PROPHYLAXIE MORALE ET RELIGIEUSE
voire au besoin faire pression sur les pouvoirs publics el les administrât ions;
i" D^înitier lo public à ce qu'il a besoin de savoir reialivemenl aux dangers de la syphilis el reialivemenl aux modes mulUples, divers et la plupart ignorés, de disS(!nninaljon de la maladie;
5° hlnfin^pour Taveair, si les ressources pécuniaires qu'elle pourra réunir par voie de cotisationB, de dons ou de lef^s, le lui pernieUeni, de sortir de la phase tliéoric|ue pour entrer dans la voie des réalisalions praliques; — eVsl-à-dire de payer d'exemple par quelques fond filions niodèies, telles ijue création de dispensaires médicaux en harmonie avec les données de la prophylaxie, ou bien d'asiles^ d'œuvres de protection pour les jeunes filles, d'œuvres de relèvement pour les déchues, d'écoles professionnelles, etc.; — en résumé, de faire e/ï peiit ce qu'il conviemlrait de faire en grami pour combaLlre efficacement et la syphiliset la grande pourvoyeuse de la syphilis, la prostitution,
Cela dit d'une faron générale, précisons mainlenant.
L'ennemi que nous avons en vue» qui* nous entendons attaquer et combattre, c est la syphilis, avec sa grande pourvoyeuse (je répète le mol à dessein , la prostitution.
Or, lorsqu'on étudie les multiples moyens qui peuvent concourir à la prophylaxie de la syphilis, on arrive forcément à reconnaître que ces moyens (sans parler de quelques-uns d ordre accessoire ou indirect) se répartissent en trois groupes de la fagon que voici :
1" Moyens d'ordre moral ei religieux^
:2'*Moyensde rép remio n adm in is t ra l ive ;
3** Moyens d'ordre médicrtf^ consliluant ee que J'ai appelé la prophylaxie par le traitement.
Quelques mots sur chacun de ces trois groupes,
1. — Très respectueusement j'ai placé en vedette de cette triade les moyens d'ordre moral et rehj^ieux, parce que de tous ce sont Je ne dirai pas les plus dignes (tous sont également dignes de par le but qu'ils se pro[)osent), mats les plus naturels, les phis simples, ceux qu'on pourrait dire primordiaux en ce sens qu'ils pourraient dispenser de tous les autres (l),
il) J'ni besoin de faire reiniïrqui'r Ici que non nouLcmcnt je n'ai pas niiblîé Je* moyen* clWc/r*? relttiienj pouvHnL cuntnhuer à lu pi'Cïpliyla\îc du ri*.*iiu, amis que Je les 01 si|;iiide# tiu [iremU'r raïuf, un phee tilmuneur. Ce c[ui n\i pa,^ cMîtpi*çhé que M- l'ubbiî Fonssapi'ivciï. d«n^ «ne bi*t»rbujx» publiée è prap*)^ di? la fondation de la Société de propIiyJasïc, ne m'uccnse a de âeniitler ignorer Vimiiortiince de L'enxeignemenl reii^ieux » lî} — {ConaëiU au je parents et auj: mâitrex sur Véducn^ îlon de Li pureté^ lit* MIL, p. :ïfi.u Qu'«urniUii donc fallu dire pour sûtisfaire M. Tibbe Fonâtagrivea ?
LIGUE CONTRE LA SYPHILIS
A coup sûr, il n'est pas, pour combaUie efficacement là syphilis, que le mercure et rinlernenioiil des prosHUiccs malades, La morale et là religion ont cerles Ijirn aussi en Tcspè* e leur mol à dire, leur rôle prévenlilol protecteur à exercer, Kviderainenl, rien de plus noble et de plus élevé que de viser h rexlincliou de la sy|îhilis par le relève^ ment moral, Tépuration des moeurs* la conscience du devoir, le respcrl de la jeuuo fiïle, les unions précoces et, roraine le disait h la conférence de Bruxelles une très digtie femme que nous avions plaisir à entendre, par a le mariage a viiigl-cinq ans entre deux conjoinls également cliasles, également purs, également dignes l'un et Tautre de la Jleur d oranger ».
A^^surément encore, rien de plus radical, au moins Ihéoriquement, comme pniphylaxie, car il esl bien certain que, s il s opérait un retour de riiumanili^ vers Tinnocence et Tâge d*or, les jours de la sjpbilis seraient coniplés.
Seulement, — oh ! il y a un gros seulement en Tespèce, — je ne vois guère que, à Tâgc de fer où nous sommes arrivés, dans la société quelque peu gangrenée ofi nous vivons, on se préoccupe bien activement de monde, surlout par rapporl au sujet spécial qui nous intéresse pour Tinstanl, J« n'entends guère autour de moi prêcher conlinenee, ehasleté, vertu, respect de la femme, mariage précoce, etc., rlc. Notre littérature et noire Ihéàlre principalement vivent sur de lu ut autres sujets où l'adultère partage la première place avec les exploits du u vieux marcheur »>. Dans nos écoles, et surtout dans nos grandes écoles, on s'ocru[>e beaucoup plus d'instruction que d'éducation, Hestent bien encore, dans les classes bourgeoises, quelques foyers familiaux où la mère sert dViducatrice morale h l'enfant de par son exemple et son doux enseignement. Mais dans le peuple, oii le dur souci du pain quotidien tient le père et la mère éloignés de leur ménage, où le foyer domestique n'existe pas, que devient Téducation morale de renfant et, plus encore, tUi jeune homme?
En sorte qu'il nous est bien permis ti nous, médecins, qui du fait de notre profession, recevons les confidences des faiblesses humaines^ de croire que, si la syphilis n'est destinée a disparaître que parrordro des moyens en question, elle a encore devant elle une longue ère de prospérité ; et que, s'il nous faut atttmdre, pour assister à son extinction^ « le jour de celui qui détruira rempirc du péché dans le monde -s connue Ta dit Ahne .tosépliine Buller, il serait souverainenient inqimdenl <le conlier la sauvegarde de nos conciluvens à i*influence exclusive dune prophylaxie de ce genre, dont les résultats efficaces menacent d'être singulièrement tardifs.
Bien loin de moi, toutefois, Tintenlion de méconnaître les services que peut rendre à l'œuvre commune réducation morale et religieuse.
PROPHYLAXIE ADMINISTRATIVE ET POLÎCrfeRE.
La É^yphilis, dîrai-je im'^me, ne paula^'oir de pire ennemie. Aussi bien serait-ce avec bonheur que je verrais prendre rang dans notre ligue tous ceux auxquels revient le grand honneur de prêcher professionneUement la bonne parole, c est-à-dire le pn^lre, le pasteur, le rabbin, rinstiluleur, l'înslilutricej et j'appelle de tous mes vœux leur concours. Leur venue parmi nous ne Teraîtpasque nous honorer ; elle nous serait particulièrement précieuse à tous égards et tout particulièrement, par exemple, pour la fondation de certaines œuvres charitables de préservation ou de relèvement dont j'aurai bientôt h parler, et cela en raison et de leur ti-ès légitime autorité et de leur compétence toute spéciale en la matière,
H. — Les moyens du second ordre ressortîssentâ la prophylaxie administrative et policière,
Que n a-t-on pas dit et éeril pour ou contre rintervention adminis* trative en fait de prophylaxie spéciale 1
La légitimiléei Tutilité de cette intervention sont démontrées par toute une série de raisons des plus diverses qu'il serait superflu de reproduire une fois de plus et donl je ne citerai, simplement comme exemples, que les deux suivantes, h savoir
l" Fréquence considérable des alTections vénériennes chez les prùiiîiltieesclfimiesfines,c>M-à*dire non soumises ii la réglementation.
D*après diverses statistiques, on a vu cette fréquence s'élever à 25, "29, 32, *i3, 43, voire 48 p. 100. — En autres termes, sur cent femmes non inscrites arrêtées pour provocation sur la voie publique, on en trouve plus d'une trentaine en état de maladie, à savoir le tiers environ et quelquefois davantage.
Dans la seule année 1897, à Paris, les arrestations d'insoumises ont fourni un contingent de 873 malades (D' Le Pileur), Est-ce donc un faible service rendu à la population parisienne que d*avoir débarrassé le trottoir de 873 OUes qui n'aspiraient à rien moins que contaminer le plus grand nombre possible de leurs concitoyens?
Allei dire après cela que la réglementation w ne fournit qu'une protection trompeuse et illusoire n On le dit cependant, alors que, prise au pied île la lettre, une tel le assertion n'est autre qu'une insanité.
Ile mt>me, riu^érence de la police dans les actes extérieurs de la prostitution a été dénoncée comme constituant un a abus de pouvoir u, et même « une violation de la liberté individuelle i>, etc. Kn vérité» je le confesse encore, la liberté d en vérole r des passants racolés sur la voie publique me parait aussi peu respectable que la liberté de circulation pour le chien enragé-
Donc, je ne dirai pas seulement que la société est en droit de se défendre contre la prostituée malade qui distribue la vérole à tout venant ; je dirai qu*elle a VoffiitjQiiQn^l^ Ucvoir de se protéger contre elle au nom de T intérêt général.
LIGUE CONTRE LA SYPHILIS
â^ Seconde coasidéralion, que je vous prie de bien méditer, car elle me paraîl décisive en l'espèce,
La syphilis ne frappe pas que les sujets que s*y exposenl; elle frappe aussi, et en grand nombre, reu.r gai ne s^tj exposenf pas.
Pour les premiers je comprendrais à la rigueur — et encore? — cet argumenL favori desanliréglemenlaristesi t» A quoi bon une régie* raenlalion au bénéfice de gens qui auraient un bien meilleur moyen de se protéger eux-mi^mcs en ne s Vx posant pas? i»
Mais un lel argument ne lient pas à Tégard de ceux qui contractent la s\philis5*//ïs^'<r/ êire exposés. Or, ceux lt\ sont précisément les plus intéressants de tous^ car cenv:-là snnt les femmes bon uiHes, les femmes mariées qui reçoivent la syphilis de leur mari^ et les enfants qui la reçoivent de leurs parents.
Eh bien , je dis que la société n'a pas le droit de se désintéresser de ces victimes irinficenUs du fléau. Elle serait coupabie de s'en déeiotéresser.
J ajouterai même, et ceci, croyez-le, n'a rien d'exagéré : la société n a pas le droit, en rospèce, de se désintéresser de ce qui est l'intért^t général, de ce qui est rintérét de la nation. Âi-je besoin, en eiTet, de rappeler que la syphilis tue les enfants par hécatombes (48 p, 100 dans la clientèle de ville, S 4 et 86 p. 100 à Sainl-Louis et à Lou reine) ? Eh bien, est-ce que cela ne constitue pas une perte sèche pour la population'? Est-ce que la moitié ou le tiers des entants <iu*aura tués la syphilis cette année, je suppose, n'aura ieiit pas été des eonscriix dBXï^ vingt ans? Nous n'avons donc pas le droit, me semble-t-il, de faire bon marché de tant de vies humaines» de faire bon marché des intérêts de la patrie, alors surtout que notre population décroît, tandis <jue celle des nations voisines augmente. Conclusion : la réglementation est nécessaire et s'impose au nom de rintérét commun.
Mais, si la propïiylaxie administrative est légitimée par Tintérét public, Tesprit public, d'autre part, la veut légnle et humanilaire, à «avoir :
Lcgaîe, de par la substitution de la loi à Farbi traire, du droit commun au pouvoir discrétionnaire de Tadministralion ;
ikimanitfdre^ de par la sut>stitution de l'hôpital à lu prison pour les filles malades, dont rinterneinent e^t exigé par la sauvegarde de la santé publique.
Ainsi, à ne citer que deux exemples, Tesprit public se révolte h la pensée qu'une temrae, si bas tumbée soit-elle, puisse être exclue du droit commun et soumise à l'inscription avec ce qui s'ensuit par un pouvoir autre que rautorilé judiciaire (ce que, d'ailleurs, un préfet de police avait reconnu lui-même en 1871), devant une commission du conseil municipal de Paris), Le tribunal de droit commun
PBOPHVLAXIE MÉDICALE, 4l5
succédant à la juridiction du bureau des mœurs, voilà une réforme qui slmpose.
El, de même, IVaprît public se révolte à la pensée qu'une fille malade, à qui l'on n a à reprocher que sa m a lad le , soit internée dans une prison el soumise à la diseîpJiue, aux rigueurs, aux vexations du régime pénilenliaire, voire, comme à Pari&, sous le raèrae toit que les voleuses et les criminelles. Internement soil! puisque cela est nécessaire, mais inlernemenl sous forme d^hospilaliî^aUon pure el simple, d'iiospilalisation toléranle, éclairée cl surLout charitable.
Yoïlii certes autant de réformes que réclamera noire ligue.
Ce n'est pas louLCar, sans viser au rôle de prophtHeJe m'attends bien à ce qu'elle ne larde guère à demander d'autres réformes, et des plus nécessaires» à l'Administration et aux pouvoirs publics. Ainsi :
l** Avec l'Académie de médecine, par exemple, j'en suis bien sûr, elle réclamera la fermeture de ces brasseries à invite uses, de ces débits de vin à arrière-bouticjue réservée a la proslilution, qui sèment à la fois dans le public et la syphilis et Falcoolisme ;
*I^ Avec la Conférence de Bruxelles^ qui m*a fait Thonneur en 1H9*J de votera Tunanimité la motion que je lui avais soumise, elle émettra le vœu w que les gouvernements usent de tous leurs pouvoirs en vue de supprimer d'une façon absolue la prostitution des fdles mineures «.
J'ajouterai incidemment à ce dernier propos, puisque roccasion s'en présente : N'csl-il pas navrant de voir ia proHÎitnlion sexercer â rage de rinnffvenee, c est à-dire à dix-huit ans, seize ans, quatorze ans? Maisn'esl-il pas plus lamentable encore, n est*il pas monstrueux devoircette prostilulion tolérée par les pouvoirs publics, quelquefois même admise dans les rangs de la prostitution réglementée?
Est-ce que vraiment dans cet âge encore tendre de la vie, à dixhuil, seize, quatorze ans, ta gangrène morale est (Uf-dessus de toui refuêdc f
Est-ce que tout retour vers une autre existence est interdit à ces prostituées du jeune âge ?
Est-ce qu'en tout cas le devoir de la société ne serait pas de tenter un efVort pour empêcher ces fillettes, presque ces enfanls, de s enliser davantage dans la fange de la corruption et du vice ?
L'initiative et la charité privées ne pourraient-elles pas créer pour ces pauvres filles des asiles de sauvetage qui seraient à la fois et des maisons de relèvement moral et surtout des écoles professionnelles? Car» d'après ce que m'a appris mon expérience personnelle sur ce triste sujet, je crois nue le plus grand service qu'on puisse rendre â une prostituée il u jeune *^ge, c'est de lui apprendre un méiier\ Combien de mes malades d'hûpital, en effet, ne m*ont-elles pas dit ceci :
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*t Ah, monsieur le doeleiir, si Ton m'avait appris à gagner 3 francs par jour, jamais Vlâév ne me serait venue de descemlre sur le Irolloir. Car, pour ce (jue j'y trouve d'agrc^ment sur le Iroiloir ! «
Réprimer la prostiliition, c'est fort bien ; mais la prévenir serait encore mieux. Nul doule, en conséquence» qifà ce poînl de vue prévenlif les sociologues, les nioj'alisles, les philosoj>hes qui nous feront rhounenr d'entrer dans notre ligue ne viennent agiter devant nous les grandes et inépuisables questions sociales des origines de la prasliiuiiim et des moyens capables de la restreindre, par exemple :
Question du paupérisme féminin;
Question du salaire des femmes, rêcemmenl étudiée encore dans quelques beaux livres, tels que celui de M, Gli. Benoist sur les Oaprières de fa itj tulle à Paris et celui de M- d' Ha usson ville sur SaiaîreH et minèrea de femmes ;
Accès des carrières libérales rendu de plus en plus facile aux femmes;
Héformes dans l'éducation des jeunes filles que, par fausse pudeur, par pruderie plutôt, on laisse ignorantes des dangers qui les menacent et qui restent, par conséquent, tlésarmérs devant ces dangers;
Education professionnelle des jeunes filles;
Recberclie de la paternité, réforme qui, sans doute, diminuerait le nombre des séductions suivies d'abandon ;
Responsabilité du dommage fait à autrui par contamination vénérienne, etc., etc.
Nul doute, également, qu^une aspiration de notre ligue ne soil d'attaquer la prostitution par des œuvres de charité, œuvres de prévention ou de relèvemenU Or, bien h rei^ret je constate que nous nous sommes laissé devancer sur ce point par quelques nations voisines. Non pas que nous n'ayons dans notre pays quelques-unes des œuvres en question, dues surtout {i de nobles femmes auxquelles j^adresse ici Thommage de ma très respectueuse admiration. Mais, d'après ce que m ont appris mes lectures, il en existe bien davantage è. l'étranger, et de divers ordres, fonctionnant, par exemple, sous les noms d 'écoles professionnelles pour les femmes, d*agences de placement pour les jeunes filles, d'agences de placement dans les familles, d'Union internationale des amis de la jeune fille, de i< homes » pour institutrices et domestiques sans place, de sociétés de sauvetage, d'Œuvre des arrivantes à la gare, d'Œuvre de minuit, de refuges, d asiles de nuit, d 'œuvres des libérées, des filles repenties, etc,, etc.
Le très vénérable pasteur Pierson m*a dit avoir à lui seul sous sa tutelle, en Hollande^ six établissements de sauvetage pour les prostituées, les fiUes-mèreset leurs enfanlSp lesjeuneslilles, lesfiUes moralement abandonnées, etc., etc.