immédiatement à quoi s en tenir sur ï^oii malade. D'un simple coup d'neil jeté sur cette fiche, il voit à la lois ce que ce malade a présenté comme symptômos cl ce qull a déjà fait comine traitement. De la sorte, une minute au plus lui suffit pour connaître Loule Thisloire du consul tant, tout son bilan à la fois morbide et thérapeutique* Tandis que, s'il a bvsoin (faute de rensei- ^^nements écrits) de renouveler à chaque cousullalion l'interrogatoire du malade au triple point de vue des symptômes antérieurs, des traitements antérieurs et de la chronologie de lout cela, plusieurs minutes au moins seront nécessaires à la difficile reconstitution île lout ce passé pathologique, sans parler mfime des dangers d'erreurs, de contradictions, d'oublis, elc.
En second lieu, le système des fiches est parti eulièremeni indispensable au traitement de la st/phiHs (je ne dis pas des accidents syphilitiques, ce qui est tout dilTérent), et cela parce que ce traitement est un traitement de longue haleine, devant durer des années, devant ôlre dirigé d'une façon méthodique, et exigeant, pour être dirigé de la sorte, une connaissance complète des antécédents morbides, des cures antérieures et de leur chronologie, etc« Or^ allez donc demander des renseignements de cet ordre à la mémoire des malades! Essayez donc de reconstituer tout cet ensemble de par ce que vous en dira le principal intéressé l El surioul comparez à 11 ncertitudc d'une telle anamnèse la précision rigoureuse, impeccable, des documents écrits î
Inutile d'insister, je crois, car Tévidence ici s'impose.
(t) Je fitiia d'auLunt plus à ïuise paur juger ce syt^tème el le déclarer parrûU (noLammenl en ce qui conci^rnc les études syphiltitques) que je n en suiii cei'tea pas Tauteur, Ji* Vni vu pour k première l'ois appliqué — el Kur une grande échelïc — dans le cabinet d*un a^icien médecin de l'hèpilal an Mrdi, le véuorable D"" Piiclie, quî^ au cours d*unc Longue maladie, nie ilL rhonneur de me confier la direclioii intérimniie de 9b consul iatinn. Je tcuuvai là de vèi ituLlcs irésoJ3i!.T à tiavalr des milliers d'observations suivies depuis de Longues années, comprenant toute l'évolution de la maladie pendant des périodes de dix^ vingt, trente et quarante ans 1 J'en fus vivement impressionné et je compris du coup quels service:^ un tel sjr'j^tème pouvait rendre aux nialadei^ et ù la science. Hien ne lui sera jamais comparable comme sùrelë de documentation.