STÉRILISATION
Stériliser, c'est rendre Improductif. Stériliser une syphilis, é*est faire que cette syphilis n*eîigendrc pas une autre ou plusieurs autres syphilis.
ALouttr par n'Importe quel moyen à ce résultat qu'une syphilis ne devienne pas l^origine d'une autre ou de plusieurs autres syphilis, est une œuvre hygiénique, humanilaîre^ bonne^ digue de tenter les efforts de tous ; et c'est pour apporter mon conlingent à cette neuvre et pour appeler sur elle rattentiou de mes confrères que je prends la parole aujourd'hui sur ce sujet.
L — De fait, il est dans la pratique des stjphiiis siériies et des syph iiis fée ondes , voi re ul tra- fécond es . J e m e x pHq u e .
Voici, d'abord, je suppo*^t\ la syphilis tombant sur un sujet îiitel* ligent, honnête homme, soucieux de ne pas nuire a autrui. Que fera cet homme? Intelligent, il se traitera; honnête, il s'abstiendra de tout rapport alors qu'il pourra être encore contagieux; el, d'autre parti il al tendra, pour se marier, qull soil devenu inoiïen&if pour sa femme et ses enfants à venir. En sorte que la syphilis évoluera et s'éteindra sur lui sans avoir produit une autre syphilis. Tel est un type de syphihs restant inofîensive, improductive; (elle est la syphilis que j'appelle slériie.
Inversement, voici la syphilis affectant non pas une prostituée, mais une femme vivant de galanterie, comme il y en a i\ Paris des dizaines de mille, si ce n'est plus, Oue va-t-il arriver? Ignorante, cette femme se traitera mal, insuffisamment, incomplètement, le moins possible ; c'est la règle. Elle laissera donc sa maladie non guérie se traduire par une série de récidives, c'est-à-dire par une série de reviviscences contagieuses. Insouciante et, par ailleurs, sans nul dessein de nuire, elle transmettra ou tout au moins risquera de transmetlre son mal lors de cliacune de ces récidives. Conclusion : elle fera ou pourra faire ainsi deux, trois, quatre, dix victimes*
(1) Leçon clinique^ recueiUle par le Dr rh6p]tfll Saint- Louis (novembre 1900).
Edmond Fournier, chef de clinique à
SYPHILIS stériles; — SYPHIIJS FECONDES.
Exemple : une de ces femmes déplorait un jour devant moi ce qu'elle appelait « sa guigne 's en me racontant que depuis trois ans elle avait perdu plusieurs riches amants, qui tous s'étaient plaints d'avoir reçu d'elle la syphilis.
Et c'est bien pire encore, lorsque la syphilis tombe sur une véritable pro/Hsionnelle, faisant unique métier de prostitution* Qu'une fille de maison publique, par exemple, soit afîectéo d*une plaque muqueuse vuKaire ou buccale^ quel nombre de contagions pourrat-ellc transmettre avec une moyenne de quatre à six, voire dix rapports par jour !
Et c est bien pire encore quand la syphilis vient à frapper une prostîlnée cîfimiestine, échappant à toute eurveiliance, misérable, ignorante, hébétée par la débauche et l'alcool» ayant besoin de son « travail ^^ pour manger, non moins que pour satisfaire aux exigences de son souteneur, et déversant alors un nombre considérable de contaminations sur la population parisienne.
Ciier des ehliïres en l'espèce est naturellement impossible, parce que des comptabilités de ce genre échappent à Tanalyse, Quelques ébauches de renseignements ont pu cependant être [recueilUes dans le milieu militaire, où les soldats doivent faire déclaration de la femme qui les a infectés» Cest ainsi qu'un médecin militaire a communiqué à TAcadémie la relation de 4 cas dans chacun desquels 6, S^ 10 et 2^2 soldats avaient été contaminés de syphilis par une même femme.
Dans un autre cas, 30 soldats d'un même régiment furent infectés de syphilis par une même femme.
Dans un autre cas relaté par le D' Burlureaux, Sj pompiers de la garnison de Paris furent de même contaminés de syphilis par une femme qui avait, paralt-il, la clientèle du régiment.
Pour ma part, j'ai recueilli, entre tant dautres analogues que j'aurais à citer, le cas suivant :
Une femme nous arrive ici avec des plaques muqueuses volvaires exubérantes, hypertrophiques, énormes, forcément chroniques d'après leur incroyable dévclop|iement. Elle nous déclare, en etTet, qu'elle a » mal à la partie » depuis plus de cinq mois et qu'elle ne s'est jamais traitée. Or, servante chex un marchand de vin des boulevards extérieurs, et servante pour exercer la prostitution dans Ta rrière-bou tique de son patron, elle n'a jamais cessé depuis ces cinq mois, pas même un sei// jntîr\ pas mOrae au moment de ses règles^ de recevoir quotidicnncmenL m de deux hommes comme minimum h cinq ou six comme maximum, >* En prenant pour ces cinq mois, e'est-à-dire pour cent cinquante jours, une moyenne de trois rapports par jour (moyenne que j abaisse à dessein, pour éviter le reproche d'exagération), cela fait 450 rapports* Et, en supposant qu'un seul de ces trois rapports journaliers ait été contagieux (ce qui
426 STÉRILISATION f>E LA SITII[LÎS,
est encore fort au-dessous de la probabilité^ nous aboutissons à ceci : qu au miDjinum celle femme a pu, a dil inrecter 150 hommes pendant les cinq mois durant lesquels elle s'est livrée à la prostitution a%'ec des plaques muqueuses en pleine elHorescence*
Au reste, la plupart de ces misérables femmes des bas-fonds de la prostitution ne se caelienten rien, ne s'excusent en rien d'avoir pu transmettre un nombre plus ou moins considérable de contagions. Elles le raconlent très naïvement avec une inconscience vraimenl slupi'*(iante: ** Eh bien! quoi, un m avait donné la vérole; je l'ai rendue: je n'âî fait que la rendre, et voilà tout, « L'une d'elles, en plein service, me dit un jour textuellement : o Ces saligauds d'hommes m'ont donné une sale maladie; eh bien î je me suis joliment vengée^ car j'en ai sûrement en vérole plus d'un cent, "
Voih^* par excellence^ les véroles /i?Vo/i(/e,s\ prodwlivt'S^ c'est-à-dirc celles qui servent d*origine à un grand nombre de contaminations*
IL — Or, les choses étant ce que je viens de dire, un premier point s'impose immédiatement à notre étude, c'est de rechercher quelles sont les condî\ions tjui font la fécondité ou la stérilité d'une syphilis, c'est-à-dire quettes sont les conditions suivant lesquelles une syphilis ou bien n'engendre pas d'autres syphilis ou bien serl d origine à un nombre plus ou moins cousidérablâ d autres syphilis*
(les candi lions sont exlrémemenl multiple*? el variées, et, s'il me fallait les énumcrer toutes, j'aurais à passer en revue toute Thislûire des contagions spécifiques. Il suftira. pour mon sujets de citer ici Jes principales et les plus influentes.
Ainsi, il est de toule évidence qu'une syphilis sera plus ou moins féconde ou plus ou moins stérile :
1' Suivant la fjnfilife fin milieu où elle sera destinée à évoluer.
Par exemple* quelle disparité énorme, infinie, au point de vue des contaminations qui pourront en résulter, entre la syphilis d'une proslituée, d'une profes?iionnelle, et celle qui viendra frapper une honnête mère de famille du fail d'une infidélité maritale î
Dr la premièrp pourront résulter ou, disons mieux, résulteront nécessairement des contagions en nombre considérable, tandis i)ue la seconde n'en produira pas une seule.
i° Suivant les romiifitjns *le iraiiemenL Le Ira itéra eut, en elîet, est essentiellement s/mïmi/eiir en Tes |ièce, eo diminuant le nombre des accideois susceptibles de semer la contagion, Toire en tanssânl la sotirce même de ces accidents.
Inversement, Tabs^^nce de traitement ou son înstifïîsance sont des conditions qui agiront en sens précisément opposé. — Inutile d'insister sur ce point, tant il résulte de l'expérience courante,
3* Suivant la ^miltté tie ta syphUis, Il est des syphilis bi^nignes qui se laissent dominer presque immédiatement par le traitement el