‹ Prophylaxie de la tuberculoseChapitre 8 sur 22 · C. — Pathogénie de la tuberculose pulmonaire · texte numérisé non relu

C. — Pathogénie de la tuberculose pulmonaire

Si l'infection tuberculeuse se faisait presque constamment, comme on l'enseignait il y a à peine quelques mois, la lésion pulmonaire présenterait toujours les caractères d'une pénétration du bacille de Koch par les voies aériennes. Or, dans les deux formes de tuberculose reconnues par Laënnec, la granulation et le tubercule cru, ou ce qu'on a appelé depuis la pneumonie caséeuse, l'origine de la tuberculose procède toujours des voies lymphatiques pour la granulie et des voies sanguines pour la pneumonie caséeuse. "* ' i

Cette pathogénie de la tuberculose pulmonaire ressort clairement d'un mémoire de M. Letulle dans la Presse médicale, 6 octobre 1905, et con-

mée. La lecture de ces lignes entraînera, je crois, la conviction que l'hypothèse de la transmission de la tuberculose par des poussière» de crachat desséché est une pure illusion: « Il résulte de ce qui précède que les poussières des crachats sont extrêmement pauvres en baeiUe, mais surtout que les crachats des locaux habités ne se résolvent jamais en poudre assez fine et assez légère pour se maintenir en Vair... En raison de la mucine contenue dans les crachats, ceux-ci se laissent très difficilement réduire en poussière... En somme, étant donné l'exiguité des germes soulevés et la faiblesse minime des courants d'air qui nous entourent, il y avait peu de vraisemblance que l'homme contracte la tuberculose par ce mode de contamination. (P. 34 et suivantes).

firmée par un nouveau travail que Ton trouvra dans le numéro du 19 octobre 1906 de la Société de Biologie. Pour la tubei^culose (granuleuse, M. Le tulle résume ainsi la question : Dans les poumons d'enfants, en cas de granulie subaiguë, de granulations grises encore miliaires et récentes, il est souvent facile de topographier des lésions nodulaires bacillaires avec leurs couronnes de cellules géantes et on reconnaît alors sans difficulté la localisation anatomiquement spécifique, lymphangitique de cette lésion que M. Letulle désigne sous le nom de « lymphangite nodulaire subaiguë tuberculeuse ».

Quant au tubercule cru, à la pneumonie caséeuse, qu'on attribue plus volontiers à une infection aérienne. M. Letulle conteste cette origine. Peut-on conclure, dit-il, que le primum movens de la lésion bacillaire a été, à coup sûr, la pénétration du bacille de Koch, le long du larynx, de la trachée, et jusqu'aux plus fines ramifications bronchiques ? Ce serait aller trop loin, parce que l'infection sanguine de l'appareil respiratoire pourrait procurer exactement les mêmes effets. Le passage suivant emprunté à la dernière communication de M. Letulle expose très clairement l'origine vasculaire de la pneumonie caséeuse : « Pour le tubercule pneumonique, que d'objec- « tions à la pathogénie purement aérienne de « cette altération ! Sans doute, les coupes en sé- « rie d'un lobule, isolé et totalement caséifié, « montrent dans toute l'étendue de cet organe

« l'oblitération caséeuse des ramifications respi- « ràtoires, depuis la bronche lobulaire jusqu'aux « extrêmes alvéoles infundibulaires terminaux. « Mais si, en outre, et parallèlement, l'on inter- « roge à tour de rôle l'artère pulmonaire du « même lobule avec l'ensemble de ses ramifica- « tions, les lymphatiques qui accompagnent parce tout les vaisseaux et les bronches, et de même « le jeu des veines pulmonaires satellites de Force gane lobulaire, on retrouve d'emblée et tou- « jours la même infiltration caséeuse généralisée « à la paroi des vaisseaux et à leur contenu. L'o- « rigine vasculaire artérielle, embolique, du « tu- « bercule broncho-pneumonique » et, d'une façon « générale, de la pneumonie caséeuse, peut s'ap- <( puyer sur des arguments anatomo-pathologi- « ques aussi formels, plus probants même, me « semble-t-il, que ceux invoqués en faveur de la « doctrine aérienne. »

Il ne faudrait pas maintenant conclure, comme on l'a fait si souvent, de la fréquence de la localisation pulmonaire à l'infection aérienne. La localisation pulmonaire, chez l'homme comme chez le lapin, est un caractère de l'espèce. Kelsch, dont nous aimons à citer les opinions si autorisées, écrit les lignes suivantes : « Il serait d'ailleurs téméraire de conclure, sans autre forme de procès, de la prédilection du tubercule pour le poumon, à l'infection par les voies respiratoires. Le poumon est, en effet, un organe d'élection pour lés localisations dès maladies virulehtes... Quelle

que soit la voie d'introduction du virus tuberculeux choisie par l'expérimentation, peau, péritoine, veines, les déterminations locales s'effectuent toujours avec une préférence marquée sur le poumon. » (loc. ci/., p. 38).

On s'est appuyé encore, pour soutenir la théorie de l'infection aérienne, sur la loi de Parrot. Voici cette loi : « Toutes les fois qu'un ganglion bronchique est le siège d'une lésion tuberculeuse, il y a une lésion analogue dans le poumon. » (Cité par Kûss, p. 260); La première objection qu'il y ait à faire à cette loi, c'est qu'elle est fausse, et que sa constance a été niée par Legroux, P. Simon, Potier, Marfan, Walter Carr, Burdon Sanderson, Northrup, Wiger, Ziegler, Eichhorst, Ziemssen, Strumpell, Bieder, etc.

J'ajoute que quand, effectivement, on rencontre et un engorgement ganglionnaire et une lésion tuberculeuse dans le poumon, ces deux faits ne sont que l'expression d'une loi bien connue qui veut que toutes les fois qu'une lésion existe dans un organe, la même lésion se reproduise dans les ganglions où viennent se déverser les vaisseaux lymphatiques de la première lésion. En.un mot, l'existence d'une lésion tuberculeuse et d'une lésion de même nature dans les ganglions bronchiques ne prouvent en aucune façon l'origine aérienne de la lésion pulmonaire. C'est un argument à côté de la question.

En résumé, chez l'homme, le bacille tuberculeux peut pénétrer dans les fosses nasales ;

'lG TRANSMISSION DU BACILLE DE LA TCIÎERCULOSE

Strauss en a cité de nombreux exemples, Kelsch aussi, et Cornet, après sa fameuse expérience sur les poussières tuberculeuses, a pu constater la présence du bacille de Koch dans ses fosses na : sales ; mais, comme nous l'avons déjà dit, le bacille reste stérile et est détruit dans les fosses nasales ; il n'existe pas d'exemple d'une lésion généralisée par ce procédé. Cornet, pas plus que le cuirassier de Kelsch, que les individus cités par Straus, et même mon chef de laboratoire, n'est pas devenu phtisique.

Nous conclurons, de ce long exposé de la théorie de la transmission de la tuberculose par Vinspiration, qu'il ne reste plus rien d'une théorie sur laquelle était basée la doctrine contagionniste. Je sais que cette doctrine essaie d'échapper à ce désastre en se rattrapant à la transmission de la tuberculose par ingestion ; et dans le chapitre qui va suivre nous aurons précisément à examiner cette source de la contagion. Mais dès à présent, nous pouvons apprécier la valeur des mesures prophylactiques édictées contre la respiration des poussières tuberculeuses ; les crachoirs hygiéniques, les désinfections des locaux habités parles phtisiques, la déclaration obligatoire qu'on a voulu imposer aux médecins constituent des mesures aussi vexatoires qu'inutiles et sur lesquelles nous reviendrons dans les conclusions de notre prochain chapitre.

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