‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 8 sur 123 · HOSPITALISATION. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

HOSPITALISATION. — TRAITEMENT

ensemble de moyens qui ont pour visée d'alLaquer métUcalement la maladie, de Iraîter, dliospilatiser, de guérir les malades, el, conséquemmeot, de raréfier, d^épuis^er les germes de coiitamînaUon.

Sur le principe et refficaclLé des moyens de cet ordre, pas de discussion possible. Nous pourrons donc ôlre brefs, el nous borner, presque sans commentaire» ù énoncer les quelques réformes ou innovations qu'il nous a semblé ulile d'introduire dans le système actuel de traitement hospitalier de la syphilis.

Certes on a beaucoup fait, el fait d'excellentes choses en ce sens depuis quelques années. Cependant, tout n*esl pa?? encore pour le mieux; et voici les dispositions que, sur ce paragraphe, votre Commission a rhonneur de vous soumettre.

I. — Le nombre des iita affectés au Irai le me ni dts maladies vénériennes est actuellement d'une insuffisance notoire, il sera augmenté dans la proporlion reconnue nécessaire par une enquête ouverte à ce sujet.

II. — Cette augmentation du nombre des lits affectée aux vénériens et aux vénériennes se fera, non pas par ta création de services spéciaux dans tes hâpilaux généraux^ mais bien par la création de no a veaux hôpitaux spéciaux^ lesquels devront toujours être placés en dehors de la zone d'enceinte.

De toute évidence, messieurs, ce qu'on peut faire de plus utile pour diminuer le nombre des contaminations syphilitiques, c'est d'hospitaliser tout malade alTecté de lésions contagieuses, de façon à lui enlever la possibilité môme de transmettre la contagion* Exemple : une femme syphilitique, hospitalisée aujourd'hui à Lourcine,je suppose, ne transmettra pas la maladie dont elle est atteinte, tandis que ce soir, pour manger et pour payer son logement, elle n'eût guère manqué de transmettre la syphilis h un homme, si ce n'est à plusieurs-

Hospitaliser la syp/tîlis dans ses former contagieuses^ c'est la rendre inoffensive. Voilà le sa hit.

M faut donc qu'en tout temps le nombre des lits dont dispose rAssistance publique pour le traitement de la syphilis soit égal, si ce n'est supérieur, aux demandes d'admission. Question d'argent, sacrifices pécuniaires, mais sacrifices devant lesquels, croyons-nous, il n'est pas à reculer, car c'est là, répétons-le encore, le moyen, le vrai moyen de nous débarrasser de la syphilis dans la mesure du possible, du pratique, du réalisable. Ne perdons pas de vue, d'ailleurs, que les dépenses d'aujourd'hui constitueront une économie pour l'aveniPi en diminuant le nombre des sujets contaminés.

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Oft d'après les renseignements reçuâ par votre Commisî^inn» le nombre des Ubi afteclés aujourd'hui au traitemcal de la syphilis est certaioemeui de beaucoup inférieur aUK besoins acluels. Mais dans quelle proportion exaclement ce nombre devrail-il être augmenta? C/esi là ce que pourrait seulement préciser une enquête administrative et une enquête soigneusement faite pendant un certain temps. C'est donc cette enquête que nous rédamons tout d'abord.

En second lieu, votre Commission estime que laugmenialion du nombre délits atTeclés au Iraitenient de la syphilis doit se faire, non pas, comme on l'a quelquefois proposé, par la création de services spéciaux annexés aux hôpitaux généraux, mais^ bien par la création de nouveaux liôpilaux spét-iaux^ nous entendons exclusivement consacrés aux affections vénériennes.

Il esta cela une raison qu'à lavancc vous avez saisie. Chacun sait, en effet, que les services spéciaux ont souvent un publie que, par euphémisme, j'appellerai douteux ou mêlé. A côté de gens très honorables il n'est pas rare d'y rencontrer de mauvais drôles, des débauchés, des dépravés^ des habitués de maisons de tolérance, si ce nest pis encore. Un tel voisinage doit être évité. A foriiori doit-il être évité dans les hôpitaux de femmes. Il ne convient pas que Thonnêle femme d*un ouvrier, qui est venue se faire traiter à l'hôpital d*une pneumonie ou d*une fièvre typhoïde, soit exposée à faire société dans les salles ou dans les promenoirs avec une fdle perdue» une rôdeuse de barrières, ou, ce qui est plut^ dangereux encore et ce qui se rencontre si fréquemment à Loiircine, avec une de ces « embauche uses » qui pratiquent le recrutement pour les brasseries, les débils de vins, les maisons de passe, etc.

Enfin, votre Commission a éniis le vœu que ces nouveaux hôpitaux fussent placés hors des murs d'enceinte, et cela au double point de vue des conditions d'hygiène et des considérations d'économie budgétaire.

II I, — Les médicamenis propres an Iraiiement des maladies uénériennts seront déiivrés gralaUement dans tous les hôpitaux^ hôpitaux spéciaux ou hâpiiaux généraux.

IV, — Un seruice de consaiiaiions gratuites, avec dèîivrance gratuite de médicaments^ sera annexé à fasile sanitaire spécial destiné au traitement des prostituées vénériennes.

Faciliter aux malades le traitement de leur maladie, telle est la seule, mais pratique visée de ces deux derniers articles ♦

11 est manifeste, en effet, que, si un ouvrier habitant Vincennesou

noSPITALÎSATlON. — TRAITEMENT.

Grenelle, je suppose, a besoin, pour venir clierclier à SainL-Louis une consultaliou et des médicaments gratiiiUi de traverser tout Paris, cette obligation conslilue pour lui une lourde charge, qui lui coûte pour le moins une *lemi-journée de son travail. Donc, le plus tôt que cela lui sera possible, il délaissera son traitement, el conséquemmenf conservera une maladie qu*il restera de plus exposé à transmettre. Tandis que, s il trouve à sa porte, c'esl-à-flire dans un hôpital do son quartier, les mêmes moyens de traitement, il profitera bien plus volontiers des facilités qui lui seront otTer tes pour se guérir.

V. — Dans les hôpitaux spéciaux ^ ta con&ul talion sera fa île :

1" Pour les malades ne réciamanl pas tenr admission^ par un médecin on im chirurgien du Bureau central;

T Pour les malades réctamanl leur mlmission, par tes médecins ou chirurgiens titulaires.

Les médecins ou chirurgiens du Bureau cenlrat délégués à ces fonctions ne pourront les résilier avant cinq années d exercice.

Ce dernier paragraphe, qui peut vous étonner au premier abord, messieurs, demande quelques explications.

Il résiille de renseignemenls qui sont venus h la connaissance de votre Comniission que ta consullalion exlerne des hôpitaux spéciaux n'est pas toujours ce quelle devrait être. Nous avons regret à dire, mais nous devons dire que celle consullalion a été parfois abandonnée par le chef de service à son interne, lequel s*en déchargeait en parlie sur les externes. D'autres fois, paraît-il, on se borne, le Jour de la consultation, i\ cequ^on appelle une « petite visite », visite hâtive, brusquée, sommaire, où Ton n'examine que les malades les plus urgents.

Ce sont b'i, en toute évidence, des abus ou des accommodements regrettables avec les devoirs hospitaliers.

Or, comme les forces humaines ont leurs limites, comme Ton ne saurait exiger qu'un médecin^ après avoir fait une longue visite dans ses salles, assume encore la lourde charge d'une consultation qui peut s'élever à une centaine de malades ou même (comme k Saint- Louis, par exemple) jusqu'à deux cents, trois cents et trois cent cinquante malades, votre Commission a cherché le moyen de concilier les exigences des services hospitaliers avec la somme de labeur qu'on peut raisonnablement réclamer d'un médecin* Elle a cru trourver ce moyen dans la division du travail, et s'est arrêtée conséquemment à la résolution suivante ;

Conller la consultation externe A un médecin ou h un chirurgien du Bureau central, pour tous les malades ne réclamant pas leur admission (hins l'hôpital; et réserver aux médecins ou chirurgiens titulaires les seuls malades qui sollicitent leur admission.

30 PROPHYLAXtE PUBLIQUE DE Là 9YPH1US*

Déchargés ainsi de la plus lourde besogne, les médecin<ï ou chirurgiens Ulula ires disposeraicnl fie plus de leinp^ soil pour un recru lemcnl judicieux de» malades auxquek t'hospitalîâdtîoa esl ni^eessntre, soit pour les con^ullalions à donner l'i ceux qulldjugernieol susceptibles d'être traites au delior***

Enfin, si votre Commission a spécifié que les fonctions de médecin ou de chirurgien chargé de la consultation externe dans les hôpitaux spéciaux aura ic ni une duri-^e mi ni ma de cinq années, c*est qu'elle a voulu éviter par là un inconvénient pratique déjà maintes fois signalé i pour les hdpilaux de ce genre* Trop souvent on ne vient faire (|u*uiie apparition éphémère dans les hôpitaux spéciaux, eomme pour prendre lair fie la maison, puis on les déserte après un apprentissage sommaire de la spécialité. L'intiWt des malades exige, croyons-nous, un plus long stage dans les hôpitaux en question, el c'est là ee que vise la réforme proposée par voire Commission.

VI. — Enfin, en ce qui concerne la province, où régnent encore les vieux préjugés qui assimilent les vénériens h des coupables et les frappent d'ostrocisme, les réformes el les créations hospitalières slmposenl avec une urgence encore supérieure.

11 est venu à noire connaissance que, dans plusieurs de nos départements, les vénériens de l'un ou Tautre sexe ou bien ne sont pas admis dans les hôpitaux faute de places ou faute de services spéciaux^ ou bien n*y sont admis que pour ^tre relégués dans des réduits immondes» mal éclairés, mal aérés, insalubres, infects (î).

De telles ofTenses à rhumaniiéelau bon sens ne sont pas lolérables. Aussi votre Commission vous propose- t-elle d*émeLtre le vœu suivant t

Dans ioute ville de province^ louiau moins dans chaque rhef*li€U de depariemeni, il sera créé an service ^spécial pour le Irailement dea affections vénériennes : ef ies locaux nffecfés d cedit service se/^jnf aménagés su i va ni loulesles règles de l'hygiène.

ïlL ^ RÉFORMES DANS L*ENSEIGP<EMENT.

Votre Commission a la conviction profonde qu'un des meilleurs nioyensde lutter contre la syphilis et d'en diminuer la dissémination, c*est d'apprendre aux jeunes générations médicales^ mieux qu'on ut le fait aujourd'hui, à connaître celte grande maladie, à la dépister^

BOUS ses formes diverses, à la traiter, à la guérir.

(1) Voy. Fr*.iphtflaxle inietnalion&le des m^iadiew vénérienne*^ par MM. Crocq {de Bmsteltcs) ci RoUel ide Lyon], ISÛ&j p, 56; — Protjrèâ méâicstl, 1887| n<^ 11, p. 232 î n^ IS, p, 3G7 ; n'' 21 j p. 131-

REFOrOÏES DANS L ENSEIGNEMENT»

Or, il faut bien en convenir, flans Télaldc choses actuel, la syphilis est peu connue des médecins. Elle nesl rcctleinenl connne que de ceuXt en petit nomhre^ qui ont été altachés comme inlernes, comme externes ou comme stagiaires, aux quelques services spéciaux de la capitale ou ties grandes villes de province. Combien d*éludiants achèvent leurs études et passent leur thèse sans avoir mis le pied dans ces hôpitaux spéciaux autrement que pour une ou quelques visites de curiosité î Dans les examens de rtïcole, combien il est rare que les camlidats soient interrogés sur la syphilis I On évite même cet ordre de questions <t spéciales ^s pour ne pas embarraser les élèves, voire les bons élèves, qui peuvent avoir fait des études consciencieuses dans les liôpitaux généraux sans avoir eu Foccasion ou le loisir d*apprendre la syphilis.

Conséquence : le plus grand nombre des étudiants se lancent dans la pratique en n^emportanl des bancs de Técole que des connaissances superficielles, élénienlaires^ rudimenlaires, sur les alTectious vénériennes en général et la syphilis en particulier.

Et alors, conséquence de la conséquence, les erreurs pullulent en pratique. C'est là ce qui explique comment on a vu (et les exemples nen seraient que trop faciles et trop nombreux à citer) des médecins se méprendre sur le chancre, le confondre avec ceci ou cela; — se méprendre surla plaque muqueuse ou telle autre manifestation spéci- Gque; — confier des enfants dûment syphilitiques à des nourrices saines, ou inversement: — juger la syphilis guérie après quelques mois, voire quelques semaines de traitement; — accorder la liberté du mariage à des sujets syphilitiques non guéris; — doù ces faits si communs de femmes mariées infectées dans le mariage^ de fausses couches multiples, d*enfants qui ne naissent que pour mourir ou infecter leurs nourrices, etc.

A coup sûr, et la contradiction n*est pas à craindre sur ce point, quantité de ces déplorables erreurs auraient pu être évitées par une éducation plus complète — disons mieux, moins rudimentaire — sur l'importante maladie qui compoHe à la fois et tant de dangers individuels et tant de conséquences sociales.

Aussi votre Commission a-t-elle pris à lue lie de rechercher quels pourraient être les moyens capables de développer parmi les jeunes générations médicales tes connaissances syphlligraphiques qui sont indispensables aux praticiens, en utilisant dans ce but toutes les ressources hoî^pitalières dont nous pouvons disposer*

Et ces moyens, elle a cru les trouver dans une série de mesures, de réformes ou d'innovations que je dois maintenant voua soumettre.

Exposons d'abord notre programme, quille à lui donner plus tard ou dans la discussion qui peut s ouvrir ici, les commentaires ou les uxplications qui pourraient être nécessaires.

32 PROPlîYX.ilXlE PUBLIQUE DE LA SYPinUS

Les mesures qu a adoptées votre Commission (1) sont les su? vantes :

P Ouvrir Hùrement toos les seruices de vénérien& ou dt uénérienntB (je dis hms les services, veuillez le remarquer dès à présent) â laui

éludinni en médecine jusli/iani de s^ehe tnscripîitms,

2" Exifjer de tout ttspiranl au doclornt^ avant le dépôt de sa thèse^ un ceriifical de stage de irois mois dans un serrice de vénériens ou Je vénérien nea.

3" Allrifiuer au concours, el au concours exelasiuemeni^ ie recruiemeni du personnel médical churgé du traitement des vénériennes û Sainl*Lazare on dans l'asile tiaspiialier qui sera saftslilué à Saint- Lazare ; — et de ioiil ce personnel intéf/raiemeni^ €\\st-à-dire des chefs de senne e, des élêues internes et des élèves externes.

4'^ Altrihner au concouhs, et un concours exclusivement, le recrute me ni du personnel médical chargé de la surveillance des filles inscrites an Dispensaire de salubrité puhiiqae,

5° Comptisit ion des services de Saint* Lazare (ou de tas i le hospitalier t/ai lui sera subslilué) s ai va ni le plan des services de t Assistance publique; — et utilisation de ces services pour le stage spécial imposé aux étudiants en médecine iians les hôpitaux spéciaux,

6" Lesjurgs des divers concours dont il vient d'être question pour^ raient être composés de ta manière suivante :

a) Pour la nomination des médecins en chef : Un membre de CAcadémie de médecine ; Un représentant de l'Ecole (professeur ou agrégé) ;

Trois médecins des hôpitaux spéciaux (Saint-Louis, Lourcine^ Midi, Sa in t-L aza rej .

b) Pour la nomination des médecins du Dispensaire, comme pour celte des élèves internes ou externes :

Quatre médecins du Dispensaire, présidés par un memfjre de /^4cadémie (:}).

Ou votre commission se i rompe fort, messieurs, ou cet ensemble

de mesures aurait pour résultat de créer un véritable mouvement scientifique autour de la syphilis, mouvement salutaire et fécond, qui aurait pour conséquence forcée de disséminer et de vulgariser Tétude de la maladie.

(1) Il ne sera pas «nnsintcrèl de dire que le rapport de la sous-commisiion préfectorale de II^Hj, où fleuraient le médecin en chef du Dispensaire cl deux médecins de SninULo/^rCf concluait de mùnto : 1" d (a transforroiitioo de Saint-Lazare en un hôpital ouvert au public médical^ et 2"» nu rccrulemcnt par voie de concom^ de ttiut le p^raonnet des divers servie*^» médicaux des prostituée;*.

(S) Ne serait-il pSîi à désirer aussi qu un proi/ramme rcUitir à la détermination des matières devant faire [& sujet de ces divers Goneours fût élaboré par une Commission ipéciate? Nous nous bornons à ftigniler ce points qui est affaire d'organiaa-^ tion ultérieure.

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