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UN CONGRÈS DES JEUNES A QUÉBEC

Ce fut dimanche dernier, le 27 mai 1906, que les jeunes de Québec se réunirent en congrès régional. Le printemps convient admirablement aux congrès des jeunes. Ils sont eux-mêmes le printemps ; puisqu'en chacun d'eux s'épanouit une fleur d'humanité. Le soleil de mai entre à flots dans ces têtes de vingt ans ; il y pénètre et remplit de sa vive et limpide lumière l'esprit. et l'imagination; il y anime, échauff*e et fait chanter les plus fervents enthousiasmes. Il sied aux hommes mûrs, comme les politiques et les industriels, de tenir des conseils et de banquetter en hiver ; aux savants, comme les américanistes, de se réunir et grouper en automne ; c'est au printemps, quand les feuilles s'entr'ouvrent, quand les gazons sont bien verts, quand les oiseaux chantent, et que les fleurs sont toutes parfumées qu'il faut aux jeunes sonner le ralliement, rapprocher et mêler leurs rêves, se concerter pour les plus utiles et les plus généreux desseins.

Donc, dimanche dernier, dans les salles Loyola,

de la rue d'Auteuil, les cercles québécois, affiliés à l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, se rencontraient pour la première fois en une convention régionale. Dès huit heures du matin, ces jeunes gens assistaient à la messe dominicale; à dix heures, ils se racontaient les uns aux autres les travaux qui avaient rempli, cette année, les séances de leurs cercles ; à trois heures, ils discutaient ensemble les questions portées au programme de la convention, et qui intéressent spécialement la vie des jeunes ; à six heures, ils s'assayaient autour des tables du banquet où pendant trois heures ils devaient festoyer, causer, s'égayer, discourir et fraterniser.

Mais qu'est-ce donc que ces jeunes? Et qu'estce surtout que cette Association catholique de la jeunesse canadienne-française?

L'Association catholique des jeunes, c'est évidemment, et on la devine sans peine, un groupement des forces les plus neuves et les plus saines qu'il y ait aujourd'hui parmi nous et autour de nous. C'est une armée d'élite qui se recrute parmi ceux qui n'ont encore bataillé que pour réaliser des rêves purs, des espérances toutes juvéniles, et l'idéal très élevé qui illumine et enchante les premiers matins de la vie. C'est donc, dans notre région de Québec, et qu'ils se réclament de Loyola, de l'Université, du Séminaire, du Collège de Lévis, de l'École Normale, ou de l'Académie, c'est l'union

IDÉAL DE JEUNESSE

des jeunes qui veulent se grouper pour être plus forts, qui veulent être forts pour être plus utiles, et qui veulent être utiles pour servir avec une franche ardeur, et avant tout, la cause de l'Eglise, les droits de la foi catholique, les intérêts de notre race canadienne-française, et par là donc, la grandeur toujours croissante de notre commune patrie.

Peut-être trouvera-t-on que cela est bien vague, et que la formule en est depuis longtemps usée. Etre avant tout les soldats de TÉglise, les défenseurs intrépides de la vérité religieuse, et les ouvriers intelligents de la fortune des Canadiens français, cela n'est-il pas une mission depuis longtemps commencée, et un rôle qui ici ne manqua jamais d'acteurs? Et ces jeunes ignorent-ils donc notre histoire, et ont-ils la chimérique ambition de créer parmi nous un mouvement d'idées et d'aspirations nouvelles?

Non, certes; ces jeunes savent notre histoire, et c'est parce qu'ils l'ont trouvée admirable et héroïque qu'ils veulent sans forfaire la continuer. Ces jeunes savent aussi notre situation présente, que des conditions nouvelles de vie économique, sociale et morale ont faite différente de la situation où se trouvaient hier nos pères, et ils voudraient qu'à travers les transformations inévitables de notre histoire se perpétuent, intactes et respestées, les croj^ances religieuses, la liberté de l'Église, les traditions nationales de notre race; ils voudraient que partout dans ce pays soient protégés et sauvegardés nos intérêts, les privilèges que nous possé-

dons par droit de naissance, et que, sur ce sol qu'envahissent l'Européen et l'Asiatique, nul flot étranger ne saurait efi^acer ou détruire. Ces jeunes gens entrevoient donc, à l'heure présente, un avenir plein de riches et alléchantes promesses, où seront agités parmi nous les problèmes les plus variés, les plus complexes et les plus délicats de la vie nationale. Ils voient se jouer dans la lumière incertaine du lendemain de fantastiques féeries, où plus d'un regard se laissera fasciner par les trompeuses illusions, enchanter par le mirage des fortunes promises, et n'apercevra plus, nette et distincte, la notion du devoir.

C'est pour prévenir des erreurs possibles, c'est pour orienter dès maintenant leur vie personnelle et leur vie publique que ces jeunes ont résolu de se grouper en association. Ils veulent étudier et s'éclairer avant que la lumière officielle des partis politiques ait pénétré trop avant dans leur conscience. A un âge où ils n'ont pas encore d attaches bien fortes qui les lient à la hampe de tel ou tel drapeau, ils se proposent d'examiner, sans haine comme sans préjugé, les multiples questions historiques, économiques, philosophiques, politiques et religieuses qui sont inscrites au programme de notre vie nationale. Voilà à peu près trois ans que cette association des jeunes existe. Née à Montréal, elle a prolongé jusque parmi nous ses rameaux vivaces, et elle a enrôlé l'élite de notre jeunesse québécoise.

Faut-il le dire, cette Association ne veut être,

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et ne doit être ni bleue ni rouge. Elle n'est la pépinière d'aucun parti. Elle souhaite seulement qu'un jour nos partis politiques, le conservateur ou le libéral, lui doivent les meilleurs éléments dont ils puissent s'enrichir. Car ces jeunes gens veulent être actifs ; ils sont apôtres. Ils ne sont pas de ceux qui estiment qu'il n'y a rien à faire, et qui se résignent d'avance à s'enfermer dans leur vie personnelle pour y vivre heureux dans un égoïsme toujours satisfait. Ils se proposent de contribuer pour leur part à la diffusion des idées justes, et à l'organisation des forces bienfaisantes. Ils comprennent que dans un pays comme le nôtre, et dans les conditions de vie politique et sociale où nous vivons, les partis politiques sont inévitables, et qu'il faudra donc les aider à édifier la fortune de ce pays ; mais ils estiment aussi que le meilleur moyen de les empêcher d'errer ou de faire du mal, c'est de préparer aujourd'hui des hommes qui demain ne sauront faire que le bien. Et c'est pourquoi les jeunes gens de l'Association catholique essaient de fixer en leur esprit de solides principes, des convictions saines et robustes, et ils s'habituent dès maintenant à placer leur conscience bien au-dessus des partis. Ils seront peut-être demain rouges ou bleus, mais ils ne tarderaient pas à sortir des rangs si seulement ils s'apercevaient qu'on les conduit à des batailles inavouables ; et ils seraient avant tout et par-dessus tout catholiques et canadiens-français si l'on voulait autour

d'eux s'attaquer à l'Eglise dont ils sont les fils, ou à la race dont ils sont la fière incarnation.

Ce sont tous ces généreux propos qui étaient sur les lèvres des jeunes, l'autre jour: et ce sont ces idées qui remplissaient leurs discours. C'est ce programme qu'ont tour à tour tracé et défini les camarades Métayer, Dumas, Bouchard, Savard, Dernier et Légaré, quand ils ont répondu au toast que Loyola portait aux cercles québécois. Et c'est pourquoi il y avait tant d'ardeur dans leurs paroles, tant de flamme dans leurs regards, et tant de générosité dans leurs gestes. Les sceptiques, les endormis ou les endormeurs peuvent bien dire : à quoi bon tant de discours, et tant de juvéniles démonstrations? Et pourquoi ces jeunes veulent-ils faire autrement que n'ont fait les vieux? — Ceux-là ignorent combien il importe de proclamer à vingt ans, en face de camarades qui écoutent et qui applaudissent, les généreuses résolutions qui seront la lumière et la force de la vie; et ils oublient que l'association, sous les formes multiples auxquelles elle se peut ajuster, est le levier tout puissant qu'il ne faut pas laisser au seul esprit du mal.

Que nos jeunes québécois s'associent donc; qu'ils se groupent et qu'ils travaillent ! Là est le secret de la toute puissance de leur action et de la dignité de leur vie.

Mai 1906.

UNE ÂME DE JEUNE

JULES VALLERAND

Aux jeunes de l'A. C. J. G.

Hier, on a mis en terre Jules Vallerand. Mais le souvenir du jeune liomme très bon reste dans nos mémoires, pendant que son âme se réjouit au ciel.

Le notaire Jules Vallerand était peu connu dans le monde où il ne faisait que d'entrer très discrètement. Et plusieurs s'étonneront peut-être que j'inscrive ici son nom, à cette place même où il m'est si agréable de signaler à nos lecteurs la gloire naissante de nos poètes et de nos prosateurs. Vallerand n'a jamais écrit de livres, et n'a jamais publié de vers. Mais que l'on songe bien que sa vie elle-même fut le plus beau poème qu'il eût pu composer: poème de jeunesse aimable, de modestie pieuse, de pensées ardentes, d'actions chrétiennes, et tout parfumé de charité. Et s'il convient de louer ceux qui savent écrire, pourquoi nos éloges n'iraient-ils pas à ceux qui, mieux que tant d'autres, savent vivre?

C'est à notre cher défunt et c'est aussi à nos jeunes, qu'il a aimés, dont il fut hier le modèle, que je voudrais consacrer ces lignes ou se pressent tant de souvenirs, et où l'ancien professeur et l'ami éprouvent le besoin de mettre tout leur cœur. Ce sont des feuilles détachées de son poème trop court, mais si harmonieux, que je voudrais offrir à leur méditation. Par la plume quelquefois, par l'exemple toujours, Vallerand a voulu lui-même dire à ses compagnons de vie, à tant de jeunes gens qui l'entouraient de leur amitié forte et respectueuse, ce qu'il estimait être le plus utile à leur formation personnelle.

L'exemple donné par Vallerand est de ceux qui ne se peuvent résumer en une phrase. Il a pris toutes les formes que suggérait la vie elle-même, et il s'est adapté à toutes les exigences de ses variables situations. Je me souviens du rhétoricien si assidu, si laborieux, si constant à la besogne, si appliqué à faire rendre à son talent tout ce qu'il pouvait produire. A cet écolier de dix-huit ans. Dieu avait donné de solides aptitudes, un esprit très ouvert, et souvent capable de faire briller en une belle lumière la flamme de ses premières pensées. Vallerand estimait qu'il avait le devoir d'étendre jusqu'à leur pleine mesure ses facultés

UNE AME DE JEUNE

intellectuelles, et c'est pourquoi sa tâche quotidienne fut toujours si consciencieuse.

A l'Université, l'étudiant en droit se fit remarquer par la pénétration et la maturité de son intelligence. L'an dernier il obtenait «summa cum laude» son titre de licencié, et il passa devant la Chambre des notaires le plus brillant examen.

Et cependant, Vallerand n'avait pas fait qu'étudier pendant ses années de cléricature; il avait trouvé le temps et le moyen d'agir. Et l'action n'a jamais amoindri, ou compromis ses succès. C'est dans l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, qu'il voulut dépenser sa première activité. Et certes, nul n'a mieux réalisé que lui tout le programme de l'Association des Jeunes: piété, étude, action. Je sais combien d'autres camarades fournissent un tel exemple, et se dévouent avec un pareil désintéressement. Et si je ne puis nommer ici ceux qui travaillent encore, je puis bien rappeler un nom que nos jeunes n'ont pas oublié, celui de cet admirable, et si sympathique, et si modeste Edouard Frédérick. L'âme de Frédérick était bien sœur de celle de Vallerand. Toutes deux se sont trop tôt envolées vers la suprême récompense.

Jules Vallerand, étudiant en droit, eut donc la passion de l'apostolat. Ce fut pour se faire apôtre laïc, qu'il laissa le Grand Séminaire, où, pendant deux ans, il avait songé d'abord au ministère sacerdotal. En quittant le Grand Séminaire, il n'avait pas voulu s'éloigner du tabernacle; il avait gardé

avec le doux maître ses intimes relations, et c'est aux âmes des jeunes qui vivent dans le monde qu'il résolut de consacrer tout de suite les prémices de son apostolat. Et tout de suite, il alla vers les jeunes gens de Saint-Roch, ses amis d'enfance, ses compagnons de vie paroissiale, et il travailla à fonder pour eux le cercle Charest.

Je puis bien dire ici ce que savent tous les jeunes de Québec: c'est Vallerand et Duval — ce cher Duval qui pleure aujourd'hui son meilleur ami, et son plus ferme soutien — ce sont ces deux jeunes gens dignes de toute confiance, qui ont au prix de bien des heures de travail et de laborieuses méditations, fait pénétrer à Saint-Roch l'œuvre si utile de l'A. C. J. C. Je me souviens encore du jour où Duval et Vallerand vinrent à ma chambre me confier leur projet, et solliciter quelques conseils. Quelle joie bonne, mêlée déjà de tant de soucis généreux, mettait à leurs fronts de vingt ans la plus belle auréole! Quel désir d'être utile aux autres, d'employer à faire le bien les loisirs d'une vie d'étudiant I Jules Vallerand parlait peu, n'émettait qu'avec grande modestie son avis judicieux ; Arthur Duval mettait en ses desseins plus de hardiesse apparente. Et cependant, Duval me le rappelait hier encore, sans la sagesse ferme, douce et prudente de son ami, il n'aurait peut-être pas eu le courage de poursuivre jusqu'au bout l'œuvre entreprise. Tous deux se complétaient l'un par l'autre. La mort qui les désunit, ne brisera pas l'association de jeunes qu'ils ont fondée.

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Avec quelle inlassable énergie, avec quelle persévérance toujours vaillante Vallerand apporta à l'œuvre de prédilection sa part de labeur I Fonder un cercle d'étude, le faire vivre en un milieu où d'ordinaire l'on s'occupe peu d'étudier, avec des jeunes gens que la vie quotidienne et ses exigences pratiques absorbent dans le travail du comptoir, du bureau ou de l'atelier : c'est une tâche qui exige un grand courage, et d'inépuisables ressources de charité et d'action. Il faut à ceux qui assument une pareille responsabilité se résigner à faire d'abord et presque toujours la plus considérable besogne ; il leur faut choisir les sujets d'études qui conviennent, intéresser leurs camarades à ces sor-tes de travaux, diriger leurs efforts, les soutenir sans cesse de leurs conseils. Nous savons avec quel cœur Vallerand, secrétaire du cercle Charest depuis sa fondation, s'est donné à ce rôle capital ; et qu'il suffise de rappeler ici que le cercle de nos amis de Saint-Roch est l'un des plus actifs et des plus florissants de Québec.

Nos jeunes gens ont vite reconnu en Vallerand l'ouvrier infatigable du succès, et ils l'ont porté, l'an dernier, à la vice-présidence du comité régional. Vallerand n'eût jamais ambitionné pour lui-même les postes d'honneur ; il eût préféré travailler dans l'ombre discrète. Mais ses bonnes actions avaient trahi sa modestie: on voulait mettre à profit sa volonté sage et toujours prête à se dépenser au service des meilleures causes.

C'est encore pendant qu'il était étudiant que

notre ami fondait avec d'autres jeunes gens l'Union dramatique de Québec: troupe d'amateurs joyeux qui s'employaient à organiser des soirées récréatives au bénéfice des œuvres paroissiales et des conférences de Saint- Vincent de Paul.

Et quand il y a quelques semaines M. le curé de Saint-Roch organisa dans sa paroisse la congrégation des jeunes gens, c'est encore à Vallerand que Ton confia la charge la plus besogneuse, on le fit secrétaire.

Devenu notaire, tout préoccupé de se créer un avenir, et de pourvoir à sa propre fortune, l'apôtre d'hier ne pensa jamais qu'il devait cesser de faire de l'action sociale. 11 voulut même donner à son dévouement une autre forme, et c'est pour ses jeunes amis, pour ses camarades de l'Association, et pour tous les jeunes gens, qu'il écrivit dans la Libre Parole de Québec, au «Coin des jeunes», quelques pages d'apologétique.

Nous voyions avec plaisir Jules Vallerand essayer sa plume, et l'aiguiser avec soin. Non pas qu'il cherchât à ciseler des phrases, et à jongler avec les mots: l'apôtre plus encore que le styliste préparait les périodes, et il composa dans une langue à la lois simple et limpide, ses articles sur «la crise religieuse chez les jeunes.»

Bien que nous vivions au milieu d'une population foncièrement catholique, il arrive que des jeunes gens sentent un jour ou l'autre s'affaiblir

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leur piété, et fléchir leur croyance. Voyant autour d'eux vivre, prospérer d'honnêtes citoyens qui ne partagent pas leur foi, ils se demandent si leur «credo» à eux n'est pas une simple tradition de famille. Et alors éclate, plus ou moins aigùe, la crise religieuse. C'est en ces termes, ou à peu près, que Vallerand posait d'abord le problème. Mais il était trop avisé pour ne pas rechercher, et assigner à cette crise, des causes plus profondes.

Il estimait à bon droit que nos jeunes gens ne s'appliquent pas assez à étudier la question religieuse, qu'ils ne fortifient pas assez par la lecture et par l'instruction personnelle leur foi catholique ; il signalait à ses camarades cette ignorance volontaire qui est l'effet de la paresse intellectuelle; il les mettait en garde contre la tentation qui leur pourrait venir d accuser leurs premiers maîtres de ne pas leur avoir tout appris : leur rappelant à propos qu'on ne peut tout apprendre quand on est sur les bancs de l'école ou du collège, et que c'est justement pour cela que l'on a le devoir de s'informer et de s'instruire toujours.

Mais surtout notre jeune ami savait trop comme la crise religieuse n'est souvent que l'effet d'une crise morale, pour ne pas en avertir ses lecteurs. Insuffisance de la vie chrétienne en soi et autour de soi, concessions coupables à des passions qui obscurcissent la conscience, et par suite faiblesse de la volonté et du caractère, et respect humain débilitant: voilà l'ordinaire cause des égarements

passagers de quelques-uns de nos jeunes. Et Vallerand l'exposait avec vérité et avec charité.

Il terminait ses articles par les conseils judicieux que voici :

« On ne peut, il est vrai, détruire l'influence qu'exercent les passions, mais il faut au moins en prévenir les efi^ets, en inculquant chez les jeunes la conviction qu'ils doivent être des hommes de caractère et de volonté s'ils veulent être utiles à la société et à l'Eglise. Il faudra leur enseigner tout spécialement à pratiquer la mortification et la sobriété, et développer leurs facultés intellectuelles soit par l'étude, soit par l'exercice d'un art quelconque, afin que leur esprit trouve là un remède salutaire pour combattre la violence des passions.

«Enfin, et ce sera là la conclusion de notre étude, encourageons les jeunes à s'intéresser aux œuvres sociales. C'est en faisant partie d'un cercle d'étude comme ceux de l'A. C. J. C, d'une société de patronage ou d'une conférence de Saint- Vincent de Paul, qu'ils apprendront à se convaincre de la sublimité et de la divinité de la religion du Christ, qu'ils y puiseront toutes les saines notions de la vertu et du bien, et qu'ils deviendront des hommes de principes et de cœur, capables de tout sacrifier pour l'honneur de leur Dieu et de leur pays. »

Ce fut pour accroître chez les jeunes la vie chrétienne, et y consolider toute piélé et toutes vertus qu'il prit avec ses camarades du cercle

(1) La Libre Parole, 21 janvier 1911. Ces articles de Vallerand étaient signés du pseudonyme Louis de Coiirville.

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Charest Tinitiative de l'Adoration nocturne. L'œuvre vient d'être établie à Saint-Roch pour les jeunes, et Vallerand y exerçait consciencieusement ses fonctions de maître des approbanistes. On le vit pendant la dernière nuit d'adoration mensuelle remplacer avec joie un camarade empêché de se rendre au poste d'honneur et de prière.

Dans ses articles sur la crise religieuse chez les jeunes, il proposait, avec raison, comme dérivatif à tant de passions ardentes qui sollicitent la volonté du jeune homme, la mortification, l'esprit de sacrifice, la culture de l'art, elles œuvres d'action sociale catholique. C'est toul un programme de vie que nous rappelons à tous ceux qui ont été tristes de le voir trop tôt mourir.

Vallerand se retrouve tout entier dans ces conseils qu'il dispensait avec conviction à ses camarades. Nous ne pouvions mieux faire que de déposer sur sa tombe cette gerbe de fraîches et bonnes pensées.

Sur sa tombe ces pensées vont continuer de fleurir et de répandre leur parfum. L'amitié les ira cueillir souvent ; elle y trouvera un baume pour tant de blessures que la mort vient d'ouvrir au cœur des camarades de l'Association.

Une mort très calme, très douce, a mis fin au poème à peine commencé d'une vie qui pouvait si longtemps chanter encore. Mais la mort du juste est un triomphe éternel. Du ciel où il a reçu sa

récompense, Vallerand continuera de s'intéresser à tant d'œuvres qui lui furent chères, et il versera aux âmes qu'il aimait les pensées généreuses, les inspirations chrétiennes qui font les vies utiles et qui fécondent tout apostolat.

13 mai 1911

LECTURES DES JEUNES GENS

On me demande de vous parler de vos lectures, à vous qui êtes ici réunis pour réfléchir sur votre devoir social. Je ne crois pas, cependant, qu'un tel discours qui porte sur une telle action individuelle, soit un hors-d'œuvre dans le programme de votre congrès. Le devoir social est ce que l'esprit le conçoit; il est ce que la conscience l'affirme. Or, l'esprit et la conscience sont eux-mêmes ce que les font à votre âge toutes ces influences qui par l'enseignement, quel qu'il soit, et donc par le livre, quel qu'il soit, arrivent à vous, pénètrent en vous, et mêlent à votre substance, à votre vie, les idées, les impressions, les désirs, les aspirations, et tous ces germes du bien et du mal que porte toute leçon qui est donnée à la jeunesse.

Je ne sais rien qui, même à l'école, au collège ou'^au petit séminaire, puisse avec autant d'efficacité contrebalancer, ou entamer, ou détruire l'influence du maître que le livre. Le livre, c'est votre ami, à vous qui travaillez tout le jour au bureau, ou au comptoir, et qui lui demandez le soir quelque délassement pour votre esprit; c'est votre

"^"* (1) Allocution faite à Québec, le 24 juin 1908, à la salle Loyola, aux membres de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, réunis en congrès général.

ami à vous surtout qui orientez du côté des carrières intellectuelles votre vie ; il est votre ami à tous, jeunes gens, et à certains jours il est votre compagnon préféré, votre conseil. Si le livre est bon, vous sentez à son contact, en feuilletant ses pages, s'étendre et grandir votre âme, y entrer tous les souffles généreux qui 1 élèvent et l'emportent vers les hauts sommets; si le livre est mauvais, vous éprouvez à le lire une curiosité malsaine et troublante, et comme une dépression intellectuelle ou morale qui abaisse votre esprit et affaiblit votre volonté.

Il faut donc choisir entre le bon et le mauvais livre ; et il faut surtout régler vos lectures, les approprier et les ajuster à l'idéal de vie que votre jeunesse entrevoit, que l'Association catholique où vous êtes entrés dessine en lignes si nettes et si précises à vos regards de vingt ans. Et parce que cet idéal que vous propose l'Association, et que vous ambitionnez vous-mêmes de réaliser, est à la fois d'ordre intellectuel et d'ordre moral, parce qu'il se compose à la fois de convictions et de vertus, vous ne devez rion lire qui puisse fausser votre esprit, ou amollir votre cœur, rien qui puisse briser vos convictions, ou détruire vos vertus.

Votre idéal est d'abord fait de convictions et de principes. Il est fait de convictions religieuses, puisque vous appartenez à une association catholique ; il est fait de convictions politiques et histo-

LECTURES DES JEUNES GENS

riques, puisque Yotre association est une association canadienne-française. Or, il y a des livres, et vous pourriez donc facilement faire des lectures, qui pourraient bien vite amoindrir vos convictions religieuses et désorienter votre patriotisme.

Il y a toute une littérature que l'esprit humain a répandue par le monde, dont nous ne savons pas toujours assez nous garder, qui s'introduit dans nos librairies canadiennes-françaises, et qui ne tend à rien moins qu'à détruire la foi dans les âmes. L'esprit humain, blessé au vif par la faute originelle, diminué, obscurci par toutes les ténèbres qui montent des sens vers lui, mais orgueilleux encore de ce qui lui reste de lumière et d'activité, supporte mal, aujourd'hui peut-être plus que jamais, l'autorité mystérieuse et inéluctable du Dieu qui s'impose à lui ; il cherche des raisons ou des prétextes de s'émanciper tout à fait; le joug de Dieu lui pèse, surtout quand il s'honore de porter celui de la science ; et alors il échafaude les ingénieuses théories dont la fragilité et les ruines successives jonchent le sol de l'histoire; il fait des livres qu'il remplit de ses pensées et de ses erreurs, livres de doctrine ou livres d'imagination, philosophie, histoires ou romans, collections d'articles, de thèses, de dissertations où il reprend sous différentes formes ses attaques contre Dieu, contre l'Eglise, contre la foi catholique.

Il y a longtemps, mes amis, que l'on travaille à la bibliothèque du doute, de l'indifférence ou même de l'hostilité en matière religieuse. Il n'est pas

bien sûr qu'en France ce soit Montaigne qui Tait commencée, mais il est certain que ce ne sont pas les histoires de M. Aulard, ni les insinuations d'Anatole France, ni les discours choisis de (^lémenceau, ni les catéchismes de Gustave Lanson qui vont la finir. Entre ces deux extrémités de la longue chaîne des écrivains railleurs ou démolisseurs de la foi catholique, d'autres ont passé, Voltaire et les encyclopédistes, et Michelet et Renan, et Taine, Berthelot, et leurs disciples, plus ou moins grands et plus ou moins petiis, qui ont usé leurs forces et leurs talents à violenter notre nature avide de croj^ance religieuse, et à nier l'évidence de notre besoin de Dieu. Vous savez quel mal ils ont fait. Voltaire surtout et les encyclopédistes, à notre société canadienne au commencement et jusqu'au milieu de l'autre siècle, alors que l'on vit s'adonner à la lecture assidue de ces philosophes les meilleurs esprits de notre monde politique et littéraire. Ivresses passagères, il est vrai, égarrements d'une heure ardente de la vie et qui furent suivis de francs retours à la foi première, mais ivresses, égarrements qui éloignèrent pour un temps des saines traditions de l'esprit national, ceux-là mêmes qui avaient le plus rigoureux devoir de ne pas s'en écarter.

Et l'on ne peut nier que parmi les hommes de la génération qui vous a immédiatement précédés, et que parmi ceux-là mêmes qui à vos côtés grandissent et montent vers la vie sociale, il n'y ait eu, il n'y ait encore, à Québec, ou à Montréal, ou ail-

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leurs, de troublantes incertitudes, de douloureuses défections. Je ne veux pas exagérer le mal d'indifférence dont nous pouvons souffrir. Grâce à Dieu, il est encore bien circonscrit; il n'apparaît guère qu'aux regards aiguisés et observateurs. Mais je m'inquiète trop de toutes les tendances d'une jeunesse avec laquelle j'ai mêlé quatorze années de vie sacerdotale pour ignorer certains états d'esprit, et pour n'être pas persuadé que quelques-uns parmi nos jeunes gens, anciens élèves des académies ou des collèges, ont un catholicisme bien peu pratique, de convention ou de parade, que ne vivifient plus assez les souffles surnaturels de la foi.

D'où vient ce mal? Non pas, certes, des milieux où ces jeunes gens ont été élevés, instruits et formés; mais plutôt, pour ne pas parler maintenant des influences morales qui sont les plus puissantes et les plus funestes, des fréquentations intellectuelles, je veux dire, des lectures, auxquelles on s'est trop facilement ou trop imprudemment abandonné. Des livres et des revues qui nous arrivent de l'étranger sont subtilement imprégnés d'un esprit irréligieux qui s'insinue facilement dans l'âme des lecteurs. Cet esprit, ces thèses tendancieuses se recouvrent d'une forme qui enchante et qui fascine; ils se recommandent de noms qui jouissent d'une incontestable autorité dans certaines sphères intellectuelles ; et ils subjuguent de tout le poids de cette autorité, et ils entraînent, de tout l'attrait

irrésistible de cette littérature académique, ceux-là qui lisent sans pouvoir contrôler, sans pouvoir vérifier eux-mêmes les affirmations de l'écrivain. N'a-t-on pas vu, il y a quelques mois, des lecteurs canadiens de la Revue des Deux Mondes, des lecteurs qui ne sont ni des philosophes ni des théologiens, décider entre Francis Charmes et Pie X, estimer bien fondée en philosophie et en théologie la réponse que faisait à l'Encyclique sur le modernisme, le nouveau directeur de cette Revue, qui n'est lui-même qu'un philosophe d'occasion, et un théologien sans compétence ?

Et c'est là précisément que gît le danger de ces lectures hasardeuses, auxquelles votre instruction personnelle ne vous a pas préparés, et qui peuvent si facilement surprendre, déconcerter l'ignorance des uns, et désorienter la légèreté des autres. Et c'est donc là aussi tout le secret de l'influence dangereuse que peuvent exercer, qu'exercent des écrivains tout contemporains, qui régnent aujourd'hui dans la philosophie, dans l'histoire, dans la critique littéraire. Leurs livres, quand ils ne sont pas hostiles à notre foi, sont imprégnés d'un doux scepticisme, d'un dilettantisme élégant qui habituent l'esprit à se moquer de tout, avant qu'ils le conduisent insensiblement à nier les vérités du credo catholique.

Il faut, mes amis, se garder de ces auteurs, de ces livres, de ces revues, dont l'effet certain serait d'accentuer chez vous cette sorte de crise intellectuelle qui éclate un jour ou l'autre, vers les

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vingt-cinq ans surtout, dans le cerveau du jeune homme. Crise redoutable, où la pensée s'imprègne de passions, s'enflamme de désirs mal réprimés, et cherche à justifier par raisons démonstratives l'orgueil des sens plus encore que l'indépendance de l'esprit.

Voulez-vous prévenir cette crise ou en corriger la violence, et en supprimer le danger, nourrissez votre intelligence de saines lectures qui s'accordent avec votre foi, et la fortifient. Suivez le conseil très avisé que vous donnait, il y a à peine un an, dans les pages du Semeur, un professeur de notre Université, qui fut parmi nous un apôtre. Pendant ces «dix minutes» du matin, dont M. Louis Arnould vous traçait si judicieuî^ement le programme, que de pensées nouvelles et fortes vous pouvez exciter ou semer dans votre esprit, et de combien d'appuis solides vous pouvez étayer vos convictions ! Je ne veux pas ici revenir sur les livres essentiels que cet ami des jeunes voulait voir dans votre bibliothèque, depuis les ouvrages du Père Gratry, d'Ollé-Laprune, de Paul AUard jusqu'aux conférences apologétiques de Mgr d'Hulst, de Ferdinand Brunetière, du très regretté de Lapparent, jusqu'aux admirables discours de M. le comte de Mun. Permettez-moi de vous recommander seulement, pour sa grande variété et la richesse doctrinale qui la distingue, la collection des petites brochures Science et Religion que publie la maison Bloud, à Paris. Ces brochures qui se

(1) Voir le Semeur, numéros de mars et avril 1907.

vendent quelques sous, et qui sont signées des noms les plus considérables dans les lettres, les sciences et la théologie, sont l'arsenal indispensable de tout jeune homme qui veut s'aguerrir, et se défendre contre les infiltrations dangereuses de la libre pensée.

Au reste, et quoique des esprits assez ignorants des mouvements si divers de la vie intellectuelle en France, ne semblent apercevoir là-bas qu'une littérature vaine ou dangereuse, il est incontestable qu'à aucune époque peut-être de sa longue histoire, l'esprit français n'a produit, pour la défense des principes chrétiens, des œuvres plus nombreuses, plus attrayantes, plus solides, plus scrupuleusement documentées. Et c'est donc encore l'honneur tout particulier de l'esprit français, de chercher, de chercher toujours et malgré tout, à répandre sur le monde la lumière bienfaisante de la vérité catholique. Et il ne s'agit donc pour vous que de connaître ces livres, de vous informer de la bibliographie catholique aussi et plus attentivement que de la bibliographie des revues, des livres antireligieux, indifférents, neutres ou hostiles à la foi.

Mes amis, s'il importe tant que vous conserviez intactes vos convictions religieuses, c'est que sur elles se fondent les meilleures et les plus nobles de vos convictions patriotiques. Et il me semble qu'en vous gardant de lectures qui enta-

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ment votre foi, qui amoindrissent votre vie religieuse, vous vous protégez en même temps contre tout ce qui peut abattre cet idéal de justice, de générosité, de désintéressement, de fidélité aux traditions nationales, qui doit être l'idéal de tout jeune homme catholique et canadien-français.

Notre foi patriotique, elle est liée à notre foi religieuse ; celle-ci en est Tâme et la vie. Porter atteinte à notre foi, c'est donc du même coup blesser notre patriotisme. Mais aussi, et par un jeu inévitable d'actions et de réactions, l'on ne peut trahir l'idéal patriotique de notre race sans violenter et briser le fier élan de notre foi catholique.

Vous devez donc, mes amis, par vos études, entretenir et fortifier en vous tout ce qui compose la doctrine du patriotisme canadien; vous devez alimenter par vos lectures les convictions qui orientent vers le bien commun l'activité sociale. Vous devez vous persuader tous les jours que vous ne serez des gardiens intègres de l'héritage que vous recevrez des anciens, qu'à la condition de laisser s'imprimer en lettres profondes, dans vos consciences d'adolescents, la devise que vous chérissez, pour laquelle vous avez livré votre premier et magnifique combat : notre langue, nos institutions, nos lois I

Or, vous pouvez faire des lectures qui altèrent dans vos âmes tant et de si vaillantes aspirations ; vous pouvez faire des lectures qui conseillent à votre prudence humaine de laisser bercer mollement votre jeunesse aux sons des refrains qui

apaisent et qui endorment; vous pouvez faire des lectures qui vous exhortent à ne pas trop remuer ce foyer de notre race où meurt parfois, sous la cendre des ambitions satisfaites, le feu sacré de nos plus légitimes aspirations; vous pouvez faire des lectures où l'on vous persuade parfois de sacrifier à la quiétude des partis, ce qui est notre bien inaliénable, et des droits qui ne sont si imprescriptibles que parce qu'ils ont été conquis dans la souffrance et dans le sang des aïeux. Ces lectures antipatriotiques vous les pourriez faire dans quelques brochures, dans quelques livrés rares; vous les pourriez faire surtout dans certains quotidiens qui emportent, charrient le flot lourd et mêlé de notre prose politique. Dans toute cette littérature parlementaire et journalistique, sachez reconnaître ce qui est l'expression de votre idéal ; sachez aussi discerner ce qu'on appelait tout à l'heure les infiltrations franc-maçonniques ; et sachez enfin dédaigner ce qui n'est que l'appel des voix intéressées de Tégoïsme. Relisez plutôt, pour combattre les influences ennemies, dommageables à vos convictions politiques, nos grands historiens et nos grands publicistes, Ferland, Garneau, Etienne Parent, Gérin-Lajoie, Casgrain, Chauveau, pour ne nommer que ceux qui ont fini leur tâche laborieuse; relisez aussi les œuvres et les discours de ceux qui travaillent sous vos yeux et qui sont les modèles de votre jeunesse ardente et catholique.

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Messieurs, l'idéal que l'on vous propose, celui que vous avez formé vous-mêmes et vers lequel vous élevez vos vingt ans, n'est pas seulement fait de convictions solides, de principes droits, de science éclairée; il se compose aussi, et nécessairement, de vertus généreuses qui sont dans votre vie comme l'épanouissement d'une âme qui se livre et qui se donne.

La vertu, elle naît des convictions, comme la fleur de la tige qui la supporte : et des convictions sans vertus sont comme des plantes stériles. Mais la vertu suppose plus qu'une intelligence qui étudie et s'éclaire à la lumière du vrai, elle suppose une volonté qui est capable de soumettre la vie à l'idéal rêvé, une volonté qui est capable d'actions et de sacrifices, et d'arrêter l'homme sur les pentes rapides où l'entraînent nos inévitables passions. Et c'est pour cela que la volonté, non moins que l'intelligence, a besoin qu'on l'enveloppe d'influences saines, et que l'on écarte d'elle tous les dissolvants de la vertu.

Et je ne vous étonnerai pas, mes jeunes amis, si, avant de conclure cette causerie, je signale, pour vos vertus elles-mêmes, le danger des mauvaises lectures. Et je ne vous étonnerai pas non plus si je vous déclare que parmi les jeunes qui lisent, ils sont le plus grand nombre ceux qui vont chercher dans les livres des sensations plutôt que

des convictions. C'est l'imagination, beaucoup plus que la raison, qui aiguillonne la curiosité, et qui s'en va recueillir aux pages fiévreusement parcourues du roman, les impressions désirées et les suggestions fatales.

Ici encore, je ne veux rien exagérer, et je sais bien que si tant de nos jeunes gens ne gardent pas leur volonté à la hauteur des vertus d'une jeunesse catholique, cela lient plus encore à la mollesse de nos tempéraments, au laisser aller de notre éducation domestique, qu'à Tinfluence immédiate, directe du mauvais livre. Mais je sais aussi que les romans malsains de certaines écoles psychologiques et naturalistes ont fait parmi les jeunes imprudents des victimes, et que plus d'un, qui s'imaginent n'y prendre aucun mal, en rapportent une sensibilité plus inquiète, un cœur moins ardent pour le bien, une volonté moins prête à tous les sacrifices que supposent vos vertus. L'on va parfois allumer au contact de la flamme brûlante qui circule à travers les pages du roman, des ardeurs qui n'attendaient que cet éveil pour tout consumer.

Prenez garde, mes amis ; vous êtes l'élite de la jeunesse canadienne-française: il faut que vous le soyez non seulement par votre esprit et par vos convictions, il faut aussi que vous le soyez par votre volonté et par vos vertus ! Au reste, réfléchissez que les convictions elles-mêmes ne résistent pas au flot qui emporte les vertus. L'âme s'abaisse tout entière, quand elle se ravale aux malsaines

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convoitises ; et il arrive souvent que l'esprit fléchisse, que la foi diminue, s'obscurcisse, que les principes se brisent, parce qu'on ne sent plus au cœur assez de noblesse, assez de courage pour accorder sa vie avec sa foi, et pour l'édifier sur la base rigide des principes chrétiens.

Laissez donc à d'autres, ou plutôt ne laissez à personne, les livres qui énervent, les romans qui souillent. Je ne veux pas nommer ici ceux qu'il faut fuir, et qu'ont signés des écrivains qui sont d'incontestables artistes ; je ne veux pas nommer tous ces romanciers qui ont mis au service des plus dangereuses curiosités la plus rare pénétration d'esprit, mais qui pourraient avouer de leurs romans ce que Rousseau disait de ses livres: «je ne regarde aucun de mes livres sans frémir. Au lieu d'instruire, je corromps; au lieu de nourrir, j'empoisonne. Mais la passion m'égare, et avec tous mes beaux discours je ne suis qu'un scélérat. »

Lisez plutôt les romans où l'on ne respire qu'une atmosphère d'héroïsme ou de pureté ; ceux-là qu ecrivent des artistes qui se soucient de la morale autant que du succès, et qui, sans recourir aux procédés d'un Zola ou d'un Marcel Prévost, ont conquis dans le roman la plus haute notoriété ; lisez, par exemple, l'écrivain — qu'un moment nous avions espéré voir mêler à votre jeunesse sa belle flamme d'apostolat — le très distingué et très' sympathique René Bazin.

Lisez aussi, pour qu'ils puissent à la fois charmer votre imagination et agrandir votre amour des

traditions et du sol natal, ces deux romans canadiens qu'ici l'on n'a pu encore surpasser, .et qui sont les Anciens Canadiens et Jean Rivard.

Enfin, mes amis, et c'est par là que je veux finir, et je ne parle plus ici de romans ou d'histoires, de philosophie ou d'apologétique, mais je parle d'un livre qui est à la fois le plus beau roman et la plus vivante histoire, d'un livre qui est la plus sûre philosophie et la meilleure apologétique: mes amis, lisez l'Évangile I Ce petit livre est à la portée de tous les esprits, et de toutes les bourses; ayez-le sur votre table de travail, ou dans votre chambre de repos. Chaque jour lisez une page de l'Evangile, et bientôt vous sentirez s'en dégager le meilleur parfum de votre vie ; et bientôt vous verrez se dessiner à travers ces chapitres tout remplis des pensées et des gestes de Dieu, la figure même du Christ que vous cherchez et que vous aimez. Vous vous formerez sur ce modèle divin; retrouvant en vous toutes les énergies et toutes les générosités des âmes neuves, vous vivrez tous les jours votre idéal, vous serez de ces jeunes gens qui portent sur leurs fronts toutes les grâces et toutes les vertus^ de ces jeunes dont l'Evangile nous assure que Jésus ne pouvait les regarder sans les aimer.

Propos Patriotiques

Voici donc la Saint-Jean-Baptiste qui revient et qui approche. Et cette fête marque le retour de nos joies patriotiques, de nos ferveurs nationales.

Ce jour-là, la gaieté, Tespérance, le bonheur, Tenthousiasme montent de quelques degrés dans l'âme canadienne. Il y a comme une petite fièvre, d'une sorte spéciale et d'une espèce particulière, que ne peut mesurer avec précision le thermomètre des médecins, et qui s'empare, au matin du vingt-quatre juin, de tout Canadien français, le fait plus chaud, plus sensible, plus vibrant; une petite fièvre qui dure généralement, d'après les moyennes jusqu'ici enregistrées, vingt-quatre heures. Cette fièvre, des psychologues les moins superficiels l'appellent justement le patriotisme, et l'on voit qu'elle est presque toujours suivie de légers ou graves refroidissements.

De quoi, d'ailleurs, il ne faut ni s'étonner, ni s'alarmer? L'âme humaine peut-elle donc toujours être ensoleillée, et n'a-t-elle pas, tout comme la grande nature dont elle subit à chaque instant la pénétrante influence, ses jours clairs et ses nuits sombres, ses aurores lumineuses et ses soirs mélancoliques? Et ne suivons-nous pas un peu, en nos vies tour à tour actives et fatiguées, le mouvement

des saisons qui nous vieillissent et nous entraînent? Et si l'hiver refait au sol les énergies qui préparent la floraison du printemps, et si la nuit rapporte en ses voiles la promesse des aubes blanchissantes, pourquoi ne pas songer aussi que nos joies seront faites plus vives et nos espérances rendues plus grandes par toutes les tristesses et tous les abattements qui les peuvent suivre ou précéder?

Donc, il est bon de se réjouir et de faire grande fête le vingt-quatre juin, si peu durable que souvent soit cette joie et si fugitives que paraissent en être parfois les impressions.

Il est excellent que, ce jour-là, on tambourine et l'on claironne autour des drapeaux, que la foule emplisse les routes, encombre les rues, et envahisse les temples. Il est souverainement juste et raisonnable que, pendant ces vingt-quatre heures, à force de processions, de célébrations, de démonstrations et d'ovations, on réveille, excite, soulève et emballe le patriotisme de tous les nôtres. Cela met un peu de variété dans l'existence, cela, malgré tout, produit son bon efict, et cela met beaucoup de grandes pensées dans la vie.

Au fait, nous sommes si près de la terre, et si inclinés à tout rapporter à nos mesquins intérêts; et nous nous isolons si volontiers dans notre travail, dans nos ambitions ou dans notre mollesse; et si volontiers encore, nous devenons de purs égoïstes qui ne s'inquiètent que d'eux-mêmes et de

leur bien-être tranquille et facile! Et alors nous nous attachons si servilement et si exclusivement aux choses très particulières qui nous entourent, et nous concernent ! Il faut bien que de temps à autre on secoue notre torpeur et notre indifFérence, et que Ton nous rappelle que nous avons autre chose à faire que de façonner et ordonner pour nous-mêmes nos petites vies personnelles, que chacun se doit à tous, que chacun doit surtout vivre pour faire son pays grand, prospère, respecté, glorieux. Et de penser cela, et de le méditer fait du bien à l'âme, et l'élève, et déjà la purifie. Cela donne à la vie un sens supérieur, et cela oriente vers de plus nobles desseins l'activité.

Lorsque, le vingt-quatre juin, les ministres, les députés, et tous ceux qui sont à quelque titre des pasteurs de peuples, comme disait Homère, réfléchissent à ces graves devoirs, et regardent vers ces cimes lumineuses où il faut conduire la république, ils sentent en leur âme pénétrer un courage nouveau, et un zèle plus généreux, et ils essaient de hausser leur conscience au niveau de leurs si redoutables responsabilités. Et aussi, quand, le vingt-quatre juin, le laboureur, en habits de fête, promène son regard bon et doux sur les sillons où déjà s'agite et ondule l'herbe des blés verts, et quand il songe que ces champs qu'il cultive avec amour, que cette petite patrie qu'il féconde de ses sueurs est une partie et comme un morceau de la grande, et que celle-ci n'est belle, et bonne, et prospère que de la grâce, de la beauté, de la

richesse dont chacun sait faire resplendir son domaine, cela lui donne Torgueil de son noble travail, et cela fait passer dans son regard qu'emplit d'ordinaire la seule vision des prés, des labours et des troupeaux une image radieuse, et comme le clair rayon d'un idéal qui l'illumine et l'enflamme. Oh I la force que nous apporte ce sentiment vivement ressenti que l'on ne travaille plus seulement pour soi et pour sa fortune, mais pour les autres et pour le bien et la gloire de la commune patrie!

Or, ces idées, cette force, ce sentiment, la fête de Saint-Jean-Baptiste les renouvelle chaque année dans nos âmes, dons nos esprits et dans nos volontés. Nos orateurs les doivent rappeler aux foules, et c'est une matière inépuisable à l'éloquence patriotique; et c'est même tout ce qu'il faut pour la faire sortir de la banalité un peu bavarde où trop souvent elle s'enferme et se répand. Il suffit qu'on médite bien ces choses et qu'on les fasse passer à travers une conviction profonde, éclairée et personnelle. Peu importe, d'ailleurs, qu'il reste encore, mêlée à de si fortes et saines pensées, une phraséologie un peu sonore et retentissante. Les fêtes patriotiques sont toujours tapageuses, et l'éloquence qu'elles provoquent ne peut se dispenser de l'être un peu. Il faut au milieu de ces foules qui viennent entendre parler des grandes choses du pays, il faut jeter de grandes pensées, empennées de périodes aux larges ailes. Cela aussi fait monter l'âme du peuple et lui donne de l'essor.

Je sais bien que beaucoup de gens se moquent

un pe^ des grands discours et de l'éloquence. Volont^rs ils appellent cela des phrases ! Ces genslà sont yès sérieux, très pratiques, s'estiment très équilibres parce que, d'ordinaire, ils sont très ternes. Ce sont parfois des blasés ou des âmes sèches et impuissantes, et qui se vengent de leur médiocrité en cherchant à discréditer nos plus généreux instincts. Ils oublient que nous sommes français par le sang et par l'âme, que nous sommes donc amoureux des belles paroles; ils oublient surtout que c'est la parole elle-même qui mène les hommes, et que l'éloquence est la maîtresse du monde. « Prenez tout le reste, disait saint Grégoire à l'empereur Julien, qui imaginait contre les chrétiens la persécution de l'ignorance, prenez tout le reste, mais je mets la main sur l'éloquence. »

Les Canadiens, d'ailleurs, n'ont pas inventé les discours patriotiques. Et ce n'est pas nous qui les premiers avons arrondi sur le moule des rhéteurs les périodes harmonieuses ; et il y a longtemps qu'on assemble les peuples pour faire entendre à leurs oreilles, au jour des fêtes nationales, des phrases soigneusement peignées, très amples, et extrêmement oratoires. Depuis qu'aux jeux olympiques, où l'on conviait en de communes réjouissances toutes les villes de la Grèce, Isocrate lut son Panégyrique d'Athènes qu'il avait mis dix ans à composer, on n'a jamais pu exagérer le soin qu'il faut apporter à dérouler magnifiquement devant les auditoires des fêtes nationales les éloges de la patrie.

D'ailleurs, il n'est pas superflu de chercher à intéresser à nos fêtes du vingt-quatre juin, par tous les moyens légitimes, tous nos compatriotes, ceux de la ville et ceux de la campagne.

On est resté ou devenu très froid et très indifférent, dans beaucoup de nos centres agricoles, à l'endroit de la Saint-Jean-Baptiste. Cette fête est célébrée surtout dans les villes, et elle passe inaperçue dans un trop grand nombre de nos paroisses rurales. Il ferait si bon pourtant chômer un peu, et fêter le sol natal, quand notre printemps a partout sur lui répandu la vie, quand nos champs sont couverts encore de leurs larges tapis d'éméraude, et sont encore enguirlandés de toutes les fleurs parfumées !

Est-ce une illusion, semblable à toutes celles qui se lèvent en nos âmes à mesure que les années nous éloignent de l'enfance, mais il me semble qu'autrefois, lorsque nous étions petits, le vingt-quatre juin était une date par tous souhaitée et fêtée. C'était au moins petit congé ce jour-là pour les travailleurs de la terre. Et je sais un coin de paroisse où l'on en profitait pour transformer en une large station balnéaire la plage laurentienne, l'anse ovale et gracieuse, qu'enveloppent dans la caresse de leurs lignes souples les coteaux rouges de Berthicr et les plaines vertes, courtes et montantes de Saint-Vallier. C'était donc au bord du fleuve, et dans le fleuve que nous fêtions la Saint-

Jean. Ce qui est une façon comme une autre de retremper sa vie et de renouveler son patriotisme : mais ntil doute que le Baptiste du Jourdain ne pouvait que lapprouver et la recevoir comme un très délicat et symbolique hommage.

Au surplus, le vingt-quatre juin était alors l'ouverture de la saison des bains. 11 eût été dangereux, avant ce jour, de descendre dans Tonde malfaisante, et nos mères, qu'alarmaient toujours nos naïves imprudences, nous exagéraient à merveille tous les maux que nous pouvaient causer ces flots que n'avait pas encore bénis la Saint-Jean. Mais, une fois venu le jour tant de fois appelé par nos vœux, les eaux du fleuve étaient transformées, elles étaient bonnes, salutaires au baigneur; le fleuve Saint- Laurent devenait comme une grande fontaine de Jouvence où tous, grands et petits, parents et enfants, allaient se plonger pour y puiser la vigueur de leurs corps et la-jeunesse de leur vie.

Et la petite baie de Berthier était donc alors très animée, très vivante, très peuplée. C'était comme une sorte de Biarritz dont les princes et les millionnaires étaient absents. De toutes parts partaient les cris joyeux, les appels frémissants, et les baigneurs faisaient autour d'eux jaillir l'onde bienfaisante. Parfois aussi on enfourchait les chevaux et les bœufs laissés au rivage, et l'on conduisait à la mer ces nobles compagnons de l'homme. Et les cavaliers majestueux s'avançaient bien loin, parmi les vagues grises, et jusque là où nous, les enfants, nous ne pouvions plus les suivre ; et c'était

un spectacle nouveau, très hardi, qui noui donnait les plus complètes émotions. Ohl les joies non compliquées, et les lointains souvenirs du jeune âge I

Il parait que tout cela est bien changé aujourd'hui, et que les bains de la Saint-Jean sont passés de mode, et que peu à peu s'effacent de nos traditions ces coutumes qui nous venaient sans doute des côtes normandes ou bretonnes. Le bruit de la mer qui chantait si fort à l'oreille des anciens, ne berce donc plus aujourd'hui dans sa monotone et douce harmonie les âmes dégénérées 1

Si, d'ailleurs, nous souhaitons que ces traditions revivent, ce n'est pas précisément pour borner à des rites neptuniens notre fête nationale. Ces récréations sont excellentes, elles ne sont pas vraiment pour la Saint-Jean-Baptiste, telle qu'on la devrait fêter dans nos paroisses, un suffisant programme. Et toutes nos paroisses, d'ailleurs, ne sont pas situées au bord du Saint-Laurent, et tous nos compatriotes ne peuvent donc tremper leurs pieds dans les eaux du roi des fleuves.

On a ouvert, l'an dernier, dans quelques-uns de nos journaux, une sorte de consultation où chacun pouvait donner son avis sur la meilleure manière d'intéresser à notre fête nationale nos populations rurales. Et ceci prouve donc déjà qu'il y a lieu de poser un tel et si étrange problème.

La\ solution que Ton en peut proposer sera d'autant plus pratique qu'elle sera moins complexe ; et elle sera d'autant plus facile à trouver que l'on n'oubliera pas qu'il faut donner à notre Saint- Jean- - Baptiste le double caractère d'une fête religieuse et d'une fête civile. C'est l'église, et c'est la salle publique qui doivent être le double théâtre de nos solennités patriotiques

Persuadons d'abord le Canadien des campagnes qu'il doit prendre congé ce jour-là. Invitonsle ensuite à assister à une grand'messe qui sera chantée à neuf ou dix heures, tout comme le dimanche, et rappelons-lui bien au sermon que nos origines nationales sont essentiellement religieuses, que notre histoire est toute pénétrée de christianisme, que nous avons le grave devoir de garder la vertu et la foi des aïeux, et que nous serions coupables du crime de lèse-patrie le jour où nous voudrions nous éloigner du prêtre et de l'autel.

Et puis, organisons pour l'après-midi quelques fêtes publiques où se puissent de nouveau rassembler tous les paroissiens. On a proposé une distribution générale des prix pour toutes les écoles de la paroisse, et qui serait faite dans l'église ellemême, s'il n'y a pas d'autre salle qui puisse contenir la foule. Notre système d'enseignement est par tant de liens rattaché à l'éducation morale et religieuse, et nous le voulons conserver si canadien et si chrétien, que vraiment nos temples pourraient une fois Tan devenir la grande école du peuple.

Et les enfants seraient assurément très honorés de recevoir sur un si large théâtre, et sous le regard de tant de spectateurs, leurs couronnes et leurs récompenses.

Et l'on mêlerait à ces fêtes scolaires des chants canadiens, des récitations patriotiques, des discours chargés d'idées et de conseils, agréables et utiles ; prêtres et laïcs, maires, sénateurs et députés se feraient ce jour-là les instituteurs de la démocratie, et tous rapporteraient de cette dernière classe de Tannée les plus salutaires leçons.

Le soir, on souperait en famille tout comme aux jours les plus gras ; et c'est autour des tables frugales et abondantes que s'achèverait dans la plus délicieuse intimité notre éducation nationale.

Juin 1906.

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