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DE LA VILLA SAÏD 2 avaient chanté le los du Très-Haut. I cita Chateaubriand.
France répondit qu’en effet l’harmomeux vicomte avait bellement célébré le décor du catholicisme, mais qu'il avait surtout épousseté le mobilier et astiqué l’orféèvrerie du culte, comme une chaisière ou un bedeau et que, par contre, il avait quelque peu négligé le dogme :
— Îl aimait, dii-il, la majesté des cathédrales et le faste des pompes rituelles. Mais moi aussi, Monseigneur, je les aime.
Et d’un geste benoît, il montra les rutilantes étoles, les coruscantes chasubles, les claires navettes d’argent qui scintillaient dans ses vitrines.
— Chateaubriand vénérait les auteurs sacrés. Mais mot aussi je m'en repais, Mon-
Seigneur.
Et sur les rayons de sa bibliothèque, à la place d’honneur, il désigna l’Aigle de Meaux et le Cygne de Cambrai réconciliés.
Il faisait sa Sainte Nitouche.
Mgr de Cabrières se retira persuadé
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2 LES MATINEÉES que, sur quelques points, les croyants les plus sincères ne perdraient rien à recevoir les leçons d’Anatole France,
Le mercredi qui suivit, — car c'était le mercredi, que M. Bergeret recevait ses intimes — on parla de Mgr Duchesne qui se présentait à l’Académie contre Mgr de Cabrières. La rivalité des deux . prélats divertissait la galerie. On ouvrait des paris. On donnait Mgr Duchesne à deux contre un. On mettait en balance les sympathies de la gauche académique pour l’un et celles de la droite pour l’autre.
On contait le tour pendable joué par l’auteur des Origines de la France Chrétienne à Mgr de Cabrières qui est un somptueux orateur, mais qui n’a presque rien écrit.
Mgr Duchesne était entré dans diverses librairies qui avoisinent le palais Mazarin et de sa voix la plus candide :
— Donnez-moi, avait-il dit, les œuvres complètes de Mgr de Cabrières. |
Etonnement des commis :
— Les œuvres complètes de Mgr de Cabrières ? Nous ne tenons pas cela.
— Mais si, mais sil Cherchez un peu !
On cherchait, puis :
— Monseigneur, nous ne trouvons rien. |
— Mais enfin, Mgr de Cabrières est candidat à l’Académie. Il a donc certainement écrit quelque chose. Et je désire ardemment lire ses œuvres. Cherchez encore, je vous prie.
Grand branlebas. Patrons, employés furetaient de tous côtés, déplaçaient les piles de volumes, grimpaient aux échelles.
Rien, toujours rien :
— Désolés, Monseigneur |
— Moi aussi ! Moi aussi ! |
Et en sortant, il attestait le ciel qe ses bras levés :
— Mais où donc, où donc trouverai-je les œuvres complètes de Mgr de Cabrières P
Cette galéjade colportée par les libraires faisait les délices de MM.les Académiciens.
. 28 LES MATINEES
M. Bergeret, à qui, ce matin-là, quelqu’un vint la narrer toute chaude, s’en pourlécha les babines.
— ÜMonseigneur Duchesne, dit-il, & toujours montré bien de l'esprit.
Quand il n'avait pas encore reçu lanneau d’'améthyste, 1l habitait un troisième, quai Voltaire. Un de ses confrères en archéologie lui rendit visite et, avec des transports de joie, lui annonça qu’en déchiffrant de vieux cartulaires il avait découvert un saint nouveau.
— « Peuh ! fit rondement l'abbé, votre saint est lécendaire, comme tant d'autres.
Il n’a jamais existé, cher Monsieur. »
Et il exposa doctement les preuves de son opinion.
Elles eurent le don d'exaspérer son hôte :
— « Monsieur l'Abbé, fit-il furieux, votre discourtoisie trahit votre origine bretonne. Vous me faites penser à vos ancêtres, sauvages pirates armoricains, qui écumaient les rivages de la mer. Brisons-là ! Ÿe vous prie seulement de m'indiquer le plus proche embarcadère de bateaux-mouches, »
— « Monsieur, répliqua fièrement l'abbé, je ferais injure à la dignité de mes ancêtres en m'occupant de batellerie d’eau douce. »
Convenez qu'il y avait de la finesse dans cette riposte d’archéologue offensé.
L'un de nous rappela les mots qu’on attribue à Mgr Duchesne, celui-ci, par exemple, sur la politique naïve du Pontie Pre XS;:
— « C’est un gondolier de Venise dans la barque de saint Pierre. Il la conduit à la gafte. »
Et cet autre encore :
— « Avez-vous lu la dernière bulle :
Digitus in oculo ? » |
— Îl n’est pas très certain, reprit Anatole France, que ces pointes soient de lui. Maïs on ne prête qu'aux riches.
Monseigneur Duchesne a sans doute trop d'esprit pour un prêtre et de telles saillies lui font peut-être du tort. Mais c'est le cadet de ses soucis.
Un jour qu’il se promenait à Rome avec le fameux archéologue Rossi, ils tombèrent en arrêt devant une belle plaque de marbre
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Mo. LES MATÏTINPES:
fraîchement scellée, où l'on avait gravé en latin : Ici se rencontrèrent les apôtres saint Pierre et saint Paul.
L'invraisemblance historique de l'évènement leur fit hocher la tête.
Au-dessus de cette phrase, on lisait en italien :
Défense de déposer des ordures le long de cette muraille.
— « Prescription bien sage. », fit Rossi.
— « … Mais bien mal observée ! » ajouta l'abbé en désignant du bout de sa canne l'inscription hagiographique.
Et nos deux compères de passer.
Anatole France continua :
— La ressemblance physique de Monseigneur Duchesne et de Voltaire est frappante.
J'en conclus. que Voltaire était un saint homme.
— Mais enfin, demanda quelqu'un, comment Mgr Duchesne concilie-t-il la foi et l’érudition ?
FRANCE. — Îl ne les concilie pas. Pour-
quoi voulez-vous qu'il les concile ? Il est :
à la fois très savant et irès croyant. Son
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archéologie et son catholicisme voisinent
dans son âme sans se connaître. Une cloison étanche les sépare. Et ne pensez pas
que son cas soit rare. Le crâne de chacun
de nous abrite une foule d'idées contradictotres auxquelles nous sommes également attachés et qui font très bon ménage, parce que nous ne les confrontons jamais.
À ce moment, nous vimes entrer M. Edmond Haraucourt, le truculent poète de la Légende des Sexes, conservateur du musée de Cluny.
Il débuta par des compliments :
— Mon cher Maître, fit-il, je vous trouve un air de jeunesse qui m'’enchante.
FRANCE. — Hé! Hél Ÿe vieillis pourtant.
— O Maître, se récria gentiment un tout petit jeune homme qui n’avait pas encore ouvert le bec, si vous veillissez, on ne s’en aperçoit guère à vos derniers livres.
FRANCE (malicieusement). — Parbleu ! A
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432 LES MATINÉES mes divres !... Il ne manquerait plus que ça !.…. C’est à d’autres signes, hélas ! que je sens la vieillesse ennemie. Vous les connatrez plus tard, beaucoup plus tard, jeune homme dont les matins sont triomphants.
(Et s'adressant à M. Haraucourt).
— Eh bien, mon cher conservateur, votre Musée ?
HARAUCOURT. — Je l’épluche, je l’échenille…
FRANCE. — Comment ?
HARAUCOURT. — Il fourmille de faux.
FRANCE. — Oui-dà ! Ÿe m'en doutas.
HARAUCOURT. — Grâce à un contrôle sévère, je sépare le bon grain de l’ivraie.
Tout ce qui paraît suspect, je le retire des collections pour le remiser dans mon logement de conservateur.
FRANCE. — Excellente idée !
HARAUCOURT. — Le mobilier que je me suis afnsi composé pour mon usage personnel est abondant et hideux. Mon appartement est devenu le sanctuaire du truquage, le Panthéon du toc. Mais il faut que ma critique modère sa rigueur,