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CHAPITRE IV

Transmission de la tuberculose par cohabitation

Pour être complet sur ce problème de la transmission de la tuberculose de l'homme ou de ranimai malade à l'homme sain, il nous reste à examiner ces catégories de malades, dont l'étiologie tuberculeuse est représentée par plusieurs facteurs : ainsi dans le mariage et la vie familiale, à l'hôpital, dans l'armée, à l'école, à l'atelier, la transmission de la tuberculose pourrait s'effectuer par inhalation et par ingestion. Si nous voulions nous placer au point de vue du raisonnement, de la logique, nous pourrions répondre au problème posé en disant qu'ayant démontré que la transmission de la tuberculose par la voie respiratoire et par la voie stomacale, à l'exception de faits extrêmement rares et parfaitement définis, étant absolument impossible, la réunion de deux facteurs stériles ne peut produire un résultat positif. Mais nous savons trop combien les questions de biologie sont complexes, combien aussi est

enracinée dans les esprits la croyance à la contagion pour que nous commettions l'imprudence de nous en rapporter à la seule logique pour établir la vérité que nous avons un si grand désir de démontrer. Aussi, nous proposons-nous d'examiner la transmission de la tuberculose dans la vie commune et dans les grandes agglomérations, en commençant par le mariage.

A. — De la transmission de la tuberculose dans le

mariage.

Qui de nous n'a entendu raconter la lamentable histoire de cette jeune fille exubérante de vie et de ganté, mariée à un phtisique et succombant quelques années après à la même maladie. Et combien faudra-t-il de temps pour détruire le préjugé né de cette légende, car cette prétendue histoire n'est qu'une légende et je le prouverai tout à l'heure. La mortalité et du mari et de la femme par la phtisie, en retranchant les cas où les conjoints sont de souche tuberculeuse, est représentée par le chiffre de 3 0/0. Le fait de la tuberculose des deux époux constitue une rareté si grande qu'il se passe souvent des mois à mon dispensaire sans qu'on puisse le constater.

Maintenant que dans les quelques phrases qui précèdent nous avons pu faire voir les grandes lignes du problème que nous examinons en ce mo-

ment, arrivons aux preuves directes. Dans notre livre sur la tuberculose, publié en 1899, nous avons rapporté 134 observations de phtisie dans lé mariage.

Sur ces 134 observations, 77 fois les femmes sont mortes phtisiques et les maris ont survécu de longues années ; 51 fois les maris sont morts tuberculeux et les femmes ont survécu sans présenter de signes de contagion. Dans 6 cas les deux conjoints ont été frappés de tuberculose, mais dans trois de ces cas existaient une tare héréditaire, ce qui nous donne comme résultat statistique, sur 131 couples où l'un des époux étaient tuberculeux, 3 fois seulement la tuberculose a été double.

Depuis, nous avons continué notre statistique, en nous adressant, non plus cette fois à la clientèle riche, mais aux milieux ouvriers qui fréquentent nos dispensaires. Nous avons recueilli des notes détaillées sur 26 cas de femmes phtisiques n'ayant pas communiqué la tuberculose à leurs maris, et 59 cas d'hommes phtisiques n'ayant pas communiqué la maladie à leurs femmes. Enfin, dans trois cas, le mari et la femme sont morts phtisiques. Ce qui fait à peine plus de 3 0/0.

On trouvera peut-être nos chiffres beaucoup trop faibles pour trancher une question d'hveriène aussi importante. Mais les Annales d'hygiène publique (nov. 1905, p. 494), nous fournissent des renseignements absolument convaincants. Les

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recherches de Thom au sanatorium de Hohenhonnef lui ont fourni 402 observations ; sur ces 402 cas 12 fois seulement la transmission de la tuberculose du malade au conjoint bien portant est, sinon indiscutable, au moins très vraisemblable. Dans 13 autres cas, l'infection reste douteuse et même improbable. Dans tous les autres cas le conjoint, malgré les longues années de vie commune et les soins donnés au malade, est resté en bonne santé. C'est donc une proportion qui se rapproche beaucoup de la nôtre, puisqu'elle est de 3 0/0.

Jacob et Paunwitz ont relevé des observations sur 1.550 ménages. Sur ces 1.550 ménages, 134 fois les deux époux étaient tuberculeux ; mais 56 fois seulement la tuberculose pouvait être attribuée d'une façon certaine à la contagion, soit une proportion de 3,6 0/0.

De ces chiffres suffisamment nombreux, puisqu'ils dépassent 2.000 cas, on pourrait conclure qu'il n'existe pas de contagion de la tuberculose dans le mariage. Cette conclusion serait justifiée si nous possédions un pourcentage exact de la morbidité tuberculeuse. Cet élément nous fait encore défaut il varie d'après les pays de 60 à 300 pour 10.000. La morbidité par tuberculose dans le mariage étant, d'après les chiffres précédents, de 3 0/0, ce chiffre représente '300 pour 10.000, et quoique nous soyons un adversaire de la doctrine contagionniste, nous trouvons que ce

chiffre démontre un certain degré de contagion dans te mariage!

Nous tenons à rappeler la situation que nous avons prise ; dans la discussion sur la contagion de la tuberculose toutes les fois que nous avons pu constater la transmission du bacille de Koch, par inoculation ou par ingestion, nous nous sommes empressés de proclamer la contagion de la tuberculose dans les cas définis et limités, où la clinique l'avait démontré. Nous avons vu, quelques lignes plus haut, que l'ingestion chez l'enfant d'aliments souillés par la salive bacillifère des nourrices était une cause de transmission de la tuberculose ; et nous sommes tout prêts à admettre que dans le mariage il existe des faits analogues dus à certaines privautés, sur lesquelles il est inutile d'insister. Mais, comme pour la transmission par inoculation et par ingestion, ces faits constituent des exceptions excessivement rares, et ce chiffre de 3 pour 100 dans le mariage réduit à néant les affirmations des médecins qui considèrent comme un dogme que la contagion de la tuberculose est aussi grande que celle des fièvres éruptives.

cohabitation.

On rencontre encore les conditions de cohabi-

tation dans les sanatoria, les hôpitaux, les ateliers, l'armée, les couvents.

Nous n'avons de renseignements précis que sur les sanatoria, les hôpitaux et l'armée.

1° — Transmission dans les sanatoria et les

hôpitaux.

Les grandes agglomérations de phtisiques telles qu'on les rencontre dans les sanatoria constituent un argument puissant de la non-contagion de la phtisie.

La supérieure des religieuses de Villepinte m'a affirmé que, depuis dix ans que ce sanatorium est ouvert, aucune religieuse n'a été atteinte de phtisie.

M. Ferrand a affirmé qu'au sanatorium d'Ar gelés on n'a constaté aucun cas de contagion depuis dix ans (Congrès de 1888, page 489).

A Soden, village où les phtisiques viennent en grand nombre passer une partie de l'année, el où ils sont soignés par les gens du pays qui reviennent habiter les chambres occupées par les phtisiques, la mortalité par tuberculose n'a pas augmenté. Le D r Hopt (de Soden) a fait aux bains de Soden les observations suivantes :

Parmi les 1.500 habitants du lieu, il y a 101 loueurs. Dans la plupart des maisons, les femmes, avec leurs sœurs et leurs filles, soignent les phtisiques ; dans quelques maisons, les femmes sont secondées par des bonnes qui viennent des

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villages voisins ; celles-ci font le lit des malades, nettoient les chambres, époussètept les tapis, éloignent les crachats, travail qui expose bien à la contagion. En hiver la famille du loueur habite les mêmes chambres que les phtisiques ont occupées pendant l'été. Depuis 1855 jusqu'en 1888 (34 ans) 48 des 288 loueurs sont morts ; 10 ont succombé à la phtisie pulmonaire. Chez 6 existait une disposition héréditaire. De 415 bonnes, 17 sont mortes : 5 de la phtisie. Quant à la mortalité générale de Soden, sur 76 cas de mort pendant les trois dernières années, il y a eu 7 cas par la tuberculose, dont 2 cas de méningite et 1 cas d'ostéite chez les enfants. Des 4 autres phtisiques, il n'y en avait qu'une qui était en rapport avec les malades, encore était-elle alcoolique, fille de mère alcoolique et phtisique.

« Ces observations, on doit le confesser, parlent tout à fait contre la contagiosité de la phtisie ». (Progrès médical, 28 juin 1890).

A Falkenstein, dans le Taunus, il n'y a pas eu, pour une période de quinze années, un seul cas de tuberculose contractée dans l'établissement par le personnel servant; et, pourtant, il y avait des individus qui vivaient dans le sanatorium depuis sept ans.

La même immunité a été constatée à Gœrbersdorf, en Silésie, et à Davos.

Madère est aussi un sanatorium pour la phtisie. Depuis près d'un siècle, cette localité reçoit un

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nombre considérable de malades atteints de tuberculose. D'autre part, des familles anglaises, allemandes, suédoises, hollandaises, sont établies depuis plusieurs générations à Madère. Les membres de cette colonie européenne ont des relations incessantes avec les étrangers phtisiques ; ils habitent les mêmes maisons et souvent les mêmes appartements qu'eux et sont, par conséquent, soumis à de nombreuses causes d'infection. Or, il ressort de tableaux dressés par Langerhaus que la tuberculose s'observe presque exclusivement dans les familles entachées du vice héréditaire, tandis que les autres, exposées cependant aux mêmes causes de contagion, restent indemnes.

Nous trouverons dans le livre du D r Lauth, sur le traitement de la tuberculose par les altitudes le passage suivant qui démontre une fois de plus que la contagion d'homme à homme n'a aucun fondement : « Je connais un village à 1.300 mètres d'altitude qui, depuis dix ans au moins, est fréquenté par les tuberculeux. Les habitants y mènent pendant tout l'hiver la vie la moins hygiénique qui se puisse concevoir ; ils vivent entassés dans des chalets, dont les ouvertures laissent à peine entrer l'air et la lumière. Actuellement, on n'y connaît pas encore un tuberculeux et les malades qui viennent séjourner l'hiver n'y ont pas observé la moindre hygiène de l'expectoration ; les crachoirs y sont inconnus » (page 191).

Est-il une démonstration plus saisissante de la

non contagion dans l'espèce humaine et quelle critique amère des crachoirs hygiéniques et obligatoires ?

Et pourtant l'auteur est contagionniste, car il ajoute : « Un jour évidemment on observera quelque cas de contamination. >>

Evidemment me plaît : ce mot dispense de toute démonstration. Mais, si le D r Lauth veut me permettre une prophétie, ce fait arrivera le jour où l'un de ces tuberculeux propagera sa race et sa maladie, de complicité avec une des habitantes du village.

Brompton hospital nous donne les statistiques des cas de phtisie qui survinrent parmi le personnel de l'hôpital de Brompton, d'après les recherches du D r C. Théodore Williams.

Elles embrassent une période de trente-sept ans. Les trois quarts des cas admis dans l'hôpital sont tuberculeux ; les autres consistent en maladies de cœur ou autres affections de la poitrine.

La consultation externe dans le vieil hôpital était très défectueuse : les chambres petites et encombrées journellement de 200 à 300 patients qui auraient pu être une source de danger pour les médecins, les élèves et les porteurs.

Le médecin en chef a ses appartements dans l'hôpital, et aussi les médecins internes qui restent six mois.

Il y eut 4 médecins en chef : aucun n'eut la phtisie.

Sur 150 internes, 3 devinrent tuberculeux, 1 seul contracta la phtisie dans l'hôpital. Un autre avait eu une hémoptysie avant de venir y demeurer, et chez le 3 e , la maladie apparut deux ans après.

Les surveillantes étaient 6 en tout. Aucune n'eut

la phtisie. Elles y restèrent de nombreuses an-

•nées. Il y eut 101 infirmières, 3 moururent de

>htisie après leur départ de l'hôpital. 1 seule eut

\ phtisie pendant son séjour à l'hôpital.

Les filles de salles balayaient et nettoyaient les

anchers plusieurs heures par jour. Aucune n'eut

uberculose.

1 y eut 20 domestiques qui attendaient dans les es de consultation et aussi dans l'amphithéâttt Ils portaient les corps.

rmi eux il n'y eut aucun cas de phtisie.

y eut 9 secrétaires et employés. Aucun ne acta la maladie.

r 22 économes, 3 moururent de phtisie. L'un d'cB, était ivrogne ; un autre prit la maladie deux annprès son départ, un mourut de phtisie dans l'hôHtal.

x conservèrent leur emploi pendant vingt

ans

moi

Joui

ia

eut 29 médecins ou assistants-médecins, 8 irent ; 1 seul de phtisie (The Practictioner

\al, Juin 1898).

jtrente-sept ans, dans un hôpital qui a reru malades en vingt ans, sur 341 médecins

ou infirmiers, 15 furent atteints de phtisie 4,39 pour 100 !

Il faut encore remarquer que dans l'hôpital de Brompton un quart des malades sont atteints d'affections du cœur et de catarrhe chronique des bronches, que ces malades ne sont pas isolés des tuberculeux, que jamais on n'a signalé un cas de contagion et que, jusqu'en 1882, les crachoirs n'étaient l'objet d'aucune mesure de désinfection.

2°. — Transmission aux médecins et aux

infirmiers.

Que n'a-t-on pas dit sur la transmission de la phtisie aux étudiants en médecine et surtout aux infirmiers ? Nous avons vu, par l'histoire de Brompton-hospital et par les sanatoria, ce qu'il fallait penser de ces exagérations.

Le D r Kelsch avait déjà protesté à l'Académie de médecine contre l'opinion fantaisiste qui attribue aux infirmiers militaires une mortalité considérable par tuberculose. Il nous envoie aujourd'hui un tableau statistique d'où il résulte que les infirmiers militaires occupent un rang moyen dans l'armée comme mortalité par tuberculose. En effet, la tuberculose chez les infirmiers est représentée par 5,61/1.000, tandis que dans l'infanterie elle est représentée par 8,72/1.000.

Du reste voici ce tableau avec tous ses détails : ;

Pertes dues à la tuberculose (décès, retraites et réforme) par arme en 1804. — 7,76 pour 1.000 hommes.

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