DE LA LANGUE FRANÇAISE
Il ne s'agit pas de Textension et de la culture de la langue française dans la province de Québec, mais dans tout le monde civilisé. Nous voulons parler du dernier « Congrès international pour l'extension et la culture de la langue française. »
Une première session de ce Congrès eut lieu à Liège en 1905, et l'on se rappelle qu'un jeune avocat de Québec, M. Joseph Simard, qui se trouvait alors en Belgique pour l'exposition universelle, y assista, et eut l'occasion de fournir aux congressistes quelques renseignements sur l'état de la langue française au Canada.
Le Congrès créa alors un bureau permanent chargé de préparer une deuxième session. Ce bureau, dont le président était M. Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liège, et membre de l'Académie royale de Belgique, se composait de philologues, de savants, de personnages recrutés dans tous les pays de langue française. MM. Adjutor Rivard et Joseph Simard y furent invités à représenter le Canada.
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C'est au mois de septembre 1908, que le Congrès se réunit successivement à Arlon, Luxembourg et Trêves, et nous avons reçu il y a quelques semaines le volume qui contient le compte rendu des séances et le texte des mémoires et des rapports qui y furent communiqués.
Les congressistes avaient bien choisi les endroits où ils devaient se réunir : Arlon, petite ville belge où la langue française est commune à tous les habitants ; Luxembourg, dans le grand duché, où la langue française est officielle et se parle, à peu près exclusivement, au Parlement; Trêves, petite ville de la Prusse rhénane, ancienne capitale de la Gaule belgique, et autrefois centre de civilisation latine. Ces villes, assez rapprochées l'une de l'autre, offraient aux philologues des points intéressants de ralliement pour leurs excursions.
Nous ne pouvons dire ici toutes les questions qui furent traitées pendant ce congrès. Des travaux furent présentés sur l'état actuel du français en Belgique, en Suisse, en Alsace-Lorraine, en Hollande, en Hongrie, en Angleterre, aux Etats- Unis, dans le grand duché de Luxembourg. . . Québec n'ayant pas envoj^é de délégué, on n'y parla pas, autrement que par mode d'allusions, du français au Canada.
Une question paraît avoir surtout préoccupé le Congrès, c'est l'adoption de la langue française comme langue auxiliaire internationale. Elle n'est encore que posée, mais il semble que les philologues s'y rallient avec une faveur de plus en plus
grande. A Arlon, M. Wilmotte souhaitait à «cette loyale monnaie d'échange intellectuel, qui a été frappée à Teffigie française, un cours légal universel. » Et M. FûrstenhofF, professeur de TExtension universitaire de Belgique, exposa dans un long et judicieux plaidoyer les raisons que Ton apporte en faveur de l'adoption du français comme langue auxiliaire internationale.
Les peuples modernes éprouvent, aujourd'hui, le besoin d'une langue commune qui leur permette, sur les différents points du globe où se rencontrent et se heurtent des intérêts internationaux, de se comprendre partout avec des mots qui soient intelligibles à tous. Le commerce, l'industrie, plus encore que la politique et la diplomatie, réclament cette langue auxiliaire qui soit partout la même. Les essais de langue artificielle que Ion a voulu créer de toutes pièces en sont la preuve.
Mais les langues artificielles n'ont pas suffisamment répondu à cq que l'on attendait d'elles. Le volapuk, que Mgr Schleyer fabriquait en 1880, et qui eut d'abord une fortune si heureuse et si rapide, se répandant de l'Allemagne du Sud en France, vers 1885, puis de là dans tous les pays civilisés ; le volapuk, qui groupait, en 1889, deux cent quatre-vingt-trois clubs, un million d'adhérents, et se trouvait imprimé en plus de trois cents ouvrages, devait ensuite connaître la défaveur et la déroute. Sa trop grande richesse de formes l'a perdu auprès de ceux qui veulent avant tout une langue auxiliaire simple et pratique. Les projets
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de réformes ont déterminé chez les volapukistes des schismes qui ont compromis l'avenir de la langue.
L'espéranto que créa le docteur Zamenhof, eut son tour de vogue. Mais à lui aussi il parut nécessaire un jour de se corriger. En 1894, M. Zamenhof crut prudent de dissoudre la ligue espérantiste qu'il avait fondée quatre ans auparavant, parce que les réformateurs qui s'y agitèrent, menaçaient de remettre en question les principes mêmes de la langue. Déjà un schisme divise les espérantistes, dont un bon nombre ont suivi M. de Bauffront, auteur de plusieurs lexiques espérantistes, qui a créé à son tour une nouvelle langue, l'ido.
Et de tout cela l'on conclut qu'une langue naturelle peut seule avoir chance de devenir langue auxiliaire internationale. Et parmi les langues naturelles, c'est une langue moderne que l'on veut choisir, et entre toutes les langues modernes une langue romane. Les langues romanes sont plus accessibles, parce qu'elles enferment plus que toutes autres des radicaux internationaux : le latin dont elles dérivent auraient dix mille racines qui sont devenues internationales. On ne songe plus au latin lui-même, à qui on fait la place de plus en plus étroite dans l'enseignement, et dont la prononciation varie de façon assez bizarre d'un pays, et parfois. . . d'un diocèse à l'autre.
De toutes les langues romanes, la langue française, qui a déjà joui dans le passé d'une universalité si hautement reconnue, paraît s'imposer
davantage aux chercheurs d'un parler international. Ne se recommande-t-elle pas encore par cette beauté, cette clarté, et cette souplesse qui ont fait sa fortune ? Elle est de plus essentiellement analytique. Elle a supprimé les déclinaisons, et de jour en jour elle tend à Tunité de conjugaison, la première n'étant plus guère seule vivante. Elle possède donc de ce fait une simplicité de structure qui en facilite l'étude ; elle se rapproche de plus en plus du modèle que proposait Leibnitz, en 1679, pour aider à l'élaboration d'une langue idéale.
Les autres peuples ne pourraient prendre ombrage de cette extension de la langue française. Les langues modernes sont arrivées à un tel point de leur développement que leur propre fortune est assurée. Au reste, ce n'est pas la France qui serait appelée à bénéficier de ce ministère de sa langue, c'est tous les peuples, c'est l'humanité. La France prêterait sa langue au monde, comme elle lui a prêté le système métrique, sans retour de gain sordide. . .
Ajoutons cependant — et c'est pour cela que la question ne sera peut-être pas de sitôt résolue — que la France ne pourrait manquer de retirer de ces fonctions internationales de son idiome une sorte de prestige intellectuel que lui peuvent jalouser d'autres nations.
Mais ce n'est pas à Québec que l'on se plaindra jamais de la précellence du parler français.
Juin 1909
QUÉBEC, VILLE FRANÇAISE
Québec s'apprête à fêter le troisième centenaire de sa fondation. C'est donc vers ses origines que se reporte tout naturellement l'esprit de ses habitants; et, remontant à l'heure première de son histoire, il ne peut s'empêcher de considérer, le long de ce chemin qui traverse trois ûècles de faits et d'idées, la suite des événements qui en marquent les étapes, et qui en indiquent l'orientation.
Un fait, une pensée, un événement qui se prolonge autant que la vie de Québec, s'impose à l'esprit de tout observateur qui étudie l'histoire de cette cité de Champlain: c'est que Québec est sur ce continent de l'Amérique la ville française par excellence. D'autres cités ont eu au Canada des origines semblables, ont été baptisées dans le sang et dans l'esprit français, se glorifient d'avoir conservé intact ou à peu près inviolé ce qui fut 1 ame elle-même et la grâce de leur vie française. Montréal et Trois-Rivières, pour ne nommer que ces deux sœurs les plus anciennes de Québec, sont nées d'une pensée de France, furent bercées à leurs premiers jours par l'espérance des âmes de France, connurent les gloires héroïques de la générosité française.
Mais celle-ci, la cité de La Violette, plus grande par ses aspiralions que par sa fortune, n'a pu encore donner l'abondante mesure de vie que nous prometlent scsdesseins; l'autre, la villedeMaisonneuve, voit la fortune presque toujours égaler ses désirs, mais elle risque souvent dans le tumulte des affaires et dans la promiscuité de ses enfants, l'idéal qui fixa sur la France son premier et très vit regard. Trois-Rivières trop inactive, et Montréal trop cosmopolite ne peuvent être, dans notre pays du Canada et de l'Amérique, les types les plus vivants et les plus représentatifs de la cité française.
Québec, un peu plus remuant que Trois-Rivières, moins mêlé que Montréal, s'arroge donc avec quelque bon droit la gloire — car c'en est une — de mieux symboliser, ou de mieux montrer et faire resplendir l'âme et la vie françaises.
Québec doit ce privilège, qu'il veut garder, à ses origines. Plus que les origines de nos autres villes, celles de Québec furent pénétrées d'activité et d'ambitions françaises? C'est bien ici que naquit la France d'Amérique, et c'est donc ici que se sont, pendant plus de cent cinquante ans, concentrées toutes les attentions des pères de la colonie. C'est sur ce rocher historique que fut planté le drapeau de Henri IV, et c'est donc vers lui comme vers la citadelle inexpugnable que se portaient au moment du danger tous les efforts.
QUÉBEC, VILLE FRANÇAISE
Et non seulement Québec fut le lieu véritable de nos origines politiques lorsque Champlain y débarqua le 3 juillet 1608, mais c'est ici encore que fut fondée notre vie économique, un jour de l'année 1617, quand Louis Hébert ouvrit sur la pointe de Québec le premier sillon où germa l'espoir du colon canadien; et c'est ici, enfin, que fut organisée l'Eglise du Canada, l'année 1659 où M^"" de Laval débarquait à la basse-ville, et l'année 1674 où, par les soins du même prélat, fut définitivement érigé le siège épiscopal de Québec.
Nos origines politiques, économiques et religieuses furent l'œuvre de fils de France ; c'est à Québec que ces œuvres ont pris naissance, et, on le peut bien ajouter, quoi qu'ailleurs on puisse prétendre, c'est ici encore que ces œuvres se sont principalement développées et aflermies. Québec ne fut pas seulement le berceau de la Nouvelle- France et de sa civilisation, il resta vraiment le centre de toute sa vie historique.
L'histoire politique de Québec se confond, en effet, jusqu'à 1867 surtout, avec l'histoire de ce pays. Pendant toute cette longue période, si variée, et si agitée, de notre évolution nationale, Québec fut vraiment la capitale du Canada. Avant les événements qui nous séparèrent de la France, les gouverneurs de la colonie firent de notre ville le siège
de radininislration, le foyer le plus intense de la vie sociale, et chacun sait que Frontenac eut même la pensée d'en faire un petit Versailles. A celte époque de notre histoire, l'hégémonie française de Québec ne fut jamais contestée. C'est bien de notre ville que partaient alors toutes les influences, bonnes ou mauvaises, qui s'en allaient se répandre sur toute la colonie. Missionnaires ou traiteurs, coureurs de bois ou visiteurs de wigwams, courriers de la paix ou hérauts de la guerre, recevaient de Québec le mot d'ordre, et le portaient ensuite sous toutes formes aux colons ou aux. sauvages, dans les paroisses ou dans la forêt.
Et quand Québec eut ouvert ses portes à l'ennemi qui triomphait par le nombre plus encore que par la valeur ; quand Québec eut été découronné des lys qui avaient si longtemps fleuronné son diadème, quand il eut replié le blanc drapeau dont il aimait à s'envelopper comme d'une virginale parure; quand il eut vu disparaître dans une dernière victoire sa dernière espérance française, Québec se consola de tant de tristesses et de tant de ruines accumulées à la pensée qu'il lui incombait désormais, et plus qu'à aucun moment de son histoire, le devoir de rester fidèle, et de défendre sur cette terre envahie et baignée du sang de ses soldats le prestige et la permanence du nom français. Par l'effet d'un rêve dont il ne veut pas encore s'éveiller, Québec continua de voir flotter dans la nuit de ses désastres, dans l'ombre de ses apparentes défaites, les blanches couleurs que le
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drapeau victorieux n'avait pu absorber tout à fait; et il se plaît encore, dans la vision historique et providentielle qui emplit son regard, à faire des couleurs de Carillon et de Sainte-Foy l'auréole inaltérable qui nimbe et illumine le front de son rocher.
C'est donc à partir de 1760 que s'accentue le rôle de Québec, foyer et gardien de notre influence française. La ville conquise ou cédée à l'Angleterre ne cesse pas d'être la capitale du pays, la forteresse où se groupent et s'enferment les défenseurs de notre langue, de nos institutions et de nos droits. En 1792, Papineau, Bédard, Antoine Panet y livrent dans la première séance du premier parlement, le premier combat pour la langue française qu'y provoqua une ridicule proposition de Richardson. Et jusqu'à 1837, c'est à Québec que Français et Anglais, chouaguens et patriotes, se porteront les coups drus et rudes qui plus d'une fois ébranleront le sol constitutionnel où sè rencontrèrent ces tenaces et souvent trop irritables duellistes. Le Canadien sera fondé en 1806 pour répondre au Mercury, et ce journal emportera de Québec au quatre coins de la province, dans ses feuilles toutes pleines des larges souffles de la pensée française, Tidée directrice qui éclairera les esprits et stimulera toutes les louables énergies de notre race. La Chambre des députés, devenue un champ clos plutôt qu'une salle de délibérations, retentit pendant plus d'un demi siècle des vigoureuses affirmations de l'espérance française, et elle
fit de Québec le forum où s'agitaient et se heurtaient les ambitions rivales de deux peuples qui furent trop lents à se comprendre et à se pardonner.
N'y a-t-il pas jusque dans l'histoire militaire de Québec la trace encore brillante de la chevalerie et de l'héroïsme français? C'est Québec que visait l'ennemi quand il voulait porter à la Nouvelle- France le coup mortel : et c'est de Québec que partaient les fières réponses qui tant de fois déconcertèrent l'audace des assiégeants. Le mot de Frontenac exprime en une phrase qu'on n'oubliera pas toute l'allégresse de la fierté gauloise. C'est par la bouche des canons que nous avons toujours répondu à l'insolente provocation des envahisseurs; le langage du vainqueur de Phips fut aussi celui du vaincu de Wolfe, et, sur toutes les lèvres de nos généraux et de nos soldats des guerres de 1755- 1760, courut le même verbe, le même frisson de la bravoure française.
Cette intrépidité dans la guerre, nous la retrouvâmes bien un jour que l'Américain voulut à son tour monter à l'assaut de la citadelle de Québec. Sans remarquer que beaucoup des fils d'Angleterre désertaient la ville pour s'aller mettre à l'abri vers Charlesbourg ou dans l'Isle d'Orléans, les Français de Québec s'armèrent pour la défense du sol profané, pour la protection de la cité où s'était concentrée et rétrécie la puissance anglaise. Rempart suprême où Carleton appuyait ses dernières espérances, Québec ne sut pas forligner, et c'est sa
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superbe vaillance qu'incarnait encore Chabot quand, pendant la nuit historique de décembre 1775, il tuait Monlgomery et dispersait ses soldats.
Au reste, la fidélité est une vertu française, et Québec s'est toujours honoré de l'avoir soigneusement cultivée. Fidélité au roi de France, aussi longtemps que la France régna sur les bords du Saint-Laurent; fidélité au roi d'Angleterre, depuis le jour où l'Angleterre eut la bonne fortune de nous compter pour ses libres citoyens. Alors même que d'autres, sur cette terre française de la province de Québec, trouvaient bien dur le joug du vainqueur, et, dans un geste de folle et noble impatience, essayaient de le briser sur le dos de leurs compatriotes anglais, Québec plus calme et plus politique, plus sage et plus capable d'attendre l'heure des utiles revendications, refusait de s'associer aux paysans armés qui s'en allaient mourir sans espoir dans les champs de Saint-Denis, de Saint-Charles et de Saint-Eustache. Québec restait fidèle au drapeau ; et ce ne fut pas par indifférence ou par paresse, mais plutôt par loyauté et pour le noble dessein de mieux servir la fortune de ses destinées françaises.
C'est dans la lutte pacifique pour toutes les traditions qui sont le fond solide de sa vie historique, que Québec a surtout déployé sa vigilance
et son inlassable activité. La guerre, pour être ainsi moins bruyante, n'en fut pas moins efficace, et elle devait assurer nos plus belles victoires. Surtout après 1840, alors que l'Angleterre, suivant le conseil de Lord Durham, résolut de travailler ferme à Tanglification de notre race, et au moment même où la ville de Champlain allait perdre peu à peu l'influence que lui avait créée pendant deux cent cinquante ans sa situation exceptionnelle de capitale politique, Québec parut se ressaisir avec plus de vigueur encore, et voulut être plus que jamais la capitale de notre vie et de nos traditions françaises.
Le cosmopolitisme, inévitable dans un pays où se rencontrent tant de races différentes, se manifestait déjà sur d'autres points de notre province, Québec, qui avait bien perdu quelque chose de sa virginité française au contact des beaux officiers saxons et qui avait quelquefois envié leurs manières et leur fortune, Québec, qui avait si longtemps résisté à l'anglomanie envahissante, mais qui n'avait pu se soustraire tout à fait à cette mode victorieuse, Québec essaya de se constituer en un centre puissant d'activité et de mœurs françaises. Ce fut l'heure où l'on fonda notre Société Saint- Jean-Baptiste. Ce fut l'heure aussi où Crémazie chanta la gloire et l'illusion généreuse de ses compatriotes; où Casgrain prit aux lèvres des grand'mères nos vieilles «légendes» pour les raconter aux contemporains, et les transmettre aux générations futures et oublieuses ; ce fut le moment où de
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Gaspé ressuscita les « Anciens Canadiens », et en dressa l'image vivante sous le regard de ses lecteurs. Tout un groupe d'esprits clairvoyants entreprit à Québec de replacer dans une meilleure lumière le passé qui s'eflacait, et de ramener aux traditions ancestrales ceux qui peu à peu s'en éloignaient, Il y eut, à cet instant de notre vie française, un grand effort de « nationalisation, » comme l'on dirait aujourd'hui, un mouvement de large patriotisme que Ion n'a peut-être pas assez étudié, et qui fut l'une des plus importantes manifestations de notre génie français.
Ce souci, que Ton eut alors, non pas de créer, mais de développer notre littérature, n'est-il pas lui-même bien significatif et propre aux préoccupations artistiques de l'esprit de France ? Et l'on ne peut contester que ce soit Québec qui a été ie grand initiateur de ce mouvement, de cette activité littéraire qui devait, avec des alternatives de progrès et de lenteurs, se prolonger jusqu'à nos jours. Nous n'osons plus dire que Québec, perché sur son Acropole, est l'Athènes du Canada; il y a, certes, dans cette phrase classique que certains Grecs de la Nouvelle-France aiment encore à répéter aux oreilles |avides d'harmonie, une ambition et une sorte de fierté que justifie mal l'événement; mais nous osons croire encore que Québec, qui se dresse avec tant d'élégance dans le ciel et dans la lumière, qui se couronne de tant de grâces et de vaillance, qui baigne si profondément dans le flot gris ou bleu son rocher pittoresque, qui regarde
avec tant de joie les speciades incomparables que la nature a multipliés aulour de lui, et qui s'enivre si facilement du vin de sa gloire; nous pensons que Québec, où l'érable verdoie mieux que l'olivier d'Athènes, qui porte sur les Laurentides un regard que ne pourraient plus étonner les montagnes de l'Attique, est bien ici, sur ce sol du Canada, la cité de l'esprit, la ville des arts et des leltres, celle où s'épanouissent le mieux, et dans un ciel plus serein, les merveilleuses qualités du génie de notre race.
Et si Québec est resté si franchement attaché à ses vieilles traditions de France, n'est-ce pas précisément parce qu'ici plus qu'ailleurs l'esprit fut fortement occupé de tout ce qui peut faire resplendir sa pensée?
Nulle part, en effet, l'on ne retrouve mieux conservées qu'à Québec les habitudes, les mœurs d'autrefois, tout ce qui compose la vertu de l'esprit français. Sans doute le flot de la vie anglaise et américaine a passé sur ce rocher comme partout ailleurs au Canada, et il y a laissé quelquesunes des choses exotiques dont il est chargé. Mais combien légèrement encore il a glissé sur nos traditions, et comme il a laissé à Québec son cachet original de vieille ville normande ou bretonne I Ce n'est pas seulement sur ses murailles dont elle est ceinturée comme une vieille forteresse du
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moyen âge; ce n'est pas seulement sur ses inoffensifs remparts où des canons démodés allongent leur cou de bronze peinturé, et ce n'est pas non plus seulement dans ses rues étroites et tortueuses, montantes ou descendantes, bordées de maisons anciennes et traversées en été d'innombrables calèches vertes et blanches, que l'on se plaît à surprendre la physionomie française de Québec; mais c'est aussi dans l'allure de ses habitants dont le type est resté petit, vivant, et joyeux, c'est dans leurs relations familiales toutes faites de gaîté hospitalière et franche, dans leurs habitudes de vie publique où le progrès s'embarrasse de longues et indéracinables routines, que l'on aime à revoir encore tout le mouvement de la vieille cité française.
Ajoutez à cela que sur les lèvres des Québécois vous retrouvez le vrai parler ancestral, maculé parfois d'anglicismes, mais le plus souvent original encore, savoureux comme le dialecte des provinces de France. Et Québec se pique de parler la bonne langue française, et de vouloir la préserver de toute influence étrangère. C'est la ville où Buies et Tardivel devaient mener leur vigoureuse campagne contre l'anglicisme, c'est la ville où se devait fonder la Société du Parler français au Canada, et c'est la ville enfin d'où chaque mois part vers tous les points de l'horizon français le Bulletin, qui s'en va porter aux lecteurs, avec de bonnes études sur notre langue, les feuillets austères du lexique francocanadien.
Enfin, il convient d'ajouter ce dernier trait, Québec est une ville française encore par l'intensité de sa foi catholique et par le culte qu'il voue à ses traditions religieuses. Partout dans notre province, on a conservé cette foi des ancêtres et ce culte des traditions de la vie paroissiale, et nous ne songeons pas à grandir la piété de Québec au détriment de ceux-là de nos patriotes qui vivent en dehors de la vieille capitale ; mais il n'est que juste d'affirmer, semble-t-il, que nulle part ailleurs qu'à Québec la vie religieuse se manifeste avec plus d'assiduité, et avec plus d'abandon et de franche simplicité. La pratique des sacrements n'est, certes, nulle part plus répandue, et je ne sais si les congrégations d'hommes peuvent ailleurs nous fournir chaque dimanche des spectacles plus édifiants et plus pieux. L'on reproche parfois aux Canadiens français d'avoir plus de pratiques que de convictions religieuses; et cela est manifeste surtout peut-être dans les classes bourgeoises ou dirigeantes de la société, et cela se voit à Québec comme à Montréal. Mais nous croyons volontiers qu'il ne faudrait pas trop généraliser ce jugement sévère quand il s'agit de nos braves populations de Québec. Québec est une ville croyante, pieuse, et volontiers dévote; mais Québec a une foi robuste encore, virile et intelligente. Ne nous en a-t-il pas donné le témoignage irrécusable quand, il y a quelques semaines, il fit au Christ de l'Eucharistie ce triomphe
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inoubliable où la splendeur du culte traduisait si fidèlement l'intensité de l'adoration?^*^ Québec est donc bien catholique, et pour cela il est encore français. Son catholicisme lui est venu avec la vie qu'on lui apporta de France, à une époque où notre mère-patrie ne s'avisait de parcourir le monde que pour y faire « les gestes de Dieu; » et c'est la grâce de son baptême Irançais qui ra5^onne encore au front de la cité de Champlain.
Voilà, incomplètement esquissé et résumé, ce qu'après trois siècles d'existence Québec a gardé de ses origines et de son esprit français. A côté de tant d'autres souvenirs que rappellent les fêtes du troisième centenaire, c'est toutes ces choses que nous venons d'évoquer que vont nous remettre en mémoire les démonstrations de demain. Comprenons bien que si la fête de Québec trois fois séculaire est une fête canadienne dans le sens large et complet du mot, que si nos réjouissances québécoises vont déborder le cadre étroit et familial que certains leur auraient voulu assigner, que si
(1) Il s'agit de la grande proeession du Saint-Sacrement dans les rues de Québec, par laquelle s'ouvrirent, le dimanche 21 juin 1908, les fêtes du monument Laval. Dix huit évêques et archevêques, revêtus de leurs ornements pontificaux prirent part à cette procession triomphale qui, à la Haute-Ville, à Saiut-Jean-Baptist€, à Jacques-Cartier et à Saint-Roch se déroula pendant quatre heures.
cet anniversaire est à bon droit un événement national, et non plus provincial, cela est dû au rôle même que Québec n'a cessé de jouer dans notre histoire, et à sa mission éminemment civilisatrice de ville française. C'est la ville française, et pour cela canadienne, que viennent saluer les délégués officiels de l'Angleterre, de la France et de l'Amérique ; et c'est la ville française qu'aimeront à retrouver dans ses murs et dans ses faubourgs tous ces visiteurs et tous ces curieux qui viendront se mêler à nous. Et puisque c'est ce caractère français qui fait la fortune de Québec, qui constitue sa meilleure gloire, et qui est la condition véritable de son influence sur notre jeune patrie, souhaitons que de ces fêtes Québec sorte mieux connu, mieux apprécié sans doute et plus populaire, mais pardessus tout plus attaché à ses fortes traditions, et plus profondément enraciné que jamais dans son sol et dans son'esprit français.
Juillet 1908.
LE COURONNEMENT DU ROI
ALLOCUTION PRONONCÉE, DANS LA BASILIQUE DE QUÉBEC, LE JOUR DU COURONNEMENT DU ROI GEORGE V, le 22 juin 1911.
L'Empire britannique offre aujourd'hui le plus admirable spectacle.
Au centre même de ce vaste Empire, dans la vieille abbaye de Westminster, dans un merveilleux décor d'architecture, d'oriflammes et de draperies, en présence des plus hauts dignitaires de sa cour, des représentants de tous ses peuples, et des délégués de toutes les nations, au pied de l'autel où s'agenouillèrent ses ancêtres de la puissante maison de Hanovre, Sa Très Haute et Très Gracieuse Majesté George V reçoit sur son front la double couronne de roi et d'empereur. A cette heure où nous sommes ici réunis, là-bas, dans la capitale débordante et tumultueuse, les foules acclament dans un même triomphe le roi et la reine, unissent dans un même élan de piété patriotique le culte du Dieu Souverain et le culte traditionnel de la monarchie ; et par toute la terre britannique, chez tous les peuples qu'a touchés le sceptre royal d'Angleterre, l'hymne universel de
raction de grâces et de la prière monte vers le ciel.
Spectacle unique que celui de tant de nations autonomes, dispersées sur tous les continents, mais unies au même instant dans une même pensée loyale, exprimant à Dieu la même supplication ardente, et faisant tour à tour éclater dans l'aurore successive qui se lève sur elles, les accents d'une même joie profonde et des vœux sincères I
Vous avez voulu. Monseigneur, que votre peuple catholique de Québec, de cette capitale historique du Canada français, mêlât sa prière à tant d'autres, et vous l'avez convoqué dans votre cathédrale, dans cette basilique, où le «Te Deum)) qui a tant de fois retenti pour les rois très chrétiens de France et de Navarre, a aussi souvent appelé, avec une égale et franche piété, sur les rois de l'Angleterre, la louange et la divine bénédiction.
Certes, il y a dans ces cérémonies religieuses multipliées à l'occasion du couronnement de nos souverains, il y a dans toutes ces prières qui vont aujourd'hui vers Dieu, la plus belle et la plus significative leçon.
C'est Dieu qui donne aux rois la puissance, et c'est Dieu qui leur donne aussi la sagesse. Toute autorité vient de Celui qui règne dans les cielix, et à qui seul appartient la gloire, la vraie grandeur, l'unique indépendance. S'il est permis aux hommes de désigner l'élu, celui qui sera parmi eux le
(1) Mgr L.-N, Bégin, archevêque de Québec.
LE COURONNEMENT DU ROI
chef ou le roi, les hommes ne peuvent conférer à cet élu ce qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes, le droit de commander à autrui, et d'imposer aux peuples h règle de leurs devoirs. C'est de Dieu, de Celui-là seul qui est le vrai maître et le vrai souverain, que vient tout pouvoir : et le pouvoir n'est saint que parce qu'il procède de Celui qui est la Sainteté même, et les chefs, les rois ne sont augustes que parce qu'ils représentent sur la terre Celui qui est toute majesté.
C'est pourquoi le respect à Dieu est ce qui assure le respect à l'autorité de ceux qui gouvernent; et c'est pourquoi la foi à Dieu, et les pratiques religieuses de la foi sont aussi les meilleures garanties de tout l'ordre social. Aucune stabilité n'est assurée dans l'ordre, quand celui-ci n'est pas consacré par la religion des peuples, quand l'autorité n'a pour soutien que les caprices changeants de la faveur publique, quand la société n'a pour règle que les mobiles appétits de la foule.
Jamais peut-être on ne vit mieux qu'à certaines heures de l'histoire moderne la vérité de ces élémentaires principes. Si tant de trônes ont chancelé, si d'autres menacent encore de s'écrouler, si tant de pouvoirs ont été ruinés, si tant de sociétés sont bouleversées par des agitations malsaines qui effraient ceux-là mêmes qui les ont d'abord provoquées, n'est-ce pas, entre autres causes, parce que la notion de l'ordre, en même temps que la notion de l'autorité, a été faussée par les doctrines de l'impiété? n'est-ce pas parce qu'on a détruit dans
les consciences vides de Dieu le sentiment du respect? n'est-ce pas parce qu'on a voulu supprimer de la hiérarchie sociale Dieu lui-mêrne? Dieu qui est au sommet et qui est à la base, parcequ'il est au commencement et à la fin de loules choses?
On a voulu, selon le mot du sectarisme contemporain, laïciser l'Élat, affranchir de l'idée religieuse tous les esprits, l'esprit du politique, l'esprit du prolessionnel, l'esprit de l'ouvrier, et l'on oubliait que tout un peuple ainsi laïcisé, que toute une nation sans Dieu, sans loi, sans religion, manquerait de ce culte de l'ordre, de ce respect de l'autorité qui est l'un des plus nécessaires éléments de la vie et de la grandeur nationales.
L'Angleterre, qui a toujours si soigneusement ïetenu les leçons de son passé, dont la politique prévoyante plonge encore par tant de racines profondes jusqu'au sol de ses plus anciennes traditions, l'Angleterre s'est toujours gardée des dangereuses doctrines de l'athéisme social. Aujourd'hui, sous le gouvernement de la maison de Hanovre, comme aux époques lointaines où les dynasties des Saxons, des Normands, des Plantagenets, des Stuarts, se succédaient sur le trône, c'est à l'autel que s'appuie ce trône, et le roi qui s'y assied est pour cela sûr de voir monter jusqu'à lui le respect et la fidélité du peuple. Georges V est deux fois sacré aux regards de ses sujets, puisque sa couronne, déjà précieuse par tant de gloires séculaires, brille d'une auréole sainte qu'elle emprunte ce matin aux
LE COURONNEMENT DU ROI
splendeurs de Westminster, mais dont les plus purs reflets lui viennent du ciel.
C'est, d'ailleurs, dans cette conception religieuse du pouvoir, que le peuple trouve le gage le plus ceriain de sa liberté. La religion chrétienne qui, au témoignage même des historiens philosophes du dix-neuvième siècle, est le facteur essentiel de l'histoire et de la civilisation modernes, est, de sa nature, tutélaii e de tous les droits. Elle n'a pu, sans doute, produire qu'avec le temps tous les bienfaits sociaux dont elle gardait la promesse: le temps est nécessaire à toutes les évolutions de la politique; mais sa mission qui est, d'abord, d'apprendre aux hommes la vérité, a pour conséquence inévitable d'établir parmi eux non pas une chimérique égalité, mais la véritable et très douce fraternité.
Aussi, ne semble-t-il pas que les peuples les plus religieux soient les peuples les plus libres et les plus heureux? Quel peuple, par exemple, a mieux que le peuple anglais compris et de meilleure heure goûté la liberté? L'Ile des Saints fut, dès les siècles du moyen âge, la terre classique et libérale de la grande Charte. Et quel empire peut mieux que l'empire britannique se flatter aujourd'hui de compter sous un plus large drapeau plus de nations adultes, fières et libres? La véritable tolérance, ce n'est pas l'athéisme officiel qui l'inspire. Vit-on jamais, au cours de l'histoire contemporaine, de plus injustes tyrannies, qu'à certaines heures où
certains gouvernements pris de haine contre Dieu, voulurent ajuster leur politique aux desseins étroits de l'impiété? Oh I non, la véritable tolérance ne naît pas des passions antireligieuses; la liberté et la justice sont des vertus trop hautes pour qu'elles croissent en des âmes toutes terrestres ! Elles ont besoin pour s'épanouir de l'air pur du ciel. Et il faut donc aux peuples qui ont soif de justice, aux chefs et aux princes soucieux de liberté, il faut garder la foi protectrice de tous les droits, le culte .de Dieu inspirateur de tous les devoirs.
Aussi, sommes-nous heureux de voir aujourd'hui notre souverain, agenouillé devant Dieu, demander au Roi des rois, avec la couronne insigne de Sa Majesté, la confirmation de sa puissance, et l'inspiration de sa vie. C'est au pied de l'autel qu'il prononce son serment solennel : et ce serment George V, respectueux de la foi de tous ses sujets. Ta voulu dégagé de toute étroite formule, et plus conforme à son royal désir. Au moment de ceindre la couronne de ses aïeux, c'est un premier acte de tolérance que fait notre roi, et c'est un nouveau titre qu'il ajoute au respect et à la gratitude de ses sujets catholiques.
C'est pourquoi l'Eglise s'empresse de joindre aujourd'hui ses prières à tant d'autres qui montent vers Dieu pour le Roi. Elle, qui fut toujours gardienne de toute légitime autorité, qui a toujours rendu à César ce qui appartient à César, ne fait
LE COURONNEMENT DU ROI
que continuer ce matin, sur la terre canadienne, ses traditions déjà séculaires de loyauté.
C'est l'Église catholique qui fut ici, à certaines heures violentes de notre histoire, le plus solide rempart du pouvoir royal d'Angleterre. LesBriand, les Plessis, les Lartigue, tous les évêques qui gouvernèrent l'Église du Canada, n'ont cessé d'enseigner à leurs peuples la soumission à l'autorité établie ; c'est d'eux que nos pères ont appris à rester fermes, mais loyaux ; c'est à eux, en grande partie, que nous devons d'avoir vécu depuis cent cinquante ans une histoire qui est toute entière faite de fidélité britannique et de dignité nationale.
Groupés ce matin autour de notre vénérable archevêque, en présence de celui qui, dans cette province, représente, avec tant de dignité. Sa Magesté le roi, faisons donc monter sous les voûtes de cette basilique le chant d'actions de grâces et la prière. Puisque la lourde couronne d'Edouard VII, de Victoria, de tant de rois, pèse maintenant sur le front de notre monarque, remercions le ciel de nous avoir donné un prince qui déjà s'inspire des bienfaisantes traditions de sa maison, mais prions Dieu pour que le règne qui commence dans l'allégresse se continue dans la paix et dans la liberté.
Fils et héritier du «roi pacifique», Sa Majesté George V ne désire rien tant que de contribuer à donner la paix au monde, et de la conserver à ses sujets. Que le Dieu tout-puissant accorde donc à
(1) Sir François Langelier, gouverneur de la Province de Québec.
la terre cette paix internationale à laquelle s'emploient avec tant de tact et tant de zèle les souverains de la Grande-Bretagne ; mais qu'il donne aussi à tous les peuples qui vivent sous le drapeau de l'Angleterre la concorde et la prospérité! Paix à l'extérieur de l'empire I Paix à l'intérieur dans l'union fraternelle de tous les légitimes désirs, et dans le respect de tous les droits I Paix à l'extérieur I Paix à l'intérieur dans l'échange cordial des relations nécessaires, dans la généreuse activité de toutes les initiatives, dans le plein épanouissement de toutes les races !
Paix et liberté I Ce doit être le vœu le plus ardent des rois; c'est le bien le plus sacré des peuples!
Paix et liberté ! Liberté dans l'unité de la justice, et dans la variété des aspirations I
Que chaque peuple dont se compose l'immense empire, fidèle d'abord à son sang et à son histoire se développe dans l'harmonie de ses traditions, ajoute ses énergies propres et sa beauté particulière à la puissance de tous et à la gloire commune !
Paix et liberté pour les peuples ! Bénédictions pour leurs Excellentes Majestés le roi et la reine I Qu'ils soient bénis dans la sainteté de leur vocation providentielle ! Qu'ils soient bénis dans l'exercice de leur royale puissance ! Qu'ils soient bénis dans la prospérité de leurs Etats ! Qu'ils soient bénis dans la félicité de leurs peuples ! Qu'ils soient bénis dans l'intimité familiale de leur vie! Qu'ils soient bénis, enfin, dans leur longue et heureuse postérité !
Propos Scolaires