DANS LES BIBLIOTHEQUES
prendre, vous n'avez qu'à lire la légende : Teneo te, Africa. Notre moyen âge a bien connu cette représentation symbolique, mais l'Espagne s'en est plus longtemps servie, et elle lui a donné une couleur originale qu'aujourd'hui encore il est facile de retrouver. L'idéal et le réel se sont sans cesse réunis chez elle, et si on voulait lui appliquer son procédé favori, il faudrait la peindre sous les traits d'une vierge très pure avec les pieds enfoncés dans le sol.
A Sèville (dans la Bibliothèque Colombinc et dans les Archives des Indes). — C'est ici qu'on vient chercher l'Espagne héroïque du xvi*^ siècle. De longues bibliothèques et qui contiennent les plus précieux documents sur l'histoire de la colonisation espagnole. Que de relations de voyages plus extraordinaires que des romans d'aventures ! Que de rapports officiels oii, sous la poussière entassée, respirent encore les héroïsmes des Conquistadores ! Je vois une lettre du licence Vaca de Castro. Elle est écrite de Panama et datée du 2 mars id\i. Elle indique la place d'un fort. La mer est représentée par les ondulations de quelques lignes surmontées d'un
bateau informe et entrelacées de poissons. Les montagnes sont des ronds. La terre est recouverte de pieux élargis au sommet qui figurent des arbres. On croirait que les maisons ont été dessinées par un enfant qui ne savait pas écrire. Cette carte naïve est bien loin des tracés complexes de nos ingénieurs. Sans parler des souvenirs qu'elle éveille, elle a au moins deux avantages : elle a coûté moins cher et rapporté davantage.
A Salamanque. — Dans la grande salle aux élégantes boiseries, sur un vieux fauteuil de cuir râpé, j'ai relu la Diane de Montemayor. Puis, en regardant sur la couverture des tomes poussiéreux, je suis tombé sur les Jardin d'Amour qu'en 1699 Olenix de Sainte Marthe fit paraître à Paris chez Adrien Perier, en la boutique de Plantin. C'est une Diane aussi qu'aime le héros Selinde , et leurs amours sont une pastorale qui avait d'abord fleuri de ce côté-ci des Pyrénées. De longues dissertations érudites sur la passion surtout et sur la mort, des histoires en vers et en prose tirées de l'antiquité et des temps modernes. Des fées qui font des discours rimes, un prince de Danemarch déguisé en che-