CHAPITRE II
Spontanéité de la tuberculose; «
Des travaux récents, nous autorisent à examiner si la spontanéité morbide ne doit pas être comptée comme un des éléments de la multiplication de la tuberculose ; que cette maladie soit alors représentée par un bacille pathogène distinct du bacille de Koch ou par un saprophyte vulgaire et connu, devenu pathogène.
Depuis près d'un demi-siècle, le mot de spontanéité morbide n'avait pas été prononcé à l'Académie de médecine, et cependant, quand le D r Kelsch, véritable enfant terrible, a osé émettre à la tribune l'opinion que la thèse de la spontanéité tuberculeuse pouvait parfaitement être soutenue, il ne souleva aucune tempête parmi ses auditeurs. C'est que depuis le jour, encore relativement proche, où Peter fut anathématisé et traité de barbare pour avoir osé défendre la cause de la spontanéité morbide, de grands progrès se sont opérés en bactériologie. La spécialité de chaque
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microbe pathogène pour une espèce morbide déterminée est un dogme absolument ruiné ;" aujourd'hui personne ne nie plus que, sous l'influence de causes adjuvantes, le bacillum coli soit capable de jouer le rôle du bacillum d'Eberth et de déterminer la fièvre typhoïde. Les travaux de Ferran, de Barcelone, ont démontré la possibilité de changer le bacille de Koch en saprophyte et réciproquement. Cet expérimentateur a pu développer chez les cobayes des tubercules, sans bacilles de Koch il est vrai (1). Et, n'admet-on pas couramment, sous l'appellation mal appropriée de pseudo-bacilles de la tuberculose, l'existence d'un certain nombre de microbes différents du bacille
(1) Les opinions de Ferran n'ont été reçues en France Qu'avec une sorte d'incrédulité. Cependant ses travaux ont été vérifiés en partie et ont été trouvés exacts ; ainsi Auclair a pu, avec de grandes difficultés et après des cultures suffisamment longues, transformer le bacille de Koch en un bacille saprophyte; ce bacille est devenu très mobile; il a perdu la faculté de rester coloré par le Ziehl après l'aetion de Faoide nitrique-; injecté au cobaye, il fi* nit par déterminer l'amaigrissement et la mort sans qu'on puisse retrouver ni tubercule ni bacille de Koch. Mais si Auclair a pu transformer le bacille de Koch en saprophyte, il lui a été impossible de faire l'opération inverse et de rendre la virulence à oe saprophyte. Perrein, en soumettant des. cobayes à une alimentation souillée par leurs excréments, a fini par rendre ces animaux tuberculeux. Nous avons pu vérifier cette expérimentation; nos animaux ont succombé avec des lésions tuberculeuses macroscopiques; ces lésions inoculables en séries amenaient la mort en 8 et 15 jours sans jamais reproduire le bacille de Koch, mais seulement le bacillum coli, le streptocoque et un bacille indéterminé (Art médical , août 1906).
VA hérédité et SPONTANÉITÉ de la tuberculose
de Koch et capables cependant de développer les lésions et les symptômes de la tuberculose.
Il nous a été donné, dans des pays où règne l'alcoolisme, d'observer des tuberculoses familiales en l'absence de toute lare héréditaire, mais chez des enfants d'alcooliques.
Le même fait ne résulte-t-il pas du développement de la tuberculose chez les soldats en campagne par les fatigues et l'hygiène défectueuse imposées aux troupes, ainsi que Kelsch dit l'avoir observé souvent (Leray, Genèse de la tuberculose, p. 15).
Nous n'avons pas la prétention de traiter incidemment une question aussi grosse que celle de la spontanéité de la tuberculose ; notre seul but, dans les lignes qui précèdent, est de montrer que l'orientation des esprits s'éloigne de plus en plus des doctrines contagionnistes.
Nous pouvons maintenant conclure, en nous appuyant sur la clinique et sur le laboratoire, que la tuberculose est une maladie transmissible de l'homme ou de l'animal malade à l'homme sain dans des cas bien déterminés et représentés par un nombre infime ; que la multiplication de la tuberculose doit être imputée à l'hérédité pour la plus grande partie des cas.