‹ Prophylaxie publique de la syphilisChapitre 9 sur 16 · II. — HOSPITALISATION. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

II. — HOSPITALISATION. — TRAITEMENT

Ce n’est pas seulement sur des mesures de répression adminis tralive et de surveillance policière que repose la prophylaxie publique de la syphilis. Cite réside aussi, et non moins sûrement, dans un ensemble de moyens qui ont pour visée d’attaquer médicalement la maladie, de traiter, d’hospitaliser, de guérir les malades, et, conséquemment, de raréfier, d’épuiser les germes de contamination.

Sur le principe et l’efficacité des moyens de cet ordre, pas de discussion possible. Nous pourrons donc être brefs, et nous borner, presque sans commentaire, à énoncer les quelques réformes ou innovations qu’il nous a semblé utile d’introduire dans le système actuel de traitement hospitalier de la syphilis.

Certes on a beaucoup fait, et fait d’excellentes choses en ce sens depuis quelques années. Cependant, tout n’est pas encore pour le mieux; et voici les dispositions que, sur ce paragraphe, votre Commission a l’honneur de vous soumettre.

I. Le nombre des lits affectés au traitement des maladies véné-

riennes est actuellement d'une insuffisance notoire. Il sera augmenté

dans la proportion reconnue nécessaire par une enquête ouverte à ce sujet.

II. — Cette augmentation du nombre des lits affectés aux vénériens et aux vénériennes se fera, non pas par la création de services spèciaux dans les hôpitaux généraux, mais bien par la création de nouveaux hôpitaux spéciaux, lesquels devront toujours être placés en dehors de la zone d’enceinte.

De toute évidence, Messieurs, ce qu’on peut faire de plus utile pour diminuer le nombre des contaminations syphilitiques, c’est d’hospitaliser tout malade affecté de lésions contagieuses, de façon à lui enlever la possibilité même de transmettre la contagion. Exemple : Une femme syphilitique, hospitalisée aujourd’hui à Lourcine, je suppose, ne transmettra pas la maladie dont elle est atteinte, tandis que ce soir, pour manger et pour payer son logement, elle n’eût guère manqué de transmettre la syphilis à un homme, si ce n’est même à plusieurs.

Hospitaliser la syphilis dans ses formes contagieuses, c'est la rendre inoffcnsivc. Voilà le salut.

Il faut donc qu’en tout temps le nombre des lits dont dispose l'Assistance publique pour le traitement de la syphilis soit égal, si ce n’est supérieur, aux demandes d’admission. Question d’argent, sacrifices pécuniaires, mais sacrifices devant lesquels, croyons-nous, il n’est pas à reculer, car c’est là, répétons-le encore, le moyen, le vrai moyen de nous débarrasser de la syphilis dans la mesure du possible, du pratique, du réalisable. — Ne perdons pas de vue, d’ailleurs, que les dépenses d’aujourd’hui constitueront une économie pour l’avenir, en diminuant le nombre des sujets contaminés.

Or, d’aprèsles renseignements reçus par votre Commission, le nombre des lits affectés aujourd’hui au traitement de la syphilis est certainement de beaucoup inférieur aux besoins actuels. Mais dans quelle proportion exactement ce nombre devrait-il être augmenté? C’est là ce que pourrait seulement préciser une enquête administrative et une enquête soigneusement faite pendant un

certain temps. C’est donc cette enquête que nous réclamons tout d’abord.

En second lieu, votre Commission estime que l’augmentation du nombre de lits affectés au traitement de la syphilis doit se faire, non pas, comme on l’a quelquefois proposé, par la création de services spéciaux annexés aux hôpitaux généraux, mais bien par la création de nouveaux hôpitaux spéciaux, nous entendons exclusivement consacrés aux affections vénériennes.

11 esta cela une raison qu’à l’avance vous avez saisie. Chacun sait, en effet, que les services spéciaux ont souvent un public que, par euphémisme, j'appellerai douteux ou mêlé. A côté de gens très honorables il n’est pas rare d’y rencontrer de mauvais drôles, des débauchés, des dépravés, des habitués de maisons de tolérance, si ce n’est pis encore. Un tel voisinage doit être évité. A fortiori doit-il être évité dans les hôpitaux de femmes. Il ne convient pas que l’honnête femme d'un ouvrier, qui est venue se faire traiter à l’hôpital d’une pneumonie ou d’une fièvre typhoïde, soit exposée à faire société dans les salles ou dans les promenoirs avec une fdle perdue, une rôdeuse de barrières, ou, ce qui est plus dangereux encore et ce qui se rencontre si fréquemment à Lourcine, avec une de ces « embaucheuses » qui pratiquent le recrutement pour les brasseries, les débits de vins, les maisons de passe, etc.

Enfin, votre Commission a émis le vœu que ces nouveaux hôpitaux fussent placés hors des murs d’enceinte, et cela au double point de vue des conditions d’hygiène et des considérations d’économie budgétaire.

III. — Les médicaments propres au traitement des maladies vénériennes seront délivrés gratuitement dans tous les hôpitaux, hôpitaux spéciaux ou hôpitaux généraux.

IV. — Un service de consultations gratuites, avec délivrance gra-

PROPlï YLAXIE PUBLIQUE

laite de médicaments , sera annexé à l'asile sanitaire spécial destiné au traitement des prostitué' s vénériennes.

Faciliter aux malades le traitement de leur maladie, telle est la seule mais pratique visée de ces deux derniers articles.

Il est manifeste, en effet, que si un ouvrier habitant Yincennes ou Grenelle, je suppose, a besoin, pour venir chercher à Saint- Louis une consultation et des médicaments gratuits, de traverser tout Paris, celte obligation constitue pour lui une lourde charge, (pii lui coûte pour le moins une demi-journée de son travail. Donc, le plus tôt que cela lui sera possible, il délaissera son traitement, et conséquemment conservera une maladie qu’il restera de plus exposé à transmettre. Tandis que s’il trouve à sa porte, c’est-àdire dans un hôpital de son quartier, les mêmes moyens de traitement, il profitera bien plus volontiers des facilités qui lui seront offertes pour se guérir.

V. — Dans les hôpitaux spéciaux , la consultation sera faite :

1° Pour les malades ne réclamant pas leur admission, par un médecin ou un chirurgien du Bureau central ;

2° Pour les malades réclamant leur admission, par les médecins ou chirurgiens titulaires.

Les médecins ou chirurgiens du Bureau central délégués ci ces fonctions ne pourront les résilier avant cinq années d'exercice.

Ce dernier paragraphe, qui peut vous étonner au premier abord, Messieurs, demande quelques explications.

11 résulte de renseignements qui sont venus à la connaissance de votre Commission que la consultation externe des hôpitaux spéciaux n’est pas toujours ce qu’elle devrait être. Nous avons regret à dire, mais nous devons dire que cette consultation a été parfois abandonnée par le chef de service à son interne, lequel s’en déchargeait en partie sur les externes. — D’autres fois, paraît-il, on se borne, le jour de la consultation, à ce qu’on appelle une « petite visite », visite hâtive, brusquée, sommaire, où l’on n'examine que les malades les plus urgents.

D K LA SYPHILIS

(le sont là, en toute évidence, des abus ou des accommodements regrettables avec les devoirs hospitaliers.

Or, comme les forces humaines ont leurs limites, comme l’on ne saurait exiger qu’un médecin, après avoir fait une longue visite dans ses salles, assume encore la lourde charge d’une consultation qui peuts’élever à une centaine de malades ou même (comme à Saint-Louis, par exemple) jusqu’à deux cents, trois cents et trois cent cinquante malades, votre Commission a cherché le moyen de concilier les exigences des services hospitaliers avec la somme de labeur qu’on peut raisonnablement réclamer d’un médecin Elle a cru trouver ce moyen dans la division du travail, et s’est arrêtée conséquemment à la résolution suivante :

Confier la consultation externe à un médecin ou à un chirurgien •lu Bureau central, pour tous les malades ne réclamant pas leur admission dans l’hôpital ; — et réserver aux médecins ou chirurgiens titulaires les seuls malades qui sollicitent leur admission.

Déchargés ainsi de la plus lourde besogne, les médecins ou chirurgiens titulaires disposeraient de plus de temps soit pour un recrutement judicieux des malades auxquels l'hospitalisation est nécessaire, soit pour les consultations à donner à ceux qu’ils jugeraient susceptibles d’être traités au dehors.

Enfin, si votre Commission a spécifié que les fonctions de médecin ou de chirurgien chargé de la consultation externe dans les hôpitaux spéciaux auraient une durée minima de cinq années, c’est qu’elle a voulu éviter par là un inconvénient pratique déjà maintes fois signalé pour les hôpitaux de ce genre. Trop souvent on ne vient faire qu’une apparition éphémère dans les hôpitaux spéciaux, comme pour prendre l’air de la maison, puis on les déserte, après un apprentissage sommaire de la spécialité. L’intérêt des malades exige, croyons-nous, un plus long stage dans les hôpitaux en question, et c’est là ce que vise la réforme proposée par votre Commission.

VI. — Enfin, en ce qui concerne la province, où régnent encore les vieux préjugés qui assimilent les vénériens à des coupables

et les frappent d’ostracisme, les réformes et les créations hospitalières s’imposent avec une urgence encore supérieure.

11 est venu à notre connaissance que, dans plusieurs de nos départements, les vénériens de l’un ou l’autre sexe ou bien ne sont pas admis dans les hôpitaux faute de places ou faute de services spéciaux, ou bien n’y sont admis que pour être relégués dans des réduits immondes, mal éclairés, mal aérés, insalubres, infects (1).

De telles offenses à l’humanité el au bon sens ne sont pas tolérables. Aussi votre Commission vous propose-t-elle d’émettre le vœu suivant :

Dans toute ville de province, tout au moins dans chaque chef-lieu de département , il sera créé un service spécial pour le traitement des affections vénériennes ; — et les locaux affectés à cedit service seront aménagés suivant toutes les règles de l'hygicne.

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