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III. — Reste entln la prophylaxie médicale

Je ne dirai pas, car c'est évident, que la prophylaxie médicale consUlue une active et puissante sauvegarde contre la syphilis et les afTections vénériennes; mais je dir^i que, dans rétataclueldes choses» elle en constitue la sauvegarde principale.

Et, en effet, irai 1er la syphUis, ce n*est pas seulement guérir des malades, c'est aussi tarir les sources de la contagion syphilitique.

Or, à cet égard, est-ce que notre organisation médicale est ce qu'elle pourrait, ce qu'elle devrait être par rapport à la prophylaxie ?

Non, cent fois non, répondrai-je. Et je n aurai pas de peine à le démontrer*

Tout d'abord, concevez bien ceci, car c'est là un fait majeur en l'espèce :

Autre chose est de traiter tel ou tel accident de la syphilis, et autre chose de traiter la syphilis. Pour guérir un accident 'syphilitique, il suffit d'une cure de quelques semaines ou de quelques mois, et nous avons pour cela nos hôpitaux qui sont parfaits. Tandis que, pour guérirla syphilis, Il faut un traitement de longue haleine, devant être prolongé plusieurs années. Or, est-ce qu*une hospitalisation de plusieurs années est un fait réalisable? Il ny faut pas songer. Ce n'est donc pas avec des hôpitaux, comme je l'ai dit et répété à satiété, qu'on peut guérir la syphilis.

Mais, objectera-t-on, nos hôpitaux ont aussi des consultations externes qui foncUonnent tous les jours.

Certes oui ; mais, telles qu'elles fonclîonnent artuellement, nos consultations externes pour ta syphilis et les aftections vénériennes sont bien plutôt faites pour en dégoûter et en détourner les malades que pour les y attirer et surtout les y retenir* Et cela pour nombre de raisons que j'ai longuement étudiées ailleurs (1) et qu'il suffira de rappeler ici sommairement, à savoir :

1" Parce cjue lesdites consultations sont insuffisantes comme nombre et couséquemmenl encombrées, encombrées h Testées:

2" Parre qu'au lieu d'être gratuites, elles sont {comme je l'ai démon* tré cliilTres en mains) pritfées et chèrement payées par les malades, à qui elles coûtent le plus souvent une denii-journée ou même une journée de leur salaire* On ne leur prend pas d'argent, c'e^l vrai. mais on leur prend leur temps (en moyenne trois à quatre heures d'attente), ce qui revient au même pour des gens qui vivent de leur temps ;

(1) A. FftvnîtiBR* ProplijlniEie de la sypUtth par 1^ Iraitemcnl [Balt. de r.4^9<'* deméé.. Met 31 nav. 189&; — ^ r-^prod. dau& ce Volume, pii^i^ 3^ti},

LIGUE CONTRE LA SYPHILIS

B'^ Parce qu'enCn, sous leur forme actuelle» ellessont déplaisaotM^I înconvenaDles, vexatoires, odieuses de par la promiscuité, de par Je dé^ïhabillagp en commun, do par riiitcrrogatoire en public, de par renoncé public du traileraeiil, et surtout de par la i^onfession pubiù/ue

de la sf/philisf

J'ajouterai : de telles consultations se prêtent aussi peu que possible au trailement de la î^yphilis, et voici pourquoi :

Pour donner une consultation h un malade relativement à un accident syphilitique actuel, H suffit (sauf exceptions rares) de quelques instants^ parce qu'on a le symptôme sous les jeux, parce que le diaguosLic en peut être fait d'un coup dVeil cl le traitement prescrit illico. Mais c'est une tout autre allai re que de donner un avis utile et motivé à un malade qui, je suppose» n'ayant plus rien, vient demander s'il doit encore se traiter et comment. Besoin est alors d'un examen bien autrçinenL long* 11 faut^ en telle situation, reconstituer lout le passé du sujet au double point de vue pattiologiquc et tliérapeu tique, c'est*à-dire savoir 1" ce qu'il a eu, quelle a t^té sa syptiilis, el 2* ce qu'il a d(**jà Hut comme traitement^ quand il l'a fait, quand il Ta cessé, etc. Hli l*ien, ce double bilan à établir réclame pour le moins (j'en ai Texpérience) plusieurs minutes, cinq à dix en moyenne, étant donné qu'on n'a pas toujours aiïaire à un individu d'intelligence bien déliée et de mémoire bien fidèle. Or» a-t-on maté* riellement la possibilité d'accorder ce temps à un seul malade^ alors qu'on a sur les bras une consul I a tion fie 201) à 250 malades » surtout si la même l>esogne doit se reproduire dix ou vingt fois au cours de cette consultation ?

Aussi l)îen le traitement de la syphilis (je dis toujours delasiiphilis et non pas d'un accident syphilitique) est-il forcément sacrifié, tout au moins n'est-il pas ce qu'il devrai l être, dans noire organisalion actuelle.

Et (le mi^me pour la blennorrhagie. Et de même surtout pour la hlennorrhée dont la cure est si difficile, si particulièrement minutieuse, si délicate. Dans ces mômes consultations, a-ton le temps matériel de rechercher ie pourquoi de la résistance d'une atTection deTuréthrc, d'explorer un urèthre, de pratiquer un lavage, une instillalion? D'autant que» dans nos hôpitaux., le personnel médical de consultation varie normalement d'un jour à 1 autre. Et alors qu'arrive-t-il ? Si je juge aujourd'hui qu'un malade a besoin d'un lavage uréthral quotidien, un de mes élèves lui fera aujourd'hui ce lavage ; mais qui le lui fera demain?

En sorte que ces traitements spéciaux ne seront jamais ce qu'ils doivent être que le jour où, rouq^ant avec la vieille routine, on les organisera sur un plan tout difiérent. Et c est pour cela que depuis longtemps j'ai réclamé une réforme absolue dans nos consultations

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externes, réfornirque l'expérience et le bon s^ens rendenl nt^cessaire.

Il Caudrait, à mon sens, que le IrailenieDl désaffections v*>nerienne3

eût pour organes des diapensf tires spéciaux rMachéf^ à noshi^pHaux ;

— dispensaires muUiples; — mélhodiquemenl réparlls dans les divers quartiers de la capitale, en vue d'êviler aux malades de longs déplacements et des perles de temps considt*rables; — dispensaires fonctionnant â jours eî hettrem propices aux malades, voire peut*ôlre ie soir, si une expérience tentée en ce sens l'était bien accueillie du public parisien ; — fonctionnant avec disîriljidion grntttife de médicaments ;

— utilisant le système expédiUf et indispensable des fiches indiviflueUes (ce qui, pour la syphilis, par exemple, permettrait au médecin d*avoir sous les yeux, sans inleiTogatoire nouveau, tout le passé palhologique et thérapeutique du malade); — dispensaires, enQn, délivrant à tout malade, au verso de chaque ordonnance, une insfruciion élémentaire propre a 1 éclairer sur les dangers de la syphilis et de la blennorrhagie, cela non pas seulement pour lui-même, mais par rap* porta autrui, etc., etc.

Voilà encore une réforme, entre tant d autres, qu'on peut dire nécessaire.

Et surtout, par-dessus tout» il faudrait qu en té Le de cet ensemble de réformes prît place celle qui s'impose au nom de l nnmanilé, celle que pour des raisons multiples et diverses je considère corn tne la plus importante et la plus urgente entre toutes, à savoir la substitution à la consultation publique par fournées, à promiscuité écreurante^ de la tonsuiiaiion individaeilet privée^ secrète.

Pour moi, l'idéal serait (]n*une conRidtaiion hospitalière pour la sifphiliS se rapprochât le pltis passUde de ce rpt'esl en ville une consultation de même ordre. Or, cet idénl n'e^it pas irréalisable fj on parle par expérience, pour avoir essayé ce système à ma policlinique des femmes, dans mon service de l hôpital Saint-Louts),

Je voudrais en somme que l'ouvrier, le petitemployé, le prolélaire, venant réclamer gratuitement à l'hôpital un avis médical pour ta syphilis, y fût reçu, interrogé et examiné de la mAme façon que Test en ville, dans nos cabinets de consultation, le bourgeois aisé qui s'y préseule avec le porte-monnaie bien garni.

Je réclame donc énergiquement pourle consultant dliôpital le privilège jusfiu'alors dévolu seulement au client de ville, à savoir le téléà-tête avec le médecin*

Si j'avais Tambition d*épuiser le sujet actuel, que n'aurais je pas encore à vous dire, depuis ce qui concerne, par exempte, la prophylaxie dans Tarméo jusqu'à la proteclioD de ces malheureuses oour-

LIGUE CONTRE LA SVnllLlS.

rices si souvent viclimes de leurs nourrissons, comme aussi depuis

les rëfoinies à a j "porter dans renseignement de là vénéréologie jusqu*à labrogation de certaines mesures hospitalières» véritables erreurs de bon sens, telle, à n'en citer qu'nn spécimen au passage, que le refus de médicaments à tout malade (^ ajant moins de six mois de résidence à Paris ( J ] » !

Mais il faut me borner et je n'abuserai plus de votre attention que pour vous signaler un dernier point, d'ordre pratique s il en fût, comme vous allez en juger. Celui-ci a trait à Tlgnoranee des malades et du public en général par rapport à toutes choses concernant ia syphilis.

Que de contaminations sypfiililiques seraient sans nul doute évitées si le public était moins ignorant qu'il ne Test des dangers et des modes de contagion fie la maladie î

Il est à croire d'abord que Ton s*ex poserait moins facilement ei moins souvent si Ton savait à quel ennemi on s expose. Est-ce que le novice, le collégien, par exemple, a notion du danger qu'il encourt alors qu'il se laisse racoler au sortir de son lycée par une rôdeuse de trottoirs?

D'autre part, que de contaminations transmises par ignorance des modes suivant lesquels peut se faire la conlagion, ou même de la contagiosité de la maladie î Ainsi il m'est arrivé des centaines de fois de stupéfieret de terrifier certains de mes clients alferlés de pla^jues muqueuses buccales en leur disanl : « Surtout, monsieur, absLene?,vous bien d'embrasser qui que ce soit, car avec de tels accidents vous pourriez transmettre la contagion *>* — ^ Mais vous m Vpou vantez, mousienr le docteur, me répondaient-ils; car lousces jours-ci je ne me suis pas privé d'embrasser ou ma maîtresse, ou ma femme, ou tel ou tel des miens* y* — Comme exem[des, jai trois observations de malades qui^ alleinls de plaques muqueuses buccales, ont contagion né leur mère par de tels accidents !

D autre part, encore, que de syphilitiques se marient sans la moindre idée des conséquences néfastes qui peuvent résulter d'un mariage prématuré en état de syphilis!

Que de syphilitiques aussi confient leur enfant h une nourrice sans se douler que cel erd'ant peut infecter cette nourrice'

Et les femmes, et les très honnêtes mères de famille! Absolument inconscientes de la syphilis* elles ne font rien pour s*en préserver, non plus que pour en préserver leurs enfants.

(I) Ce qui tout dermèremei^t, par parenthèse^ a coûté te vottedii palais â tune de mes nialadeï^. Une malheureuse femme s'était prcscnlt^e à moi avec ime ^^oninte du voile envoie de ranmlfissenicnt ; je lui prescrivis lout aui^stlAt de l*iodure, mais radminislrûLiun Je lui ri^fusa, sous prétexte quelle ii*habilait Paris que dcputs Imîs mois. N'ayant pas t'arpenl nécefi suaire pour acheter le retufedc, telle feinmc TçMVL sau! IrnitemenI et nou% revinl huit jours plus tard arec le voile djlacéréi déjà à moi lié délruiti

LIS IGNORANCES DU PUBLIC EN LA MATlfeaC

Deux exemples^ cueillis au hasard dans m(*s notes.

Mandé dans une famille pour un enfant atTecté de rougeole, je trouve là, soig^nant cel enfant et deux aulres bébés, une bonne anglaise qui perlai l à ta lèvre f^upérieure un superbe ctianr-re induré en pleine ulcération. Or, celte femme était atteinte de ladite léi^ion depuis quatre à cinq semaines, et personne dans la maison, pas même la mère de ces deux jeunes enfants, pas même le père, ue s'en était encore inquiété!

Un jour, Ift femme d'un de mes anciens élèves me vantait les qualités de la nourrice de f^on bébé. « Figurez-vous, me disait-elle, qu'elle a lani de lail, mais tant de lait, qu*il lui arrive souvent aux Tuileries oii nous allons chaque âprès-mîdi, de donner le sein pour se soulager à deux ou trois nourrissons que nous rencontrons là. « Et, comme je lui reprochais vivement cette périlleuse imprudence, en lui disant que de la sorte sa nourrice s exposait à être contagionnée de syphilis, elle me répondit ^ivec la plus parfaite candeur : " La syphilis, mais qu est-ce donc que la syphilis ? ►>

11 conviendrait donc que, par des procédés qu'il rrste à déterminer et qu'étudiera très certainement noire ligue, le public fût plus initié qu'il ne l'est aujourd'hui à ce qu'il est de son intérêt de connaître, c'est-à-dire aux dangers individuels de la syphilis» et à ses dangers de contamination pour autrui.

Et je n'ai pas fini sur ce poinL Car cette question en comporte une autre, bien plus délicate, bien plus palpitante encore, en ce qu'elle touche A la sauvegarde des êtres qui nous sont les plus chers, à savoir la sauvegarde i\es Jeunes, (\dle-ci se lormule do la farotï que voici :

Faut-tl ou non faire sur les matières qui nous occupent rédueation du Jeuue homme?

C'est là un poinl sur lequel j*ai été consulté bien souvent. El, en elîel, le bon père de famille qui voit poindre pour son fils la dixseptième ou la dix-huitième année ne manque guère d'envisager avec anxiété la crise qui se prépare, u Voilà mon gamin^ se dit-iU qui commence à lorgner furieusement les femmes, 0^^^ dois-je faire, quel est mon devoir? Doiâ-je ue pas m*en mêler et laisser aller les choses comme elles pourront aller? Ou bien dois-je intervenir, et comment, pour te prévenir et le préserver des dangers auxquels j ai peu d'espoir qu'il ne s'expose pas un jour ou t'aulre ? •»

Tel est le probk^me. Or, que de divergences d'opinions en Fespècel

Les uns vous diront : *« Bien certainement oui, il faut intervenir. Protection est*lue au jeune Age. Nombre déjeunes gens ne s exposeraient pas ou s exposeraient moins s'il connaissaient ce à quoi ils s*ex* posent. Donc, prévenez, instruisez l'adolescent; faites-lui la morale» et même, comme, suivant toute vraisemblance, la morale ne suffirait pas, etTrayez*ie un peu ou même beaucoup au besoin* t^ Ln bon

hlOXm CONTRE LA SYPHILIS.

averti, dil le proverbe, en vaut deux, ^ Ou bien encore, suivanl un

au Ire proverbe, « la crainte de la vérole est le commencemenl d*^ la

[1 sérail donc bon que dans les coUègr^s, dans le?» lyci^eâ, oii tant et tant de jeunes gens sont înlernés loin de leur famille, quelques avertissements fu^^senl donni'-s aux élèves des classes supérieures, relaiivemenl aux dangers des alTeclîons v^^nériennes- Pourquoi, par exemple, des conseils de ce genre ne Irouveraienl-ils pas place dans un cours d'hygiène où, sous prétexte de parler de toutes choses d*hygiène dont la connaissance ne pourrait d'ailleurs qu'èlre utile, le professeur introduirait un cliapilrc relatif an sujet spécial en question, chapitre qu'il IVrait comme par hasard un peu plus long que les autres, et chapitre qui, à coup sûr, curieusement écoule, com* mente, médité, ne manquerait guère de profiler pour le moins à quelques-uns?

Suivant d'autres, au contraire, <• loul ce qu ou fait ou rien en respèce, c*esUa;niéme chose. C'est peine perdue que de chapitrer un jeune homme ou même de TelTrayer, Tous les conseils, tous les épouvantaib même ne prévaudront jamais contre l'aiguillon de la chair, contre la. rencontre d'un mollet bien tourné. »

D'autres encore sa voilent la face à la seule proposition d'inilierun adolescent à la connaissance dételles choses. » ^uoi ! dtsenl-ils, vous ne craignez donc pas de déflorer une innocence? C'est un sacrilège, une profanation que vousallez commettre en ouvrant de tels horizons à un jeune homme. Vous allez ternir d'un souffle impur le cristal d'une âme vierge (sic), etc., etc, n

En sorte, vous le voyez, que la question est aussi diiïéremment jugée que possible et que la solution pratique à faire intervenir ne pourra être mise au point qu'après mûres discussions entre gens de compétences variées. C'est donc là, entre tant d'autres, un sujet de loute première importance, sujet que sans nul doute étudiera la ligue et sur lequel elle produira son sentiment.

Mais je m*arréte, car je n'en finirais jamais si je voulais tout dire.

Ce qui précède, d'ailleurs, n'a la prétention d'être ni un programme, ni un manifeste. J'ai parlé en mon nom personnel exclusivement, et avec le seul désir de vous persuader de ces deux points :

1" Que notre prophylaxie actuelle contre les afTcclions vénériennes et conlre lasypliilis en particulier est boiteuse, surannée, incomplète, défeclueuse, insuffisante au total;

Et 2** qu'en s'allachant à l'amender, à la compléter, â la moraliser, h la perfectionneren un mot au triple point de vue scientifique, légal et humanitaire, une œuvre comme la nôtre sera sans doute capable de réaliser un progrès, de faire quelque chose d* utile, de charitable, de ton.

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