A L'ÉCOLE PRIMAIRE
Cette semaine s'est faite la rentrée générale des classes. Nos collèges et séminaires avaient donné l'exemple, il y a huit jours, et maintenant il n'y a plus de jeunes gens, ni d'enfants oisifs en nos campagnes recueillies.
L'école primaire est donc ouverte; elle est peuplée ; elle est remplie. Cette maison aux volets fermés que l'on voyait assise, solitaire et triste, au bord des routes, pendant les mois chauds de l'été, paraît avoir secoué sa langueur; elle est sortie de son silence de veuve ennuyée, et par les fenêtres où se groupent des petites têtes d'enfants curieux s'échappent le bourdonnement studieux des écoliers et les rappels à l'ordre de la maîtresse vigilante.
Rien n'est beau — même, surtout peut-être, quand on l'aperçoit à travers ses lointains souvenirs — rien n'est beau comme le spectacle que nous offrent ces écoles où les tout petits, rassemblés autour du maître ouvrent leurs esprits aux premières révélations de la science. L'innocence, la grâce, l'intelligence brillent à la fois sur ces fronts que n'ont pas encore effleurés les cruels soucis, et ces petits êtres portent encore en leur âme et conscience tout ce que notre humanité peut contenir de fraîcheur et de tendresse exquise. Ce sont des fleurs délicates, toutes
pleines encore de la rosée du ciel, et qu'il faut manier avec une pieuse dextérité.
Ils le savent bien, d'ailleurs, ces mioches, ou ils paraissent le soupçonner, qu'ils sont Torgueil et la joie des foyers, et Tespérance très douce de leur patrie, quand ils s'en vont, crânes et hardis, au dos, la main dans la main, le long des chemins qui aboutissent à l'école. Déjà parfois ils devisent de leur fortune, ils veulent presser le pas trop lent de la vie, ils s'élancent comme des petits fous vers l'avenir inconnu. Quand je serai grand," disentils, et ils s'entretiennent de leurs rêves, ils se confient leurs ambitions, ils s'appuient de leurs mutuels espoirs, et ils s'attachent ainsi les uns aux autres par ces relations où ils mettent en commun le meilleur de leurs âmes, par ces amitiés d'enfance qui sont si bonnes et si indestructibles, par ces liens très étroits que la mort seule pourra dénouer.
Enfants, caressez ces premiers songes, enivrezvous de ces parfums d'espérance que font arriver déjà jusqu'à vous les brises matinales de votre aurore. Mais souvenez-vous surtout que vous êtes dès maintenant les ouvriers de votre fortune, les artisans de votre destinée. Et puisque septembre vous a rappelés à l'école primaire, entendez son appel, et allez-y bien travailler.
Oh! sans doute, le travail n'est pas toujours facile à vos six où douze ans, et il pèse sur vos