‹ propos d'Anatole FranceChapitre 16 sur 20 · LISE · texte numérisé non relu

LISE

DE LA VILLA SAÏD 225 le cuir qu'il vient d’une grande mégisserie du Midi ; les cuivres, qu’ils furent coulés à des milliers d'exemplaires dans quelque usine de l'Est ou de l'Ouest. Et si tout cela se mettait à discourir ensemble, quelle effroyable cacophonie !

Îl est triste, voyez-vous, de vivre à une époque ou les petits dieux familiers de nos demeures gardent un silence de mort.

M. Bergeret reconnut que notre art décoratif était très bas.

RODIN. — S% ce n’était que notre art décoratif ! Mais c’est l’art, l'art tout court gui est tombé à rien. Il n’y a point de distinction à faire entre l’art décoratif et l'art : fabriquer une très belle table ou modeler un torse de femme, c’est tout un.

L'art consiste toujours à traduire des rêves par des formes. On ne rêve plus ! On ne sait plus que toute ligne, pour être harmomieuse, doit interpréter la joie ou la douleur humaine.

Et dans ce qu’on appelle le grand art, dans la sculpture, par exemple, de même que dans la fabrication des choses usuelles,

c'est suriout le mécanisme qui pourchasse et tue le rêve.

Cette sortie prophétique déconcertait un peu M. Bergeret qui n’a point coutume de planer si vertigineusement. Il ramena la conversation à une altitude plus modeste,

— Comment le mécanisme, demanda-t-il, peut-il influer sur la sculpture ?

— Comment ? fit Rodin toujours grondant. Maïs c’est que le moulage a remplacé le talent (°).

FRANCE. — Le moulage ?

RODIN. — Oui, ce procédé mécanique est aujourd'hui couramment employé par nos statuaires. Ils se contentent de mouler des modèles vivants.

(x) Auguste Rodin, à ses débuts, avait été accusé par les sculpteurs académiques de recourir au procédé qu’il réprouve si violemment.

L'Etat, qui désirait acquérir son Age d’Airain, chargea même une commission de s'assurer que cette œuvre n’était pas un simple moulage sur le vif.

Il est piquant d'entendre ici l’homme de génie, qui toujours spiritualisa la nature, renvoyer la balle à ses adversaires dont la plate technique mérite assurément sa verte mercuriale.

Le public ne le sait pas encore. Mais dans notre corporation, c’est le secret de Polichinelle. Les statues modernes ne sont que des moulages placés sur des socles. Le sculpteur n’a plus qu’à se croiser les bras.

Cest le gâcheur de plâtre qui fait toute la besogne.

FRANCE. — Permettez-moi une question.

Je conçois bien ce que vous dites quand les personnages d’un monument sont exactement grandeur nature. Mais comment nos artistes s'y prennent-ils donc quand ils exécutent des figures plus grandes ou plus petites que la taille réelle ?

RoDiIN. — Ce n’est point une difficulté.

Car on dispose d'instruments pour agrandir ou diminuer les moulages.

FRANCE. :=— Et dans l'ancien temps, dites-vous, les sculpteurs s’abstenaient de mouler sur le vif ?

RoDiIN. — Îls n’utilisaient les moulages que comme documents. Dans tous les ateliers d'autrefois, l’on voyait pendus aux murs, des bras, des jambes, des torses moulés, qui étaient d’un galbe parfait.

… Les artistes les consuliaient pour contrôler dans leurs œuvres l'insertion des muscles ; mais ils se gardaient bien de les copier et toujours ils s’efforçaient d'animer ces références, de les transformer, d'y faire palpiter

. leur inspiration. C’est l'Italien Canova, qui,

à la fin du XVIIIe siècle, se mit à incorporer des parties moulées dans ses statues. Le grand nombre des travaux dont il était chargé le forçait à cette méthode expéditive. Depuis lors, son exemple fut universellement su1v1.

Les statuaires ont cessé d’ apposer à leurs ouvrages le sceau de la pensée qui transfigure les choses et les illumine de vérité intérieure. Ils n’ont plus recherché que le vulgaire trompe-l’œil. Non contents de mouler le nu, ils ont, par une pente fatale, reproduit avec exactitude les vêtements réels. Dans les costums de femmes, ils ont imité rubans, dentelles, passementeries ; dans l’'habillement masculin, redingotes, culottes, manchettes, faux-cols, tout le rayon de la dernière mode. |

Nos rues et les façades de nos édifices

; + Durs ds ds né at si

! nationaux sont ainsi devenues des succur- - sales du musée Grévin. |

FRANCE. — Ce n'est que trop vrai, mon cher Maître. Et ce bas réalisme s’atteste encore dans la sculpture moderne par quantité d'accessoires de la vie courante, meubles qui semblent sortir de chez l’ébéniste, appareils scientifiques, objets de toutes sortes qui sont un poids mort pour l'Art, puisqu'ils échappent, par leur raideur précise, à la fantaisie de l'interprétation.

On composerait un étrange bric-à-brac de tous les attributs qui alourdissent nos monuments officiels.

Le fourneau de Bernard Palissy voist-

merait avec la fiole de Pelletier et de Caven-

tou, la balance de Lavoisier, la table de dissection et le caniche mort de Claude

Bernard, le fauteuil de Diderot, la chaise

de Camille Desmoulins, la presse de Re-

naudot, le lit d’hopital du Docteur Tarner, la selle tournante de Gérôme, etc.

Mais à côté de ce capharnaüm, 1l faudrait ouvrir une ample annexe pour y

remiser des pièces démesurées comme le

mo LES MATINÈÉES

télégraphe Chappe et le Ballon du Siège.

RoDIN. — Les artistes d'aujourd'hui ignorent que le rôle de l’art est de traduire l'âme humaine, qu’on ne représente pas la science par des machines, mais par un front gui pense et des yeux qui méditent ; qu’on ne figure pas le courage par des canons et des aérostats, mais par des visages mâles et des poitrines résolues.

L’accessoire est leur suprême ressource, parce qu'ils ne savent plus faire rayonner l'esprit.

M. Bergeret, qui est fort civil, jugea bon de dire que notre sculpture moderne jetait pourtant quelque éclat.

Et Rodin, comme si cet éloge ne s’adressait pas à lui, cita magnanimement Dalou, dont il loua la République triomphante traînée sur un char par des lions et suivie par la Justice et l’Abondance.

FRANCE. — Certains critiques ont désapprouvé cette mythologie; mais je ne pariage pas leurs préventions. L’allécorie

DESLAYVILLA SAÏD 237

tant décriée me paraît seule capable de traduire les idées générales. N'est-ce point votre avis ?

RODIN. — S% fait ! Il ne s’agit que de rajeunir les vieilles images. Ainsi la Marianne de Dalou coiffée du bonnet phrygien reproduit le type convenu de la Liberté ; mais son geste empreint de famiharité, son visage à la fois grave et modeste sont ceux d'une brave ouvrière d’aujourd’hu.

FRANCE. — 1] en est de même dans l’ordre httéraire. Considérez l’allégorie de la Victoire. Elle est extrêmement ancienne et semble bien usée. Lisez pourtant la Proclamaïion de Napoléon au retour de lile d’Elbe :

La Victoire marchera au pas de charge.

Est-ce la Nikè antique, dites-mot ? Non, c’est sa Victoire à lui que Napoléon mène ainsi tambour battant. Au pas de charge!

Elle n'a plus d'ailes, mais elle foule les routes et les champs avec furie. Elle est.

poudreuse, échevelée, plébéienne…

Là-dessus, on convint que lallégorie comme toute ressource artistique ou lit- téraire, ne vaut que par le génie de ceux qui l’emploient. Et par hasard le nom de M. Puech vint sur le tapis.

France. — Oh! celui-là me fait terri- blement peur. Il m'arrive parfois de traverser, quand j'y suis contraint, le jardin du Luxembourg. Il est tout hérissé de monuments funèbres consacrés aux écrivains et me produit l'impression peu réjouissante d’un cimetière des Muses.

Mais, Leconte de Lisle, caressé par une :

grande femme ailée, en saindoux, me semble suriout à plaindre. Et quand je l’aperçois, je me sauve en songeant que peut-être, un jour, sous ces ombrages, M. Puech repré- … seniera une affaire Dreyfus en suif, baisant à pleine bouche mon buste en margarine.

Rodin éclata d’un bon rire de géant.

% # + APM

Les deux grands hommes se trouvèrent naturellement amenés à parler des

changements qu’on fait subir à Paris.

Ils y naquirent l’un et l’autre et M. Bergeret qui fut élevé dans une boutique en face du Louvre sur les bords de la Seine indolente, chérit avec tendresse le souriant décor d’édifices affables et de frissonnants feuillages, qui enchanta ses yeux d’enfant.

— On finira, dit-il, par rendre laid notre Paris.

RoODIN. — En effet, on y détruit partout les anciens logis qui en sont la plus noble parure.

Les politiciens, les ingémeurs, les architectes et les financiers modernes ourdissent une conspiration maudite contre la grâce que nous légua le passé. On démolit à grands coups de pioche les plus radieux vestiges du XVIIe et du XVIIIe siècle. Dernièrement n'a-t-on pas saccagé la délicieuse île Saint-Louis où le rêve, traqué de toute part, semblait s'être réfugié.

Virgile a conté une dramatique légende. Pour alimenter le feu d’un sacrifice, Enée rompt les branches d’un myrte. Soudain le

sang coule des rameaux brisés et un gémssement se fait entendre :

— « Arrête, malheureux, tu me blesses, tu me déchires ! »

Cet arbuste était un homme métamorphosé par la volonté des dieux.

La fable du poète me revient souvent en mémoire quand je vois des Vandales porter le pic dans les fiers hôtels d'autrefois.

Il me semble alors que les murailles saignent, car elles sont vivantes et humaines comme le myrte de Virgile.

Par le rythme harmonieux de leurs monuments, les Français de jadis ne nous parlentils pas ?

Briser un mascaron du XVIe siècle, un portique du XVIIe, une frise délicate du XVIIIe, c'est balafrer criminellement le visage de nos ancêtres, c’est lacérer leurs lèvres éloquentes. Quel forfait d’étouffer leur voix !

Encore si les demeures bâties à la place de celles qu’on jette à bas étaient belles !

Mais la plupart sont hideuses.

FRANCE. — Elles sont toutes trop éle-

vées. La hauteur modeste des habitations était le principal agrément du vieux Paris.

Elles ne dérobaient pas à la vue le doux ciel de l'Ile-de-France. Comme le terrain coûtait peu, elles se développaient en largeur. C'était le secret de leur charme. Le sol est devenu très cher et les maisons d’aujourd’'hui ne montent que faute de pouvoir s'étendre. C’est la raison de leur laideur.

RoDIN. — Elles n’offrent ni proportions, ni style, m détails aimables. On a oublié que larchitecture comme la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, est un langage de l'âme. Le goût se meurt. Et le goût, c’est l'esprit d’un peuple exprimé dans sa vie quotidienne, c’est son caractère rendu sensible dans ses costumes, ses foyers, ses jardins, ses places publiques. Notre société déteste l'esprit. Elle tue le rêve.

Il poursuivit :

Ne parle-t-on pas de substituer, devant le Louvre, à la légère passerelle des Arts un énorme pont de fer ?

C’est à hurler ! En face du Palais des Rois, 1l ne faudrait que de la pierre.

Cet amas de Femelle, dont on nous me- nace, enjamberait le fleuve tout près de la pointe du Vert-Galant, paraît-il.

On gâterait ainsi le prodigieux pays composé par les deux berges de la rivière, le Louvre, le Palais Mazarin, la Monnaie, la verdoyante proue de l’île de la Cité et de Pont-Neuf majestueux comme une tra- FA D de Corneille ou une toile de Poussin.

Si cet ensemble est parfait, c'est que de génération en génération, les Parisiens se léguèrent le devoir de l’embellir. Comme s les accords de la lyre d Amphion soulevaient les pierres dociles qui d’elles-mêmes

… mélodie a groupé dans un ordre irréprochable tant de rayonnants édifices autour de la Seine où tremble leur image.

Et tout à coup, on veut saccager ce large chef- d'œuvre !

7 ‘at-il rien de plus utile pour une nation que le charme d’une ville où se traduit

équilibré, clair et allègre. Voil; une leçon

formaient de divins monuments, une secrète

FRANCE. — Utilité pratique, dit-on. Maïs.

œisiblement son esprit sociable, hardi, bien

1 en

qui, dans la vie d’un peuple et pour son avenir, vaut mieux que tous les ponts de fer, je pense !

Après le café, on sortit dans le jardin et l’on avança au bord d’un escarpement d’où le regard embrasse l’immense Paris.

Jusqu’à l’horizon le plus reculé, se déployait l’océan des dômes, des tours, des clochers.

À travers les nuées légères, le soleil promenait sur cette vaste houle de pierre ses rayons d’or et d’opale.

Mais souvent les fumées des usines qui ronflaient dans la vallée étendaient sur cette féerie de gigantesques crêpes noirs.

— Etait-ce si difficile, dit France, d’éloigner de la cité ces fabriques nauséabondes ?

N'est-ce point une absurdité de permettre que l’air de Paris soit continuellement empesté par les hautes cheminées qui l’encerclent? N'est-ce pas un odieux sacrilège contre une ville si belle ?

RopiN. — Notre époque, où règne l’ar-

les pires attentats contre le

| gent, | he

droit de tous à la santé et aussi à la beauté. Elle empuantit et salit tout. Elle tue le Réve ! Elle tue le Rêve ! | #

FRANCE. — Mais le Réve ressuscite tou-

jours. Et.peut-être se vengera-t-il ? Peut-

être construira-t-1l bientôt une autre société

moins bassement utilitaire et moins dédai-

gneuse de l'esprit.

Tels étaient les propos attristés qu’échangeaient ces deux prophètes sur la colline de Meudon. |

Graf

Never

Sur Les SU erres

Sur os Su erres

Bergeret a toujours détesté N À la guerre. Dans plusieurs e de ses livres, le Lys Rouge,

POrme du Mail, le Mannequin d'Osier, par exemple, il a traduit cette exécration par une ironie plus puissante encore que la fureur.

Avant que la tempête se déchaînät, il lui arrivait de dire qu’il n’y croyait pas, parce que les formidables armements la rendraient trop horrible, et parce que les gouvernements européens, tous plus ou moins teintés de démocratie, reculeraient

devant les hasards militaires. D’autres

fois, au contraire, comme chacun de nous, .

il était saisi d’angoisse.

« Que nous soyons assurés d’une paix que rien ne troublera, écrivait-1l dans la préface de Yeanne d’Arc, il faudrait être insensé pour le prétendre. Les terribles rivalités industrielles et commerciales qui grandissent autour de nous font pressentir au contraire de futurs conflits et rien ne nous assure que la France ne se verra pas un jour enveloppée dans une confilagration européenne ou mondiale. »

Tragique prophétie qui devait peu tarder à se vérifier, hélas !

Durant les années affreuses, quand la Patrie qu'il chérit filialement fut menacée de périr, il éprouva d’effroyables serrements de cœur.

Puis, à l’occurrence, il laissa percer dans ses entretiens les appréhensions que lui causait la renaissance de l’esprit de conquête chez les alliés à mesure que leur triomphe devenait moins douteux.

Aussitôt après l'armistice, comme il

te

DE LA VILLA SAÏD 243 assistait à une cérémonie en mémoire de Jean Jaurès, il fit, au milieu de la foule effervescente, un de ces nobles gestes qu’elle interprête sans peine et qu’elle acclame toujours.

Prenant la croix de guerre d’un mutilé, 1l lPépingla sous le buste de celui qui avait prêché la fraternité avec tant de passion et qui avait donné sa vie pour elle.

II attestait ainsi que le peuple de France avait saintement ofiert son sang à la paix et la protégerait dorénavant avec fermeté contre toute frénésie belliqueuse.

Depuis, il ne manqua pas une occasion de lancer de nouveau l’anathème contre la guerre et d’appeler de ses vœux un ordre social où elle serait à tout jamais conjurée.

La conversation qui suit fut tenue à la Villa Saïd quelques années avant linexpiable horreur.

Nous étions en délicatesse avec nos

incommodes voisins de l'Est, à propos du Maroc. Au lointain, déjà commençait à gronder l'orage.

Ce jour-là, M. Bergeret parla d’abord des gazettes d’Outre-Manche qui nous donnaient un peu trop bruyamment raison contre les Allemands.

— L’ Angleterre m'inquiète, murmura-t-il.

Elle est martiale à l'excès.

Certes elle est brave. Et peut-être ne craint-elle point la guerre pour elle-même.

Mais je crois bien qu’elle la craint moins encore pour la France.

(On rit).

FRANCE. — Oh! le mot n’est pas de moi. Du moins, ce n’est qu’une variante d’une menace boufjonne que proféra jadis un certain Bermudez de Castro conire Baudelaire. |

On pria France de conter l’histoire de Bermudez et il ne se fit point tirer l'oreille.

— C'était, dit-il, un noble Espagnol.

Dans son pays, il avait été persécuté pour avoir traduit les Mystères de Paris. Les

“ je à Le FF, .

cléricaux de là-bas étaient si eat £ notre puéril Eugène Sue leur paraissait infernal.

Le traducteur s'était donc exilé en France où la société littéraire lui avait fait bon accueil. Théophile Gautier, Baudelaire, Flaubert l'admettaient parmi eux, car son originalité les divertissait. Il était follement é orgueilleux en sa qualité d'hidalgo, et mira- culeusement sale. Pour connaître le menu de son dernier repas, il suffisait de jeter un coup: d'œil sur sa large barbe notre. Avec cela, plus fat que Narcisse. &

Un jour qu'il dinait avec ses amis, il ro on er grotte be deilte ie : sement parfumée. Elle avait été glissée par + Baudelaire. te #3 Bermudez flaira l'enveloppe, crut deviner une bonne fortune et furtivement fourra le billet dans sa poche. Puis, dès qu’on se leva de table, il s’isola dans un coin pour le lire.

Æt ce furent des éclairs dans ses yeux, des

palpitations de narines, des soupirs d’espé-

rance. Baudelaire et les autres l’épiaient sous cape et savouraient toutes ses mines.

Ê % AU LI Ét TRES ORNE 1 ts #4 HÉ) LÉ # ï 40 Li OMR VER) NÉES D RME: :

Le poulet disait à peu près ceci : AFP — « Noble Espagnol, vous êtes grand et je suis souple, vous êtes brun et je suis blonde, vous êtes fort et je suis belle. Ÿe vous aime. Trouvez-vous ce soir à minuit place Saint-

Sulpice, près de la fontaine. »

À minuit, les mystificateurs qui avaient

Et feint de rentrer chez eux allèrent s'embusquer non loin de l'endroit convenu. C'était Chiver, 1l faisait un froid de canard sau-

Ne ‘on e. L'hidalgo était déjà là. Plus cambré

‘que jamais, poing sur la hanche, moustaches

en bataille, il tournait autour de la fontaine.

Une bise aigre balayait la place déserte et

| fouettait leon qui, se glaçant aux mufles

des lions de pierre, y accrochaïit de fantastiques barbes blanches. |

Bermudez tournait, tournait.

Le quart sonna, puis la demie. Flegmatique et superbe, il tournait toujours. :

Tout à coup, d’un coin de la place, jaillit un grand éclat de rire, suivi d’une apostrophe

| goguenarde.

# — « Ohél Seigneur don Juan !

Alors Bermudez au comble de la au x

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