‹ Prophylaxie de la tuberculoseChapitre 13 sur 22 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

gionniste des mesures aussi puériles que vexatoires édictées contre les tuberculeux. La crainte de la contagion par la poussière desséchée des crachats tuberculeux, aujourd'hui reconnue absolument impossible, a jeté les médecins et le public dans un état d'esprit qui constitue une folie furieuse. Les ouvriers et les domestiques, encore assez valides pour gagner leur vie et celle de leur famille, ont été expulsés des ateliers et des maisons où ils travaillaient ; on leur a déclaré brutalement qu'ils étaient atteints de tuberculose ouverte, qu'ils étaient pour leur entourage une source d'infection, d'où ils pouvaient logiquement déduire cette conclusion consolante qu'ils étaient atteints d'une affection incurable et promptement mortelle.

A propos de la déclaration de la tuberculose et de l'isolement des malades, n'avons-nous pas lu dans la discussion académique l'exemple de malheureux expulsés de leur domicile à la suite de la divulgation officielle de leur maladie (1) ? Nous

(1) Nous tenons à rapporter encore quelques témoignages tout à fait suggestifs. C'est d'abord le professeur Brouardeï (Brouardel, La lutte contre la tuberculose, 1901), démontrant par des faits les douloureux inconvénients qui résultent pour les tuberculeux de cette funeste hypothèse de la contagion.

1° Voici un honnête ouvrier qui est renvoyé de l'hôtel qu'il habite, parce que le logeur a appris qu'il avait fait un séjour à Àngicourt.

2° Un domestique, atteint au premier degré d'une tuberculose fermée, déclare qu'il ne peut plus revenir au

avons vu pire encore : à l'hôpital, des pères et des mères sont venus nous prier, dans la crainte de la contagion, de ne pas leur renvoyer de malheureux phtisiques qui désiraient quitter l'hôpital. Et je n'aurais pas le droit de qualifier d'abominables les conclusions d'une doctrine qui engendre dans les âmes une défaillance telle qu'on repousse loin de soi de malheureux malades que l'affection de leurs proches et des soins assidus pourraient peut-être guérir et certainement consoler à leur dernière heure !

Et j'ajoute que ces mesures barbares reposent

dispensaire, parce que si ses patrons le savaient, il perdrait sa place.

3° Un journalier, phtisique au deuxième degré, mais encore vigoureux et pouvant travailler, est mis à la porte de la chambre qu'il occupe dans un garni, parce que le service sanitaire a fait désinfecter son logement.

4° Un palefrenier est congédié parce qu'on a su qu'il venait au dispensaire.

5° Ce cas est plus curieux.

Une femme de chambre avait un salaire de 40 francs par mois. La maîtresse apprend qu'elle fréquente le dispensaire et la met dans l'alternative, ou de quitter immédiatement la maison, ou d'accepter une réduction de gages de 15 francs par mois.

6° Un homme de vingt-sept ans, tuberculeux au deuxième degré, ayant vécu dans sa famille, sort de l'hôpital Beaujon, le 19 janvier. Ses parents refusent de .le recevoir à nouveau chez eux, dans la crainte qu'il ne contagionne ses frères.

Le malheureux couche à l'asile de nuit ; il essaye de gagner quelques sous en ouvrant les portières... J'ajoute, comme trait particulier, que ce malade a fait preuve d'une vraie grandeur d'âme. Quand il revient au dispensaire pour chercher des bons de viande crue et des médicaments,

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