‹ Propos de bibliophileChapitre 6 sur 11 · livre et l’ornant, ne pouvant en être séparée · texte numérisé non relu

livre et l’ornant, ne pouvant en être séparée

(là est la véritable illustration) — et la figure hors texte simplement placée dans le livre pour donner un relief aux principaux passages, et qu’on peut supposer enlevée sans que le livre soit détruit : un volume

avec figures à part est moins un livre illustré qu’une sorte de portefeuille renfermant une suite d’estampes.

Or, a la veille de I8d0, la vignette — la vignette dans le texte — était décidément abandonnée depuis au moins quarante ans, vaincue par la ligure hors texte qui régnait absolument. Mais il y a plus: la ligure hors texte* elle-même était en très fâcheuse posture, étant tombée sous la Restauration aux lourdes et assez triviales compositions de Desenne, aux dessins fort ordinaires du jeune Horace Vernet, a ceux un peu plus fins peut-être d’Achille Devéria, mais tout cela platement traduit par une école de Imrinistes de décadence, sans originalité et sans initiative, les Sixdeniers, les Pourvoyeur, les Kœnig, Fauchery, Lefèvre, Tavernier et autres. Pour comble de malheur, toute notion de la « Belle Épreuve » perdue ; un acoquinement déplorable de la gravure a\ec des papiers vélins secs et sans charme, et ce qui est pire encore, avec le déshonorant papier pâte sur lequel est collé un papier de Chine : bref, un vrai désastre.

Mais a l’instant même où tout semblait perdu, tout

était sauvé par l’entrée en scène, ou plutôt par la rentrée, d’un nouvel arrivant, d’un ressuscité, le bois, venant se substituer au cuivre et à la gravure en taille-douce momentanément à bout de forces, et replacer la vignette dans le texte.

Certes ce changement fut annoncé par quelques signes avant-coureurs. En 1815, Brévière s’était mis à graver sur du buis pris de bout et non de fil ; en 1817, l’Anglais Thompson était venu en France, appelé par Didot. Quelques livres avec bois avaient paru : ï Hermite de la Chaussée-d* Antin ; le Rabelais de Desoer, 1820 ; le La Fontaine de Sautelet, 1820 ; le Béranger de Baudouin , 1828. Mais si c’étaient des bois, ce n’étaient pas encore de jolis bois.

Le premier bois remarquable par l’élégance et l’esprit du trait est de 1829 ; c’est le fleuron aux armes de la duchesse de Berry grave par le fameux Porret pour le titre du journal La Mode. Avec lui la nouvelle formule d’illustration est trouvée et fait son chemin à toute vitesse. En 1830, Nodier publie Y Histoire du roi de Bohême avec bois de Johannot gravés par Porret, et Henry Monnier donne sa Morale en action des Fables de La Fontaine , gravures de Thompson.

Les écrivains romantiques, les plus grands et les moins grands, Hugo, Lamartine, Janin, Karr, Méry, Eugène Sue, le bibliophile Jacob, Pétrus Borel, le vicomte d’Arlincourt, Cabasson, Drouineaux, etc., adoptent le bois et lui demandent de leur servir de passeport auprès du public. Ainsi paraissent les vignettes de titres, si gracieusement dessinées par .lohannot, si nerveusement gravées par Porret et autres, pour Notre-Dame de Paris, Le Roi s’amuse, La Coucaratcha, U Ecolier de Clunij , Résignée, Tjc Manuscrit vert, Vertu et tempérament, Les Intimes, etc. Cela dure jusque vers 1835 ; puis le feu romantique se refroidît, et l’illustration se retourne vers les classiques.

Alors c’est le triomphe du bois et de la vignette dans le texte. Six cents bois de Gigoux dans le G il Bios de Paulin, 1835; huit cents de Johannot dans le Molière de Paulin, et huit cents dans le Don Quichotte de Dubochet. De 1836 à 1838, Célestin Nanteuil illustre avec Napoléon Thomas les Contes de Perrault ; Grandv ille, Béranger , Gulliver et les Fables de La Fontaine ; Charles Jacque, le Vicaire de Wakcfield .

Dès 1835, un libraire peu connu alors formait le projet de publier un livre orné de bois avec tant de

somptuosité et de talent qu’il demeurât le plus beau des livres illustrés du siècle et rendît désormais célèbre, avec le nom des vignettistes, celui de son éditeur. Il y réussit. En mars 1836, commença la publication par livraisons du Paul et Virginie de Curmer, illustré à profusion de bois exquis de Tony Johannot, Français, Manille, puis de Paul Huet, Delaberge, Eugène Isabev, Steinheil, et d’un jeune peintre de vingt ans, Ernest Meissonier, que la dureté des débuts dans la vie obligeait à chercher « quelque grain pour subsister » , c’est-à-dire à dessiner de la vignette, payée alors suivant le sujet et l’éditeur, dix francs, même vingt francs ou quarante les jours où l’éditeur était particulièrement content. Ne crions pas à la lésinerie des éditeurs, dont le métier est, au fond, très périlleux. Curmer eut cinq cents dessins pour 28,000 francs, ce qui fait une moyenne assez honorable pour des ouvrages de jeunes débutants ; mais le dessin n’étant, ceci est à noter, que la moindre dépense d’établissement d’un livre illustré, son volume lui coûta de confection totale 233,000 francs, somme très respectable à risquer.

Meissonier avait débuté dans la vignette, en 1835, par un certain Napoléon à Schœnbrunn et autres

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pièces pour un petit journal, le Magasin universel, lesquelles, plus tard, eurent le privilège de le dérider fortement quand il les revoyait. Il avait aussi dessiné quatre pièces pour une Bible de Royaumont publiée par Curmer, et cinq petits sujets pour le Voyage dans Vile des Plaisirs, de Fénelon, dans le Livre des Enfants édité par Iletzel en 1836.

Dans ses quarante-sept vignettes du Paul et Virginie , il se révèle habile à grouper les attributs de marine, de lecture, de géographie, les emblèmes de la patience, de la pauvreté ou de la richesse, à composer des lettres ornées avec des motifs empruntés à la botanique, à imaginer de charmants paysages comme la Pépinière de Paul , la Montagne du Pouce ou la Baie du Tombeau ; dans quelques sujets de genre comme le Médaillon de Saint Paul , le Sac de piastres ou les Etoffes étalées, il commença à montrer sa finesse et son rendu caractéristiques, si bien que Curmer, lorsqu’il ajoute à son li\rc La Chaumière indienne , compte sur Meissonier comme sur le principal deses illustrateurs. (Curmer fut un des premiers a payer Meissonier à sa valeur. Fn juillet 1838, il lui commandait, pour être gravés comme le Charlemagne de X Histoire Universelle : 1° un sujet des Prophètes,

dessin ou tableau ; 2° un Triomphe de V Eglise, tableau à l’huile. Les deux sujets devaient être payés ensemble deux mille quatre cents francs. Ce qui est curieux, c’est que Curmer s’engageait : 1° s’il revendait le tableau du Triomphe de V Eglise avec bénéfice, pendant un délai de cinq ans, à reverser à Meissonier la moitié du bénéfice; 2° à indemniser Meissonier dans le cas où lui, Curmer, refuserait pendant ce délai pour le tableau des offres avantageuses ; 3° enfin à laisser voir librement le tableau pendant cinq ans, toutes les fois que Meissonier le désirerait.)

Le travail, pour La Chaumière indienne, ne se fit pas à la légère. « Avec quel soin — a écrit plus tard Curmer — nous parcourions, Français, Meissonier et moi, les serres du Jardin des Plantes pour y retrouver la végétation exacte de l’Inde ! Que de livres compilés pour obtenir des vues exactes, des costumes, des poses d’indous ! et quelle joie quand j’apportais un modèle qu’ils traduisaient comme traduisent les maîtres. » C’était, en effet, une recherche de toute la journée au Jardin des Plantes pour y dessiner la flore tropicale et le seul palmier qu’il y eût alors à Paris, et à la Bibliothèque Royale pour les documents divers. Meissonier couvrait de

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croquis et de noies de petits carnets, que depuis il a toujours conservés, et que l’année même de sa mort il nous montrait. Le jour étant pris par les études, les dessins se composaient la nuit.

C’était déjà, à propos de vignettes, la recherche approfondie, la conscience absolue, l’exécution merveilleusement serrée. De ce travail acharné sortit une Inde très suffisamment vraisemblable, et, ce qui est tout, infiniment amusante et spirituelle. Détailler ici les quatre-vingt-trois bois de Meissonier pour La Chaumière indienne nous entraînerait trop loin : tout est à citer et à voir: les méditations du docteur anglais, ses voyages à travers l’Europe et l’Asie, ses conférences avec les hommes doctes de toutes les religions, son appareil de route pour se rendre à Jaggernat, son audience du chef des brames, son arrivée dans la chaumière, les caravanes au bord du Gange, les danses de bavadères, les adieux au paria, et pour finir, ce minuscule diptyque des pipes où l’on voit d’un côté le docteur fumant en pensant au paria, de l’autre le paria fumant en pensant au docteur.

Encore faut-il remarquer que, croyant mieux faire, on avait confié les bois à des graveurs anglais, et

que ceux-ci ont sûrement alourdi le dessin original, dont nous pouvons cependant saisir le nerf dans la vignette les Habits du docteur , qui a été gravée par notre Lavoignat ; ce bois a le piquant d’une eau-forte de peintre.

Voilà donc, avec Paul et Virginie et La Chaumière indienne , le bois et la vignette au pinacle. La vigueur de production de la librairie illustrée française ne diminue plus ; c’est par dizaines de mille que, dès lors, les vignettes paraissaient chaque année. Pour rappeler les principales : de 1839 à 1846, Manon Lescaut, Le Diable boiteux et L’Ane mort, avec dessins de Johannot, Robinson Cru soc et Les Animaux peints par eux-mêmes avec dessins de Grandville, La Pléiade, publiée par Curmer, les Industriels , illustrés par llenrv Monnier. Puis le cycle des livres napoléoniens : X Histoire de Napoléon, de Norvins, si admirablement illustrée par Raffet, celle de Laurent de l’ Ardèche, par Horace Vernet, celle de Marco Saint-Hilaire, par divers, Napoléon en Egypte par Bel langé, le Mémorial de Saint-Hélène, par Charlet. Puis les Physiologies , les Petites misères de la vie conjugale, illustrées par Bertall, Le Diable à Paris , par Bertall

et Cavarni, le Journal Je l'Expédition des Portes de I'er , magistralement commenté par Raffet , Decamps, Dauzats. Kt tant d’autres !

Pendant ce temps, Meissonier, pour sa part, dessinait :

Six petits bois pour le Liore de Mariage , Curiner,

L illustration complète, en trente-six pièces, de la Chute d'un Ange de Lamartine, édition Turnc- (iosselin, 1839. Cette illustration est curieuse, car Meissonier y a traité la femme et le nu. Mais les graveurs l’ont interprété avec une sécheresse outrée et presque anguleuse.

Sept bois pour Roland furieux, Knab. 1839.

Deux petites vues de Nevers et de Nantes, pour le Creuset d’iloudaille, 1839.

Que 1(| lies vignettes pour le Discours sur /' Histoire universelle et une pour la Grèce pittoresque , Curiner.

I ne pour la P/tgsio/ogie du /{entier, 18 il

Cinq h pus pour les (Encres de Balzac

Trois \iguettes pour X Histoire d'une Poupée et d'un Soldai de plomb, dans le Livre des petits Enfants ,

Hetzel.

Une pour le titre du Vicaire de Wakefield.

Curmer, pour sa formidable publication des Français peints par eux-mêmes , où il dirigeait une véritable année d’écrivains, de dessinateurs et de graveurs (deux mille bois !), demandait à Meissonier trente et une pièces; vraiment curieuses, car elles nous montrent le jeune peintre employé ici à toutes les besognes : dessiner les types du Maître d'études, du Marchand d'habits, du Gniaffe , du Chartreux ; orner de vignettes les articles du Viveur , du Modèle , etc. Et voilà Meissonier reprenant ses carnets, et courant à la Bourse dessiner les Agents de change à la Corbeille , cette vignette si intéressante qui nous laisse entrevoir un Meissonier peintre possible de la vie contemporaine ; et ensuite, croquer la plus belle écurie qui fût alors à Paris, pour l’article du Sportman ; puis prenant un cabriolet, s’y installant comme dans un atelier, et de là dessinant d’après nature un bateau à charbon pour l’article du Pêcheur à la ligne. Un peu plus loin, voici un Meissonier en belle humeur, qui nous montre un Officier de hussards en petite tenue, les mains dans ses poches ; et même un Meissonier facétieux qui dessine M. Prudhomme en officier delà garde nationale. Et, à coté de cela, un

Meissonier qui dessine tout ce qu’on veut : des Moines , les Arènes de Nîmes, une Vue de Rouen, X Entrée du Havre , le Chevet de Saint-Pierre de Caen . etc.

Dans le Prisme, publication parallèle aux Français , 1841, Meissonier illustre de trois bois l’article du Flotteur, et pour un instant, se fait caricaturiste dans les six bois de Certains vieux célibataires (voilà encore des vignettes qui, depuis, conservèrent le pouvoir immanquable de le mettre en belle humeur).

Le volume du Prisme une fois constitué et arrêté, il restait apparemment à Curmer quelques matériaux, articles et bois, préparés en vue de cette publication et qui demeurèrent inutilisés, et parmi ces matériaux sept vignettes de Meissonier, toutes gravées. Il était dans la destinée de ces sept bois de rester cinquante ans inconnus, puis d’être retrouvés aujourd’hui, par M. Gauthier, le successeur de Curmer, à l’occasion de l’exposition de Meissonier. Quelques-uns d’entre eux viennent de sortir de l’inédit et ont été publiés dans la Gazette des Beaux-Arts (1893).

Revenons un peu en arrière. A côté du bois triomphant, la taille-douce s’était un peu relevée avec les frontispices romantiques gravés par Nanteuil,

avec le Musée de la Révolution de Raffet, avec la Notre-Dame de Paris édition de Renduel, 1836, avec les Contes du Temps passé, 1843.

Pour sa part, Meissonier avait eu, gravés sur acier : le Portrait du Docteur, par Pigeot, dans la Chaumière indienne ; — le frontispice du Livre de mariage , par Robinson ; — - Isaïe, Saint-Paul et Charlemagne, pour le Discours sur V Histoire universelle ; — la très belle composition de Louis XI à la Bastille, par J. de Mare, pour Notre-Dame de Paris, de Perrotin ; — le portrait de Corneille, par Lesludier-Lacour, pour le Plutarque français.

A cette époque, vers 1840, logeait dans la même maison, 7, quai Bourbon, un groupe de jeunes artistes liés d’amitié, on peut dire « comme les doigts de la main », car ils étaient cinq: Geoffroy-Dechaume, le sculpteur, qui est mort en 1892 ; c’est le seul des cinq qui ne fût pas vignettiste ; le peintre Daubigny, qui dessinait alors de si jolies vignettes pour les Mystères de Paris et autres livres ; le beau-frère de Daubigny, le jeune Trimolet, phtisique, destiné à une mort prochaine, mais pour le moment plein d’ardeur et d’une verve comique particulière que goûtent aujourd’hui, comme l’a dit Raudelaire, ceux

qui ont le palais fin ; Steinheil, vignettiste el bon dessinateur de fleurs, depuis peintre ; b* beau-IVère de Steinheil enfin : Meissonier. Combien ces jeunes gens étaient à court de ressources pécuniaires, M. Marcel l a dit, dans la Gazette des Beaux-Arts , en 188.") (article sur Steinheil). Mais ils avaient le feu du travail et le quatuor Trimolet-Daubigny- Sleinheil-Meissonier produisait alors un livre d’aspect s ni generis, et resté célèbre dans la bibliophilie du \ixe siècle : les Chants et Chansons populaires de la France , 1813, illustrations el texte gravés en tailledouce. La part de Meissonier fut minime : il eut seulement a illustrer Manon la Couturière, chanson de Yadé, de quatre sujets qui lurent gravés par Xargeot : Le Sergent recruteur, Manon chez le lieutenant de police , Manon et Ijouis A [ , Bal de noces de Manon . Os compositions de Meissonier contrastent, par leur tenue, avec l'humour a la Triniolet qui règne dans la plupart des pages des Chansons populaires.

En même temps, continuant à dessiner sur bois, Meissonier donnait un autre des chefs-d’œuvre de I illustration moderne: les dix vignettes du LazarUle dt> Tonnes do I8|(>. Celle fois il eut dans Lavoignat un interprète admirable.

Meissonier, absorbé par la peinture, ne reviendra plus désormais qu’une fois à l'illustration ; mais cette illustration sera une merveille : les Contes Rémois du comte de Chevigné (Michel Lévy, 1858), avec deux portraits et trente-quatre bois formant tète de pages. Tout éloge est ici superflu pour des vignettes qui sont actuellement dans toutes les mémoires et même dans toutes les bibliothèques. Mais inscrivons encore une fois ici le nom de Lavoignat, le plus fin des graveurs sur bois de son époque. En ce temps-là, la Légion d'Honneur étant peu répandue parmi les graveurs, Lavoignat ne l'eut point. Mais il la méritait. C'était vraiment un artiste, plein de talent et de goût. Il vit toujours, octogénaire, et retiré dans un village de la Nièvre. Puisse-t-il savoir en quelle haute estime il est tenu aujourd’hui !

Si les Contes Rémois furent le chant du cygne de Meissonier vignettiste, ils ne marquèrent point la fin de la vitalité de l'illustration. L'art de la vignette, constatons-le en passant, était destiné à se maintenir vivace, à se renouveler, à se rajeunir sans cesse, en passant de Gustave Doré avec ses Contes drôlatiques à Viollet-le-Duc avec le Dictionnaire de V Architecture ; d'Alphonse de Neuville avec Y Histoire de France

racontée à mes petits enfants , à Edmond Morin avec Monsieur, Madame et Bébé ; de Daniel Vierge avec V Histoire de France de Michelet, à Auguste Lepère avec les Paysages Parisiens. Sanscompter Pi 1 lustration par les planches hors texte, où se sont signalés depuis trente ans Rops, Hillemacher, Morin, Louis et Maurice Leloir, Foulquier, Hédouin, Lalauze, Boilvin, etc. Et encore l’illustration gillotée, et encore 1 ^illustration en chromotypographie.

Ce qui amène à une conclusion générale d’un grand intérêt. C'est que le livre illustré français a eu trois périodes brillantes. La première, de la fin du xve au milieu du xvie siècle, des livres d’Heures aux vignettes du Petit Bernard. La seconde, au xvme siècle, avec les incomparables vignettistes, les Cochin, les Gravelot, les Moreau et les Choffard, etc. La troisième extrêmement remarquable, en ce siècle, depuis 1830, et qui n'est point encore terminée aujourd'hui (malgré le déplorable aspect de la gravure sur bois, abandonnant présentement le trait pour faire des teintes). De cet éclat de la période contemporaine, Meissonier, l'illustrateur de la Chaumière indienne , de Lazarille de Tonnes et

des Contes Rémois, est l’un des éléments les plus glorieux.

Les livres illustrés modernes n’ont par rapport à leurs aînés, qu’une infériorité, c’est d’être « trouvables », ou si vous aimez mieux, de ne pas être introuvables. Mais ce défaut se passera, soyez-en certains.

Donc, à l’exposition qui va s’ouvrir rue de Sèze, on pourra revoir, en trois cents pièces, l’œuvre complet de Meissonier vignettiste.

Pareillement, on y verra tout son œuvre de graveur.

Meissonier, en se jouant, a touché à la pointe, et de ces caprices sont nées des eaux-fortes d’une extraordinaire finesse. En mai 1862, Ph. Burty en avait commencé dans la Gazette des Beaux-Arts un premier catalogue. Depuis, le chiffre des pièces décrites s’est trouvé porté à vingt-sept, savoir : les figures dans deux planches de Daubigny ; La Sainte- Table , image de piété; Le Violon , carte du luthier Yuillaume ; Le Petit Fumeur debout ; Le Grand Fumeur assis , 1843 ; le Sergent rapporteur ; Les Reîtres, sujet gravé deux fois ; le Récit du Siège de Berg-op-Zoom ; Le Carrosse (feuille de croquis) ;

Monsieur Polichinelle ; V Homme qui court (fragment d’un sujet des Contes Rémois); Les Pêcheurs à la ligne et Le Pêcheur de truites (pour La Pêche du comte de Chevigné) ; Cavalier Louis XIII ; Ilsignor Annibale ; Les Apprêts du duel ou V Homme à V épée ; Soldat mort (siège de Paris), essai de procédé ; Meissonier à cheval , (projet de remarque pour la planche de La Rixe) ; Meissonier à cheval , tourné à droite, 1885, (remarque définitive de La Rixe) ; Le Sergent (remarque du Portrait du Sergent); Bacclius (remarque du Peintre d’enseignes); le Hussard républicain , pointe sèche ; les Deux hussards républicains (remarque de la Partie de piquet) ; Les Amateurs (remarque du Postillon devant une auberge) ; IIAigle (remarque de Mil huit cent sept).

P. S., janvier 1900. — Dans l’atelier de Meissonier viennent d’être retrouvées des planches jusqu’ici inédites : un Ch'oupe de soldats morts (siège de Paris) ; Grifl'onnis (croupe d’un cheval et un liseur Louis XY); enfin grande et précieuse planche, où se trouve, deux fois répétée , l’étude serrée d’un Hercule d’après le modèle vivant.

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