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CHAPITRE III

Transmission de la tuberculose par ingestion

ou voie stomacale

La transmission de la tuberculose par ingestion est aujourd'hui le dernier argument des doctrines contagionnistes intransigeantes. Je les appelle intransigeantes parce qu'elles n'admettent pour la multiplication de la tuberculose qu'une seule cause : la transmission du bacille de Koch de l'homme ou de l'animal malade à l'homme sain et que c'est sur cette erreur qu'est basée la prophylaxie qui règne encore à cette heure et qui régnera longtemps encore, protégée par le préjugé populaire et par l'estampille administrative. Il est donc de la dernière importance d'examiner dans tous ses détails Ta transmission de la tuberculose par les voies digestives et de faire le départ entre les cas extrêmement restreints où ce mode de transmission détermine une véritable contagion, et les cas si nombreux qui échappent absolument à ce mode d'infection.

A. Transmission par les voies digestives chez

les animaux.

Avant les expériences toutes récentes de Bartel et de Calmette, les faits de la transmission de la tuberculose chez les animaux par voie stomacale sont peu nombreux. Dans le Congrès sur Ta tuberculose de 1888, à la page 73, on rapporte que des porcelets, nourris pendant 35 et 93 jours par des vaches atteintes de mammite tuberculeuse, sont devenus tuberculeux.

Les expériences tentées sur la transmission de la tuberculose par la viande ont permis de conclure que les viscères tuberculeux, quand ils servent pendant un certain temps a la nourriture d'espèces animales comme le cobaye, le chat, le cochon, produisent la tuberculose chez ces animaux. Ces viscères, au contraire, restent sans effet sur le chien.

Des expériences de Galtier, professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon, ont démontré que la viande crue appartenant à des animaux tuberculeux n'avait jamais déterminé la tuberculose même chez les cobayes (Lyon médical, mars 1891, page 320).

Les expériences si intéressantes de Calmette ont été publiées dans les Annales de VInstilut Pasteur du 25 octobre 1905. Elles avaient été pré-

cédées des expérimentations de Bartel, publiées le 30 août dans la Presse Médicale. Nous ne rapporterons que les expériences du premier de ces auteurs parce qu'elles sont beaucoup plus complètes.

Calmette a fait choix de la chèvre, animal difficilement tuberculisable, pour ses expériences ; il s'est servi de cultures de tuberculose humaine, bovine et aviaire. La tuberculose bovine seule, s'étant montrée toujours énergiquement pathogène, nous ne tiendrons compte que des expériences faites avec la tuberculose bovine.

Dans une première série, M. Calmette s'est adressé à de tout jeunes chevreaux encore allaités par leur mère. Il a produit chez les chèvres une mammite tuberculeuse suraiguë, à l'aide d'injection de tuberculose bovine dans les trayons de la mamelle. Le lait contenait de nombreux bacilles de Koch. Les chevreaux sont tombés malades rapidement, sont morts ou ont été sacrifiés et ont présenté comme lésion principale et constante la tuberculisation des ganglions mésentériques, et, très exceptionnellement, quelques rares tubercules dans le poumon.

Chez les chèvres adultes, la tuberculisation a été constante avec la tuberculose bovine, mais, phénomène extrêmement remarquable, la lésion

s'est localisée sur le poumon et les ganglions bronchiques, laissant à peu près indemnes, les ganglions mésentériques.

Nous voulons maintenant insister tout particulièrement sur cette différence qui existe entre la tuberculisation des animaux à la mamelle él des adultes et étudier le mécanisme qui explique cette différence.

Voici maintenant les propres paroles de M.Calmette : En introduisant directement dans le rumex, à l'aide de la sonde œsophagienne, des émulsions fines de bacille tuberculeux bovin, les chèvres adultes deviennent sûrement tuberculeuses, et au lieu de manifester des lésions ganglionnaires mésentériques semblables à celles que l'on observe chez des animaux jeunes, on constate toujours l'apparition rapide de lésions tuberculeuses pulmonaires. Les bacilles ne laissent aucune trace de leur passage à travers le système lymphatique. » (Annales de l'Institut Pasteur, octobre 1905, p. 613).

Voici maintenant l'interprétation donnée par M. Calme tte pour expliquer la différence de la marche de la tuberculose chez les jeunes et chez les adultes.

Les ganglions des jeunes sont constitués par des follicules et des cordons folliculaires pressés les uns contre les autres, la portion caverneuse avoisinant le hile est très réduite ; les travées sont bourrées de cellules lymphatiques. Les gai*-

glions constituent une barrière presque absolue au passage des bacilles de Koch.

Chez l'adulte, au contraire, les follicules sont très espacés, séparés par des cloisons fibreuses, la portion caverneuse occupe une étendue beaucoup plus grande, les travées de celle-ci sont lâches, criblées de vacuoles et de véritables canaux qui laissent passer facilement les bacilles de Koch. Ceux-ci, entraînés dans le courant lymphatique, gagnent le canal thoracique, par lui se jettent dans la veine sous-clavière gauche, et du cœur droit vont se répandre dans le poumon.

Les expériences si intéressantes de M. Calmette sont confirmées par un travail de MM. Vansteenberghe et Grysez sur l'origine intestinale de l'anthracosé pulmonaire (Annales de l'Institut Pasteur, décembre 1905, page 787). On croyait autrefois que l'anthracosé pulmonaire était due à l'inhalation de poussières charbonneuees L quoique Ton connût bien les défenses admirables que l'organisme possède dans les fosses nasales, la bouche et le larynx ; aussi, admettait-on généralement que l'anthracosé professionnelle ne se développait guère que chez les individus porteurs de malformations des fosses nasales et habitués à respirer par la bouche. Ce qui n'était pas exact. Les expériences de M. Vansteenberghe et Grysez ont établi qu'il suffisait de faire avaler à des lapins ou à des cobayes des aliments chargés d'encre de Chine ou de parcelles charbonneuses,

pour déterminer très rapidement l'antKracose pulmonaire.

Les expérimentateurs ont reconnu, comme M. Calmette, que chez les jeunes les ganglions mésentériques retenaient complètement les particules charbonneuses et que le poumon restait indemne, tandis que chez l'animal adulte, les poumons, déjà au bout de 24 heures, étaient imprégnés de particules charbonneuses pendant que les ganglions mésentériques restaient sains.

Chez les lapins, qui ont le privilège de respirer par le nez, le noir de fumée envahit les fosses nasales, le pharynx, et jamais la trachée.

Voici une expérience plus précise : chez un lapin, si on lie l'œsophage et qu'on laisse respirer à l'animal une fumée chargée de particules charbonneuses, il ne se produit jamais d'anthracose; tandis que cette affection se déclare chez le témoin dont l'œsophage est libre. Néanmoins, quand on force les doses, c'èst-à-dîre qu'on prolonge beaucoup la durée d'inhalation, le noir de fumée finit par pénétrer dans la trachée et dans les vésicules pulmonaires. Nous remarquerons à ce propos que si les cobayes, qui respirent en liberté l'air chargé de poussières tuberculeuses, ne sont jamais contaminés, ils le sont certainement quand on insuffle la poussière "dans les fosses nasales. Mais qu'il s'agisse de'poussière tuberculeuse ou de poussière charbonneuse, on peut toujours reconnaître la voie d'introduction

en examinant la lésion. Les poussières pénétrées par inhalation occupent toujours les vésicules, celles venues par ingestion siègent dans le parenchyme (1).

Il ressort de ces expériences que la transmission de la tuberculose par ingestion est extrêmement puissante, puisqu'elle peut atteindre des animaux doués, comme la chèvre, d'une immunité

(1) MM. Remliger et Basset ont présenté à la Société de Biologie aux séances des 22 et 23 décembre 1906, une suite d'expériences qui ont la prétention de nier les résultats obtenus par Calmette sur l'anthracose pulmonaire d'origine intestinale.

Dans la séance du 12 janvier 1907, M. Calmette a répondu aux travaux de M. Remlinger et Basset, et maintient absolument ses premiers résultats.

Les fines poussières de charbon ou de noir de fumée introduites dans l'estomac, à l'aide de la sonde, ou injectées dans le péritoine, traversent les ganglions mésentériques surtout chez les cobayes, et pénètrent par la voie sanguine et lymphatique dans les ganglions pulmonaires, dans le parenchyme et jusque dans les régions souspleurales. Rappelons que quand l'animal est jeune, une grande partie de l'anthracose reste dans les ganglions mésentériques, et qu'au contraire, chez l'adulte, elle gagne presque entièrement le poumon.

La précaution qu'a prise M. Calmette d'injecter directement le noir de fumée dans le péritoine, répond à l'objection de MM. Henheimer et Kart, qui ont prétendu que le noir de fumée arrivé dans l'estomac remontait par aigurgitation jusque dans le pharynx et la trachée.

La différence des résultats obtenus par les deux expérimentateurs démontre qu'il y a certainement une différence de technique et nous sommes persuadés que MM. Remliger et Basset arriveront au même résultat que M. Calmette quand ils voudront bien s'astreindre à appliquer les mêmes procédés que cet expérimentateur:

relative. Un second point à retenir des expériences précitées, c'est que la localisation des bacilles tuberculeux par ingestion diffère suivant les âges ; chez les très jeunes sujets, c'est la tuberculose des ganglions mésentériques qui occupera la scène morbide ; chez les adultes, les bacilles de Koch traversent les ganglions mésentériques sans laisser trace de leur passage, et vont se localiser dans le poumon ; d'où cet argument, que nous ferons valoir en son temps, que si la tuberculose, comme on l'enseigne presque universellement aujourd'hui, avait son origine dans la première enfance, elle devrait présenter toujours la localisation mésentérique ; tandis que loin de là, on observe chez les enfants beaucoup plus de tubercur lose de la peau, des méninges, des os et des arti* culations que du mésentère.

B . — Transmission du bacille de la tuberculose à l'homme par les voies digesttves.

Je le répète, la question de la transmission du bacille tuberculeux, par inspiration était, depuis bien des années déjà, considérée dans les laboratoires comme une erreur scientifique. Aujourd'hui, nous pouvons ajouter que, pour tous les hommes au courant des études sur la tuberculose, la contagion se résume dans cette opinion si connue, de Behring : « Il n'existe, dit-il, pas d'exemple incontestable de transmission de la tubercu-

lose chez l'adulte ; la contagion se ferait dans l'enfance, non plus par inhalation, mais par ingestion ; la tuberculose introduite dans les voies digestives avec le lait bacillifère, infecterait les ganglions lymphatiques, et, la plupart du temps, resterait à l'état latent jusqu'à l'âge adulte.

Il semble donc que tous les médecins soient d'accord pour restreindre la contagion de la tuberculose à la déglutition de bacilles contenus dans les poussières desséchées ou dans le lait.

1° Ttansmission de la tuberculose par la viande

des bovidés.

Nous sommes loin, aujourd'hui, des affirmations terrifiantes au sujet de la contagion de la tuberculose par la viande des bovidés.' Dire qu'au Congrès de 1888, M. Butel a posé les conclusions sivantes :

« Y a-t41 danger à consommer la viande d'animaux tuberculeux? Oui.

« Ce danger est-il grand ? Il est formidable, et par la grande quantité d'animaux phtisiques qui entrent dans la consommation et par le nombre effrayant de personnes qu'un seul animal peut infecter. » (p. 503).

Eh bien, ce danger formidable s'est évanoui.

M. Brouardel lui-même, le grand-prêtre de la contagion, déclare que depuis 1890, les divers congrès internationaux ont proclamé que Ton

peut, sans danger, utiliser la viande des animaux atteints de tuberculose localisée [La lulte contre la tuberculose, p. 62).

Straus avait, du reste, établi sur des faits, qui ont la rigueur d'une expérimentation, l'innocuité des viandes provenant d'animaux tuberculeux.

Voici le résumé de ces faits :

Schottelius rapporte des observations qui présentent la signification de faits expérimentaux.

L'autorité de la ville de Wurzbourg autorisa, sous le contrôle du professeur Renbold et du D r Haecker, vétérinaire, la vente des viandes provenant de vaches tuberculeuses aux habitants de certaines localités qui furent tenus de la consommer eux-mêmes et leur famille. Ces gens, soumis à une surveillance médicale, consommèrent la viande suspecte sous toutes les formes : cuite, rôtie, en saucisse et même crue. Elle constitua leur principale nourriture pendant des semaines entières. Au bout d'un an (de 1867 à 1868), l'enquête montra que les résultats étaient entièrement négatifs.

A la suite de cette expérience, la viande tuberculeuse fut livrée dans tout le pays à la consommation des gens nécessiteux. Quinze ans après, une enquête faite sur la morbidité et la niorUlitc dans les familles nourries de ces viandes démontra que, de 1860 à 1882, sur 130 personnes, il existait uile mortalité de 11 individus et aucune

de ces morts ne put être attribuée à la tuberculose.

Récemment Bôllinger a fait une enquête analogue en Bavière sur les équarrisseurs qui, avec leur famille, forment un personnel d'environ 3.000 individus. L'usage de la viande de provenance tuberculeuse est très répandue dans ce milieu. Et une enquête a démontré que la tuberculose y était plus rare qu'ailleurs (Straus, pages 658 et 659).

De ce qui précède, nous pouvons donc conclure que la viande des bovidés ne peut être considérée comme une des causes de la transmission de la tuberculose.

2° Transmission par le lait.

Il y a quelques années, la transmission du bacille de Koch par le lait des bovidés atteints de tuberculose, était un axiome auquel il n'était pas permis de toucher, et, comme le fromage et le beurre fabriqués avec le lait d'animaux tuberculeux contenaient aussi le bacille de Koch, on en était arrivé à cette formule absurde : ne boire que du lait bouilli, ne manger que du beurre et du fromage fondus. Et sur quelle base s'appuyait une opinion q'on regardait alors comme intangible ? Sur l'appréciation fausse d'un fait d'expérience : le lait de femme tuberculeuse, celui des vaches, le beurre et le fromage fabriqués avec ce

lait pouvaient transmettre la tuberculose au cobaye par inoculation. L'erreur consiste donc à assimiler le cobaye à l'homme, le mode tout-puissant de transmission par injection au mode beaucoup moins puissant de la voie stomacale.

Quant à une démonstration clinique, nous soutenions en 1899, qu'il n'en existait pas ; nous ajoutions que si les faits démonstratifs de la transmission de la tuberculose par le lait des bovidés manquaient, les légendes et les anecdotes surabondaient sur ce point d'étiologie.

Au congrès de 1888, M. Legroux est le seul médecin qui ait produit un fait clinique destiné à prouver la transmission de la tuberculose par le lait. Ce fait est absolument incomplet et insuffisant. Pour démontrer que la tuberculose peut se transmettre par le lait, les conditions suivantes doivent être exigées.

1° Démonstration de la présence du bacille de Koch dans le lait qui sert à l'alimentation.

2° Début de la tuberculose par l'intestin et les ganglions mésentériques.

3° Absence de toute autre cause de transmission de la tuberculose.

Maintenant, examinons les faits :

Il s'agit d'une famille composée de cinq enfants. Le père et la mëre, ainsi que leurs ascendants, n'offrent aucune trace de tuberculose. {Même pas de ganglions engorgés ?) De ces cinq enfants, quatre sont doués d'une bonne santé et ont

bien prospéré. Le deuxième enfant est une petite fille. Nourrie par sa mère pendant les premiers mois, elle avait une santé excellente. Au bout de quelques mois, on entreprit l'allaitement mixte, sein et biberon. Or, le lait du biberon était fourni par les vaches d'une laiterie où les bêtes, provenant de Suisse, étaient bien soignées et vivaient en partie à l'air libre. Le directeur de cette ferme avoua qu'au bout de quinze à dix-huif mois, ses bêtes devenaient malades et qu'on était obligé de les rapatrier. « Vraisemblablement, ajoute Legroux, longtemps encore avant de s'en défaire, l'industriel exploitait leurs mamelles alors que déjà le lait devait être altéré. » Cette petite fille ainsi nourrie, arrivée à l'âge de dix mois, fut prise d'une méningite tuberculeuse, terminée par la mort au bout de vingt jours (Congrès de 1888, page 285).

Rien ne prouve que le lait donné à cette enfant contenait des bacilles de Koch et que la tuberculose ait commencé par les ganglions mésentériques. Ce fait est donc contestable.

Ce qui manque surtout à cette démonstration, c'est la constatation de la tuberculose primitive des ganglions mésentériques, résultat certain chez les enfants, de l'infection tuberculeuse par les ingesta.

Mais si les faits scientifiquement observés sont rares, les anecdotes ne manquent pas. Depuis le chat angora de M. Nocard, jusqu'aux 13 jeunes

filles devenues tuberculeuses dans un pensionnat de Chartres, on ne trouve que des racontars au lieu de faits recueillis et rapportés avec l'esprit de critique sévère qui convient à un problème aussi difficile.

L'histoire des jeunes filles tuberculeuses du grand pensionnat de Chartres, c'est beaucoup plus fort que l'angora de M. Nocard. M. Brouardel avait déjà rapporté Iè fait à mots couverts ; et ce fait, qui depuis a été controuvé, a contribué pour beaucoup à obtenir de l'Académie son vote regrettable, à certains égards, sur la prophylaxie de la tuberculose. (Bulletin de V Académie, tome XXIII, p. 52).

Quelques mois après ce vote, M. Auguste Ollivier a complété les faits et en a indiqué l'origine . Ce médecin a soigné, à Chartres, une jeune fille qui a succombé à une méningite tuberculeuse ; or, cette jeune fille, dont les antécédents de famille étaient absolument purs de tuberculose, avait fait son éducation dans un pensionnat de ville, où, de 1887 à la fin de 1888, 4 élèves ont succombé à des tuberculoses intestinales et 7 autres, atteintes de la même maladie, ont guéri ou sont encore en traitement. Si on ajoute à ces douze faits le cas d'une jeune fille de 14 ans, morte en 1890 de phtisie galopante, cela portera à 13 le nombre des élèves atteintes de tuberculose dans l'espace de deux ans. Or, ce pensionnat possédait depuis plusieurs années une vache abattue

en 1889 et reconnue alors atteinte de tuberculose généralisée et de mammite tuberculeuse, (Bulletin de V Académie, t. XXV, p. 288.)

« Voilà certes, ajoute M. Ollivier, une démonstration catégorique de la transmission de la tuberculose par le lait et de la nécessité de n'user de cet aliment qu'après l'avoir fait bouillir. »

Eh bien ! non, Monsieur Ollivier, cette démonstration ne ressort pas de votre communication, parce que les faits ont été mal observés et, qu'inconsciemment, vous avez lu à l'Académie un document qui n'a rien de scientifique et qui se trouve n'être qu'une simple anecdote.

A la séance suivante, M. Ollivier, mieux renseigné, a rapporté les faits suivants :

D'abord, la première malade morte de méningite n'a pu être contaminée par le lait de vache en question, par cette excellente raison que l'ani- ' mal n'a été acheté qu'après le départ de l'élève ; les 12 autres malades, pas plus que la première, n'ont reçu la tuberculose du fait de l'alimentation par le lait de la vache tuberculeuse, puisque ce lait n'a jamais été employé autrement que bouilli et qu'il servait surtout à l'alimentation du personnel enseignant, et qu'on n'a' constaté aucun cas de tuberculose chez ce personnel. (Bulletin de V Académie, t. XXV, p. 311.)

Après cette rectification, notre ancien collègue et ami, M. le D p Moutard-Martin, a pu dire, avec juste raison, « qu'avant de jeter la terreur dans

les familles, il serait bon d'avoir des renseignemens précis et sûrs ».

Nous avons le regret d'avoir retrouvé dans le Traité de médecine de MM, Bouchard et Charcot -

la première communication de M. Ollivier à l'A- .]

cadémie, mais sans la rectification qui a été faite plus tard, en sorte que voilà une erreur de faits répandue dans le monde médical sous le patronage de deux noms respectables.

Nous avons le regret de signaler dans le livre de M. Brouardel, « La lutte contre la tuberculose », à la page 67, une falsification analogue du fait de M. Ollivier, et nous nous demandons comment il se fait que des hommes honorables à tous égards aient pu se croire permis de dénaturer un fait présenté à l'Académie de médecine, de manière à lui faire dire le contraire de ce qu'il signifie véritablement. Très à la légère, sans s'être renseigné suffisamment, M. Ollivier communique à l'Académie un fait tendant à prouver la transmission de la tuberculose par le lait d'une vache tuberculeuse. Une enquête provoquée par les victimes de cette calomnie démontre que le fait est absolument faux. Eh bien ! je dis qu'il faut être aveuglé par la passion scientifique pour perdre à ce point la conscience de ses actes qu'on en arrive à dire sur un fait le contraire de la vérité avec l'intention de tromper.

Pour nous résumer, nous dirons que des ob-

servations de jeunes animaux nourris pendant longtemps d'un lait très riche en bacilles tuberculeux démontrent la possibilité de la transmission de la tuberculose par le lait ; que cette démonstration est encore plus nette dans les expériences de Calmette ; mais que ces faits ne prouvent rien pour l'espèce humaine.

Ajoutons que Balthazard a communiqué au Congrès de 1905 un travail dont les conclusions éminemment pratiques résolvent absolument par la négative le problème de la transmission de la tuberculose par le lait. Cet expérimentateur a pris chez cinquante crémiers de Paris des échantillons de lait, et ce lait, loin de pouvoir communiquer la tuberculose, n'était même pas inoculable au cobaye (1).

Terminons par ce fait assez inattendu publié par Cantacuzène dans les Annales de Vlnstitut Pasteur : les bacilles de la tuberculose, quand on

(1) Ce mémoire contient le passage suivant que nous reproduisons : « La clinique apporte, d'ailleurs, des observations qui renforcent encore l'opinion que le lait ne joue pas un rôle important dans l'étiologie de la tuberculose. La tuberculose mésentérique (qui chez les jeunes animaux est constante dans la tuberculose par ingestion) apparaît en effet aussi fréquente dans certaines régions de l'Espagne, où les nourrissons sont presque exclusivement alimentés avec le lait de chèvre ou de brebis (lait qui ne contient jamais le bacille de Koch) que dans les pays comme la France et surtout l'Angleterre, où le lait de vache constitue l'aliment principal des nouveau-nés. » — Balthaieafd et Aly Zaky, Congrès de la Tuberduloie 1905, t. !«■, p. 210.

($'k TRANSMISSION DU BACILLE DE LA TUBERCULOSE

leur a enlevé leurs toxines diffusibles dans le bouillon de culture, celles qui sont adhérentes à la partie cireuse de leur enveloppe, conservent encore une toxine inhérente à leur corps et que l'autoclave même ne peut stériliser. Et maintenant, faites bouillir votre lait !

Un grand fait, qui tend de plus en plus à s'établir et qui a été annoncé par Koch, c'est que la tuberculose des bovidés n'est pas pathogène pour l'homme.

' On a essayé de détruire cet argument qui, s'il était démontré vrai, serait la ruine absolue de la doctrine contagionniste. On a répondu d'abord que les expériences de Koch étaient absolument contestables et que la tuberculose humaine pouvaient déterminer dans l'espèce bovine une infection générale. Enfin, dans la première séance du Congrès de 1905, on a décrété que, malgré certaines différences absolument variables, les tuberculoses humaine, bovine et aviaire, avaient pour cause un bacille et non trois bacilles de natures différentes.

Répondant d'abord à cette dernière objection, nous dirons avec un des membres du. Congrès dont nous regrettons de ne pas connaître le nom : Nous ne discutons pas le problème qui affirme l'identité d'espèce du bacille tuberculeux chez l'homme, les bovidés ou les gallinacés; mais nous soutenons avec tous les hommes de laboratoire,

que le bacille de Koch, quand il est pris directement à l'organisme humain, à celui des bovidés, ou des gallinacés, présente des propriétés pathogènes différentes. Et cette conclusion est de beaucoup la plus importante au point de vue pratique.

Maintenant, nous allons exposer dans tous leurs détails les expériences de Koch, les critiques dont elles ont été l'objet, les travaux si intéressants de la Société antituberculeuse de Suède ; puis, après avoir démontré que la tuberculose humaine était stérile, ou ne produisait habituellement que des lésions locales chez les bovidés, nous citerons les expériences peu nombreuses, on le comprend, qui établissent que la tuberculose bovine n'est pas pathogène pour l'espèce humaine.

C'est au Congrès de la tuberculose, tenu au mois de juillet 1901 à Londres, que Koch, rétractant son opinion antérieure, déclara que le virus de la tuberculose humaine n'était pas identique à celui de la tuberculose bovine. Rappelons les expériences sur lesquelles repose cette opinion : dix-neuf bovidés, éprouvés par la tuberculine, furent infectés par des bacilles tuberculeux humains : culture pure, expectoration tuberculeuse, inoculées par injection sous-cutanée, intra-veineuse, ou sous-péritonéale. De plus six de ces animaux ingéraient journellement pendant 7 à 8 mois des crachats tuberculeux. Aucun d'eux ne

fut atteint de tuberculose, et à l'autopsie, faite six

à huit mois plus tard, on trouva seulement quelques foyers de bacilles au point d'inoculation.

Tous les animaux témoins, c'est-à-dire injectés avec la tuberculose bovine, devinrent tuberculeux.

Six porcs ingérèrent, pendant trois mois, des crachats tuberculeux mélangés de fourrage, six autres reçurent, pendant le même temps et de la même manière, des bacilles de la tuberculose bovine. Les six premiers restèrent indemnes, les six autres périrent tuberculeux. Les porcs, soumis à l'infection des bacilles humains, présentèrent à l'autopsie quelques nodules dans les ganglions lymphatiques du cou et dans un seul cas quelques tubercules dans les poumons.

Cette communication suscita bien des critiques et des travaux contradictoires ; ces travaux pèchent par leur base parce qu'on n'a pas suivi dans sa rigueur la technique, indiquée par Koch. De Jongh [Semaine médicale, 15 janvier 1902) a fait toutes ses injections dans les veines jugulaires et à doses massives et il obtint ainsi certaines altérations du poumon. Malgré cette technique beaucoup plus propre à généraliser l'infection, les bovidés qu'on a laissé vivre se sont guéris spontanément de l'infection tuberculeuse communiquée.

La Société suédoise de la Lutte contre la tuberculose, a institué des séries d'expériences pour vérifier les assertions de Koch. La commission chargée de vérifier les assertions de Koch s'est

TRANSMISSION PAlt INGESTION 67

entourée des plus grandes précautions, tant pour se procurer un produit tuberculeux absolument pur que pour entourer les sujets en expérience de toutes les précautions qui pouvaient les garantir des autres causes d'infection. Il va sans dire que les veaux avaient été préalablement éprouvés par des injections de tuberculine, afin qu'il fût bien établi que les sujets étaient indemnes sous ce rapport. 14 veaux ont été soumis à une inoculation sotis-cUtanèe de culture pure de bacilles tuberculeux d'origine humaine ; le résultat de l'inoculation fut pour les 14 cas absolument négatif quant aux symptômes généraux : tout se borna à quelques altérations au point de l'injection et dans le ganglion le plus voisin. Quelquefois, on trouvait dans la cicatrice quelques restes calcifiés d'un abcès plus ou moins grand, des débris caséeux contenant quelques bacilles encore colorables, mais qui, inoculés à des cobayes, donnaient un résultat tout à fait négatif. Un seul des veaux inoculés maigrit pendant quelque temps, mais il se remit prômptetfient et jouissait d'une santé parfaite quand on l'abattit. A l'autopsie, on trouva dans le poumon quelques foyers très petits en voie de régression et dont l'inoculation est restée absolument stérile pour les cobayes.

Six veaux ont été soumis à l'ingestion des produits tuberculeux et, quoique ces animaux ingérassent journellement avec leur nourriture de grandes quantités de crachats de phtisiques, ja-

mais on n'observa chez eux aucun signe de tuberculose, aucun gonflement des ganglions lymphatiques. (( Le résultat de ces expériences d'inges- « tion si intense avec la tuberculose humaine chez <( des bovidés peut être résumé en deux mots : « absolument négatif. » (page 115.)

La même commission a fait une contre-épreuve avec la tuberculose bovine chez le veau. 6 ont été inoculés sous la peau, 4 ont ingéré de grandes quantités de tuberculose, tous sont morts avec une tuberculose généralisée.

La commission fait observer que les animaux qui ont été soumis à l'ingestion sont morts beaucoup plus vite que ceux qui ont été soumis à l'injection sous-cutanée.

Des expériences conduites de la même manière chez les lapins ont démontré que si la tuberculose humaine pouvait transmettre la maladie aux lapins, la tuberculose d'origine bovine avait une beaucoup plus grande énergie.

Ces expériences sont la répétition et en même temps la confirmation de celles de Koch. Remarquons que la commission suédoise a exclusivement pratiqué ses inoculations par la voie souscutanée et par l'ingestion du produit tuberculeux avec la nourriture. Mais comme la même technique a été employée chez des témoins ; que la tuberculose humaine n'a jamais produit qu'une minime lésion locale, tandis que la tuberculose bovine a produit des lésions généralisées, la con-

clusion qui s'impose est celle-ci : les propriétés pathogènes de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine diffèrent radicalement et la dernière est incapable de produire une tuberculose généralisée chez les bovidés.

Nous trouvons dans la Revue de la tuberculose le résumé d'un travail de laboratoire de médecins italiens établissant le peu de virulence de la tuberculose humaine pour les bovidés.

Calmette, dans ses expériences ayant pour but de transmettre la tuberculose par ingestion, a employé concurremment la tuberculose humaine, la tuberculose bovine et la tuberculose aviaire. La tuberculose bovine seule a été pathogène chez les chevaux en expérience.

Les expériences de vaccination pratiquées à Melun sur des veaux constituent encore une démonstration du peu de virulence de la tuberculose humaine pour l'espèce bovidée, puisque le sérum employé comme vaccin n'est autre chose qu'une préparation mystérieuse de tuberculose humaine fournie par Behring.

Les affirmations de Koch sur le peu de virulence de la tuberculose humaine nour les bovidés sont donc un fait démontré et incontestable.

La réciproque est-elle vraie ? On comprend à la fois l'importance de cette question et la difficulté d'y répondre par la voie expérimentale ; on ne peut, en effet, traiter l'homme comme un lot de

cobayes auxquels on pourrait injecter une culture de tuberculose bovine. Cependant, nous possédons un petit nombre de faits qui viennent démontrer l'innocuité de la tuberculose bovine pour l'espèce humaine.

M. de Jongh a publié des observations d'inoculation accidentelle de la tuberculose du bœuf. Toutes se sont limitées à un accident local, sauf le cas du chirurgien Moges qui, malgré l'extirpation de la tumeur d'inoculation, succomba à la phtisie 18 mois après l'infection. M. Garnault, membre de la Société d'anthropologie, s'est volontairement inoculé la tuberculose bovine et cette inoculation est demeurée stérile. Klumperer s'est inoculé la tuberculose bovine et cette inoculation est restée négative. Ce même médecin a pratiqué plusieurs injections de tuberculose bovine chez des phtisiques. Il aurait obtenu des améliorations passagères, mais il n'a jamais déterminé d'accidents. Enfin, à l'hôpital Saint-Jacques, nous avons pratiqué ces injections de tuberculose bovine, après avoir obtenu leur consentement, à quatre tuberculeux ; voici un extrait de ces observations :

Observation I. — Phtisie avancée. Cavernes. Fièvre

hectique. Cachexie.

Pierre B.. M 39 ans, homme de lettres, entra au sanatorium de Saint-J«acqueB le avril 1905, et fut cou-

ché au n° 1. Ce malade avait aux deux sommets des lésions cavitaires; son expectoration très abondante contenait le bacille de Koch. La fièvre hectique était marquée par de grandes oscillations, variant de 37 le matin à 39 le soir.

Le 3 juin on lui fait une injection de 1/2 millig. de culture de tuberculose bovine, n'ayant pas passé par le cobaye et venant de l'Institut Pasteur. Le lendemain il eut 37,2 le matin et 38,2 le soir au lieu de 39,5. Puis pendant cinq jours, il oscilla autour de 38; l'état général ne fut pas modifié et bientôt l'état fébrile reprit les mêmes caractères qu'avant l'injection. Nous ne jugeâmes pas opportun de renouveler cette expérience et le malade s'éteignit quelques semaines après.

Observation II. — G.... Jules, 30 ans, entré le 22 décembre 1904 est couché au n° 4 du sanatorium. Il porte au 1/3 supérieur du poumon droit un engorgement tuberculeux caractérisé par des râles souscrépitants et des frottements; de temps à autre il a des poussées pleurétiques très douloureuses. Ses crachats contiennent de nombreux bacilles de Koch. Sa température oscille entre 38 et 38,3. Le 3 juin, on lui pratique une injection sous-cutanée de ô millig. de la même tuberculose bovine. Il n'eut point la moindre réaction générale; la courbe thermique ne subit aucune modification et le lieu de la piqûre ne fut le siège d'aucun, travail. Comme ce moyen n'avait produit aucune modification, nous ne l'avons pas renouvelé.

Observation III. — Mme Vve H..., âgée de <*i ans, entré le 21 mai 1905, est couchée au n° 12 de la grande salle. Phtisie très chronique, vastes cavernes dans le sommet droit avec gargouillement, nombreux bacilles dans les crachats. Râles aous-crépitants au sommet gauche. Mouvement fébrile très irrégulier. Le 3 juin, injection d'un 1/2 millig. de tuberculose bovine ; cette injection ne produisit aucune modification dans la température et Fétat général resta le même.

Observation IV. — M. M... Louis, âgé de 37 ans, entré le 9 juin, est couché au lit n° 1 de la grande salle. Présente tous les signes de la méningite tuberculeuse; le 14 juin, on lui fait une injection souscutanée contenant 5 millig. de tuberculose bovine. Le lendemain, grande amélioration, abaissement notable de la température. Le malade, qui était dans le mutisme, répond facilement aux questions. Il reconnaît ses parents. Cette amélioration ne dura pas; la maladie reprit .sa marche fatale. Une seconde injection pratiquée le 23 juin ne modifia pas l'état général et fut sans aucune influence sur la température. Quelques jours après, le malade succomba à sa méningite.

De la discussion de ces faits déjà si nombreux il me semble résulter que la tuberculose humaine est certainement très peu pathogène pour l'espèce bovine et que réciproquement la tuberculose bovine ne détermine chez l'homme aue des accidents locaux ; et si un doute subsiste encore sur cette réciproque, c'est uniquement à cause du pe-

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lit nombre des faits d'inoculation de la tuberculose bovine à l'espèce humaine.

Si, à ce fait nouveau de l'innocuité de la tuberculose bovine pour l'espèce humaine, on veut bien joindre tous les faits qui, en clinique, démontrent l'impossibilité de la transmission de la tuberculose par l'usage du lait, du beurre et du fromag€ et les expérimentations sur les animaux qui montrent que cette transmission n'est possible que dans le cas particulier où l'on ne fait absorber aux jeunes animaux que du lait contenant une grande quantité de bacilles, on conclura avec nous que la transmission de la tuberculose par le lait est absolument nulle.

3° Transmission de la tuberculose par la déglutition des poussières.

Depuis le naufrage de l'hypothèse qui expliquait la transmission de la tuberculose par inhalation, l'école contagionniste a cherché son salut dans la transmission par ingestion du lait et des poussières tuberculeuses. Nous avons vu ce qu'il fallait penser de la transmission de la tuberculose par le lait. Examinons maintenant l'hypothèse de la transmission par la déglutition des poussières.

Reconnaissons d'abord que chez les animaux cette transmission est incontestable. Le cobaye qui lèche et déglutit les poussières tuberculeuses

devient certainement tuberculeux par la déglutition des bacilles. Il en est de même du bovidé qui se nourrit d'aliments sur lesquels son voisin tuberculeux lance en toussant des mucosités bacillifères. Et ceci nous explique comment certaines étables deviennent infectées et infectantes à la suite du passage d'animaux tuberculeux et c'est pour cela que la désinfection et l'isolement, inutiles dans l'espèce humaine, sont absolument nécessaires chez les bovidés. C'est encore pour cette raison que les vaches stabulées deviennent si fréquemment tuberculeuses et que jamais cette maladie ne se développe chez les bovidés qui vivent en plein air.

Dans l'espèce humaine les conditions hygiénique» sont bîeft différentes et la transmission de la tuberculose par déglutition est extrêmement rare. Elle ne se transmet guère que par la déglutition de la salive d'un malade assez avancé pour que sa bouche contienne le bacille de Koch. C'est par ce mécanisme qu'une bonne d'enfant tuberculeuse avancée rend presque fatalement son nourrisson tuberculeux dans les pays où ces femmes ont l'habitude de mettre dans leur bouche la cuillerée de bouillie ou de potage qu'elles destinent à leurs enfants.

Mais quant à la déglutition des poussières répandues dans l'air ou souillant les aliments, nous repoussons absolument cette explication de la

transmission de la tuberculose ; et nous la repoussons pour les raisons suivantes :

Nous pourrions rejeter cette hypothèse de la déglutition des poussières par un argument unique mais qui est suffisant en médecine expérimentale, qu'elle est constituée par une simple affirmation, sans même qu'on ait essayé d'une démonstration de laboratoire.

Qu'on se rappelle, en outre, les beaux travaux de Kelsch sur la composition des poussières des chambrées et des hôpitaux, la stérilité vis-à-vis de la tuberculose des inoculations pratiquées avec ces poussières sur un très grand nombre de cobayes.

Cornet, lui-même, n'a-t-il pas démontré avec quelle difficuté on arrivait à pulvériser un crachat de phtisique et que* cette poussière bacillifère grossièrement divisée dans les chambres de malades se déposait rapidement sur le sol, en sorte que pour la déglutir il faudrait tenir sa bouche à la hauteur du parquet.

Quant aux poussières tuberculeuses qui viendraient souiller les aliments, qui a jamais constaté un fait semblable, qui a même essayé de le constater ?

Enfin, si l'opinion de Behring, très généralement acceptée en ce moment est vraie, s'il n'existe aucun fait prouvant la contagion dans l'âge adulte, si l'infection se produit toujours dans la première enfance, il est absurde de soutenir que la dé-

glutition des poussières bacillifères est une cause de transmission de la tuberculose, puisque les adultes sont, aussi bien que les enfants, exposés à cette déglutition.

C'est encore absurde, parce que si la tuberculose était transmise par ingestion dans l'enfance, cette maladie débuterait toujours par la lésion des ganglions mésentériques comme le prouvent les expériences toutes récentes de Calmette, ce qui n'est pas, d'après la statistique de Biedert citée un peu plus bas.

Enfin le tableau de Wûrzburg donne les chiffres suivants sur 10.000 individus vivants.

Sont atteints de la tuberculose :

De à 1 ans.

De 1 à 2 ans.

De 3 à 5 ans.

De 5 à 10 ans.

De 10 à 15 ans.

(Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Phtisie, page 548). Cette statistique démontre que la tuberculose est surtout fréquente dans les deux premières années de la vie ; qu'elle tombe à un chiffre infime jusqu'à 15 ans; or, ce serait le contraire s'il s'agissait des contagions ; puisque l'enfant est de plus en plus exposé à cette cause dans ses rapports sociaux.

La statistique de Biédert démontre, en effet, l'extrême rareté de la tuberculose mésentérique

chez les enfants, la tuberculose, en général, étant représentée par 78 et celle des ganglions mésentériques par 4 0/0 (Straus, p. 665) ; d'où nous pouvons conclure que la transmission de la tuberculose par ingestion ne se produit, ni dans l'enfance, ni dans l'âge adulte et que le nombre des cas de contagion par cette voie se limite aux cas que nous avons cités plus haut.

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