‹ propos d'Anatole FranceChapitre 3 sur 20 · XIV AU LECTEUR · texte numérisé non relu

XIV AU LECTEUR

Déjà quelque temps avant la guerre, d’amers chagrins inclinèrent Anatole France à l'isolement. L’effroyable cyclone le chassa de Versailles où il avait cherché le repos dans le nostalgique rayonnement du passé.

Il porta ses dieux lares à la Béchellerie, petit domaine qu'il acquit près de Tours ei où 1l médita pendant les années affreuses.

Tant de catastrophes l'ont assombri.

L'épreuve de l’interminable boucherie fut cruelle à un cœur débordant d’humaine compassion. Il n’y a point d'apparence que notre bon maître reprenne jamais les réunions amicales où pétillait autrefois sa verve narquoise. Aussi ne tardons-nous pas davantage à en fixer le chatoyant souvenir :.

(1) La plupart de ces entretiens furent publiés par fragments dans le Cri de Paris, auquel nous avons l'honneur de collaborer depuis près de vingt ans. Quelques-uns parurent aussi dans la Grande Revue.

1 dures ds sage

Les 4 nl

‘Wa à x.

La chaumière du sage

E long de l’Avenue du bois de Boulogne, fringantes amazones

et souples cavaliers, dévalant

de l'Arc de Triomphe vers la porte

Dauphine, caracolent dans l’argent du matin.

Sur une des marges de cette chaussée or-

gueilleuse, s'ouvre une impasse tranquille, plantée de sycomores qu’un diligent éla-

gueur a taillés à la française. C’est la Villa

Saïd.

Les demeures qui la bordent sont de

hauteur modeste et, quoique dans l’en-

ee

| Dit r £ L he : *. )

ceinte de Paris, semblent déjà des maisons champêtres.

Derrière leurs grilles festonnées de lierre, elles sont coquettes et pimpantes. Elles abritent de paisibles gens, rentiers, artistes, écrivains, philosophes.

Celle d’Anatole France porte le numéro 5.

Durant la guerre, elle fut longtemps muette ; le maître l’avait désertée. Elle paraissait veuve et mélancolique. Des briques et du plâtre aveuglaient vilainement la porte et les fenêtres du rez-de-chaussée.

C'était l’image même de l’affliction.

Depuis, cette façade morose a rouvert ses baies comme des paupières et s’est éclairée d’un nouveau sourire. Anatole France revient parfois dans son ermitage, quand il ne séjourne pas sur les bords de la Loire à Saint-Cyr-lès-Tours, ou bien chez des amis, sous les ombrages de Saint- Cloud.

Mais cette maisonnette de la Villa Saïd, cette Chaumière du Sage, nous la voulons décrire telle qu’elle était à l’heureux temps

DE LA VILLA SAÏD 3 où une foule de visiteurs la hantaient.

L’huis peint en vert était tout un musée. La poignée de la sonnette était de bronze. C'était une petite tête florentine dont la grâce accueillait amicalement la main qui la caressait. La boîte aux lettres était scellée par des médailles antiques.

Un jour, le maître lui-même nous fit les honneurs de son logis. :

Nous avions été reçu par la bonne vieille Joséphine. C’était la digne intendante de M. Bergeret. Son visage exprimait toujours quelque méfiance. Elle entrebaillait à peine le battant, regardait sous le nez le nouveau venu, le tenait prudemment dehors pendant cette minutieuse inspection et ne lui livrait accès qu’à bon escient.

Quotidiennement, sur les carrés de bristol qu’on lui tendait, elle épelait des noms de ducs, de marquis, de généraux, d’académiciens, de banquiers, de ministres.

Joséphine était blasée sur les grandeurs humaines. Elle en avait mesuré toute Îa vanité,

2" LES, MATINÉES . — Le Maître est-il là ? lui demandait-on.

— Le Maître ! Le Maître ! répétaitelle en grommelant. Pourquoi l’appélezvous le Maître ? Il n’est maître que de sa soupe, quand il la mange et encore seulement quand il l’a dans la bouche.

Ces propos savoureux, elle les mâchonnait entre ses dents aurifiéés.

Il ne déplaisait pas d’entendre la servante d’un philosophe émettre des opi- - pions si pleines de moëlle.

Le vestibule regorgeait de trésors :

faiences persanes aux œillets bleus, verts et rouges, poteries de Rhodes aux reflets mordorés,.archaïques statuettes dressées sur des guéridons et des consoles.

Un gros moine dépêchait son rosaire près d’une Vierge allemande au front protubérant et aux longs cheveux crêpelés.

Une mignarde Lucrèce italienne se perçait éternellement le sein. | L’escalier s’irisait de vitraux anciens pailletés d’or.

Dès l'entrée, l’on reconnaissait le goût

d’un des plus savants et des plus subtils collectionneurs. |

Cette antichambre décorée si fastueusement nous rappelait une anecdote qu’on nous avait contée.

Une jeune étudiante russe arrivée à Paris n'eut pas de plus pressant désir que de voir Anatole France. D’après les livres et la renommée de l'écrivain, elle idolâtrait cet ami des humbles et des souffrants.

Munie d’une chaude recommandation, elle court à la villa Saïd.

Elle remet sa lettre à Joséphine qui gravit un étage pour prévenir son maître.

IT consent à recevoir la visiteuse.

— Montez ! crie rondement Îa servante par-dessus la rampe.

Mais on ne répond pas.

Joséphine, un tantinet impatientée redescend. L’antichambre est vide. Elle cherche dans la salle à manger, dans le salon. Personne.

— Eh! bien, Yoséphine? interroge le Maître qui attend. |

+ Eh! bien, Monsieur, je ne sais où diable cette demoiselle est passée.

— Hein ?

— Elle s’est escamotée.

— Que me chantez-vous la ?

— Monsieur, je n’y comprends goutte.

J'ai fouillé partout. Je ne la retrouve plus. Elle est partie !

— En voilà une toquée, par exemple !

On eut plus tard le mot de l’énigme.

Sitôt le seuil franchi, la Russe avait été frappée de stupeur devant un raffinement de luxe qui dépassait l’opulence des Crésus les plus magnifiques. Ce n’était point ainsi qu’elle avait imaginé Ia retraite d’un apôtre. Cette âme fruste, cette candide enfant de la Scythie ne pouvait admettre que la passion du Beau fût compatible avec la sensibilité du cœur. Une sorte d'angoisse l’avait étreinte. Soudain, elle avait fait demi-tour, elle était sortie, elle avait doucement refermé la porte et s’était enfuie beaucoup plus vite qu’elle n’était venue. Jamais on ne la revit.

Nous n’eûmes garde d’imiter l’étudiante

russe et dès que Joséphine nous eût hélé, nous nous hâtâmes de grimper au cabinet du philosophe.

Anatole France allait confier sa tête au barbier et, avec une bonne grâce qui nous fut précieuse, il s’excusa de faire procéder à sa toilette en notre présence.

Figaro, qui s’avançait avec le rasoir ouvert et la savonnette, répandit sur la table un peu de mousse et dispersa quelques feuillets d’écriture.

France le dévisagea d’un regard comiquement irrité :

— Vous pénétrez toujours chez moi comme un char armé de faux. Vous êtes un.

homme terrible.

Habitué sans doute à ces algarades lyriques, l’homme terrible ne souffla mot et se mit en devoir d’opérer. La tâche n’était point aisée, car M. Bergeret s’agitait et causait sans cesse, tandis qu’on lui rafraîchissait la mâchoire.

Grimm, dans un de ses contes, parle d’un barbier si habile qu’il rasait un lièvre à la course. C’était jeu d’enfant auprès

8 LES MATINÉES du prodige dont nous fûmes témoin.

La chambre à coucher était charmante.

Au-dessus du lit Renaissance, de brunes colonnes torses soutenaient un baldaquin italien dont la soie verte était égayée de ramages aux nuances tendres.

Parmi les objets qui lui agréaient le plus, France nous désigna sur la cheminée une sculpture antique. C'était une tête féminine, un peu rejetée en arrière, et dont les yeux mi-clos étaient noyés de langueur amoureuse :

— Ÿe l’ai dénichée, fit-1l, près de Naples, au bord de la mer, dans une hutte de pécheurs qui était presque entièrement construite avec des débris de chefs-d’œuvre.

J'avais un assez long chemin à faire pour regagner l'hôtel. Ÿ'ajoutai donc une re au prix convenu pour qu'on me portât ce marbre qui est fort lourd. Et d’abord je ne pris pas garde à la personne qui s’en chargeait. Mais, tout à coup, je m’aperçus que c'était une pauvre femme, grosse à pleine ceinture.

Je m'empressai de lui retirer ce fardeau

DE LA VILLA SAÏD o pour le confier à un jeune gars que je gratifiai par avance d’une autre piécette, d'argent. Or, voyez comme les bons sentiments sont méconnus. Cette brave pêcheuse fut tellement dépitée d'avoir été payée pour un service dont je la dispensais, qu’elle inlerpréta na COMpassion comme un outrage. Elle ne me rendit point la lire que je n'eusse certes pas reprise, mais elle me suivit tout le long de la route en m’accablant d’injures grossières.

Je connus ainsi que l’honnéteté est pro-

fondément ancrée dans le cœur de l'homme.

et même dans celui de la femme.

Ce n’est point le seul souvenir qu’évoque en mot cette tête voluptueuse.

Je quittai Naples par mer.

Les Itahens, vous le savez, s’'assurent que les voyageurs n’emportent pas d'œuvres

d'art dans leurs bagages. Une prescription.

très sage, l’édit Pacca, interdit, qu’on ravisse les merveilles artistiques dont s’enorgueilhit la Péninsule.

Je tenais à cette tête et je m'étais bien promis de ne pas la déclarer. Je Pavais

Lé

io, LES MATINÉES .

soigneusement emballée dans un coffret de bois blanc. Et à l’inspecteur qui me demanda ce que renfermait ce colis :

— « Niente ! Niente ! » dis-je d’un air innocent.

Il accepta cette réponse évasive et voulut ranger la caissette parmi les objets déjà contrôlés. Mais hélas, le fond céda et quand la boîte fut enlevée, cette tête apparaissant tout d coup, avec ses regards chavirés d'amour, sembla se moquer du monde.

J'étais couvert de honte.

L’inspecteur examinait le marbre en connaisseur, se posait de trois-quarts pour le mieux contempler, et m'adressant un ineffable sourire :

— « Niente ! Niente ! » goguenarda-t-il.

Ce bourreau me mettait au supplice.

Mais avec une condescendance supérieure :

— « Emportez cela, fit-il, nous avons trop de belles choses en Italie. »

On eût dit que ce gabelou avait taillé de ses propres mains toutes les Vénus antiques et qu’il était capable d'en refaire à la douzaine.

DELA VILLA SATDIir

Sa barbe achevée, France se leva et se coiffa de son toquet écarlate tout pareil à ceux des Florentins du Quattrocento dans les fresques dont Ghirlandajo a fleuri l’église Santa-Maria Novella.

Nous passâmes dans son cabinet de travail.

Sur la table, un adorable génie aîlé de Taragra se haussait sur la pointe des pieds pour prendre son vol.

— Ÿe le crois authentique, nous dit notre hôte. Æf, ce qui vaut mieux encore, il est ravissant.

D'une main pieuse, il prit le petit Amour et l’approchant de ses yeux, presque de ses lèvres, il le caressa d’un air attendri.

Dialogue sans paroles d’un penseur très moderne avec le naïf coroplaste qui, dans le lointain des âges, avait, sans le savoir, parfumé cette argile de toute la grâce mélancolique éparse dans son temps.

M. Bergeret est fort éclectique et les emplettes qu’il fit prouvent la variété de son choix.

y LES MATINÉES

À vrai dire, ses préférences changèrent d'année en année et son intérieur se modifia selon les livres qu’il composait. Chaque période de sa vie apporta chez lui de somptueuses alluvions. À Thaïs, correspondent les souvenirs helléniques, les têtes, les torses, les statuettes et les stèles de marbre ambré; au Lys Rouge, les faïences italiennes ; à Yeanne d’Arc, les tapisseries du xv® siècle ; au roman Les Dieux ont soif, les meubles et les estampes qui datent de Louis XVI et de la Révolution. Le style de la fin du xvirie siècle a fini par dominer, parce qu'il s’harmonise avec le dernier avatar d’une sensibilité infiniment capricieuse.

Le décor de cette demeure semble le reflet d’une âme. II la sertit comme un élégant écrin enchâsse un bijou merveilleux.

— Ÿe ne suis pas riche, nous dit France, el pourtant ma collection est assez honorable. Chez les amateurs comme chez les amants, la passion supplée à la richesse.

Les belles femmes sont parfois plus tou-

dù — pe à

NDECSLA VILLA SATD 43 chées par les ferventes et instantes prières des soupirants pauvres que par les éblouïssantes libéralités des financiers tout cousus d’or.

Dans les boîtes des bouguinistes, dans les cartons entr'ouverts au fond de boutiques obscures, les pièces uniques, qui échappent aux milliardaires, adressent parfois d’engageantes œillades aux fureteurs dont la bourse est mal garnie, maïs qui les recherchent, les poursuivent, les traquent, les implorent avec une convoitise frénétique.

Cependant pour conquérir Jemmes et chefsd'œuvre, il vaut mieux être à la fois riche et passionné.

+ Fr *#

M. Bergeret nous montra ses vieux livres.

— Ÿe les chéris tendrement, nous dit-il, parce qu’ils procurent à qui les consulte l'oubli du présent et un peu d’inoffensive démence. Ce petit grain de fohe affecte même ceux qui les manipulent sans les re.

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Tenez, je ne connais pas d'esprit plus riant que l'excellent Sims, le libraire de la rue de Seine, qui me vendit la plupart de ces infolio. Il a deux amours écalement louables :

les bons auteurs anciens et les généreux vins de-France. Quand il me confie qu'il vient de faire une extraordinaire découverte, je ne sais jamais s’il parle d’une bouteille poudreuse ou d'un rarissime incunable.

Îl va souvent costumé de façon bizarre ; mais cela procède de principes réfléchis. Il professe que l’ordre dans lequel nous passons nos vêtements est pure convention.

Quant à lui, le matin en se levant, il prend à l'aventure ses hardes sur son escabelle. Il lui arrive de mettre d’abord son veston, puis sa chemise, puis son gilet et d’endosser enfin sa flanelle par-dessus le tout : |

— ( Qu'importe, dit-il, pourvu que le compte y soit. Et n'ai-je pas aussi chaud ? »

Bien que cette théorie soit spécieuse, je ne cherche pas à la combaïtre, car j'aurais trop à jJaire de le. désabuser.

L'autre jour, je le trouvai tout enchif-

ER Vannes, L ARTE ; LE:

DENT A VLELATSAPDe TS frené, éternuant, toussant, se imouchant, renifiant, renâclant, le nez et les yeux mués en fontaines.

— «é ! mon bon Sims, où donc avezvous attrapé cette funeste pituite ? »

— « Je ignore. Ÿe n’ai pourtant commis nulle imprudence, même légère. »

Läà-dessus, il me conta qu’il avait acheté la veille une foule de bouquins.

Mais sa boutique était comble, et il avait dû les monter dans sa chambre qui déjà était fort encombrée. Il avait même été contraint d'en empiler beaucoup jusque sur le bout de son lit. Il éprouva l’inconvément de cette pratique au moment de se coucher. Heureusement, la tête de son lit touchait à la fenêtre et la fenêtre donnait sur le toit. Il n’imagina rien de mieux que d'ouvrir la croisée et de tirer un tant soit peu son matelas dans la gouttière. Après guui, le corps dans la chambre et la tête dehvrs, le bon Sims s’endormit d'un sommeil enfantin.

Hélas ! ne voila-t-1l pas qu'au beau milieu de la nuit un furieux orage éclaia et

que routes les cataractes du ciel lu crevèrent sur le chef.

— « Ah ! bien, lui dis-je, c’est donc ainsi que vous vous êtes enrhumé. »

— « Croyez-vous ?... » fit-2l.

T'aime Sims parce qu'il n'accepte qu'avec une extrême ctrconspection les raisons les plus convaincantes.

France prit dévotement sur un rayon un très beau livre que revêtait un parchemin doré comme un vieil ivoire et gaufré de tout un bestiaire fabuleux.

— Ce Vasari, fit-1l, est mon orgueil.

Il ie feuilleta et tomba sur le portrait de Paolo Ucceilo. |

— C’est ce pantre, dit-il, & qui sa femme reprochait doucement de travailler avec irop de lenteur.

— « Il me faut du temps, observait lartiste, pour établir la perspective de mes tableaux. »

— (Oui, mais Paolo, protestait la pauvre créature, la perspective que tu nous traces est celle de la misère et de la tombe. »

Elle avait raison et il n'avait pas tort.

DE LA VILLA SAÏD &7 Eternel confit du scrupule artistique et de la dure réalité.

Ainsi M. Bergeret, loin des soucis contemporains, des amertumes- quotidiennes, des menaces qui montaient à l’horizon, s’enfonçait dans l’apaisante féerie des siècles écoulés. |

Par les sculptures, les tableaux, les livres, il communiait avec les mortels défunts. Au moyen des signes écrits et des formes peintes ou façonnées, il tâchait de pénétrer dans les âmes d’autrefois.

Avide de savoir, 1l annexait aux heures qu’il vivait d'innombrables journées révolues. Selon sa coutume, il accomplissait en pantoufles et en robe de chambre un immense périple à travers la durée et, il en rapportait pour nous de substantifiques enseignements.

Joséphine vint annoncer deux délégués d’un comité socialiste.

L’un était un gros homme rougeaud, bourgeoisement nippé, mais sans cravate et en chemise molle, car son cou

[8 LES MATINÉES puissant n’en tolérait pas d’autre. C'était un forgeron. Il s’excusa de ne pas tendre sa main droite qui était emmaillotée, parce qu’elle avait été blessée dans une manœuvre d’usine. Son compagnon, chétif, malingre, aux yeux ardents, aux cheveux embroussaillés était un instituteur.

L’un, par sa brutale carrure, l’autre, par sa débilité fiévreuse, incarnaient le peuple voué aux lourdes corvées du corps et de l'esprit.

Ils félicitèrent France de son intervention dans un récent meeting.

Son discours avait soulevé des rafales d’applaudissements. Mais il avait été hâché continuellement par le cri de « Vive l’anarchie ! ». Cette apostrophe compromettante avait été poussée en cadence par un groupe de mouchards fort reconnaissables à leurs grosses moustaches, à leurs basses figures et à leurs souliers à clous. À

Les deux délégués flétrirent les procédés des agents provocateurs.

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Ils demandèrent à l'écrivain de présider une nouvelle réunion.

Il regarda ses pantoufles, flatta de la main son Vasari, coula vers le petit Eros de Tanagra un furtif et bienveillant coup d’œil.

Puis ses prunelles noires fixèrent un moment le poignet emmailloté du forgeron et les joues creuses du maître d’école :

— ira, fit-1l.

Nites académiques

Visites académiques

ux approches de chaque élection A académique, les candidats rendent à M. Bergeret leur visite d'usage. Ils savent que depuis belle lurette il ne va plus au coin du quai, et qu’il ne participe à aucun scrutin. Néanmoins, par déférence pour sa gloire, ils sollicitent sa voix. C’est une touchante coutume à laquelle nul ne se dérobe, pas même MM. les membres du Clergé.

Îls auraient pourtant de valables raisons pour ne pas se commettre avec ce pape des incrédules.

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Mais peut-être son entretien leur offret-il l'attrait du fruit défendu? Peut-être espèrent-ils, par quelques mots éloquents, jeter dans son âme les semences d’une éclatante conversion ?

Ainsi le sévère Paphnuce entreprit autrefois de gagner à Dieu la folichonne Thaïs.

Quand le cardinal de Cabrières, qui n’était encore que Monseigneur, mais qui bientôt après devint Eminence, souhaita un siège sous la coupole, il vint comme les autres à l’ermitage de la Villa Saïd.

La vieille Joséphine, aux dents d’or, l’introdüuisit avec un grand respect.

— Monsieur, dit l’évêque d’un ton cavalier, je vous avoue tout net que je n’ai pas lu vos romans.

— Monseigneur, répondit France, avec une onction sacerdotale, je vous confesse en toute franchise que je n'ai point lu vos mandements.

Ainsi amorcée, la conversation fut cordiale. Le prélat fit observer paternellement à France que de grands écrivains

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