CHAPITRE PREMIER
HÉRÉDÎÎÉ
On peut dire que, de tout temps, la généralité des médecins a considéré la tuberculose comme une maladie héréditaire et familiale ; il a fallu la transmission presque toujours certaine du bacille de Koch de l'homme ou de l'animal malade à l'homme sain pour obscurcir la notion traditionnelle de l'hérédité de la phtisie. Si, en outre, on
veut tenir compte de l'indifférence, pour ne rien dire de plus, des médecins contemporains, vis-àvis des notions de pathologie générale, on comprendra jusqu'à quel point la notion de l'hérédité des maladies et celle de la tuberculose en particulier, est considérée comme un élément étiologique obscur, mal défini, mal démontré et, généralement, relégué parmi les quantités négligeables.
Cet état d'esprit, si communément répandu aujourd'hui parmi les médecins, offre un double danger : il consacre une erreur pathologique, mais surtout il engendre une pratique détestable; la contagion étant tout, l'hérédité n'étant rien, on fait bon marché des réserves et des avertissements qui, autrefois, portaient les médecins à déconseiller les unions avec les familles tuberculeuses ; on pousse ses clients aux plus douloureuses aventures en leur laissant croire que la contagion seule est à redouter. Les clients, confiants dans ces promesses qui peuvent flatter leur intérêt et leur amour-propre, associent leur sort à un compagnon qui évolue dans la phtisie, tandis que leur descendance est une succession de deuils d'autant plus renouvelés qu'ils auront vécu plus longtemps. Nous savons tous, en effet, à quelle hauteur s'élève la puissance prolifique des tuberculeux dans de semblables conditions, les enfants disparaissent en série, la plupart frappés de méningite tuberculeuse et, si nous voyons un certain nombre de sujets directs échapper à la
tare héréditaire, souvent la maladie, réapparaissant sur la 2 e ou 3 e génération, vient compléter son œuvre.
Les éleveurs d'animaux sont plus prévoyants.
Un étalon n'est autorisé à faire la monte que s'il présente à l'Etat les garanties nécessaires ; les cornards et les poussifs sont impitoyablement éliminés comme dangereux pour leur descendance.
Nous n'avons donc pas cru devoir nous contenter d'exposer, l'histoire clinique de l'hérédité tuberculeuse ; trop de préjugés obscurcissent cette question. Nous exposerons ce qui a trait a l'hérédité physiologique, nous montrerons que cette hérédité a ses lois, et que ces lois dissiperont, nous le croyons, toutes les obscurités qui entourent encore l'hérédité pathologique, laquelle est soumise aux mêmes règles que celles de l'hérédité physiologique.
L'hérédité est donc la grande loi qui assure la continuité d'espèce ; elle transmet par génération des cellules douées de toutes les propriétés contenues dans les ascendants ; c'est l'atavisme pris dans son sens général. Mais, à côté de cette première loi, qui constate dans le fils tous les caractères de l'espèce contenus dans le père, existe une autre loi dénommée INNEITË, par Prosper Lucas (1), qui régit les caractères plus ou moins différents des êtres continuant l'espèce,
(1) Pbosper Lucas, Traité physiologique et philosophique de l'hérédité naturelle, Pari», 1847-1850.
c'est-à-dire les caractères constituant l'individualité.
Des recherches modernes nous ont fait connaître la succession des phénomènes de la génération dans les espèces supérieures. La féconda* tion résulte toujours de la pénétration de la cellule mère fournie par la femelle, par le spermatozoaire fourni par le mâle.
La cellule mère s'isole et se rapproche de la surface de l'ovaire ; elle envoie même en dehors un prolongement dans lequel s'engage le spermatozoaire qui la pénètre profondément. De cette union, résulte une cellule fécondée, le commencement du nouvel être. Le novau de la cellule mâle se divise en deux ; le noyau de la cellule femelle en fait de même ; alors un demi-noyau mâle s'unit à un demi-noyau femelle pour former le noyau de la première cellule du nouvel être.
Toute cellule fécondée contient donc des éléments paternels et dés éléments maternels combinés. Ces éléments contiennent, avec les cellules qui caractérisent et conservent l'espèce, certaines tares dues aux maladies des générateurs.
Si l'élément paternel et l'élément maternel se trouvaient être en partie égale dans la cellule fécondée, si de plus, ces cellules étaient douées de la même énergie, les produits se ressembleraient toujours. L'expérience nous démontre, au contraire, des différences individuelles considéra-
bles qui tiennent des prédominances non encore expliquées chez l'un ou l'autre des deux générateurs ; d'où le£ différences formulées par la loi d'INNEITE.
Nous l'avons déjà dit, l'hérédité maintient les grands caractères de l'espèce ; ainsi, dans les unions mixtes entre individus de races noires, de races jaunes et de races blanches, il se produit une sorte de métissage qui partage les influences paternelle et maternelle ; dans le métissage nègre, si le blanc continue à intervenir, les produits passent successivement du demi-sang au quarteron et pour arriver, progressivement, après plusieurs générations, à constituer une variété nouvelle qui ne garde guère du nègre primitif, que certaines aptitudes et notamment cette tache de la racine de l'ongle, qui révèle encore après des échelons successifs nombreux, l'origine africaine.
Si on étudie la marche héréditaire dans la même race, on ne rencontre plus les influences régulières que nous avons signalées dans l'union de la race blanche et de la race nègre. Si, par exemple, de deux générateurs, l'un appartient à la variété blonde et l'autre â la variété brune, on pourra observer trois résultats différents. Quelquefois, les enfants représentent deux catégories distinctes, les uns, les garçons, par exemple, sont blonds et les autres, les filles, brunes, ou réciproquement ; dans un autre cas, ils sont inégalement
mélangés, blonds ou bruns, quelques-uns présentant des nuances intermédiaires et communes aux deux.
On observe quelquefois dans une famille de blonds ou de bruns, un rejeton avec les cheveux rouges.
En résumé, dans l'hérédité, physiologique, le nouvel être possède à la fois tous les caractères communs à son espèce, et, en outre, les caractères particuliers qui constituent son individualité. Parmi ces derniers, il faut noter des ressemblances des traits, des allures, des habitudes, des passions, des aptitudes, qui font retrouver chez le fils l'image des deux générateurs. Cette image revêt tantôt la prédominance paternelle, tantôt la prédominance maternelle, d'autres fois, elle présente un mélange des qualités paternelles et maternelles.
Parmi les caractères individuels, quelques-uns se montrent au même âge que chez celui des générateurs qui l'a présenté. Nous retrouverons cette particularité dans l'hérédité morbide.
Un autre phénomène qu'on retrouve aussi dans l'hérédité morbide, c'est l'apparition, au milieu de produits appartenant tous à la même variété, d'un individu portant des caractères tout à fait différents et dont on retrouve la souche dans les générations quelquefois fort éloignées. C'est ainsi que le pigeon, appartenant depuis longtemps à
une variété déterminée, comme le pigeon voyageur, par exemple, présente tout à coup, dans sa descendance, un individu porteur, comme le pigeon de roche, de plumes bleues. De même, dans la famille humaine, parmi les enfants appartenant à la variété brune, par exemple, on voit apparaître un rejeton ayant la peau, l'iris et la chevelure des roux.
Remarquons enfin que, dans l'hérédité, il y a des caractères dont la transmission est fatale ; ce sont les caractères de l'espèce ; tandis que la transmission des caractères individuels est absolument variable. Or, les maladies sont des états accidentels ; aussi leur transmission héréditaire est-elle variable.
Ce qui précède doit nous faire comprendre qu'une maladie n'est jamais fatalement hérédi : taire, qu'elle peut manquer chez le descendant, mais qu'inversement, toute maladie qui se manifeste sur un descendant provient des générateurs immédiats ou d'ancêtres plus ou moins éloignés. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que, quand nous parlons d'états pathologiques héréditaires, nous parlons de maladies et non de lésions ou de mutilations qui, fussent-elles continées pendant des siècles, comme la circoncision rituelle, ne sont jamais héréditaires.
L'hérédité pathologique doit être considérée dans les maladies sans microbes et dans les maladies avec microbes. Dans les premières, la pré-
disposition seule est transmise héréditairement ; les circonstances adjuvantes, les causes occasionnelles sont habituellement nécessaires pour développer la maladie. Souvent, la maladie se développe sous la même forme et au même âge que chez le générateur, ce qui causa l'ébahissement de Montaigne quand il constata qu'il avait contracté, comme son père, un calcul de la vessie, et au même âge que lui. D'autres fois, au contraire, l'espèce morbide se transmet sous des formes différentes des parents aux enfants; la goutte étant remplacée par la lithiase biliaire ou urinaire ou par la dyspepsie.
Dans la transmission héréditaire des maladies microbiennes, la prédisposition, même aidée des circonstances adjuvantes, ne suffirait pas ; il faut encore la transmission du microbe, du germe.
Nous avons écrit ne 8u$$irait pas, pour nous conformer à l'opinion universelle ; car s'il était démontré que les maladies à microbes peuvent quelquefois être spontanées, on serait contraint d'admettre que l'hérédité de la graine n'est pas toujours nécessaire.
Nous voilà donc arrivés à l'hérédité de la tuberculose, maladie à microbe. Nous nous proposons de démontrer l'hérédité de cette maladie : 1° par son analogie avec deux maladies microbiennes incontestablement héréditaires, la syphilis et la lèpre ; 2° par les travaux de laboratoire qui démontrent la possibilité :
a) Du transport d'un bacille paternel véhiculé directement par le spermatozoaire dans l'ovule au moment de la fécondation.
6) Du passage du bacille d'une mère tuberculeuse à travers le placenta pour contaminer le fœtus.
3° Enfin, par l'histoire clinique de la tuberculose dans les familles.
A. — Analogie de la transmission héréditaire de la tuberculose avec la transmission héréditaire de la syphilis et de la lèpre.
Je sais qu'il existe un adage de philosophie : comparaison n'est pas raison ; nonobstant, comme la grande objection à l'hérédité de la tuberculose par le père est tirée de la difficulté de comprendre comment un bacille pathogène du père peut aller contaminer l'ovule, nous nous croyons le droit d'emprunter à l'histoire de la syphilis et de la lèpre, des faits capables de préparer les esprits à accepter ce fait si importai de la transmission de la tuberculose du père au fils, la mère restant indemne.
1° Syphilis. — Quoique l'existence du microbe de la syphilis soit encore contestée, néanmoins, cette maladie, se comportant absolument comme une maladie infectieuse, elle peut nous fournir des
lOS HÉRÉDITÉ Et SPONTANÉITÉ DE LA f UBERCULoSË
enseignements précieux sur la contagion et sur l'hérédité.
La syphilis n'est jamais spontanée. Elle résulte toujours de l'inoculation d'un agent virulent. De plus, la syphilis est certainement héréditaire, « — héréditaire à courte échéance, syphilis congénitale ; héréditaire à longue échéance, syphilis héréditaire proprement dite.
La syphilis est héréditaire par la mère et par le père, avec cette circonstance remarquable qu'un père peut engendrer un enfant syphilitique, la mère étant non seulement indemne, mais encore vaccinée contre cette maladie ; en sorte qu'elle peut sans danger pour elle allaiter son enfant syphilitique. Cette forme d'hérédité a reçu le nom de loi de Colles (1).
Tous ces faits sont incontestables et même incontestés ; et nous voulons en tirer deux conclusions : la première, c'est que l'agent virulent peut accompagner le spermatozoaire du père, et que ce spermatozoaire peut opérer à la fois la fécondation et la contamination de l'ovule ; le second fait, c'est que l'agent virulent n'empêche pas toujours l'ovule, puis l'embryon de se développer ; et que si, le plus souvent, il manifeste son action
(1; Quelques auteurs ont nié l'hérédité de la syphilis par le père par cette raison insensée qu'ils ne comprennent pas ce phénomène. Consultez dans le Dictionnaire des Sciences médicales, l'article Syphilis héréditaire, par Diday, et les faits nombreux qu'il apporte à l'appui de l'hérédité par le père.
DE i/hÉRÉDITÉ DE LA ÏUBËfcCULÔSE 109
nuisible, soit pendant la vie embryonnaire, soit dans la première année de l'enfant (habituellement les trois premiers mois), il est absolument démontré qu'il peut rester à l'état latent pendant dix, quinze, vingt ans et plus (1), pour, alors, évoluer et faire naître les symptômes et les lésions de la syphilis héréditaire.
Le passage de l'agent virulent du père à l'enfant, son existence à l'état latent pendant des années, constituent deux faits tout à fait inexplicables mais que nous sommes obligé d'admettre parce que la démonstration clinique en est irréfutable.
2° Lèpre. — On a trouvé le bacille de la lèpre et on en a conclu très légèrement que la lèprç était contagieuse et non pas héréditaire. Ajoutons, cependant, que cette conclusion exagérée n'est point acceptée par la généralité des médecins qui se sont occupés de cette maladie, et, pour eux, la lèpre est à la fois contagieuse et héréditaire.
Il paraît démontré qu'autrefois la lèpre était contagieuse et qu'elle l'est encore dans certains pays, mais nous pouvons affirmer que, dans notre temps et notre pays, la lèpre n'est pas contagieuse. Le D r Zambaco Pacha, qui vit au milieu des lépreux, à Constantinople, et qui est venu
(1) Consulter le mémoire de Fournier sur les syphilis héréditaires tardives.
étudier celte maladie en France et dans le reste de l'Europe, s'exprime ainsi sur la contagion de la lèpre : « Depuis près de vingt-cinq ans que j'ai en observation et que je suis tacitement toutes les personnes qui ont cohabité ou commercé avec des lépreux, à n'importe quel titre, conjugal même, ma conviction scientifique s'est tellement faite pour la localité où j exerce (Conslantinople), n'ayant jamais observé un seul cas de contagiosité, bien que je la recherche toujours, que je n'hésite plus d'affirmer, au besoin par des certificats, que je n'ai jamais constaté la transmisaibilité de la lèpre par contact. » (La lèpre, par Zambaco Pacha, préface, page 12).
Le livre de Zambaco Pacha contient un grand nombre d'observations détaillées, relatant le mariage d'un lépreux avec une femme indemne ou d'une lépreuse avec un homme indemne sans que jamais la contagion soit passée d'un conjoint à l'autre, quoique des enfants lépreux soient souvent nés de ces unions.
L'histoire des familles dans lesquelles on rencontre, soit des lépreux complets, soit des malades présentant la lèpre fruste ; familles qu'on rencontre surtout en Bretagne et dans les Pyrénées, constitue une preuve de l'hérédité et de la non contagion de la lèpre. En effet, cette maladie se transmet dans les mêmes familles, sans que jamais on ait observé un cas de contagion, soit chez les personnes journellement en contact avec ces
- DE L'HÉRÉDITÉ DE LA TUBERCULOSE Hl
familles, soit même chez celles qui ont contracté mariage avec elles.
Si donc la contagion n'existe plus dans notre pays, l'hérédité existe toujours, comme nous l'avons démontré.
L'hérédité de la lèpre suit les mêmes lois que l'hérédité de la syphilis ; elle est congénitale, c'est-à-dire qu'elle se déclare dans la première année de la naissance ou héréditaire à longue échéance.
Elle est héréditaire par le père et par la mère, et, comme dans la syphilis, un père lépreux peut donner naissance à un enfant lépreux, la mère restant indemne.
Ce mode de transmission de la lèpre n'est ni une rareté, ni une exception. Le livre de Zam^ baco Pacha renferme de nombreuses observations de père lépreux procréant avec une femme saine, tantôt des enfants sains, tantôt des enfants lépreux, la mère restant indemne.
De même une femme lépreuse, mariée avec un homme sain, peut avoir des enfants atteints de la lèpre d'autres en ét^nt exempts, le mari restant indemne.
La transmission de la lèpre à l'enfant par un père lépreux et au moyen du bacille propre à la lèpre, est un fait éminemment suggestif comme on dit aujourd'hui.
En effet, s'il est incontestable que la lèpre se transmet du père à l'enfant, la femme étant in-
demne, si le bacille de Hansen est l'instrument nécessaire de la transmission de la lèpre, il faut admettre qu'un bacille peut pénétrer le spermatozoaire, que ce spermatozoaire, ainsi inoculé peut encore féconder l'ovule et transmettre le bacille qui développera la maladie soit à la naissance, soit plusieurs années après.
Ainsi, pénétration du spermatozoaire par le bacille, fécondation de l'ovule par le spermatozoaire contaminé, développement du bacille avec l'ovule, l'embryon et le fœtus ; puis plus tôt ou plus tard, développement de la lèpre.
Si ces faits et les déductions qui en découlent rigoureusement sont incontestables, à quel titre viendra-t-on mettre en doute les mêmes faits quand il s'agit de la tuberculose ?
B. — Transmission héréditaire du bacille
de la tuberculose.
1° Transmissibilité du bacille de Koch par
le père.
Il est facile de saisir l'analogie qui relie, au moins en ce point, la syphilis, la lèpre et la tuberculose.
La transmission de la tuberculose d'un père tuberculeux à son enfant, la mère restant complètement indemne, est un fait incontestable de
DE l'hÉRÉDITÉ DE LA TUBERCULOSE „ 113
l'histoire de la tuberculose héréditaire et rappelle la loi de Colles pour la syphilis.
Landouzy a défendu cette opinion au Congrès de 1888 et, à la page 483 du compte rendu de ce Congrès, il rapporte une observation absolument concluante .
Straus, dans son beau livre sur la tuberculose, s'exprime ainsi à la page 557 : « Parmi les faits cliniques empruntés à la tuberculose humaine, les exemples sont nombreux qui semblent établir l'hérédité de la maladie par le fait du père seul, la mère étant saine au moment de la grossesse et le demeurant ultérieurement. »
Les vétérinaires rapportent de nombreux exemples de transmission de la tuberculose au veau par le taureau malade, la vache étant et demeurant saine. (Straus, même page).
Ces faits s'éclairent de la lumière projetée sur Tétiologie par l'histoire de la syphilis et de la lèpre. Ce sont des faits de même ordre ; les uns ne sont pas plus contestables que les autres et il faut tout l'aveuglement né de l'esprit de système pour hésiter à déduire les conclusions logiques.
Il nous faudra donc, à raison même de la force de ces préjugés, faire pour l'hérédité de la tuberculose par le père une démonstration complète et répondre à toutes les objections.
La première question qui se pose, c'est de savoir si le sperme des tuberculeux, en faisant abs-
traction des sujets atteints de tuberculose génitale, contient le bacille de Kocb ?
Landou&y et Martin, RohU, Jani et quelques autres ont affirmé la présence du bacille de Koch dans le sperme d'animaux tuberculeux sans lésion de la sphère génitale. On a objecté à ces auteurs qu'ils ne s'étaient pas entourés de toutes les précautions nécessaires et qu'ils Payaient point agi sur du sperme bactériologîquement pur.
On n'a pu faire ces objections aux expériences de Gartner qui s'est procuré du sperme de cobayes tuberculeux en provoquant Téjaculation chez ces animaux. Chez; 32 cobayes inoculés avec ce sperme, 5 périrent tuberculeux.
Le premier point du problème est donc acquis. Le sperme d'animaux tuberculeux peut contenir le bacille de Koch, en l'absence de lésions de la sphère génitale, et l'hérédité tuberculeuse par le père est donc possible.
La seconde objection repose sur l'opinion du petit nombre de tuberculoses observées pendant la vie fœtale et pendant les premiers mois de l'existence ; opinion aujourd'hui coirtbattue par les faits.
Comment, disent les médecins adversaires de l'hérédité par le père, comment comparez-vous les faits de syphilis congénitale avec ce qui se passe dans la tuberculose héréditaire ? La syphilis frappe le fœtus dans le sein de sa mère et elle sévit habituellement dans les trois premiers, moi*.
de la naissance, tandis que la tuberculose se rencontre rarement chez le fœtus et pendant les premiers mois de la vie extra-utérine.
Sans doute, les lois qui régissent l'étiologie de la syphilis ne sont point absolument identiques à celles qui régissent l'hérédité de la tuberculose ; et il devait en être ainsi, puisque les deux maladies sont d'espèce différente. Mais si les lois de l'hérédité ne sont point identiques, leur analogie est beaucoup plus grande qu'on veut bieji le dire et les travaux les plus récents ont encore augmenté les ressemblances. Ainsi, s'il est vrai que la tuberculose est rare dans les premiers mois de la vie, elle devient rapidement très fréquente ; et, d'après les chiffres de Hutinel et de Landouzy, le tiers des enfants qui succombent au-dessous de 2 ans présentent des lésions tuberculeuses ; chiffre énorme et qui n'a rien à envier à la syphilis.
Si donc il est acquis que le bacille de Koch peut se rencontrer dans le sperme (Gartner), si de plus, il est démontré que la tuberculose congé-* nitale est extrêmement fréquente, il ne reste plus qu'une objection à la doctrine de la transmission de la tuberculose par le père : e'estle long sommeil du bacille de Koch dans réeonomie pour les cas de tuberculose tardive.
La même question devant se représenter à propos de la transmission (lu bacille de Koch par la mère, c'est après avoir établi cette transmission que nous étudierons l'état latent du bacille
de Koch dans l'organisme pendant des années, ce que Verneuil appelait le microbisme latent.
2°. — Transmissibilité du bacille de Koch par
la mère.
Les microbes peuvent-ils traverser le placenta et passer de la mère au fœtus ?
Dans une première époque, on a nié complètement ce passage, le placenta était considéré comme un filtre parfait ; les expériences sur lesquelles s'apuyait cette opinion avaient été faites sur le bacillus anthracis.
Dès 1882, Arloing, Cornevin et Thomas démontrèrent que le bacille du charbon symptomatique passait de la mère au fœtus à travers le placenta.
Les expériences faites sur le bacillus anthracis furent reprises par Straus et Chamberland et démontrèrent le passage du bacille & travers le placenta. Cette démonstration nouvelle fut faite à l'aide de culture.
Poursuivant leurs recherches, ces deux médecins démontrèrent la transmission à travers le placenta du vibrion septique et du microbe du choléra des poules. Bientôt on démontra également le passage du bacille d'Eberth, du pneumocoque, du streptocoque, du bacillum coli et des autres microbes pathogènes à travers le placenta.
La démonstration du passage du bacille de la tuberculose à travers le placenta fut plus difficile à démontrer. Les premières objections furenf théoriques et indirectes. On observa que, po.ir pénétrer dans le placenta, le microbe devait passer dans le sang, ce qui est un fait exceptionnel dans la phtisie commune. On s'appuyait encore sur l'extrême rareté de la tuberculose congénitale et dans les premières années de la vie. Des recherches ultérieures ont démontré la fausseté de ce dernier argument.
Aussi, quand Landouzy et Martin vinrent apporter la démonstration du passage du bacille de la tuberculose de la mère au fœtus à travers le placenta, cette opinion fut très contestée. Le travail de Landouzy et Hippolyte Martin s'appuie sur l'observation de deux fœtus humains et d'un fœtus de cobaye. Les expérimentateurs s'entourèrent des précautions les plus minutieuses pour écarter toutes chances de contamination extérieure, et une parcelle du placenta, le sang pris dans le cœur du fœtus, comme de petites portions du poumon inoculés à des cobayes déterminèrent la tuberculose chez ces animaux.
Les faits négatifs s'accumulèrent. Straus,.
Grancher, Nocard, Leyden, Max Wolf, Curt Jani échouèrent constamment dans leurs expériences.
Les expériences faites par Sanchez Toledo dans le laboratoire de Starus ont été conduites avec les plus grands soins et, sur 35 femelles de
118 HÉRÉDITÉ ET SPONTANÉITÉ Dfc hK TUBERCULOSE
cobayes rendues tuberculeuses et 65 fœtus de ces femelles, ni la méthode des colorations, ni celle des cultures, ni l'inoculation n'ont réussi à mettre en évidence la présence de bacilles dans les organes de ces fœtus (Straus, page 548).
Les expériences de.Vignaie ont abouti aux mômes résultats négatifs.
Experiencia fallax? Non. Expériences incomplètes.
Voici maintenant des faits positifs !
Birch Hirschfeld et Schmovl ont retrouvé un fait confirmatif de ceux de Landouzy et Martin. Une femme, atteinte de tuberculose généralisée, mourut au septième mois de sa grossesse. Le pla^ centa présentait des tubercules de la grosseur d'une tête d'épingle ; des bacilles de Koch y furent trouvés ainsi que dans le sang de la veine ombilicale. Les viscères du fœtus paraissaient sains et, cependant, inoculés à des cobayes et à un lapin, ils déterminèrent la tuberculose.
Londe a inoculé à des cobayes des organes sains en apparence, provenant de fœtus nés de mères tuberculeuses ; le résultat fut positif.
Aviragnet et Préfontaine ont produit aussi un résultat positif ; de même un fait positif communiqué par Armanni au Congrès de Berlin. Puis Gartner reprit les expérimentations de Sanchez Toledo en injectant la culture de tuberculose dans les veines. Mais, au lieu de cobayes, il choisit des lapins, dont le placenta a plus d'analogie
DE L*HÉnÉDITÉ DE LA TUBERCULOSE llô
avec celui de la femme* Ces expériences donnèrent des résultats positifs dans une proportion de 10 0/0.
Enfin Garther reprit encore ses expérimentations sur les souris en leur injectant une goutte de culture de tuberculose dans la trachée préalablement dénudée. Les femelles présentèrent une tuberculose généralisée. Sur neuf femelles, sept donnèrent le jour à des petits tuberculeux.
Aillai, les faits avancés par Landouzy et Martin et si longtemps contestés se trouvent maintenant confirmés par de nombreux expérimentateurs.
Lies adversaires de l'hérédité du bacille objectent qu'Un grand nombre d'expérimentations ne peuvent être comparées à ce qui se passe dans la phtisie commune, parce que, soit qu'on injecte directement la tuberculose dans les veines, soit qu'on l'introduise dans la trachée préalablement vulnérée, la tuberculose qui naît de ces deux procédés est généralisée à tous les organes, en particulier aux reins ; que, par conséquent, le bacille circule dans les vaisseaux et peut arriver au placenta, ce qui n'a pas lieu dans la phtisie commune où le bacille ne quitte pas le poumon malade (1).
(1) Kiïss rapporte des expériences d'où il résulte que le bacille de Koch existe dans le sang chea l'homme d'une manière constante et continue dans la granulie. Dans la phtisie chronique sans* granulie, le bacille de Koch est déversé assez souvent dans le sang du malade, ôe fait est dé-
A quoi je répondrai qu'on ne se préoccupe presque jamais de rechercher la présence du bacille de Koch dans le sang et qu'ensuite les faits de transmission de la mère au fœtus dans l'espèce humaine commencent à être assez nombreux et le seraient probablement davantage si on recherchait par l'inoculation la présence du bacille dans les viscères qui paraissent absolument sains.
Cette objection se représentera et sera réfutée complètement.
Les faits que nous venons de rapporter prouvent, une fois de plus, combien il est nécessaire de tenir compte, chez les animaux, des différences de résultats imputables à chaque espèce. Ainsi le placenta du cobaye se laisse difficilement traverser par le bacille de Koch, tandis que celui du lapin laisse une porte beaucoup plus largement ouverte à cette transmission. Comment, en présence de ces résultats différents, a-t-on pu s'appuyer sur des faits négatifs obtenus chez le cobaye, pour conclure à l'impossibilité du passage du bacille de Koch chez la femme ?
Il faut le répéter : chaque animal pâtit suivant
montré par le mode d'apparition et la localisation de certaines tuberculoses secondaires, d'où cet auteur conclut « qu'il n'est pas impossible que les bacilles arrivent au placenta par voie hématogène dans le cours de la phtisie ordinaire ou même chez des tuberculeuses peu gravement atteintes » (Ktiss, page 70).
DE ^HÉRÉDITÉ DÉ LÀ TUBERCULOSE i2l
son espèce et, par conséquent, se comporte différemment vis-à-vis de la transmission d'un germe morbide.
L'expérimentation a donc démontré que le bacille de Koch pouvait être transmis à l'ovule par l'intermédiaire d'un spermatozoaire infecté, et au fœtus par la mère, au travers du placenta.
La transmission de la graine tuberculeuse est donc possible et les faits, tant en médecine humaine qu'en médecine vétérinaire, abondent pour démontrer cette transmission.
Parmi les objections qui ont été faites à la fréquence de la tuberculose par la transmission directe du bacille pendant la vie intra-utérine, celle qui a le plus de valeur est tirée de la prétendue rareté de la tuberculose chez le fœtus et dans les premiers mois de la vie extra-utérine.
La tuberculose, disent les partisans de la contagion, est très rare pendant la vie fœtale et durant les trois premiers mois de l'enfance ; puis elle devient plus fréquente à la fin de la première année et pendant le cours de la seconde, pour s'accroître progressivement à mesure que Ven\anl avançant en âge se trouve de plus en plus exposé aux causes de contagion (Kûss. De l'hérédité parasitaire de la tuberculose humaine).
Ainsi exprimée, cette opinion contient une part de vérité et une part d'erreur. Il est très vrai que le fœtus présente rarement des lésions macroscopiques et microscopiques de la tuberculose, mais
132 HÉRÉDITÉ CI SPONTANÉITÉ D£ Ui TUBERCULOSE
il piv^ente da^ un degré de fréquence absolument inconnu la tuberculose sans lésion, c'est-àdire que les organes du fœtus sont inoculables aux cobayes et lui transmettent la tuberculose, bien qu'il soit impossible de reconnaître cette lésion chez le fœtus. « Il n'est pas possible, dit Kûss, de contester que la bacillose fœtale peut exister sans lésion macroscopique, ni même microscopique » (Kûss, p. 18SÏ .
Si donc la bacillose fœtale sans lésion est incontestable, si de plus, comme le reconnaît Kùss, il est impossible d'en évaluer le nombre, il n'est point légitime d'affirmer la rareté de la tuberculose pendant la vie fœtale ; personne n'en sait rien.
Quant à la rareté de la tuberculose pendant les trois premiers mois de la vie el à l'argument q U ? q n a voulu çn tirer contre l'hérédité de cette maladie, il faut convenir que cet argument est absolument sjjécieux. Comment, il faut trois mois pour tuer un cobaye qui a reçu une forte quantité de culture pure de bacille de Koch et vous vous étonnez qu'il faille trois mois à un enfant pour développer les faibles quantités de jnicrobes qu'il a reçus de son père ou de sa mère ! Oui nous a appris le degré de susceptibilité de 1 enfant pour la tuberculose ? Nous trouvons du reste une réfutation péremptoire de l'opinion des contagionnistes dans ces lignes de Kelsch,
« Mais, si Ton considère que la tuberculose est
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une maladie essentiellement lente et chronique, surtout dans ses formes massives, caséeuses et ulcéreuses ; si l'on songe qu'il faut nlusieurs semaines pour tuberculiser un petit animal auquel nous inoculons des quantités relativement considérables de virus, on concevra aisément que trois ou quatre mois sont nécessaires au développement de lésions apparentes chez un enfant qui ne reçoit forcément que très peu de germe pendant la vie intra-utérinê. » (Kelsch : La tuberculose dans Vùrméê, p. 42).
Quant à la seconde partie de l'objection qui consiste à affirmer que la fréquence de la tuberculose, presque nulle dans les premiers mois de la vie, va ensuite en augmentant de fréquence parce que les occasions dé contagion se multiplient,e\\e constitue une erreur absolue. Si, en effet, la fréquence de la tuberculose est très grande pendant la première et la seconde année, elle diminue ensuite. Ainsi d'après le tableau de WÙrzburg, déjà cité, la phtisie diminuerait beaucoup après 5 ans, Se maintiendrait presque au même chiffre jusque 15 ans. Ces chiffres qui sont, à peu de chose près, admis par la plupart des médecins, et, en particulier, par Hutinel, démontrent que la contagion ne
joue pas un rôle prépondérant dans la multiplicité de là tuberculose, puisque le nombre des ca^ loin d'augmenter de fréquence avec les occasions de contagion, diminué considérablement.
On a encore objecté à la théorie dé l'hérédité
du bacille que la localisation de la tuberculose dans la première enfance occupait constamment les ganglions bronchiques et une petite nodosité tuberculeuse dans un des lobes inférieurs du poumon (Kûss, loc. cit., p. 365). On, en concluait que l'infection devait nécessairement être attribuée à l'inspiration de poussières tuberculeuses localisées directement dans le poumon, puis dans les ganglions bronchiques. Mais, depuis les travaux de Calmette, cette explication a perdu toute valeur, et nous savons aujourd'hui que la tuberculose ganglionnaire est toujours due en médecine expérimentale à l'ingestion dans le canal alimentaire des bacilles tuberculeux, et aujourd'hui presque personne n'admet plus la transmission du bacille de Koch par la respiration seule de poussières bacillifères.
Notre pensée est que dans l'espèce humaine, la localisation de la tuberculose sur les ganglions bronchiques et dans le lobe inférieur du poumon, ne dépend ni de l'inspiration, ni de l'ingestion des poussières bacillifères, mais> de localisation propre à l'espèce humaine de bacilles transmis héréditairement pendant la vie intra-utérine.
Nous avons démontré, en nous appuyant sur des travaux de laboratoire, la possibilité de la transmission du bacille de Koch par le père et par la mère au moment de la conception et pendant la vie intra-utérine. Nous désirons maintenant
nous appuyant sur la clinique, démontrer, par l'histoire pathologique de quelques familles de tuberculeux, combien cette maladie revêt les allures d'une maladie héréditaire et familiale.
Nous allons rapporter l'histoire de 13 familles tuberculeuses, dans lesquelles la transmission s'est faite par des générateurs guéris de la phtisie ou par des générateurs sains, mais issus de parents tuberculeux.
Voici ces 13 observations (1) :
N° 135. Cette observation est extrêmement intéressante, parce qu'on a pu suivre la transmission de la tuberculose pendant plusieurs générations. Dans la première génération, la mère est atteinte d'une phtisie chronique ; sa fille se marie et cette seconde génération reste complètement indemne. Elle a 9 enfants : 4 filles et 5 garçons et, à l'exception d'une fille, les 8 autres sont tuberculeux. Dans cette troisième génération la fille indemne ne s'est pas mariée, 2 filles et 3 garçons sont morts sans se marier. Reste donc à étudier l'hérédité chez 1 fille et 2 garçons.
La fille a épousé un homme resté indemne; elle est morte poitrinaire et a laissé 2 filles. De cette quatrième génération une fille est morte poitrinaire sans se marier. L'autre s'est mariée, a été longtemps ma-
(1) Ces treize observations sont extraites de notre ouvrage : Tuberculose, contagion, hérédité, traitement, In-18, 1898, J.-B. Baillière.
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lade de la poitrine et a fini par guérir. Elle a laissé une fille morte poitrinaire, et> ainai» oetto branche s'est éteinte à la cinquième génération.
Des 2 garçons, l'aîné est mort phtisique, laissant 2 enfants: 1 fils et 1 fille. La fille est morte phtiii" que sans enfant. Le fils eset mort phtisique aussi, maifi a laissé 1 fils Indemne jusqu'à présent.
L'autre garçon, H..., mort phtiôique, a eu un fils qui a été très longtemps malade de la poitrine et qui a fini par guérir. Ce fils a eu 7 enfants restés indemnes; une de ses filles est mariée, et a déjà une fille. H... avait encore 2 filles, une qui a été* longtemps malade de la poitrine comme son frère, mais qui a guéri. Elle s'est mariée, a eu 3 enfante, -à garçons et une fille religieuse; tous lès trois indemnea de la tuberculose.
La seconde sœur* s'eBt mariée aussi, est restée bien portante et a eu 2 enfants également indemnes de la tuberculose.
En sorte que si, comme nous 1 Pavons vu, la branche féminine s'est éteinte dans la tuberculose, la branche masculine, grâce à l'apport d'un nouveau sang par le mariage, a fini par éohapper à la loi d'hérédité.
On peut voir que cette amélioration a été progressive, puisque dans la quatrième génération, le frère et la sœur, qui ont survécu et ont fondé une nouvelle souche, ont été néanmoins frappés par la tuberculose à un certain degré. (Graphique n° 135) (1).
(1) Les cercles représentent les hommes. Les losanges repréàeiitent les femmes.
Suivant que Tune de ces deux figures est blanche, striée
N° 136. Famille Per... Le mari et la femme absolument indemnes, mais la mère du père est morte phtisique ainsi que 2 de ses sœurs. Dans cette famille il y a eu 5 enfants : 3 fils et 2 filles ; 2 fils morts phtisiques, une fille est menacée.
N° 137. Ici c'est une tante du côté maternel (atteinte de coxalgie), qui a été l'origine connue de la tuberculose dans cette famille. La nièce de cette malade s'est mariée. Cette seconde génération est restée totalement indemne. Elle a eu 6 enfants, 3 filles et 3 garçons. La tuberculose s'est manifestée dans cette troisième génération: deux filles sont mortes phtisiques. Ces deux filles ont été religieuses au même couvent, mais 1 la seconde n'y est entrée qu'un an après la mort de sa sœur. Un fils a eu des écrouelles supp urées. Deux fils et une fille sont re&tés indemnes. La fille s'est mariée, a eu des enfants et aucun n'a présenté la tare héréditaire.
Les trois fils se sont mariés, un a eu 11 enfants et une de ses filles présente des signes de tuberculose.
Dans cette famille, ce sont surtout les filles qui
ou noire, elle indique que l'individu auquel elle se réfère était sain, malade ou guéri, ou mort.
Tous les signes placés sur une même ligne horizontale se rapportent aux individus de la même génération.
. Ce signe indique qu'il y a eu ma-
I I riage entre les sujets qu'il réunit.
2> Ce signe indique que les 4 sujets
1.2.3.4. sont les descendants directs du couple À.B., chaque descendance étant comprise sous le j H I même trait horizontal, et prove-
2 3 4 nant du couple auquel elle est liée
par la barre verticale.
co
sont atteintes et nous voyons la scrofule alterner avec la phtisie. (Graphique n° 137).
N° 138. Famille X..» Aucun renseignement eur la santé des aïeux paternels; du côté maternel, une tante et un cousin morts phtisiques. M. et Mme X... n'ont jamais présenté de symptômes de tuberculose, lia ont eu 4 enfante: £ garçons et 2 filles. Les 2 filles sont mortes tuberculeuses. L'une dans le cloître, l'autre dans le monde, non mariée. Les 2 fils sont restés indemnes et sont pères de famille. L'un d'eux a pourtant été exposé à la contagion comme étudiant en médecine et comme médecin.
N° 130. Famille Bord... Le père et la mère absolument indemnes de tuberculose. La mère morte d'un cancer au sein avait un frère mort phtisiques Son fils unique est mort phtisique.
N° 140. Famille FI... Dans cette famille, la mère était tuberculeuse. Elle eut 5 enfants, 3 garçons et 2 filles. Aucun ne présenta de signes de tuberculose. Une des filles, mariée, restée indemne, eut un fils mort" phtisique ayant ainsi hérité de sa grand' mère. La seconde fille, mariée, restée indemne, ainsi que son mari, eut une fille morte poitrinaire. Cette fille eut 6 enfants: 4 garçons et 2 filles. Les 4 garçons sont restés indemnes .ainsi qu'une des filles, mariée et ayant des enfants bien portants. L'autre fille est devenue poitf inaire comme sa mère et son arrièregrand'mère, elle a plusieurs enfants dont une petite fille atteinte de mal de Pott. Cette enfant est séparée de quatre générations de la grand'mère poitrinaire. En résumé, une première génération présentant une
rçr
épouse poitrinaire; une seconde génération indemne; une troisième génération présente deux poitrinaires. D'un côté la famille s'éteint, de l'autre la tuberculose se propage à la quatrième et à la cinquième génération, se limite à un seul oas dans chaque famille, quoiqu'il existe de nombreux frères et «sœurs. (Graphique n° 140.)
N° 141. Lo pare est un pnuaique guéri. Il a eu 16 enfants, 12 filles et 4 garçons. Trois garçons sont morts phtisiques. Un était marié et a eu 4 ou 5 enfants dont un petit garçon mort de méningite tuberculeuse.
Parmi les filles, une, mariée est morte de néphrite tuberculeuse, une autre a eu douze enfants dont deux atteints 1 d'ostéite tuberculeuse guérie.
Tous les autres enfants et petits-enfants sont indemnes. (Graphique n° 141.)
Dans cette observation, la tuberculose a surtout atteint les garçons et quelques membres de cette famille ont présenté des symptômes de scrofule.
N° 142. M. P... a eu des hémoptysies et a passé pour poitrinaire au début de son mariage* Il a guéri aux eaux de Oauterets ; une de ses sœurs est morte poitrinaire. M. P... a eu 12 enfants: une fille, mariée, est morte phtisique sans enfant; une autre fille, mariée, ayant 5 enfants, a échappé à la maladie, mais 2 de ses filles sont poitrinaires.
Parmi les autres enfanta de M. P..., une fille mariée est poitrinaire, un autre fils est mort phtisique } les autres enfants sont bien portants jusqu'à présent.
Dans cet exemple op. trouve 17 enfants en deux générations dont 5 phtisiques.
N° 143. Famille P... Phtisique avant son mariage pendant plusieurs années, a guéri aux Eaux-Bonnes et en Algérie. Frère mort phtisique. 8 enfants, 3 morts phtisiques, 2 garçons et une fille.
N° 144. Mme le Q... a été poitrinaire pendant les premières années de son mariage, 2 de ses frères succombèrent à la phtisie, elle a eu 5 enfants : 4 garçons et une fille. Tous morts tuberculeux.
N° 145. Mme T... fille d'un général de l'Empire, mort artério-iscléreux, et d'une mère morte d'un cancer du sein, a été atteinte au commencement de son mariage de phtisie chronique dont elle a fini par guérir, après plusieurs années, aux Eaux-Bonnes et à Madère. Elle a eu 3 enfants, tous 3 sont morts tuberculeux, 1 de méningite, les 2 autres de tuberculose osseuse. Elle-même a eu, à 70 ans,, des ganglions tuberculeux et suppures.
Elle a eu 4 frères, 2 sont devenus; fous, le troisième est mort ataxique.
Dans ce fait on a un exemple d'un processus morbide persistant toute la vie avec la même nature, dans la jeunesse, tubercule du poumon, dans la vieillesse, tubercule des ganglions. Et, les enfants nés de cette souche, tous tuberculeux ! On peut encore voir dans cet exemple le lien qui rattache la tuberculose au cancer et aux névroses.
N° 146. Ici nous allons voir la tuberculose partir de la mère et s'attacher aux garçons dont elle finit par détruire la race à la troisième génération.
Mère tuberculeuse, père indemne; 2 filles et 2 garçon?. Les 2 filles, restées indemnes, se sont mariées et ont eu des enfants et des petits-enfants, sans que jamais aucun d'eux ait eu de tare tuberculeuse.
Des 2 garçons, l'un est mort d'une tumeur (?), l'autre, mort phtisique, a eu 3 enfants, 1 garçon et 2 filles jumelles tous morts phtisiques (Graphique n° 146).
N° 147. Ici la tuberculose est venue d'un grandpère, et nous verrons la tuberculose se localiser sur la ligne féminine. Il avait 2 garçons et une fille.
Les 2 garçons sont restés indemnes ainsi que leurs enfants et leurs petits-enfants. La fille est restée indemne «aussi, mais son fils aîné a été frappé de tuberculose ainsi que la plupart de ses enfants. Un autre fils, resté indemne, a eu 3 enfants, une fille et 2 garçons, dont 1 garçon mort poitrinaire (Graphique n° 147).
Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur les graphiques qui nous donnent l'image de la transmission de la tuberculose à travers plusieurs générations, nous nous convaincrons facilement que la contagion n'a rien à faire avec cette transmission et que l'hérédité seule peut nous faire comprendre toutes les variétés de cette transmission.
Ainsi, dans le graphique 135, nous voyons la phtisie sauter une génération. Cette génération
On—