POUR LA LANGUE FRANÇAISE
et de rendre de l'âme canadienne. Tant il est vrai qu'on ne peut toucher à la langue d'un peuple sans porter la main, bienfaisante ou sacrilège, sur tout ce qu'il a de plus personnel, de plus intime, de plus sensible et de plus inviolable !
Et, messieurs, nous estimons que faire une telle œuvre, c'est aider non seulement à faire connaître, mais aussi à faire aimer notre langue, notre littérature, nos traditions et tout notre avoir national. Travailler au lexique canadien-français, étudier le vocabulaire de nos auteurs, vérifier les titres des locutions populaires, faire la chasse à l'anglicisme qui envahit les conversations et les journaux, n'estce pas rappeler en même temps à tous nos compatriotes qu'ils sont sur cette terre canadienne les représentants d'une race qui ne doit pas périr, les héritiers de l'une des plus brillantes fortunes intellectuelles dont s'honore l'humanité; qu'ils ont aux lèvres un langage aussi harmonieux que le fut jadis, au pays du soleil, le doux parler des Hellènes, et que c'est donc pour eux un honneur et un devoir de garder cet héritage, et d'aimer cette langue plus que toutes les autres?
Et ceci n'est pas du chauvinisme, mais seulement du très convenable patriotisme. Nul amour n'est plus légitime, et nul aussi n'est plus nécessaire que l'amour, le culte de la langue maternelle. Et notre patriotisme, quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, ne se rapetisse jamais ni ne se rétrécit, quand il se prend à aimer notre province, notre race et notre langue plus que toutes autres provinces, races
OU langues qui existent, s'agitent et s'expriment autour de nous. Qui n'est pas capable de s'attacher à la petite patrie, n'est pas digne d'aimer la grande! Et c'est parce que nous aimons la grande que nous voulons garder en elle, et conserver avec sa vie propre, son esprit et son parler français, cette province qui y est placée et fixée au centre pour qu'elle soit à jamais le cœur vivant et palpitant de la nation !
Celte œuvre de piété, de fidélité et d'amour que nous essayons d'accomplir, nous vous invitons chaque année à venir ici la voir se continuer et s'agrandir, et nous vous remercions de lui offrir chaque fois un encouragement qui nous est précieux. Vous me permettrez de remercier plus particulièrement ce soir les membres distingués et très dévoués de notre société, qui nous apportent de tous les horizons, du monde de la législation, du monde des lettres, du monde des journaux et du commerce, un écho fidèle de notre parler, et des leçons dont nous ferons dès demain notre profit.
Nous offrons aussi notre respectueuse reconnaissance à M. le Gouverneur, et à Mgr l'Archevêque qui ont toujours suivi, encouragé l'œuvre de notre société, et qui chaque année daignent assister très fidèlement à notre séance publique.
(1) Sir L.-A. Jetté, gouverneur de la Province de Québec.
(2) Mgr L.-N. Bégin, archevêque de Québec.