DÉSUNION DES MÉNAGES, — DIVORCE
jifirte que je crois vraie ou toul au moins très voisine de la vérilé eelle moyenne d'environ 20 p* 100.
Or, quelle moyenne ! Quelle moyenne inaltendue, extraordinaiie non moins que latnen table! Sur 100 cas de syphilis lërainine, environ :20 incombant à des femmes manéen, et cela du l'ait de leurs maris î C'esl à ny pas croire,
Quelle réponse aussi — soîl dit incidemment — â ces optimistes étrangers à notre arl et élran^a*rs h la réalité des choses, qui se représenlenl la syphilis^ parmi les Femmes, comme le monopole du monde galant et le dérivé excIusiT de la débauche î
El qu'il me soil permis encore d'ajouter ù un autre point de vue : Quelle réponse aux adversaires de lonLe prophylaxie publique, venant nous dire : u Cette prophylaxie publique que vous réclamez, à qui servira-t-elle? Au public peu intéressant des coureurs de femmes, des viveurs, des libertins, des fdles de joie. Qui sait mftme si votre prophylaxie ne sera pas un encouragement i\ la débauche par la sécurité qu'elle offrira? Les syphilitiques, après tout, n*ont que ce à quoi ils se sont exposés. C est alTaire à ceux qui craignent la syphilis de ne pas encourir les risques de la contracter, etc., etc, ** Eh bien, à cetle objection, à celte fin de non-recevoir contre toute tenta live de prophylaxie publique, à cette doc (ri ne (car c'en est une), nous voici autorisés è répondre de par la stalistiquo précitée : u A tout le moins une prophylaxie quelconque de la syphilis peut avoir la saine et bienfaisante visée de sauvegarder un certain nombre d'individualités dignes de tout respect, puisque, sur cent femntes i(ui contractent la syphilis, il en est vingt qui la gagnent très honnêtement de leurs maris. «
IL — Second point : La syphîiis a pour conséquence fréquente la désunion et la dislocation des ménages.
Le sinistre ei sordide renom de la sypliilis est bien fait A coup sûr pour inspirer à la femme vis-à-vis du mari qui lui a infligé une telle âouillure des sentiments de répulsion, de dégoût, de mépris, de colère d'indignation.
Aux yeux d'une honnête femme, la syphilis, surtout sous son nom vulgaire et grossier de « vérole w, est une maladie honienne^ ignoble, crapuleuse ; c est un stigmate de luxure, de débauche, presque dinfamie ; c est la « maladie des filles ï*, des femmes de mauvaise vie, des réprouvées, « Quelle hontç pour moi î rae disait récemment une jeune femme du meilleur monde, qui venait d*être contaminée par son mari. Le misérable m'a traitée comme une (itie, il ni*a donné la malfidie tien ftiles / »
Ei c'est ainsi que, bien souvent, la syphilis introduit au foyer ^njugal un élément de désaflection, de désunion^ voire de division 'iibsolue.
Le plus souvent, à la vérité, «Jes choses s arraDgeol », comme on dit vulgairemeril, et cela pour telles ou telles raisons qu*jl serait superflu de produire ici; soit que la femme ne comprenne pas, ou (ce qui esl plus frcqueril qu'on ne le pense) qu'elle feigne de ne pas comprendre, soit qu*eile pardonne ou semble pardonner. Mais il n>n e&t pas toujours ainsi, surtout [soit dit au passage) au cas où la famille de la femme entre en scène pour malmener son gendre avec une bien légitime sévérilé. Fuis, si la feinme incline volontiers au pardon et à ronbli alors qu*îl ne s'agit que d'elle seule, souvent il n'en est plus de mi^me quand des enfants viennent à se trouver en caiïse. Exemple :
Une de mes clientes, qui avait déjà fait trois fausses couches, dont la raison était restée ignorée, mit au monde un enfant SYpIiiliiique, dont la maladie fut une révélation pour elle et qui ne tarda pas mourir.
Or, w jamais, me dit-elle un jour dans son chagrin, je ne pardonnerai i\ mon mari les quatre enfants que j'ai perdus par sa faute. *i Et quelque temps plus tard, alors qu'à propos d'accidents spécifiques survenus sur elle j essayais de lui faire accepter un traitement auquel elle répugnait, cela en insistant sur ruLililé de ce traitement pour les enPffnLs rjuVlle pourrait encore avoir, elle me répondit avec une véritable indignation ; i' Quel alTront vous me faites! mon cher docteur 1 Comment pouvez- vous croire que je sois destinée à avoir encore des enfants d*un homme qui m'en a tué quatre l Cet homme ne m'est et ne me sera plus de rien. Faites- moi, de grâce, Thonneur de me considérer comme veuve, n Xoilk dix ans de cela, et elle a tenu parole.
De tels germes de ressentiment et de désunion une fois introduits dans un ménage, on conçoit aisément quelles peuvent en être les conséquences, à savoir : rupture du lien conjugal, avec toutes les misères sociales qui en sont les résultais usuels, tels que séparation elTeclive des époux sous les apparences conservées du mariage; — et alors, adultère constant du mari, aduUère possible de la femme, etc.; — ou bien, séparation vraie» soit amiable, soit judiciaire ; — ou bien, enfin, divorce.
Le divorce, fondé sur une transmission de sypliilis du mari à la femme, est loin d'être une rareté de nos jours, spécialement dans la société parisienne, t^our ma seule part, j'en ai observé douze cas dans ma clientèle- Je tiens de M. Feuilloley, actuellement procureur de la République à Paris, que, u dans Tannée où il a pri^sidé la 4' chambre^ il a prononcé huit à dix divorces pour cette cause spéciale »». ^^ El le nombre de telsdivortes, ajouic-t-il dans une lettre qu'il nva fait Thonneur de nvadresser h ce sujet, serait bien plus considérable encore, si ladite cause n*étâil le plus souvent passée
HUINE UE LA FAMILLE; — MISÈBE. 377
>us silence dans les conclusions du tribunal, les parties se bornant à articuler des griePs d'un autre ordre. »>
tl n*esl môme pas rare qu'en pareille situation la rupture du mariage se fasse d'une façon suraiguë et soudaine, la femme olTensée précipitant fî6 inifn le dénouement. Ainsi^j'ai vu six fois des jeunes femmes, tout aussitôt après avoir appris qu*eUes avaient re<;u la syphilis de leur mari, déserter séance tenante le toit conjugal pour rentrer à la maison paternelle»
ÏIL — Un troisième danger est maintes fois introduit au foyer conjugal par la syphilis du mon. Et ce danger n'est autre que la ruine de la famille; la ruine de lu famille de par la maladie, Tincapacité ou la mort de son chef naturel, de celui qui doit être le soutien de cette famille, de celui qui a charge des intérêts matériels de la communauté.
Gela, encore, n*est qu'une conséquence toute naturelle de révolulion morbide propre à la syphilis. On sait, en efîet, que les échéances du lertiarisme sont très souvent plus ou moins tardives, c est-àdire que les manit^esiations tertiaires n'entrent fréqueuiment en scène qu*à long terme. Ainsi, sur un total de 5,707 accidents tertiaires, j*en ai trouvé 2.811 n'ayant fait leur apparition qu*à dater et au-delà de la dixième année. D'où celte proportion : sur 100 manifestations du tertiarisme, 51 sont anténeuresaudébutdela dixième année d'infection, et 49 lui sont postérieures.
De sorte que, très souvent, c'esirhommc mi\r qui expie les péchés du jeune homme ; — de sorte que la syphilis, habituellement contractée dans les années de folle jeunesse, pendant la vie de garçon, ne présente fréquemment fqu'on me passe lexpresî^ion) sa t'nrle à pmjer qu*à l'âge oii le jeune homme d'autrefois s* est transformé en un homme sérieux, en un mari, en un père de famille- Hin l'espèce, donc» c'est le MAiu QUI PME LA DETTE utî GAHçoN, et cc fait esl niajcur comme conséquences, ainsi qu'on va le voir*
Car la dette en question peut être lourde, h savoir : consister en un accident susceptible de compromettre un organe important, un système essentiel, voire de menacer la vie. Cet accident» en elîet, peut être une syphilis cérébrale ou une syphilis médullaire, ou bien une ophtalmie profonde, ou bien un labes, ou bien une paralysie g^énérale, etc. Et de là, comme résultat définitif, possibilité d'un trouble fonctionne! grave, très grave, voire permanent et irrémédiable, tel qu^inlîrmité musculaire consliluée par une hémiplégie» une paraplégie, une monoplégie, ou bien infirmité sensorielle (cécité, surdité)^ ou bien encore déchéance intellectuelle, etc.
Et alors? — Et alors, de par rincapacitédeson chef, voici la famille en détresse, h moins qu'elle ne dispose (chose rare) d'un patrimoine qui lui permette de vivre sans le travail du mari. En tout cas, la voici
DANGER SOCtAL DE LA SYPllIUS.
frappée à la le te, réduite comme ressources ; et, bien souvent aussi, la voici tombaDl du coup dans le dénuement, la détresse, la gène la misère.
Or, déjà bien des fois je Ta f firme, j'ai vu la misère s'installer au foyer domestique par le fait de rincapâcité d'un chef de famiUe terrassé par la vérole, F^uisque les dangers sociaux de la syphilis sont actuellement à Tordre du jour, en voilà un certes bien digne en Tesfïèce de figurer au premier rang.
D'autant que celui-ci n'est pas rare, je le répète. A ThùpilaL le plus souvent il nous échappe et passe inaperçu, parce qu'à Thôpitid nous ne connaissons de nos malades que ïeur maladie et rien de plus* Mais en ville, là où nous pénétrons dans les intérieurs et as!?istons de visu à la détresse des familles, il ne s*impose que trop souvent à notre observation.
Insister sur le fait par quelques exemples ne sera pas superflu, car avec cette considération particulière nous sommes, me semble-t-il, en plein cœur de la question. Écoutez donc ceci :
Un ouvrier graveur contracte la syphilis à vingt-trois ans et ne s en traite que légèrement. —A Irenleans, il se marie et devient bientôt père de deux enfants, — Habile de son métier, gagnant 8 à 10 francs par jour, il subvient facilement aux besoins de sa famille. — Mais, tout à coup, le voici aux prises, comme conséquence de son ancienne maladie^ avec une syphilis cérébrale grave, laquelle se termine par une hémiplégie droite avec contracture. Travail désormais impossible. Conséquence : Mkère^ misère noire. Heureusement, une parente charitable recueille les deux enfants. Mais la femme reste sans ressources avec un mari infirme ; elle et lui vivent d'un franc cinquante centimes par jour, que la malheureuse gagne péniblement avec son aiguille.
Un jeune architecte se marie sept ans après avoir contracté une syphilis qui, bien que très négligemment traitée, n'en est pas moins restée remarquablement bénigne jusqu'alors. Six mois pluï? lard, il esl pris d'accidents cérébro-spinaux bien manifestemenl s[iéci tiques. 11 meurt, en laissant une femme et un tout jeune enfant dans un dénuement absolu.
Un jeune artiste, peintre plein de talent et d*â venir, se marie quelques années aprèt* avoir contracté une syphilis que, hji aussi, il n*a que très sommairement traitée. Tout va pour le mieux pendant quelques années. Les tableaux se vendent, le petit ménage prospère et s enrichit d'un enfant. Puis, survient au mari une afleclion oculaire double, qui e<t d abord méconnue comme nature el qui, attaquée trop tardivement par la médication spécifique» aboutit à une cécité complète. Résultat : famille ruinée, tombant dans l'indigence et forcée de s'inscrire au intreau dt bienfaisance pour ne pas mourir de faim.
POLYMORTALITÉ INFANTILE. 37&
Et combien d autres drames de ce genre» lotis issus de la vérole, n*auralâ'Je pas à citer !
m. - CONSÉQUENCES IIÉRÉDÏTAînES.
En troisième lieu, ht stfphiiis eon&iiiiie un danger sorml par les conséquenvea héréiîtiaires ffuelle comporte^ noiamment par re/frotiable morlalilt dont elle menace les en /h ni s.
Conséquences héréditaires, voîlà par excellence le danger social de la syphilis. Ces conséquences, il n*est qu*un mot pour les qualifier. Elles sont éponvanlalfles^ et ce mot ne sera que trop légitimé par ce qui va suivre.
Oh ! sans doule, ces conséquences héréditaires ne sont pas fatales, ioélucLables, Car, s'il en était ainsi, Ja syphilis serait le plus actif de tous les facteurs de dépopulation, ce qu'elle n est pas, grâce au cieL El je m*eni presse de dire que son influence héréditaire peut élre contrebalancée, amoindrie, voire annihilée par le traitement spécifique. Aussi bien est-il absolument commun de rencontrer des sujets qui, bien que syphililiques^ ont engendré des enfants bien portanl'S et indemnes de toute tare.
Mais, insuffisamment traitée ou, a fortiori, abandonnée à son évolution propre, la sypliilis se montre singuhèrement nocive pour les jeunes, nocive de bien des façons et bien souvent aussi nocive jusqu'à la morL On a dit qu*elle <^ lu ail les jeunes par h éca lombes w, et le mot na rien d'exagéré. Reste à ajouler seulement qu elle se réserve de les tuer à divers âges. Ainsi ;
Elle les tue le plus souvent dès les premiers mois de la conception. De là Vavorlement syphilitique^ célèbre par sa fréquence.
Elle les tue souvent aussi à une époque plus avancée de la gros* gesse, h savoir dans les derniers mois de la gestation. De là Vavcouchement prématuré, encore éminemment commun.
Elle les tue â leur naissance. Que d*enfanls h érédo -syphilitiques ne voient le jour que pour mourir après quelques heures!
Elle h 'S tue, et cela avec une fréquence connue de tous, dans leurs premières semaines (1).
D autres fois encore, elle les laisse vivre un certain temps, quelques années par exemple, voire jusqu'à la seconde enfance, voire jusqu^à Tadolescence^ pour les tuer h long terme par quelque lésion relevant de ce qu*on a appelé la st/philis héréditaire tardire, plus commune.
(î) Ainsi ui>c statistique officie] le de T Assis Unce pifbtic|ue tlonne yti total de 4^3 enfiints mi>rti9 mut UDij tmis^ances issues de femmes syphîiUtquesi qui sonL venues ^K-eouctïer dan» les liAfiilaux de la citpîCuta dcî ÏHHÙ â inêh.
ProporLiud de uiorinlité mf^nUie : 40 p. 100 (î).
*ioU DANGEB SOCIAL DE LA SYPHILIS,
infiniment plus commune qu'on ne le croit généraleraenl, parce que généralement elle reste méconnue.
Un second fait non moins essentiel à noter est que, très fr t^quemment, cette action meurtrière delà syphilis se poursuit, s'entretient, se continue sur toute une série de grossesses. Ainsi, rien n'est plus commun que de rencontri'r des famillps où, du fait et du fait exclusif de la syphilis, il s'est produit toute une suite de faussas couches^ par exemple deux, trois, quatre. Sans parler môme de ces cas, naturellement plus rares, où Ton a vu des avortemonis se succéder en série, suivant le terme consacré, jus^ju au nombre de cinq, six* sept, huit, neuf, dix, onze, douze, et même au delà. — Exemple : Une de mes malades de Saint-Louis, femme bien cotîslituée, mais syphihtique et mariée à un syphilitit[ue, a commencé par faire douze ffuis^eê coarhe^s^ et cela sans autre cause appréciable que son état diathésique, Plus tard, elle a eu quatre enfants, dont trois sont morts en tout bas âge » de méningite >î, et dont le dernier, petit vieux rachitit[ue et athrepsique, a dû, suivant toute probabihlé, subir le sort de ses atnés (1).
De même il est absolument commun de rencontrer des famiUes syphihtiques oii, sans parler des avortements, plusieurs enfants venus à terme (ou preî^que à terme) ont succombé à divers âges et, le plus souvent, dans le tout jeune âge, cela du fait incontesté de la syphilis. Cest par milliers qu'on produirait les cas où la syphilis a tué de la sorte deux, trois, quatre, rinq enfants dans une même famille. — Nombreux encore à citer seraient les cas où Ton a vu le quotient des décès s'élever plus haut et bien plus haut daos certaines familles.
Exemples :
Caa du D' Bettrend » > . ^ * . ^ décèi sur 1 1 naissances.
^ Br Turhniàn, ., , , . . 8 — Il —
— D^ Comby,. ............. 8 n —
— pi- Moncorvo. ,, g — g
— personnel ,....«.*...' .» 8 — 9 —
— riu pr Pinard .-..- 9 ît —
— D-- Ctirisïian ... .... 0 — 10 —
— D»- Apert 9 -- 10 —
— Df Fuchs 10 — Il —
— D"- Le Pileuï* *.,.... 10 — II —
— D"* Bryant.. *............. Il 12 ^
— DK.:«rré U - 13
— perscinncl * .,,..*,,.. Il — tfl
^ du Dr NcïbL 12 — 15 —
— de Davi^ ., *. 15 19 —
— persoTiJici .,....,,,........ .. 15 — Id —
— du D"" rUbemont-Dessaigne.^ 18 — 19 —
(ï) Je viens d^apprendre toul réocniniciil que celte facile prévbiûn s est réalisée.
rOLVMORTALITE INFANTILE. 381
Aussi bien la syphilis aboutit-elle fréquemment à anéanUr en germe la posiérllé de cerlaines families. Il est des familles oij elle fait le vide complet, où elle fait table rase. Exemples» entre des centaines d'autres cas analogues que j'aurais à produire, les observations suivantes :
Observation d« Dcrtin ».,..«......... i naisj^^ancreEi; 4 morU
— CsEcnave, ..*.,. A — 4 —
— du D^ Artc^agra ...,.*,,.*. A — A —
— D' Orîo wski A — 4 —
-^ D'" [.egpand .,,,*.!-... A — A —
— Df HuLinel 4 — 4 —
— D^ Lenionaier ........ i — 4 —
— D"- Perrin 4 — 4 —
— personneLie .,,...,,.,. 4 — 4 ^
— du Pt Ptnard , . . . . 5 — 5
— D"* Hcrniel , â ^ 5 —
— Df lléJène Krjlni«. .. . 5 — 5 — ' — personnt^lle . .^ . . , ^ ^ . . , . - -, S — & ^
— ï>i^ Tanner. ... .... 6 — 6 —
— D"" TfûU3»eatJ ......... 6 — û —
— DfTardilT.^ , ij 6 ^
^ Df d« MolènÊ»- . ...... ^ — û —
— personnelle ^ — 6 —
— — 6 — ti ^
— du Dr Hudelo.. 7 — 7 —
— peraooneUc .....,,,,.,.. . . 7 — 7 — — 7 — 7 ^
— du D^ ErasmusWOion. . 8 — 8 -
— du D"- Christian....... . . 8 — 8 —
— D-- Bar 10 — 10 —
Df Porak ii ^ U —
Etc. etc.
Tout cela, d'ailleui^, ebt connu, tout cela même est devenu banal, depuis que de nombreux travaux ont été publiés sur ce point et que des milliers d'observations ont convergé dans le môme sens, et toujours pour confirmer ces résultats. Si bien que la polymortaliié des jeunes dans une famille est devenue de nos jours un sif^ne couram* ment consulté pour le diasçnostic de rhérédo-syphilfs. Non pas, à coup sur* que la syphilis soit seule ù tuer les enfants de la sorte {car on sait que la tuborruïoseï Talcoolisme, le saturnisme, etc., exercent sur les enfants une iuHuence de même ordre); mais, à coup sûr également, telle est la fréquence avec laquelle la syphilis sévit mortellement sur les jeunes que cette polymortalité infantile ne saurait manquer d'éveiller un soupçon d'hérédité spécifique, soupt^on que d*autres signes viennent le plus souvent confirmer.
A ce qui précède j'aurais inaîntenani à ajouter nombre de considérations non moins importanti^s cl curieuses, si j avais à faire œuvn, ici de [^alllologiste. J'aurais à dire, par exemple, que cette nocivité
héréditaire de la syphilis est variable d'intensité suivant l'â^c de !à maladie, etc., etc. ÂiD&î, il est acquis de par la statistique :
1" Quant à la provenance, que riiér<^dité palernelle est celle qui se traduit parla morlalité moindre i28 [i. 100);
Que rhérédité maierneUe, infintmenl phis dangereuse, comporte une mortalilé plus que double de la préeedenle, à savoir : O») p* 100
Enfin, que riiérédité mixte est celle qui Tournit le maximum de mortalité avec le chitTre de fiH p. lOO (I )*
2** Cetle nocivité héréditaire de la svpliilis varie notablement suivant les milieux sociaux. En ville, la mortalité des enfants issus de mères syphilitiques varie de 60 à 61 p. 10*1. (approximativement j. A! liôpital, je l'ai vue s élever Jusqu'il 84, voire 86 p, 100. (Ce dernier chiffre, à la vérité, cet épouvantable chiffre m'a été fourni par une statistique recueillie a Lourcine, h Api lai où abondent de jeunes prostituées libres, recherchant bien plutôt que craignant la fausse couche et se traitant en conséquence,)
3'' Enfin, il ressort de lexpérience que cette nocivité héréditaire se Tuonlre très inégale suivant l'âge de la syphilis. Elle atteint son maximum dans les trois premières années de la maladie pour décroître au delà. En sorte que, bien certainemenl, le temps affaiblit, atténue et finit môme (mais lentement) par anmbiler l'influence bérédosyphUi tique (2).
Quelque soramairemeiit qu'il me soit imposé de toucher ces divers points, comme tant d autres afférents au même sujet, il en est un cependant aut[uel, en raison de sa haute importance. Je dois ici une mention particulière. Celui-ci est relatif à le xtra ordinaire malignité qu'est susceplible de revt^lir Finfluence hérédo-sypliilitique alors qu'elle s'exerce dans les premiers temps de la maladie. Elle atteint alors vraiment un fnstiffiiim de nocivité qui dépasse tout ce qu'on pourrait croire.
Ainsi, J'ai vu, de mes yeux vu ceci : iH) femmes, contagionnées par leurs maris, sont devenues enceintes dans la première année de leur syphilis. Or, à quels résultats ont abouti ces 90 grossesses? Le voiei :
51», se sont terminées par avor terne iit ou expulsion d'enfants mort-nés ;
38 par naissance d'enfants qui se sont rapi<lement éleinls;
Et 2 (2 seuleraenl !} par naissance d enfants qui ont survécu.
Au total, 88 morts sur Wï naissances I
Et cette dernière hécatombe d'enfants — qu'on veuille lien noteP ceci — oii l'ai-je observée? Non prjs u l'hôpital, non pas à Lourcine, e'est-à-dire dans un milieu social inférieur, où des conditions diverses de mauvaise hygiène, de surmenage, de misère, de débaucliet etc.,
(1) Statistique cmpruntt^e À mon Jîvre sur VHérédHd siyphtUiiqife^ Pfli*ÎS| 1891. {2) V,, pour [os dùLiiils «Itcrents à ce sujet, 1 auvragc precitt*, p. *M et sulv.
CONSÉQUENCES HtlREDlTAIRES. — DVSTROPHIES.
fiûûsLiLuenl cUndt^niables prédisposilions à ravortemenl, mais bien en ville, ym besoin de le préciser» en ville et dans ma clienlèJe privée» c'est-à-dire dans des familles bourgeoises ou tn^tne arislocra tiquer pour quekiues-iines, f*uv des femmes jeunes, bien constiluées el bien porlanlefi poui' la plupart, jouissant de tous les privilèges de Tfiygiône el delà fortune. — Celle première année de rinfecUon esl donc par excellence Tannée terrible au poinl de vue de l*hérétlilc\
IV. " DYSTKOFllIES ET D^!GËNÉIIESCENCES HÉHÉDO'SVPlilLninUES.
Enfin, un quatrième ordre de dangers rt*sulte de ces curieuses iîf/slrophies ht'rédo-fstjiihiiiiifjues que Ton a commencé seulement à étudier depuis un certain lemps et dont bon nombre, par leur haute imporlance, consliluent pour l'individu, comme pour Fcspéce, de véritables stigmales de déchéance, d'abâlardissemenl, dUnfériorisalïon» de dégénérescence.
Ces tares hé redits ires de la syphilis qui n'irlTectent pas la modalité syphilitique vraie, qui ne sont pas syphilitiques à [iroprement parler, revêtent le caractère de manifestations ih/sirophiques.
Ainsi que l'a dit Je D' Edmond Fournier, a elles eonsislent presque toutes, sous des formes variées à i*infini, en des défaillances natives du développement, aboutissaut à des imperfections^ à des incorreC' lions organiques, à des formations enrayées ou défcclueuses, à des déviations de type, etc., voire, dans leur degré le plus élevé, ù des m on s tr u o s i I es \ é ri ta hl es .
tt De là, pour Tindividu, ini amoindrissement de vitalité el de résistance vitale; de là, pour lui, une mférinrisaihn^ â des degrés nalurellemcnt très variés, p;ir rapport à de*i indiviilus mieux doués que lui» mieux armés que lui pour le sinujijlc for Ufe\ de là, en défini- 11 ve, un aclieminemenl, à des degrés proportionnels, vers la dégéné^ resçencf: (1)* «
Ces dyslropbiesde provenance héréilo-syphililique, il faudrait déjà un volume pour les décrire, tant elles sont nombreuses et diverses. Force me sera donc, en ce ([ui les concerne, de m'en tenir ici à une mention des plus sommaires, ou plutôt même à une simple énuméralion de têtes de chapitre.
Avec Tauteur d'une récenle monographie sur ce sujet, je croîs qu*on peut les diviser nalurellement en trois groupes, de la faf;on suivante :
P Les unes n'intéressent Tindividu que d'une façon partielle^ en
(I) D'' l^tiMQf^Tï FoiiHîïiEn. Siifpnâtea diistrophiques de Vhérédo^MyphîiU^ Puria,
ralTeclaiil dans un syslème, dans un segment de système, voire dans un si'ul organe, isoU^meul.
'2° Les autres conslituf-nL des modalités d'ordre général qui portent sur tout Tôtre» qui rrifTeclent d'ensemble et dans loules ses parlies,
3" D'autres, enfin» infiniment pins rares et malaisément définissables, se caractérisent par rexcèsméme de la dyslrophie, par 1 exagération de Tanomalie, et constituent des mousiruosifés (D"^ Ed, Fournier).
L — Dans le premier groupe prennent place, à ne citer que les principaux, les divers types dystrophiques suivants ;
Dystrophieg deataires, extrêmement communes, comme an le sait, chez lo^ hérMo-^yphililiques; — et dystrophles masciltaires (atrophie de Tos incisif, ôgivalite palatine, bec-de-li6vre etc) ;
Mulfoi^malioiis crâniennes, h types très variés {grosse tête bosselée, crâne asymëlrique, crâne iiaUforme; — microcépliaUe ; — hydrocéphalie, tic);
Dystrophies nasales ;
Bystmphîes oculaires ;
Dystrophies auriculaires;
Dystrophies racMdiennes (scoliose ; — spina bifida) ;
Djstrophies des membres, de lypes e^clrt-mement variés : hypotropbies» asymétries, élongalions pariielles, gigantisme, nanisme pari ici, nanisme général (dont un spécimen, par exemple, a été oJîerl par le célèbre nain Bébé qui, très ce r lai ne ment, était un hérédo-syphîlitique) (1), polydactylie, syndactylie, ectrodaetylie, ectromélie, hémimélic, dystrophies pelviennes, luxation congénitale de la hanche^ pieds bots, etc. ;
Ilyslropliies cérébrales el médullaires; — surdi-mutité;
Dystroiihies cardiaques et vasculaîres; — maladie bleue ; — aplasie congés niale du syî^iltme vasculaîre;
Dystro(>hies pénito-urinaires : ectopie teslieulaire, cryptorchidie, infantilisme lesticulaire, malformalions utérines et ovariennes, clc., elc.
Et que d attires ne suis-je pas forcé de passer sous silence !
IL — Le second groupe, constitué par des dystrophies d'ordre général et intéressant tout Tôire, comporte trois types principaux bien connus, à savoir :
1" (^elui des dyslropbies originelles de constitution, de tempérament, de résistance vitale, se Imduisont sous des formes diverses à divers i^ges de la vie.
Dans le premier i\g4v, cette dyslrophie native est représentée par |e lype bien connu de ['avorton sypïiilitlque. petit être rabougri, chélif, alropbié, débile au point de ne pouvoir ni téter, ni crier,
ii] \\ Influence dgsiropkique de l%éréUi>'9ifphUi9, par A, FounstiEA, Médecine moderne, %sm.
CONSEQUENCES HEREDlTAlRES-
DYSTROPHIES.
offrant le faciès clasBique de ce qu'on a appelé la décrépitude ou sénilitt* infanUle, et ne venanl au jour le plus souvent que pour s'éteindre a rapide échéance.
Plus tard elle se Iraduit, par cet autre type plus rare» maïs non moins authentique, de Tenfatit valétudinaire, délicat, malingre, terreux d'aspect, paiivremerit musclt'% languiîssant, difficile h élever, toujours malade, ne sortant d*un état morbide que pour retomber dans un autre^ prédisposé h toutes les contagions, notamment à celle de la tuberculose^ etc.
A tout âge, enfin, elle peut s'accuser par ce qu'abréviativement j'appellerai la fï>agilîté dévie, c^est-s'i-dire par un quotient de vitalité inréricur au quotituit normal, par une résistance aux maladies inférieure à la moyenne courante. Il est posiUf, en effet, que les liérédosyphililiqoes sont fréquemment emportés par des maladies qui ne comportent pas (au moins le plus sou vent i de terminaison fatale. Dans le tout jeune dge^ notamment, on les voit parfois mourir de i< rien ï^ si je puis ainsi parler, voire être enlevés subitement, inopinément-j presque sans maladie; et nombreux sont les cas ou, en pareille occurrence^ Tantopsie la plus scrupuleuse reste muette comme interprétation des causes de la mort (1). — Dans un âge plus avancé, il n est pas rare que les maladies des hérédo-syphilitiques revêtent une forme particulièrement sérieuse, voire maligne^ et que la raison de cette gravité, de celte malignité insolite, ne puisse être rapportée qu't'i Tétat de débilité native de ces sujets, c'est-à-dire i\ leur tare infectieuse héréditaire- Â n'en citer qu'un seul exemple {car je ne veux pas faire ici de pathologie), le D' JuUien a relaté tout récemment une très curieuse observation de pneumonie foudroi/antf sur un jeune sujet hérédo-sypliili tique* Il s'agissait, en Tespéce d*un jeune homme de vingt-deux ans, héréd o-syphili tique » petit, chétif, réformé pour faiblesse de constitution, dystrophique, Iiéraophilîque, etc., qui, pris de pneumonie, fut emporté « en trentesix heures •>.
2^ Un second type qu'afle^ctenl assez fréquemment ces dyslrophies d'ordre général est celui de rinfaotiUsme, constitué principalement, comme chacun sait, par un arri^t permanent du développeiuenl physique, par la petitesse de taille, par rexiguité du corps et des membres, par une sorte de ratalinement, do rabougri ssement de rindividu.
Combien d'hérédo-syphilitiqucs n*ai-je pas vus subir, a leur vingtième année, rhuniiliation dVlre exclus du service militaire o pour défaut de taille h 1 .le connais, entre cent exemples que j'aurais à citer, le cas dune famille où, sur six enfants nés d'un père syphilitique el
(1) V, Mémoire précité «ur ï Influence dt^strophique de Vhirédo-typhiUêt p, Î5.