‹ Propos d'EspagneChapitre 15 sur 22 · LES SERENOS · texte numérisé non relu

LES SERENOS

Nosgrandes villes ont inventé le concierge, et depuis lors les bourgeois gémissent et regrettent le bon vieux temps où l'on entendait, comme dans l('s Huguenots, le cri salutaire du veilleur : « Rentrez, habitants de Paris. »

L'Espagne a le bon goût de se servir rarement de cet animal raisonneur qui n'a jamais pu devenir domestique, et c'est le plus beau privilège de ce pays d'avoir pu conserver le sei-eno. Le sereno dispense du concierge, et il est pour les Parisiens en voyage la preuve manifeste que la police n'est point un mythe solaire. Quel admirable veilleur de nuit! Avec sa pique et sa lanterne, son trousseau de clefs et son revolver, il rend plus de services qu'un portier angélique et qu'un sergent de ville qui ferait son métier. 11 est tard, et l'on

veut rentrer. Arrivé dans sa rue, on frappe des mains. Aussitôt surgit, on ne sait d'où, une lueur, un homme qui vous introduit dans votre maison, s'assure qu'elle est bien lavôtre, vous souhaite un doux sommeil, et referme la porte après lui. Un coup de feu lui sulUt poura|)peler ses camarades et arrêter les voleurs. Vous êtes gardé sans être épié, vous rentrez quand bon vous semble sans essuyer des plaintes inarticulées mais franchement hargneuses, sans trembler sous la menace des mille et une vengeances inventées par la férocité du concierge. Aussi, lorsque, doucement enfoncé sous vos couvertures, vous entendez monter de la rue la voix discrète qui vous annonce l'heure ([u'il est et le temps qu'il fait, vous ne pouvez vous empêcher de murmurer : Merci. Le sereno est la providence des grandes villes espagnoles.

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