‹ Propos de bibliophileChapitre 8 sur 11 · HH · texte numérisé non relu

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Molière et Bon Quichotte de Johannot, Gulliver de Grandville, Paul et Virginie édition Curmer, Les Français peints par eux-mêmes ; — les livres napoléoniens, le Norvins de Raffet, le Laurent de V Ardèche d’Horace Vernet, le Mémorial de Sainte-Hélène de Charlet ; — le Lazarille de Formes, admirables illustrations de Meissonier admirablement gravées par Lavoignat, — les Portes de Fer, etc.

Les journaux illustrés : Magasin pittoresque, V Illustration (1843) ; le bois est partout, il commence à se fabriquer en ateliers.

Tout ceci n’est-il pas surprenant de vie? Les chefsd’œuvre fourmillent !

Quatrième tableau. Second Empire. Le graveur de X Hémicycle domine tout. Mais s’il a su renouveler la gravure pour son compte, il n’a pu la renouveler autour de lui. La taille rangée, qui compte toujours des graveurs de grande réputation, François, Achille Martinet, Blanchard, Bertinol, etc., en arrive à un métier inquiétant : des fonds à la mécanique apparaissent. Le moment est décisif, il faut que la gravure périsse ou se renouvelle.

On étonnerait Henriquel-Dupontsi on lui montrait

comme un rival en future célébrité et comme un supérieur en art un ancien officier de marine devenu fou, Mérvon, que déjà Beaudelaire a deviné, et dont l’arrivée est le point initial de la grande lloraison de la gravure originale. En même temps, vient le graveur du Battant de 'porte et d’une série d’eaux-fortes puissantes : le jeune Braquemond à l’apogée du talent dès la vingtième année ; puis en Angleterre Seymour Haden, en Belgique Leys. Dès lors, par les graveurs originaux l’estampe va remonter à une valeur absolue et s’égaler aux chefs-d’œuvre du passé. De mainte gravure on pourra désormais répéter le mot de M. de Chennevières sur certaines lithographies de Gavarni : je mettrais cela , Dieu me pardonne , à côté des plus belles eaux-fortes de Rembrandt ! Voici l’ère de ce que Burty a appelé « l’eau-forte intense » : Saint-Marcel, Hervier, Bonvin, Legros, Corot, Jongkindt, Jacque, Chifflart, Bibot, Manet, Royhet, Rops, Daubigny, Lalanne, Hilleniacher, Concourt. L’éditeur Cadart et X aquafortisme : tous les peintres font de l’eau-forte.

Si la lithographie commence à s’éclipser, malgré les noms de Ralfe t, Leroux, Baron, Cicéri, Jules Laurens, Lassalle, Bonhommé, Laemlein, Français,

de Beaumonl, Gustave Doré, Rops, etc., le bois est toujours eu plein éclat. Les Contes Rémois de Meissonier, gravés par Lavoignat. L t Juif errant y' l les Contes drolatiques ; développement de l’œuvre de Gustave Doré, transformation de la gravure sur bois, interprétation des teintes : manière de Pisan et de Pannemaker. Série des bois d’ Edmond Morin, artiste exquis, insuflisamment apprécié de son vivant, ce dont il ('si morl.

Lu 1 859 fondation de la Gazette des Beaux-Arts. Importance des gravures de petit format. Réaction de la gravure vers la clarté. Flameng: ses deux pièces de Miss Graham et du B lue Bot/. Apparition d’un graveur à Peau-forte d’une virtuosité étourdissante: Jules Jacquemart; les merveilles gravées pour la Gazette ; les Gemmes et Joyaux. Apparition d’un buriniste subordonnant la taille au dessin : Ferdinand Gaillard, L’Homme à rœillet.

Cinquième tableau. La République, 1870-188!). La taille « militaire », rangée par une, deux, subsiste, mais en posture subalterne. L intérêt est ailleurs.

Première réaction contre la taille rangée: la taille libre est représentée avec éclat par Gaillard.

Autre réaction, très violente. Répercussion de l’eau-forte originale sur la gravure de traduction, poussée désormais vers le pittoresque et la couleur. Formation d’une génération de graveurs en travail libre, dits graveurs à Veau-forte, qui reproduisent à miracle les peintres de leur temps. Faites maintenant une nouvelle expérience, inverse : prenez un recueil du xvme siècle, le Cabinet Poullain ou le Cabinet Choiseul , placez à côté ce livre, les Cent Chefs-cV œuvre (édité à la suite d’une exposition de tableaux faite à la galerie Petit), et voyez la merveilleuse différence en faveur de notre temps. Les voilà, les traducteurs de Delacroix, de Diaz, de Meissonier, de Jules Dupré, de Théodore Rousseau, de Gustave Moreau et de toute l’école contemporaine : les Bracquemond, les Charn el, les Waltner, lesCourtry, les Boilvin, les Mongin, les Gaujean... mais n’essayons pas de les dénombrer, ils sont légion.

Légion aussi, les peintres adonnés à la gravure : Meissonier, Baslien-Lepage, Lewis-Brown, Rodin, etc., et les graveurs d’eau-forte originale: Lançon, Gœneutte, Guérard, le très remarquable Félix Buhot....

La gravure à l’eau-forte, victorieuse, remplace

dans les livres le bois qui s’éclipse. Série des il lus- Irations gravées à l’eau-forte, publications de Lemerre, Jouaust, Eoangiles de Hachette, Livre de Ruth (un chef-d’œuvre caractéristique).

La lithographie? L’art des Sudre et des Mouilleron compte encore Soulange-Teissier et Sirouy. Bientôt il sera repris en main, contre toute prévision, par une cohorte de lithographes.

Et la lithographie originale? Les peintres l’ont délaissée. On la dit morte. Comme lorsqu’il s’agit de son temps, on est aveugle, peu de gens s’avisent (pie la lithographie est très vivante, mais sous une forme nouvelle : l’affiche. Ceci gène tellement nos habitudes de classification que Chéret n’arrivera jamais à être exposé convenablement, même dans la section industrielle des affiches. A l’Exposition universelle de 1889, des graveurs prétendirent obtenir du commissaire général des Beaux-Arts que Chéret et ses affiches fussent expulsés de la centennale, comme compromettant la dignité de l’estampe!

L’affiche est, au xixe siècle, la seule forme d’art prospère de la chromo et de l’estampe en couleurs.

.Nous voici donc en 1889, a celle exposition oii l’estampe commença à être exposée avec la eonsidé-

ration et le soin qui lui sont dus. Vitalité du burin et splendeur de l’eau-forte de traduction. D’ailleurs les genres burin et eau-forte sont moins tranchés désormais et tendent à se confondre dans une même gravure en taille libre. Nous ne sommes plus au temps où X Erasme de Bracquemond était refusé par le burin régnant ; au temps des rivalités, des proscriptions, des colères, des accusations réciproques de perdre l’art. Gaillard vient de disparaître et sera peu imité parce que sa manière suppose une acuité exceptionnelle du sens visuel, mais voici Flameng, Achille Jacquet, Jules Jacquet, Alphonse Lamotte, Didier, etc. Et Waltner, et Rajon, et Bracquemond, et Chauvel, et Boilvin, et Lecouteux, Laguillermie, Lefort, Lerat, Mongin, Lhermitte, etc. — à l’étranger, Kœpping : dans le nombre que de planches superbes, d’une allure nouvelle, caractérisée par une intensité de couleur telle, qu’à côté, les gravures du passé ne tiennent pas !

L’estampe de traduction est si peu morte, que, fait vraiment curieux, la lithographie de traduction ellemême renaît avec Chauvel, Maurou, et qu’une corporation de lithographes s’est formée.

Et cependant la photo-estampe fait rage. Elle

envahit les revues, les magazines, les journaux illustrés.

Les peintres sont longs à se remettre à la lithographie : ils préfèrent d’ailleurs la faire non directement mais par report, comme ils sont tentés de faire, en guise d’eau-forte, du dessin à la plume photogravé. La photographie, d’ailleurs, ne reporte-t-elle pas désormais les dessins sur le cuivre ou sur le bois, supprimant le dessin du graveur? L’aquatinte, « en boite », exécutée à présent sur photographie et reprise à la main, n’est-elle pas devenue 1 héliogravure? La transaction entre la main humaine et la mécanique est partout. Et la gravure, cependant, ne meurt pas !

Le bois, chassé du livre de luxe par l’eau-forte, du livre courant par le gillotage et la simili, désemparé, mais vivant, dévie dans la teinte , dans l’interprétation, dans les grandes reproductions de tableaux. Ce genre donné, les graveurs sur bois français y sont remarquables (portrait de Dumas /ils, d'après Bonnat, par Baude ; illustrations de la Vie rustique , d’après Lhermitte par Clément Bellcnger, etc.). .Même les graveurs sur bois font du travail microscopique : la taille ne doit plus se voir: le suprême d’un bois

est d’étre pris pour une simili ! Mais quelques artistes conservent précieusement le dépôt sacré du bois de trait et les illustrations d’après Daniel Vierge pour X Histoire de France de Michelet, les bois originaux de Lepère sur Paris pour la revue américaine le Harpers , pour X Exposition de 1889 (publication de Baschet), etc., demeurent des chefs-d’œuvre.

L’estampe originale conquiert sa place légitime au soleil : elle participe aux grandes récompenses avec les Charles Jacque, les Rochebrune, les Seymour Haden et les YVhistler. Bien mieux ! C’est elle qui fait le rapport officiel sur la situation de la gravure !

Elle tend à se propager dans le monde entier. En France, la scission des Champs-Elysées et duChampde-Mars va lui donner une importance croissante dans les expositions. Les graveurs proprement dits, ceux qui font la taille, se grouperont en presque totalité aux Champs-Elysées ; mais l’estampe de peintre, celle qui est plutôt un dessin imprimé, trouvera au Champ-de-Mars le milieu qui lui convient.

Ainsi 1889 est une exposition qui constate les grands résultats, les changements profonds, — et la vie puissante de l’estampe.

Sixième tableau. En 1900. Onze ans ne sont pas un laps de temps suffisant pour des modifications très sensibles. L’exposition actuelle confirme simplement, en l’accentuant, la situation de 1889. Mais 1900 n’est pas seulement une date, c’est une échéance, et l’on y lait une exposition bilan.

Exposition considérable, quoique très choisie. Mille estampes, dont la moitié dans la section française, très bien présentée, et (enfin!) suivant le vrai principe : ne mettre dans une salle que ce qu’cllc peut contenir, et pas une pièce de plus ; car ce qu’on met en surcroît, primo , ne se regarde pas, et secundo, « démolit » le panneau, en nuisant à tous ceux qui s y trouvent. Viennent ensuite, avec une exposition embrassant les divers genres d’estampe, l’Allemagne et l’Angleterre (par parenthèse, les Anglais, si coquets et si soigneux dans la présentation des o*uvres, ont du si* trouver bien étonnés de se voir à l’étroit pour la gravure : très limités par la place il leur a fallu •• monter » sur trois ou quatre rangs!). Les Elalsl nis montrent un ensemble de bois, et de l’eau-forle originale. Les l\i\s-ltas, exclusivement de l’estampe originale. Dans divers autres pa\s, les exposants de I estampe sont a l’état plus raréfié.

La gravure proprement dite, la taille, appliquée à la reproduction des peintures, reste extrêmement vivace en France. La voici de nouveau, la vaillante armée des graveurs déjà vus en 1889. Toujours divisés en burinistes et aquafortistes. La section burin très belle et produisant, même sur les détracteurs de la gravure de reproduction, cette impression qu’impose toujours la belle tenue. Il ne faut qu’une pièce à Flameng — depuis cinquante ans sur la brèche et toujours jeune — la Vierge au donateur de Van Eyck, pour demeurer au premier rang. Achille Jacquet interprète avec finesse et souplesse Mantègne, Cabanel, Meissonier, Détaillé. Jules Jacquet passe du fourmillement minutieux du Friedland de Meissonier au large et coloré Triomphe de V Art de Bonnat, plafond de l’Hôtel de Ville. Adrien Didier présente dans son envoi le séduisant portrait de Juana Romani d’après Roybet (en attendant qu’il nous donne la gravure du diplôme des récompenses de l’Exposition, dont il est chargé). Burnev, Champollion gravent serré. Surgis depuis 1889, des talents nouveaux : Jazinski, très remarquable dans sa grande planche de Primavera , d’après Botticelli ; Sulpis, fin interprète de Mantègne et de Gustave Moreau. Patricot enfin, un

loft —

triomphateur de l'Exposition : ses deux planches d’après Gustave Moreau, Médée et Jason, le Jeune homme et la mort sont à la fois robustes et suaves. Mais sa Judith d’après Botticelli est pour réjouir particulièrement les passionnés de la gravure : le ciel jj est traite' par le blanc pur du papier !

Allons-nous enfin rentrer dans la vérité? Et ne reste-il plus aux burinistes qu’à s’éprendre des beaux papiers et de la belle épreuve?

Ainsi à la fin de notre siècle le burin, le moyen de gravure incomparable, n’a rien perdu de son prestige. Ah ! ce qui est mort, bien mort, c’est la terne gravure d’école, qui éteint consciencieusement une planche sous des tailles honnêtement alignées. C’est le burin médiocre. Celui-là, l’Exposition de 1900 l’a jugé et achevé.

Dans l’eau-forte, Bracquemond : sa Partie perdue d’après Meissonier est à la fois robuste et détaillée, d’une succulence rare : c’est mieux que moi , disait Meissonier, peu tendre aux graveurs. On sait dans quelle forme exceptionnelle le jury a acclamé avec éclat, sur le nom de Bracquemond, un demi-siècle de gravures, de chefs-d’œuvre, de propagande et d’influence.

Wallner, Chauvel, toujours superbes; Laguillermie passant au premier rang avec ses très grandes planches d’après le Titien, Van Dvck, et Frans Hais ; Lecouteux, ayant développé son œuvre considérable dont V Age de fer d’après Cormon est peut-être la note la plus vigoureuse et caractéristique ; Boilvin, Courtrv, Gaujean (trois morts, grandes pertes), Henri Lefort, Boulard, Brunet-Debaisnes, Focillon, Greux, Lalauze, Abel Mignon, Mordant, Géry-Bichard , Mongïn, Payrau et cinquante autres complètent cet ensemble.

L’exposition française a été qualifiée d’un mot par le vice-président étranger du jury de gravure: l’embarras des richesses.

La gravure de reproduction est donc très vivante, en dépit des désirs des sectateurs exclusifs de la gravure originale qui disent : à quoi bon ? la photographie désormais suffit. Il parait que non, et qu’il y a encore de par le monde des gens épris de la gravure proprement dite et de la belle taille, et de cet admirable travail de la main de l’homme.

Les « procédés » ne sont pas pour le faire oublier. Depuis qu’ils ont envahi les journaux d’art, ces journaux ne sont-ils pas confectionnés sans art? Encore, dans les procédés, faut-il établir la distinction essen-

tielle: les uns reproduisent des documents au trait ; ils se résolvent en deux éléments constitutifs, du blanc et du noir : ils sont donc typographiques , et en harmonie avec la page imprimée. Les autres sont entons, ils ont la prétention de rendre les mille nuances des œuvres peintes : en fait, ils introduisent dans la page imprimée — comme l’a si bien dit Bracquemond — une matière étrangère, la teinte. Et quelle teinte ! des carrés de noirs indéchiffrables, ou des taches de boue.

Et puis la gravure de reproduction ne sera pas abandonnée en France, après un glorieux passé de trois siècles. Car, le lendemain du jour où la France l'aurait abandonnée, un autre pays la reprendrait aussitôt.

Mais la gravure de reproduction ne compte plus, désormais, que lorsque par la personnalité de l’exécution elle prend la valeur d’une œuvre originale.

Nous la retrouvons présentement en Belgique, avec Biot, Le Nain, Danse ; en Angleterre, dans un mode particulier et national, avec la manière noire de Short; en Allemagne, avec Kœpping (de premier ordre dans la gravure libre à la Waltner), avec Hans Meyer, huriniste classique.

Nous retrouvons encore en France la reproduction

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