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DE'LA-VILLA SAÏID-203 Au moment où l’on répétait la Pisanelle, au Châtelet, un reporter vint interviewer l’auteur qui se prêta de bonne grâce à l’inlerrogatoire.
Par hasard, le journaliste remarqua à un doigt du poète un camée antique :
— «Quelle admirable pierre !» s’écria-t-il.
— «Elle vous plaît ? fit Gabriele d’Annunz10. Elle est à vous. »
Et retirant aussitôt cette bague de sa phalange, il la passa lui-même royalement au doigt du visiteur qui cherchait en vain a refuser un st généreux présent.
Notre reporter comptait garder ce rare bijou en souvenir du grand écrivain.
Mais .l lui tardait d'en connaître la valeur.
Îl entra chez le beau premier lafidaire et lui montra la pierre gravée.
Le joaillier ne prit même pas la peine de s’armer de sa loupe :
— «Ça, dit-il dédaigneusement, c’est un morceau de verre. Ga vaut bien quatre sous. » D'où je conclus que Gabriele d’Annunzio
est un excellent auteur dramatique.
Mme M... — Maître, c’est entendu. Le Théâtre est le royaume des apparences trompeuses et souvent grossières. Tout n’y est que déception pour les esprits délicats.
Mais la vie est-elle si différente du théâtre ?
Mon métier me mit en présence des personnages les plus huppés de la terre.
Il faut que je vous raconte mes entrevues avec eux.
À Berlin, après une soirée où j'avais joué devant le Kaiser, je lui fus présentée.
Vous savez qu'il s’y connaît en stratégie, en peinture, en politique, en architecture, en diplomatie, en musique, en théologie, en danse, en couture, en cuisine.
Il s’y connaît aussi en littérature française.
— « Ach! fit-il, j'aime beaucoup la France. (Il l'aime, sans doute, comme le loup aime le mouton). Ach ! je raffole surtout de votre littérature. Je raffole !
Je raflole | Vous jouissez en ce moment
d’un grand génie. Je lis beaucoup ses œuvres. Je raffole ! Je raffole ! Nous n'avons pas l’équivalent en Allemagne.»
— « De qui donc Votre Majesté veut-elle parler ?»
— «De Georges Ohnet. Ach ! Georges Ohnet ! On n’a jamais rien écrit de plus colossal que le Maître de Forges.»
Vous voyez que le Kaiser s’y connaît en littérature française.
En somme, ce monarque, qui fait trembler le monde en retroussant sa moustache, n’est qu’un parfait imbécile.
Mme M... continua :
— Au Théâtre Impérial de Pétersbourg, je fus conduite à la loge du Tsar.
Il désirait, paraît-il, me féliciter.
Au moment où l’on m'introduisait devant lui, il se trouvait, je ne sais pour quelle cause, pris d’une indigestion. On lui tendait un bassin de métal. Il me reçut néanmoins, tourna vers moi des yeux blancs, et la Nature qui n’est pas plus clémente pour les potentats que pour les
mendiants, fit exécuter à cette triste ma-
Lai |] eleit UNS Be Mi FAI LTS Et LLC AR Dr Al ER TL \ A RES d Ge PA ON ee AE RS Din . pa à
206 LES MATINÉES rionnette une pantomime fort peu ragoûtante.
Je sortis sans attendre ses compliments, je vous prie de le croire.
Voilà sous quel aspect m’apparurent, au faîte de leur grandeur, les plus puissants souverains du monde (*). Chameau et bâtons flottants :
De loin, c’est quelque chose et de près, ce n’est rien.
Eh ! bien, dites-moi, après cela, si le - théâtre est plus trompeur que la réalité.
M. Bergeret prit en souriant la main de Mne M... et il y posa ses lèvres.
— Merci de la leçon, chère amie. Ÿ’ai eu tort de médire du théâtre. IT est beaucoup moins mensonger que je ne le prétends, et 1l ressemble assurément à la vie, puisque la vie ressemble tellement au théâtre.
(1) Au moment où Mme M... parlait de ces deux fantoches couronnés, elle les prenait pour des personnages de comédie. Elle ne se doutait pas que bientôt ils appartiendraient au drame. Mais comédie ou drame, n'est-ce pas toujours du théâtre ?
Anatole F rance chez Rodin {e déjeuner de Meudon
À natole F rance che Rodin
le déjeuner de Méudon
NATOLE France alla visiter un jour Auguste Rodin à Meudon.
Mne de N... l’y conduisit.
C’est une noble Polonaise, entre deux âges, petite, souriante, boulotte et qui zézaye avec volubilité un français fort assaisonné d’accent.
Elle adore les génies. Elle 1es aime platoniquement, mais passionnément. Elle se fait leur très humble servante. Elle avait donné son âme à la fois à Rodin et à M. Bergeret.
On la voyait à toutes les réunions de la Villa Saïd. Elle apportait des roses à notre hôte, et, s’inclinant, s’agenouillant presque devant lui, posait sur ses mains aristocratiques quantité de petits baisers goulus.
Elle en faisait autant à Rodin, quand elle l’allait voir rue de l’Université, rue de Varenne ou à Meudon.
Cette idolâtrie envers les grands hommes est plus fréquente qu’on ne pense et ils ont parfois beaucoup de peine à s’en préserver. [ls sont assiégés de billets doux.
Certaines femmes font ouvertement des avances à la gloire, de même que les hommes offrent leurs hommages à la beauté. :
Accompagné de Mme de N.., France vint donc à l'atelier rustique du célèbre sculpteur.
Quand M. Bergeret se promène, il se coiffe d’un feutre gris, peu élevé, qui, par ses larges bords, ressemble à une galette.
Son pardessus flotte un peu sur sa maigreur. Grand, bonhomme et légèrement
DE LA VILLA SAID »2r1
voûté, on croirait un aimable bourgeois qui se rend à sa maison des champs.
Il ne porte jamais sa décoration.
Il est, on le sait peut-être, officier de la Légion d'Honneur. C’est peu pour sa réputation ; mais lui-même prit soin en maintes occasions de dire qu’il se moquait des dignités.
Il cessa d’arborer la rosette au moment de l'affaire Dreyfus, en manière de protestation, quand on raya de l’Ordre Emile Zola.
Parfois, entre amis, 1l lui arrive de discourir sur le goût de ses compatriotes pour les emblêmes honorifiques.
— D'ou leur vient cetie manie ? demandet-il. Oui je sais, un homme décoré peut porter des chapeaux mous sans encourir le dédain mortifiant des concierges. C’est bien quelque chose. Il n'a plus besoin de veiller aussi strictement à la correction de sa mise, et l’on ne remarque plus les taches de son veston. Bref, le ruban sert de benzine.
Cet insigne peut encore étre utile en cas Ce fsrant délit d'oulrase aux mœurs.
orme un mouchard metirait-il le ra pin sur un monsieur dont la boutonnière est fleurie de rouge ?.
Mais, n'est-ce pas? cette hypothèse est toute gratuite. Car enfin jamais un homme décoré ne manque à l'honneur.
Alors, je ne vois pas pourquoi les Français convoitent la croix avec tant d’âpreté.
Sont-ils plus vaniteux que les autres mortels ?
Non, je ne le crois pas. L’homme est partout le même ; seulement, les témoti- gnages de sa vanité diffèrent d’une nation à l'autre.
L’orgueil des Italiens s'attache aux titres ronflants : cavaliere, commendatore.
* Celui des Allemands, aux peaux d'âne :
herr Doktor, herr Professor.
Celui des Yankees, au chiffre de la fortune : Un tel vaut tant ef un tel vaut le double.
En somme, notre appétit de rubans, de
Ta 4 peut-être le plus inoffensif et le moins importun.
macarons, de plaques et de crachats est
Rodin se jugeait, à coup sûr, très flatté de recevoir M. Bergeret.
Pourtant ces deux augures ne professaient pas l’un pour l’autre une admiration sans réserve.
Anatole France dans ses conversations avec ses intimes a coutume de s’exprimerlibrement sur l'inspiration de l’illustre artiste.
— Cest un génie. Ÿe suis persuadé que cest un génie.
J'ai vu de lui les plus frémissants morceaux de nu. Mais ce n’est point un de ces grands décorateurs comme la France en connut,surtout au X VITE et au XVIITe siècle.
Il me semble ignorer la science des ensembles.
Et surtout, avouons-le, 1l collabore trop avec la catastrophe.
M. Bergeret explique ce qu'il entend par ces mots quelque peu sibyllins :
— Il abuse du droit de casser ce qui, dans une œuvre, est mal venu.
Le bon président Fallières, qui visitait un jour officiellement le Salon, s'arrêta
214 LES MATINÉES devant une statue qui n'avait n1 tête, ni bras, ni jambes et dit simplement :
— « M. Rodin est assurément un grand homme ; mais ses déménageurs sont bien maladrotïts. »
Là-dessus, M. Bergeret ouvre le coffret des anecdotes :
— Savez-vous, demande-t-il, comment fut imaginé ce Victor Hugo à demi couché qui figure en marbre au jardin du Palais-Royal ?
Voici l'histoire :
Rodin venait d'achever en glaise une statue imposante du poète. Victor Hugo se dressait debout à la pointe d’un rocher.
Toutes sortes de Muses et d'Océanides virevoltaient au-dessous de lui.
Un matin, le sculpteur conduisit à son atelier une caravane de journalistes qui désiraient contempler l’œuvre nouvelle.
Par malheur, 1l avait laissé la veille un vasistas ouvert. Et comme un terrible orage avait éclaté pendant la nuit, une trombe d’eau avait réduit l'immense groupe en une bouillie informe. Le rocher s'était efjondré sur les divinités dansantes, Quant
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DE LA VILLA SAÏD z1s
à Victor Hugo, 1l s'était affalé dans un océan de boue.
Rodin poussa la porte, fit passer devant lui ses hôtes ; et soudain, il aperçut le désastre. Peu s’en fallut qu'il ne s’arrachät la barbe de désespoir.
Mais déjà montait un concert d’éloges :
— © Inoui ! — Prodigieux ! — Formidable ! — Ce lac de fange d'où émerge Victor Hugo, quel symbole ! — Maître, c’est un coup de génie ! — Vous avez voulu représenter l’ignominie d’une époque où seule l'inspiration du barde sublime surnageait noble et pure. Que c’est beau ! »
— « Vous trouvez ? » demanda timdement Rodin.
— « Comment donc! C’est le chefd'œuvre des chefs-d’œuvre. Oh ! surtout, Maître, n’y touchez plus ! »
Ce récit est piquant, sans doute. 57 non e vero.
— Dans ses dessins, continue M. Bergeret, Rodin ne représente guère que des femmes qui montrent leur. Et son audace monotone est quelque peu lassante.
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L'autre jour, dans une maison amie où je le rencontrai, il me confia qu'il exécutait, avec ravissement, une série d’aquarelles d’après un amour de petit modèle.
— « Cette jeune femme, me dit-il, c’est tout à fait Psyché…. Mais au fait, vous qui êtes savant, ne pourriez-vous m'apprendre ce qu'était Psyché ? »
Comme je cherche toujours à faire plaisir aux gens, je m'efjorçai de lui donner la réponse qu’il attendait.
— « Psyché, lu dis-je, c'était une petite femme qui montrait volontiers son. »
— « Ma foi, s’écria Rodin, c’est bien comme ça que je la vois. Et vous me rendez très heureux. »
Mais je ne puis lui reprocher son érotisme, ajoute M. Bergeret, car je sais bien que la sensualité entre pour les trois-quarts dans le génie des grands artistes.
Je lui passe moins volontiers son habitude trop désinvolte de s'approprier le travail d’autrut.
On me contait dernièrement qu’un photographe s'était rendu à Meudon pour pren-
D'ÉADMAVILI:A S'ATD 7
dre des clichés d’après les sculptures du Maître.
En l'absence de Rodin, il avait été reçu par un praticien.
Il avisa un énorme bloc de marbre à peine dégrossi, d’où sortait seulement un genou finement travaillé. Il s’extasia :
— © Admurable ! s’écria-t-il. Ditesmot, je vous prie, le titre de ce chefd'œuvre. »
— « C’est la Pensée », répondit le praticien. É
Le photographe ravi braquait déjà son appareil, quand on lui dit :
— « Ce n’est point de Rodin, mais de Despiau, son collaborateur. »
L'opérateur se tourna vers un autre bloc massif, d’où se dégageait un dos nu.
— « Splendide, fit-il. Comment appellet-on ça? »
— « Encore la Pensée. Mais ce n'est pas non plus de Rodin. C’est de Desbors, son collaborateur. »
Désappointé, le photographe apercut un troisième bloc, d’où surgissait un pied.
— « Merveilleux ! déclara-t-il. Qu'est-ce que cela représente ? »
— « Toujours la Pensée : c’est d'ailleurs assez visible ! Mais ce n’est point de Rodin. C’est de Bourdelle, son collaborateur. »
Alors, le photographe désespéré rechargea son matériel sur son dos et s'enfuit en prenant ses jambes à son cou.
Rodin, de son côté, tenait parfois au sujet de M. Bergeret, des propos dépourvus d’indulgence.
Certes il louait fort l’esprit d’Anatole France et les grâces de son style. Mais il prisait peu les nuances changeantes de sa pensée qu’il estimait spécieuse et trop peu ferme.
— Îl à la sauce, déclarait-il rondement, mais il n’a pas le lapin.
Il faut dire que le lapin était son régal.
C'était un souvenir du temps où, praticien, il fréquentait les gargotes. Le lapin lui semblait un mets des dieux. Evidemment, il manquait beaucoup à Anatole France, puisqu'il n'avait pas le lapin.
Aussi Rodin ne voulut-il jamais modeler le buste de M. Bergeret.
Il en avait reçu la commande du bon Dujardin - Beaumetz, surintendant des Beaux-Arts. Mais il ne se mit jamais à l’œuvre. Peut-être la mobilité eéxtraordinaire d’un tel visage le découragea-t-elle ?
Rodin fit admirer à M. Bergeret les ouvrages qu'il avait sur le chantier et sa collection d’antiques. Puis on passa dans la salle à manger.
Rose, la vieille compagne du statuaire, voulut s’esquiver. Elle se sentait mal à l’aise auprès d’un visiteur illustre. Rodin la saisit par le bras.
— Rose, assieds-toi là ! lui dit-il impérieusement.
— Mais Monsieur Rodin...
— Ÿe te dis de t’asseoir là !
Rose avait coutume d’appeler son compagnon « Monsieur Rodin » pour lui marquer du respect.
Elle grommela encore :
— Que les hommes sont drôles ! Ils s'imaginent qu’on peut être à la fois à table et au fourneau |
Mais elle prit place avec nous pour manger le potage.
Durant le repas, elle se leva maintes fois, desservit et trotta chercher les plats à la cuisine. Puis, vite, elle se rasseyait.
Rodin ne souffrait pas d’autre servante auprès de lui.
Rose était la plus douce créature.
La vie de cette femme timide, discrète, obscure, apeurée, à l’ombre du colosse despotique, auréolé de gloire, mériterait d’être contée par un Balzac.
Jadis, elle avait été d’une beauté fascinante. |
Parfois, Rodin montrait dans son atelier un admirable buste de Bellone, au regard courroucé. Et s’adressant à Rose :
— C’est toi, lui disait-il, qui as posé pour cette Bellone ; t’en souviens-tu 2?
Alors d’une voix chevrotante :
— Oui, Monsieur Rodin, répondait-elle,
PPT Al xl A: SAID 227
Le contraste était saisissant entre cette bonne petite vieille et la terrible déesse casquée qui autrefois avait été pétrie à sa ressemblance.
Elle idolâtrait son grand homme. Elle avait partagé avec lui les rudes épreuves d’une destinée pleine de cahots. Il ja torturait souvent. Car c'était le plus fan- : tasque et le plus inconstant des mortels.
Elle voyait entrer chez elle de belles dames, qui étaient ses rivales victorieuses, et dont elle devait supporter la présence sans un mot d’aigreur.
La moindre attention qu’il lui témoignait la comblait de joie.
Dans son jardin de Meudon, elle cultivait passionnément les fleurs. Nous le vîimes un jour en cueillir une et la lui offrir :
— Tiens, Rose, ceci est pour toi.
Le présent ne lui coûtait guère.
— Oh ! merci, Monsieur Rodin, fit-elle inondée d’un bonheur céleste.
Qu’on nous permette d’achever par quelques coups de crayon une silhouette si touchante et de rappeler ce que furent
22 LES MATINÉES les derniers moments de cette humble existence.
Lorsque la santé de Rose déclina, Rodin l’épousa. Et ce fut comme si le Paradis s’ouvrait au-dessus d’elle.
Mais la maladie la consumait. On l’installa dans un fauteuil d’osier sur le perron, pour que le soleil la réchauffât. Ses orbites étaient creuses, ses yeux trop brillants, ses pommettes empourprées. Elle toussotait sans cesse.
Rodin sentit tout à coup ce qu'il allait perdre. Il était bien vieux lui-même.
II s’assit près d’elle dans un fauteuil semblable. I] la regardait sans parler. Il posait sa grosse patte de fauve sur la main maigre et exsangue de la pauvre femme pour la retenir de force.
Elle rendit l’âme et le géant la suivit dans la tombe très peu de temps après.
La salle à manger où nous étions réunis était printanière comme une idylle.
Les fenêtres donnaient sur les coteaux bieuissants de Meudon, et sur la vallée de la Seine qui paresseusement ondulait scus un ciel d’argent.
Rose nous servit un grand plat de lapin et Rodin y pêcha lui-même des lardons pour les mettre courtoisement dans l’assiette d’Anatole France qu'il désirait honorer.
À un moment, comme le sculpteur s’apprêtait à mouiller son vin, il allongea la main vers une carafe cubique dont le bouchon de cristal était curieusement orné de spirales de couleur comme ces billes de verre dont raffolent les marmots. Et tout à coup :
— Rose, je l'ai déja dit que je ne voulais plus voir sur ma table.
Précipitamment, Rose agrippa l’objet athorré et s’enfuit en l’emportant. Elle revint tout aussitôt avec une autre carafe et nous dit :
— M. Rodin aurait jeté par terre celle qui lui déplaît tant !
— Nous sommes envahis par la laideur,
gronda le statuaire. Toutes les choses dont uOUS nous servons chaque jour ofjensent le goût. Nos verres, nos assiettes, nos chaises sont horribles. On les fabrique à la machine. Et la machine tue l'esprit.
Autrefois, les moindres ustensiles domestiques étaient beaux, parce qu'ils reflétaient l'intention de l'artisan qui les avait faits.
L'âme humaine les parait de ses rêves.
J'ai lu chez Andersen, l’adorable écrivain danois, que, la nuit venue, les meubles et les autres objets du foyer se mettent à converser entire eux.
Les chandeliers font la causette avec la pendule, les chenêts bavardent avec les pincettes.
A vrai dire, toutes les reliques du passé parlent ainsi, même en plein jour. Elles nous murmurent cent confidences attendrissantes sur les braves gens qui les façonnèrent.
Mais nos meubles d'aujourd'hui se taisent.
Qu’auraient-ils à dire? Le bois d’un fauteuil nous révèlerait qu'il fut débité à la grosse dans une scierie mécanique du Nord ;